Une mise en perspective des changements paysagers dans le Pays de Rance

La politique européenne en matière de recherche

             Pour l’Union européenne, les problèmes posés par l’augmentation des pressions naturelles et humaines sur l’environnement et ses ressources nécessitent une approche coordonnée à l’échelon paneuropéen et international. La gestion durable de l’environnement et de ses ressources passe notamment par une recherche multidisciplinaire et intégrée, afin de développer les connaissances des interactions entre climat, biosphère, écosystèmes et activités humaines. L’Union poursuit à cet égard la mise en place d’un « Espace européen de la recherche » (EER). La construction de ce « marché unique » de la recherche, par son excellence et ses capacités d’innovation donc sa reconnaissance et sa compétitivité sur la scène mondiale, lui apparaît essentiel à la mise au point des technologies, des outils et services nouveaux qui doivent permettre la construction d’une société durable et inclusive, fondée sur une économie ultra-compétitive préservant le patrimoine culturel et naturel. Les instruments financiers nécessaires à la pleine réalisation de ces objectifs ont été créés par une résolution du Conseil des ministres en date du 25 juillet 1983, conformément au dispositions du Traité de Maastricht. Les « programmes-cadres pour la recherche et le développement technologique » (PCRD, ou FP pour « Framework Programmes ») sont des programmes pluriannuels de financements gérés par la Commission européenne en vue de soutenir et encourager la recherche européenne, en appui à l’économie (compétitivité des entreprises notamment industrielles, croissance et emploi) ainsi qu’à la protection des consommateurs et de l’environnement. Ils permettent à l’UE de fédérer les capacités de recherche des États membres lorsque le coût ou l’ampleur des travaux de recherche justifient une approche transnationale, ou encore pour résoudre des problèmes qui concernent l’Europe tout entière (en application du principe de subsidiarité). Ils sont financés par les contributions ordinaires des États membres et les contributions spécifiques des pays associés (au nombre de 15 dans le FP8 « Horizon 2020 », pour la période 2014-2020). Depuis leur lancement en 1984, les premières générations de FP ont duré de 4 à 5 ans ; c’est en 2007 avec l’adoption du FP7 que la pluriannualité de ces instruments financiers a été portée à 7 ans. La Commission met en œuvre les FP par la distribution aux acteurs de la recherche d’enveloppes financières selon un mécanisme d’appel à projets répondant aux objectifs scientifiques et techniques priorisés par le FP en vigueur. Le projet HERCULES s’inscrit dans ce cadre. Nous en brosserons les principaux objectifs ainsi que l’organisation et le fonctionnement, à l’aune de la mise en œuvre du FP7.

Axes prioritaires de l’avant-projet de Charte

                  La cohérence du territoire de projet de Parc a dû se construire à partir des problématiques de la Rance, notamment celle de la qualité des eaux, prégnante dans les actions de COEUR-Émeraude. Nécessité impérieuse de poursuivre les objectifs initiaux – avec une forte pression de certains acteurs internes ou externes – d’un côté, obligation de répondre aux principes fondateurs du classement « PNR » en termes d’unité territoriale et d’identité commune, de l’autre : ces réalités peuvent expliquer que le projet de charte en cours ait été repris en main par les nouvelles instances élues en juin 2015. Sa toute dernière version a été adoptée le 9 décembre 2015.20 Il fixe trois grands caps d’intervention, déclinés chacun en orientations prioritaires portées par des mesures spécifiques :
– Axe 1 : Préserver, restaurer et valoriser le patrimoine du territoire
– Axe 2 : Promouvoir un développement économique durable, respectueux des équilibres écologiques et humains
– Axe 3 : Renforcer les solidarités sur le territoire pour conforter le vivre ensemble et partager l’identité « terre-mer »
Dans la mesure où la charte du PNR est un document d’engagements territoriaux donc de nature stratégique, les principaux éléments qui intéressent le champ de notre étude seront abordés au Chapitre 3 sur les politiques paysagères de l’Europe au pays de Rance.

Le séminaire HERCULES de Rennes

                 Le guide du séminaire avec tous les détails sur le programme est disponible en ANNEXE III. Le séminaire s’est déroulé les 16 et 17 juin 2016 avec pour thème : « Les paysages ruraux de la Rance : patrimoine, enjeux et perspectives ». Le 16 juin était une journée d’échanges et de débats à l’université de Rennes 2 au campus de Villejean ; la seconde journée a consisté en des rencontres d’acteurs de terrain, dans la vallée de la Rance. Les deux journées ont été filmées. Des vidéos sont disponibles à l’adresse suivante :
http://www.lairedu.fr/collection/seminaire-hercules-sustainable-futures-foreuropes-heritagein-cultural-landscapes/
Le séminaire était l’occasion pour le LRG d’apporter une contribution supplémentaire aux travaux du WP9. Il a rassemblé, autour des partenaires européens, un panel d’acteurs locaux provenant notamment du pays de Rance, invités pour l’occasion : collectivités (notamment des élu-e-s de communes du PNR), élu-e-s et salarié-e-s de COEUR-Emeraude et du PNR du Morbihan, chercheurs, agriculteurs et artisans, associations et chambre d’agriculture, ESAT. Il avait pour objet :
– de discuter certains résultats de HERCULES au niveau local. Il s’agissait plus précisément de présenter, comparer et débattre l’expérience des WP et CS, en les mettant en perspective avec des expériences d’acteurs du pays de Rance : agriculteurs engagés dans des circuits courts ; chargé de mission agriculture de COEUR-Emeraude ;
– d’évaluer des conseils délivrés aux acteurs concernés, et dont la synthèse remontera pour présentée à la conférence finale ;
– d’exposer plusieurs initiatives et expérimentations de chercheurs, de professionnels et d’élus, en lien avec les objectifs du projet européen ;
– d’échanger des observations sur la pertinence et l’impact des résultats de HERCULES sur les politiques publiques concernant : la PAC et l’aménagement du territoire ; l’identification et la gestion des paysages ; les “labels” paysagers pour le tourisme et le marketing des produits ; les changements climatiques et la résilience des paysages ;
– d’examiner la question des transferts de connaissances (aussi bien dans le Knowledge Hub européen que dans la plateforme régionale POPP Breizh) et des interactions nécessaires entre acteurs, experts et scientifiques.
L’angle d’approche des questions paysagères a porté sur la relation entre le paysage et les produits du terroir, par le biais des connaissances agronomiques et des liens culturels (recettes, mémoire, etc.). Cette relation est étudiée par HERCULES au regard des politiques correspondantes. Deux produits, le blé noir et le cidre ont été traités plus spécifiquement (Chapitre 6). Les points, réflexions et débats les plus significatifs du séminaire seront incorporés dans le présent mémoire.

De l’intérêt et des limites de l’entretien semi-directif

             L’entretien semi-directif s’empare du triptyque : perception / représentation / action issu de la psychologie et permet d’exprimer des perceptions, puis, par son analyse, de mettre à jour des représentations, de comprendre des schémas de pensées et d’expliquer ainsi des actions. Ces caractéristiques en font une méthode de choix pour la recherche en sociologie et désormais en géographie, car elle facilite la caractérisation de la relation d’un individu à son environnement. Par l’entretien semi-directif, on cherche à mettre à jour le niveau de discours d’un enquêté. Celui-ci va répondre à des questions, en endossant une « casquette » sociale (agriculteur, habitant, maire, parent) en fonction du thème de l’entretien. Il est donc important qu’il donne un sens à cet entretien pour libérer sa parole et construire son discours. Cette mise en relation se fait par l’intermédiaire d’un « contrat » : l’enquêteur assure la confidentialité de ses propos à l’enquêté et l’informe du sujet et du but de l’entretien (BLANCHET et GOTMAN, 2007). Il doit également se créer un rapport égalitaire afin de libérer la parole des enquêtés, voire de favoriser l’évocation de sujets plus délicats, marginaux, ou polémiques. Car on cherche avec ce type d’entretien une réponse de type « discours », c’est-à-dire une réponse contextualisée, développée et porteuse de sens. Par sa richesse en terme de sens, l’entretien semi-directif est adapté à des petits panels d’enquêtés. Cette méthode possède néanmoins ses limites. Le climat de confiance entre l’enquêteur et l’enquêté est délicat à obtenir et à maintenir ensuite. Il est donc important de commencer l’entretien par des sujets moins « primordiaux » pour l’étude afin de prendre le temps d’établir ce climat de confiance. Une fois qu’il est instauré – s’il s’instaure –, ce climat reste pour autant fragile : des propos, remarques de l’enquêteur peuvent influencer l’enquêté, ou bien le déstabiliser, voire le contrarier ; à l’inverse, l’enquêteur peut être décrédibilisé par l’incompréhension d’un propos particulier de l’enquêté. Cet exercice est en outre une mise à l’épreuve de l’objectivité de l’enquêté durant les phases d’entretien et d’analyse. Comme le disent Blanchet et Gotman : « L’idée n’est plus de neutraliser ni de taire les représentations réciproques des interlocuteurs, mais de les utiliser dans la conduite de l’entretien et d’en faire le cœur de l’analyse» (Op. cit, p.15). Auparavant, la méthodologie préconisait l’absence totale de réaction de la part de l’enquêteur, ce qui contribuait à l’instauration d’un climat artificiel. Désormais, d’un point de vue épistémologique global, le chercheur accepte sa subjectivité et se doit de l’analyser pour la prendre en compte. En entretien, il peut échanger avec l’enquêté pour approfondir un élément, faire surgir un point de vue, mais il doit également avoir une démarche pour s’extraire de son discours, s’éloigner de ses propres représentations comme de celles du discours dominant. Une autre question entourant l’entretien semi-directif est celui de la validité des propos des enquêtés, donc de leur subjectivité. En effet, un nombre considérable de biais cognitifs traversent tous nos discours, d’autant plus quand il s’agit d’évoquer des sujets qui nous concernent directement. Ils sont le plus souvent inconscients et c’est pour cela que l’enquêteur doit adopter une certaine distanciation par rapport aux propos de l’enquêté et surtout les analyser. Ces discours ont cependant une valeur explicative propre par rapport à des problématiques qui les concernent directement. Pour l’enquêteur, il s’agit donc de gérer un équilibre complexe dans le discours de l’enquêté, entre les constats et les représentations.

Le paysage dans la PAC

                     Excepté la protection de paysages européens particuliers de valeur exceptionnelle (comme patrimoine naturel et culturel de l’Humanité), la prise en compte globale des paysages par l’UE s’est construite, à l’origine, à l’aune des incidences environnementales de la politique agricole commune (PAC). Colonne vertébrale de la construction communautaire, la PAC a mobilisé pendant plusieurs décennies la quasi-totalité, puis la majorité de ses efforts financiers27 ; elle est engagée aujourd’hui dans un long processus de mutation nécessité par une conjonction d’enjeux interdépendants, environnementaux, économiques, sociaux. Ce sont en effet les conséquences néfastes du modèle agricole intensif soutenu depuis les années 60 par l’Union, sur l’environnement (érosion et perte de fertilité des sols, pollution des eaux et de l’air, disparition ou perte de biodiversité et de ses habitats, changement climatique), qui l’ont amenée à réagir par étapes via des mesures correctives – pour quelques-unes contraignantes et la plupart incitatives – à l’endroit de la profession agricole. Elles s’expriment aujourd’hui essentiellement par les principes d’écoconditionnalité – partielle – des aides agricoles et du « pollueur-payeur », auxquels on peut ajouter les principes de précaution et d’action préventive. Il est à remarquer que ces principes concourent indirectement mais expressément à l’objectif central de « compétitivité » de l’agriculture européenne dans le cadre du « développement durable » de ce secteur et de toute l’économie européenne (Voir infra). L’adoption de mesures correctives environnementales n’a pu elle-même se faire sans la reconnaissance effective, par les États membres, de « l’environnement », dégradé de manière continue, comme enjeu du projet politique européen et, partant, son inscription – progressive et sectorisée avant d’être globalisée – dans les politiques publiques. C’est en 1986 avec l’Acte unique européen que la Comunauté européenne se dote d’une compétence en matière d’environnement, désormais inscrite dans le Traité de Rome. Le Traité de Maastricht (1992) en fait un objectif à part entière de la Communauté et une politique européenne soumise à la procédure de codécision entre le Conseil et le Parlement européen. Le Traité d’Amsterdam (1997) établissant le « développement durable » 28 comme objectif de l’UE, l’environnement doit être pris en compte dans toutes les actions et politiques communautaires. Enfin, le Traité de Lisbonne (2009) ajoute la lutte contre le changement climatique, à l’échelle européenne et mondiale, comme objectif de la politique de l’Union en matière d’environnement ; le développement durable étant fondé sur « un niveau élevé de protection et d’amélioration de la qualité de l’environnement ». La concrétisation des obligations juridiques de l’UE en la matière prend aujourd’hui la forme du l7ème Programme d’action pour l’environnement, qui planifie l’action communautaire à l’horizon 2020 pour : la préservation du « capital naturel » ; la transformation de l’UE en une économie modérée en carbone et préservée en ressources ; la santé et le bien-être humains (lutte contre toutes les formes de pollutions). Quel est précisément l’état des orientations et mesures de nature environnementale et paysagères de la PAC (période 2014-2020) ? Le site de la Commission européenne fournit des indications intéressantes sur la qualité de prise en compte des paysages agricoles dans la PAC actuelle29 : parce que les activités agricoles qui ont façonné dans le passé des paysages d’une grande diversité, sont aujourd’hui « souvent devenues moins compétitives » (du fait des dégradations occasionnées à l’environnement et aux paysages), désormais les paysages agricoles sont pris en compte en tant que tels par la PAC, qui « considère qu’il est essentiel de préserver les paysages cultivés dans la mesure où : les paysages traditionnels agricoles font partie du patrimoine naturel et culturel ; l’intégrité écologique et la beauté des paysages des zones rurales attirent les entreprises, notamment du secteur touristique et des loisirs, ainsi que de nombreuses personnes qui viennent s’y établir. » La référence explicite à la compétitivité de l’agriculture européenne comme enjeu central sous-tendant la prise en compte des paysages nous ramène à la conception du « paysageressource » évoquée plus haut. Au point que les avantages écologiques donc économiques qui découlent de ceux-ci par la gestion des terres agricoles – en mode intensif ou non – font de ceuxci des « biens publics », dont il doit être favorisé l’apparition ou le maintien.

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Table des matières

INTRODUCTION
PARTIE 1 : C O N T E X T E E T M É T H O D O L O G I E D E L ‘ É T U D E : U N E T R A N S V E R S A L I T É D ‘ E N J E U X PAY S A G E R S , D E L ‘ E U R O P É E N A U L O C A L
CHAPITRE 1 : CONTEXTUALISATION D’UNE ÉTUDE RÉUNISSANT PLUSIEURS PARTENAIRES
1. Le programme HERCULES
2. Le projet de Parc naturel régional Rance-Côte d’Émeraude
3. Une étude en vue d’apports mutuels
CHAPITRE 2 : CHOIX METHODOLOGIQUES
1. Partager son paysage
2. La méthodologie du WP3 HERCULES
3. La méthodologie de notre étude ; différences et points communs
PARTIE 2 : A G R I C U L T U R E E T S O C I É T É
CHAPITRE 3 : LES POLITIQUES PAYSAGÈRES, DE L’EUROPE AU PAYS DE RANCE
1. Le paysage : un projet politique
2. Comparaison d’échelles : les politiques publiques du paysage
CHAPITRE 4 : LE PAYSAGE ET L’AMENAGEMENT DU TERRITOIRE PAR L’AGRICULTURE
1. Le rapport des agriculteurs au paysage
2. Paysage et agriculture : du résultat à l’objectif
3. Produit et terroir
4. Réinjecter l’économie agricole dans le projet de paysage
PARTIE 3 : P A Y S A G E S E T P R O D U I T S D U P A Y S D E R A N C E
CHAPITRE 5 : LES PAYSAGES DU PAYS DE RANCE
1. Le paysage des enquêtés
2. Présentation des unités paysagères
3. Les événements ayant affecté le paysage
4. Les dynamiques paysagères de la Rance
CHAPITRE 6 : QUELQUES PRODUITS ET LEUR LIEN AVEC LES PAYSAGES DE LA RANCE
1. Le pommier à cidre : des systèmes de cultures et de valeurs entre résilience et résistance
2. Le sarrasin : un produit plébiscité, une culture marginalisée
3. Pommiers hautes-tiges, blé noir breton : comparaison d’enjeux et de perspectives
CONCLUSION GÉNÉRALE

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