Travailler peu pour vivre mieux

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Norme du travail

Une des questions les plus débattues dans l’espace public au sujet de la prostitution est de savoir s’il s’agit d’un travail ou d’une activité illégale, indésirable, dangereuse, intrinsèquement violente, sale ou immorale. Étiquetée majoritairement en tant que déviance dans beaucoup de nos sociétés occidentales, elle est pourtant revendiquée en tant que « travail du sexe » par plusieurs des personnes l’exerçant. La possibilité que cette activité soit reconnue en tant que métier a, en effet, un grand impact sur ces derniers et dernières. Nous allons observer ici, les normes relatives au travail en Suisse. Ce chapitre est structurant. La possibilité d’inclure ou non, l’activité prostitutionnelle au sein des normes légales et sociologiques du travail sera discutée, plus loin, dans la partie théorique sur le travail du sexe, puis dans l’analyse. 3.2.1 Cadre légal suisse En Suisse, selon l’Office Fédéral de la Statistique : « sont considérées comme actives occupées, les personnes d’au moins 15 ans révolus qui, au cours de la semaine de référence, • ont travaillé au moins une heure contre rémunération • ou qui, bien que temporairement absentes de leur travail (absence pour cause de maladie, de vacances, de congé maternité, de service militaire, etc.), avaient un emploi en tant que salarié ou indépendant • ou qui ont travaillé dans l’entreprise familiale sans être rémunérées. Sont compris dans cette définition, indépendamment du lieu où s’exerce l’activité (dans une entreprise, à domicile ou dans un ménage privé) : les salariés, les indépendants, les collaborateurs familiaux d’entreprises familiales, les apprentis, les recrues, sous-officiers et officiers qui, pendant l’école de recrues ou le service d’avancement, conservent leur place et leur contrat de travail, les écoliers et les étudiants qui exercent une activité parallèlement à leurs études et les retraités qui continuent de travailler » (OFS, 2014). Les personnes accomplissant uniquement du travail ménager dans leur propre ménage, des activités d’entraide non rémunérées ou d’autres activités bénévoles ne sont pas considérées comme actives occupées (OFS, 2014). Les emplois désignent des places de travail occupées. Une personne peut occuper plusieurs emplois (OFS, 2014). La rémunération du travail est composée des recettes (en espèce, en nature ou sous forme de services) que procure aux individus l’exercice d’une activité salariée ou indépendante. Le revenu du travail comprend les montants perçus soit en tant que résultat direct de l’activité professionnelle (salaires ou bénéfices de l’activité indépendante), soit en raison de leur situation dans la profession (prestations de sécurité sociale liées à l’emploi). Le revenu du travail ne comprend pas le revenu provenant d’autres sources telles que la propriété, l’assistance sociale, les transferts, etc., non lié à l’emploi. Le salaire correspond à la rémunération du travail (en espèce ou en nature) effectué par une personne pour le compte d’une autre personne en vertu d’un contrat écrit ou oral. […] La notion de salaire ne couvre ainsi pas les revenus de l’activité indépendante qui est réalisée pour son propre compte (OFS, 2014). Les normes juridiques concernant le droit du travail se trouvent dans le code des obligations et dans la Loi fédérale sur le Travail (LTr). Elles recensent les règles principales concernant le contrat de travail, la durée de travail, le repos ou encore les conventions de protection pour les jeunes et les femmes. Le secrétariat d’État à l’économie (SECO) est responsable d’informer et de conseiller sur le droit du travail (kmu.admin.ch, 2020). Le travail du sexe n’étant pas considéré juridiquement en tant que profession, ces normes juridiques ne lui sont pas applicables.

Un peu d’histoire

Dans la Grèce antique, les philosophes utilisent le terme ponos pour désigner le travail manuel soit les activités qui requiert de la force physique, l’emploi d’outils et dont le but est d’en extraire un produit particulier. La signification du mot ponos inclut le travail, la difficulté et la souffrance. En latin, il y a deux mots utilisés pour le travail. Le premier, labor représente une activité dictée par la nécessité et la contrainte et qui implique un grand effort. Le deuxième, opus se réfère à un certain but, celui de la création d’un produit. Dans l’antiquité, le travail était principalement l’activité des esclaves alors que les élites s’engageaient dans l’art, la philosophie et la politique qui n’étaient alors pas considérés comme du travail (Ehmer J., 2001). Dans une approche anthropologique apportée par Spittler (2001), le travail est considéré comme une activité humaine de subsistance, très dure, oscillant entre le devoir moral et la malédiction divine, qui a pour but de produire des biens et des services. C’est un phénomène qui existe dans toutes les sociétés humaines, dont la définition varie d’une culture à l’autre. Chaque période historique a sa propre définition du travail. Dans la tradition judéo-chrétienne, Dieu lui-même apparaît en tant que travailleur et le fait de travailler prend un caractère semi-religieux. Dans les sociétés modernes d’Europe, le travail est perçu comme une intervention active sur la nature issue d’un processus social basé sur la collaboration, dans le but d’assurer l’existence de l’espèce humaine. La division du travail et la coopération permettent de maîtriser la nature notamment par le biais des outils, et crée les fondements des civilisations humaines. Il s’agit donc d’un symbole du progrès social. Karl Marx, dans Le Capital, prétend que le travail est un processus auquel l’homme et la nature participent et qu’en agissant sur le monde extérieur et en le transformant, l’homme change sa propre nature en même temps (Ehmer J., 2001). Dans l’histoire européenne, la division du travail entre les hommes et les femmes a exclu ces dernières des activités de marché dès le Moyen-Âge. Le travail favorisant le profit et le rendement était appris et pratiqué selon des règles formalisées et organisées politiquement, pour que cela soit le domaine des hommes. Le couple en tant que force de travail semble avoir été la base de l’économie artisanale et agraire. Les femmes, assignées au travail domestique ou aux occupations peu qualifiées, de bas statut et peu payées, jouaient un rôle central pour l’exploitation et la combinaison d’autant de revenus possibles (Ehmer J., 2001). Dès l’âge moderne, nos sociétés se transforment en sociétés de travail salarié (Gamst F.-C., 2001). L’intensité du rythme de travail augmente et devient régulier, démarquant clairement le temps et le lieu de travail du temps et du lieu de repos. Cette démarcation entraine alors une assignation claire du travail salarié pour les hommes et du travail domestique et du soin des enfants pour les femmes. L’offre du secteur des services grandit, exigeant une discipline prononcée et un haut degré de spécialisation. Le travail payé devient alors la porte d’entrée de la société civile, la base de l’estime de soi, de la reconnaissance sociale et de la participation politique. Les femmes n’y auront réellement accès qu’à partir des années 1960 (Ehmer J., 2001).

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Table des matières

1 Introduction
1.1 Choix de la thématique
1.2 Objectifs
1.2.1 Méthodologiques
1.2.2 Personnels
1.2.3 Professionnels
1.3 Lien avec le travail social
2 Question de recherche
3 Le cadre théorique
3.1 La norme
3.1.1 Définition de la norme
3.1.2 Utilité des normes
3.1.3 Déviance
3.1.4 Inclusion et exclusion
3.1.5 Sanctions
3.2 Norme du travail
3.2.1 Cadre légal suisse
3.2.2 Un peu d’histoire
3.2.3 Éléments constitutifs du travail
3.2.3.1 Codes et cadre
3.2.3.2 Apprentissage
3.2.3.3 Revenu
3.2.3.4 Mode de vie
3.2.4 Femmes au travail
3.2.5 Corps des femmes au travail
3.2.6 Transgression
3.3 Norme sexuelle
3.3.1 Cadre légal suisse
3.3.2 Un peu d’histoire
3.3.3 Santé sexuelle
3.3.4 Le corps de la femme
3.3.5 Rapports de genre
3.3.6 Transgression
3.4 Le travail du sexe
3.4.1 Définition
3.4.2 Cadre légal
3.4.2.1 Prohibitionnisme
3.4.2.2 Abolitionnisme
3.4.2.3 Réglementarisme
3.4.2.4 En Suisse
3.4.3 L’espace prostitutionnel
3.4.3.1 Différents settings
3.4.3.2 Profils
3.4.3.3 Statistiques
3.4.4 Cahier des charges
3.4.4.1 Tâches
3.4.4.2 Critères de réussite
3.4.4.3 Gestion de la violence
3.4.4.4 Gestion du stigmate
4 Méthodologie
4.1 Echantillonnage
4.2 Outil de récolte de données
4.3 Éthique
4.4 Limites
5 Analyse
5.1 Un travail. Pas comme les autres. Mais un travail
5.2 Une activité indépendante particulière
5.3 Service sexuel et thérapeutique ?
5.4 Travailleuse du sexe ou professionnelles de l’illusion scénique
5.5 Quand le corps et la sexualité ne sont pas forcément synonymes d’intimité
5.6 Travailler peu pour vivre mieux
5.7 Rémunération élevée contre vulnérabilité
5.8 Femmes, libres, indépendantes, sujets de leur sexualité et doublement marginalisées
5.9 Garder le secret pour rayonner dans le monde
5.10 Sécurité autogérée
5.11 Déviance au sein des groupes déviants ou réponse sociale au stigmate
5.12 Décalage mal vécu ou opportunité de se dresser au-dessus du monde
5.13 Synthèse
6 Pistes d’actions
7 Bilan
Conclusion
9 Sources bibliographiques
9.1 Sources citées
9.2 Sources consultées
10 Sources web
11 Annexes
11.1 Grille d’entretien travailleuses du sexe
11.2 Grille d’entretien travailleuse sociale

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