Tisser des liens entre spectacle vivant et développement durable

Expérience de stage

Le service « programmation » : place dans la fondation, missions, moyens

Au sein de l’équipe du Domaine, l’équipe programmation ne s’est constituée que très tardivement avant l’ouverture du lieu. Sarah, la responsable de la programmation du Domaine actuelle, est arrivée un mois après le début de mon stage. Antoine, le chargé de production, a rejoint notre équipe un mois avant l’inauguration du Domaine. Le service programmation est donc très récent et a évolué tout au long du stage.
Lapremièremission de ce service a été d’organiser l’ensemble des activités proposées lors du week-end d’inauguration du Domaine de Longchamp le 13 et 14 mai.
Par la suite, notre rôle était de mettre en place toute la programmation du Domaine de Longchamp ouvert du mercredi au dimanche toute l’année. En plus des installations pérennes au Domaine (les deux expositions, l’espace enfant, et les installations sur le sentier extérieur), le service programmation propose des activités lors de week-ends « classiques » sur les thèmes liés à la fondation et de grands week-ends « thématiques » une fois par mois axés sur une problématique ciblée.
Les différentes activités programmées au Domaine de Longchamp sont les suivantes : conférences / débats, projections de films, discussions avec des associations invitées au Domaine pour présenter leurs actions, ateliers liées à l’écologie ou au vivre ensemble, concerts, scènes ouvertes, offre bien-être.
Les moyens financiers alloués au service programmation étaient de 6 000 euros par mois, ce qui a poussé l’équipe à être inventive, créative et à s’appuyer sur des interventions bénévoles des différents acteurs invités au Domaine de Longchamp.

Missions confiées

Nous étions deux stagiaires « assistantes de programmation » sous la tutelle de la chargée de programmation, et travaillions toutes les deuxde manière complémentaire sur les différentes tâches de programmation.
Les différentes missions de programmation se sont réparties en deux temps : l’avant et l’après inauguration du Domaine de Longchamp le week-end du 13 & 14 mai. Jusqu’au mois d’avril, nous avons participé au développement du projet de la programmation, en nousconcentrant surtout sur les activités proposées lors du grand week-end d’inauguration.
A partir de l’ouverture, le rythme et les missions ont évolué : nous étions présentes sur le lieu les week-ends d’ouverture, et 3 jours par semaine en programmation des activités du weekends. Nous avons concrêtement participé au processus de programmation, du stade de recherches jusqu’à sa mise en œuvre, en passant par quelques missions de production et d’accueil des différents intervenants présents au Domaine :

Conception et suivi de la programmation

Dans un premier temps, nous avons participéà toute la conception de la programmation du lieu qui n’était pas encore ouvert : carte blanche donc pour les activités à mettre en place, dans le champ d’action bien sûrde la Fondation : sensibiliser à l’écologie et à l’humanisme par une programmation ouverte au grand public, axée en particulier sur un public familial.
Cette première phase de conception a consisté en l’élaboration de « formats d’activités » : trouver les activités les plus adaptées au but de la Fondation et au public visé. Plusieurs recherches, benchmark, brainstorminget partages d’idées nous ont permis de concevoir une base de programmation du Domaine : une « clairière des associations » qui accueille plusieurs acteurs engagés sur un sujet donné, qui entament un dialogue spontané et informel avec le public dans la Clairière du Domaine, une « offre bien-être » régulière avec différentes pratiques telles que le yoga, la médiation… des projections de films suivies de débats avec les réalisateurs ou en lien avec la thématique proposée.
L’ensemble des recherches effectuées et des contacts repérés étaitcompilédans une base de données, que nous devions mettre à jour, trier, etc.

Evaluation personnelle du stage

Ce stage a été extrêmement enrichissant, tant pour l’expérience de l’ouverture d’un lieuet de son inaugurationque pour les missions effectuées.
D’une part, le fait d’assister à l’ouverture d’un lieu et de participer à la période de planification est très intéressant. J’ai pu entrevoir toutes les problématiques liées à la création d’un nouvel établissement recevant du public : travaux de rénovation du bâtiment, jauge, normes de sécurité et de construction, accueil du public, communication, conception et mise en place d’une exposition, aménagement des espaces extérieurs, installations d’un système audiovisuel, etc.
Enfin, la participation à la conception de la programmation a été très enrichissante. Le processus de réflexion sur les différents formats possibles, et la mise en place de ces activités m’ont permis de tester différentes propositions culturelles et de voir les réactions du public en fonction de l’offre proposée.
La participation à l’expérience de terrain en étant présente lors des jours d’ouverture m’a appris à accueillir le public et les artistes. C’était également l’occasion de voir concrètement les différentes activités proposées et d’avoir un retour sur celles-ci de la part du public.
Enfin, le fait de travailler en binôme avec une autre stagiaire programmation sur ce poste était très constructif. Par nos deux profils différents mais complémentaires (elle avait une formation école de commerce, spécialisée dans le développement durable), nous avons appris de nos différents secteurs et avons pu travailler de manière productive ensemble.
Au début du stage, nous avons rencontré quelques difficultés ma costagiaire et moi, notamment avec notre première tutrice qui est partie une semaine après mon arrivée. Le premier mois sans tutrice de stage et donc sans chargée de programmation, a été lent et compliqué. Par la suite, la période de préouverture, avec l’arrivée de la nouvelle chargée de programmation 2 mois et demi avant l’ouverture et un changement de chargé de production un mois avant l’ouverture a été marquée par une forte instabilité de l’équipe et a donc été difficile à gérer. D’autant que c’était une période d’activité très intense du fait de la préparation de l’ouverture. Par la suite, c’est surtout les différences de considération entre stagiaires et salariés qui ont pu être dérangeantes à certains moments, alors que la charge de travail et les missions que nous effectuions étaient identiques.

Tisser des liens entre spectacle vivant et développement durable

Historiquement, il existe de nombreux courants culturels engagés pour des causes, militants, intégrés à des mouvements de revendications. Le documentaire Peace’n’pop d’Arte s’intéresse au « rôle de la culture populaire dans les mouvements contestataires de certains chanteurs aux années 1950 » à travers plusieurs exemples comme la chanson Imagine de John Lennon qui en 1971 est un hymne pacifiste contre la guerre du Vietnam. Le documentaire montre donc les artistes comme des porte-paroles de mouvements protestataires.
Au-delà de l’aspect contestataire, l’art et en particulier le spectacle vivant peuvent être engagés pour des causes et font passer des messages. Le monde de l’art s’empare des thématiques écologiques dès les années 1960 aux Etats-Unis. À cette époque de questionnement sur le rôle de l’artiste, son lieu de travail et d’exposition, et de remise en cause des codes artistiques classiques, on assiste à l’émergence du Land Art, qui se caractérise par « une intervention physique de l’homme (concepteur, architecte, artiste), souvent de taille phénoménale, sur le paysage naturel (mer, montagne, désert, forêt, etc.) » . Dans le même
temps, certains artistes tels que Robert Smithson ou Michael Heizer tentent d’ancrer les œuvres dans un environnement, un espace avec lequel elles dialoguent. Parallèlement, le courant de l’art écologiqueapparaît en Amérique du Nord, mouvement qui place l’artiste au cœur de la société, préoccupé par des enjeux politiques, sociétaux, écologiques, sociaux, éthiques… Ce mouvement s’étend en Europe notamment grâce à l’artiste Joseph Beuys qui pratique un art directement lié à l’écologie, la politique, et aux problématiques sociales.
L’œuvre « 7 000 Eichen » (7 000 chênes) de Joseph Beuys fait date dans le monde de l’art écologique : l’artiste décide de planter 7 000 chênes dans la région urbaine de Kassel en Allemagne, au printemps 1982, et propose aux habitants de participer en achetant chacun un des arbres plantés. Cette œuvre est donc pionnière en tant que proposition participative, et engagée politiquement et écologiquement.
Cette préoccupation environnementale est aujourd’hui présente dans beaucoup d’œuvres, à l’international et en France, se caractérisant par différentes démarches artistiques : utilisation de matériaux naturels, sensibilisation, médiation, actions concrètes, mise en place de dispositifs… On observe par exemple de nombreuses œuvres aux préoccupations environnementales dans le cinéma ou la littérature (films ou livres traitant de problématiques écologiques), certains artistes musicaux (à l’exemple du festival de musique We Love Green organisé à Paris depuis 2012, qui tente de réduire au minimum ses déchets et consommations énergétiques, tout en sensibilisant le public aux enjeux environnementaux au cours du festival), mais également dans le spectacle vivant (spectacles sur le thème de l’environnement : pour exemple, le Prix Tournesol récompense chaque année enAvignon des spectacles sur le thème de l’écologie) ou encore les arts plastiques.
L’artiste peut jouer un rôle particulier dans les causes écologiques, du fait de sa position neutre vis à vis de la politique, qui le place dans une relation de confiance vis à vis des autres citoyens. Comme l’expliquent Loic Fel et Joanne Clavel dans leur article sur les « artistes bio contemporains »: « N’étant ni un acteur public soumis à réélection, ni une entreprise privée vendant des produits, ni une ONG défendant une idéologie, et n’ayant qu’un intérêt économique très limité, l’artiste est un intermédiaire perçu comme légitime par toutes ces parties prenantes » . Par ailleurs, la créativité artistique peut permettre d’innover, et d’apporter de nouvelles idées aux problématiques écologiques. L’artiste n’est pas dans un rôle scientifique, il n’est pas contraint à trouver des solutions, ce qui lui permet de « tenter des choses, de l’ordre du design social et technologique, qu’une approche d’ingénierie seule ne ferait pas, soumise à l’obligation de résultat, à des contraintes d’intérêts économiques particuliers ou des contraintes industrielles ».
D’autre part, l’artiste communique par l’esthétique, qui permet une approche sensible de questions politiques. Il peut mobiliser les citoyens aux problématiques environnementales en proposant des œuvres participatives ou des actions collectives, dans une logique « performative ». « Ainsi l’artiste peut devenir un accompagnateur social qui inscrit, via son travail, la question du développement durable dans le territoire avec une vraie performance en terme d’acceptabilité sociale et de réappropriation de l’espace public. » , concluentLoic Fel et Joanne Clavel.
Nous nous concentrerons ici particulièrement sur le secteur du spectacle vivant, comprenant la danse, le théâtre, le cirque, les concerts, opéra, spectacles de rue et spectacles pluridisciplinaires. Le monde du spectacle vivant met directement l’artiste en face du public, créant donc un lieu direct entre ces deuxderniers, ce qui permet à la fois une proximité, une interaction et une participation du public.
Par ailleurs, il existe différentes manières d’engendrer des changements de comportements en faveur de l’écologie : contraindre, sensibiliser, et inciter. Nous étudierons ici dans la première partie, comment le spectacle vivant peut sensibiliser aux problématiques de développement durable, pour initier des changements de pratiques. Par la suite, nous nous poserons la question de la nécessité d’inciter voir de contraindre les acteurs du spectacle vivant à intégrer le développement durable dans leurs mode de fonctionnement.

Sensibiliser au développement durable par le spectacle vivant…

Les spécificités du spectacle vivant dans la sensibilisation au développement durable

Comme expliqué précédemment, l’art est un moyen de sensibilisation aux problématiques de développement durable. Mais pourquoi se concentrer essentiellement sur le spectacle vivant ? Quelles en sont les particularités et pourquoi ce secteur apparaît comme pertinent pour communiquer sur les enjeux écologiques et modifier les pratiques ? Sensibiliser VS Eduquer Comme l’explique Loïc Fel, Président de l’association Coal : « La communication sur l’écologie gagne en impact dans le hors-médias, quand elle devient performative et se mêle au divertissement. » Ce n’est pas en parlant d’écologie que l’on change les comportements mais en ayant recours au biais sensible, ludique, de l’action. La créatrice de la compagnie Tiens-toi droit, qui propose des spectacles pour enfants sur le développement durable, explique que ses productions théâtrales permettent l’appropriation des thématiques écologiquespar le sensible et l’humour. « L’idée n’est pas de proposer une conférence articulée mais de susciter des envies d’échanges et de partages. » , explique-t-elle. Le but n’est pas d’apporter des connaissances mais plutôt de transmettre un message qui donne l’envie d’agir.

Le regard et le langage du spectacle vivant

Le spectacle vivant est donc un moyen de sensibiliser aux problématiques de développement durable. Les messages portés par le spectacle vivant et le langage utilisé pour les communiquer sont par ailleurs une porte d’entrée intéressante. Pour Judith Frydman, « le regard artistique a une sensibilité qui permet de communiquer avec le public. Il n’est pas forcément plus pertinent que d’autres vecteurs, mais il aborde les choses d’une manière différente. »
En d’autres termes, le vecteur du spectacle vivant permet d’autres modalités de dialogue. Le corps notamment est mobilisé : à la fois celui de l’artiste et celui des spectateurs.
Le spectacle vivant permet de mettre l’humain au cœur de ces projets, il permet la rencontre humaine et la création d’une complicité. Une compréhension s’opère grâce au langage utilisé par le spectacle vivant, qui n’est pas le même que celui du quotidien, de l’écrit ou de l’oral.
La Présidente de la Compagnie Caribou, qui œuvre à une sensibilisation éco citoyenne inventive et conviviale, considère que la forme artistique permet d’apporter un « décalage nécessaire » pour la sensibilisation à certains enjeux. Elle explique que le spectacle vivant apporte des propositions curieuses et attractives pour les publics. D’après elle, on assiste aujourd’hui à un décloisonnement des univers qui permet de tisser des liens entre l’animation, les ateliers participatifs et le spectacle. La Compagnie Caribou veut créer des évènements fédérateurs qui permettent les rencontres et échanges autour des thèmes sociétaux et écologiques.

L’art dans l’espace public

En dehors de la sphère scolaire, scientifique, savante, médiatique, le spectacle vivant peut se positionner dans l’espace public et donc toucher un public diversifié. Le secteur du spectacle vivant regroupe de nombreuses pratiques, et toutes ne sont pas dites « accessibles ». Pour autant, sa diversité permet justement d’atteindre des profils trèsvariés. D’après un dossier du Ministère de la culture et de la communication exploitant la base d’enquête du DEPS « Les pratiques culturelles des Français à l’ère du numérique – Année 2008 » , presque tous les Français de 15 ans et plus (93%) ont fréquentéun de ces dix types de spectacle au moins une fois dans leur vie.
Par ailleurs, toujours selon cette même étude, la sortie au spectacle vivant est une des premières sorties culturelles des français de 15 ans et plus : 62% des français s’y rendent au moins une fois dans l’année, devant le patrimoine (49%) et le même le cinéma (57%). De plus, la proportion de français touchée par le spectacle vivant professionnel est en nette progression de 1997 à 2008 : 43%. Il faut cependant prendre en compte que les fréquentations sont très variées selon les pratiques : plus fortes pour le théâtre, le cirque, les concerts de musiques variées, que pour l’opéra, les concerts de musiques classiques, lesconcerts de jazz ou les spectacles de danse. Notons que les pratiques de spectacle vivant qui sont le plus à même de sensibiliser au développement durable, par leur forme de production, sont celles qui sont le plus fréquentées : théâtre, cirque, musique.
Par ailleurs, le développement récent de l’art de rue est d’autant plus ancré dans l’espace public. D’après Sylvie Clidière, auteure et essayiste spécialisée dans le spectacle vivant « On désigne communément par le terme « arts de la rue » les spectacles ou les événements artistiques donnés à voir hors des lieux pré-affectés : théâtres, salles de concert, musées… Dans la rue, donc, sur les places ou les berges d’un fleuve, dans une gare ou un port et aussi bien dans une friche industrielle ou un immeuble en construction, voire les coulisses d’un théâtre. De la prouesse solitaire à la scénographie monumentale, de la déambulation au dispositif provisoire, de la parodie contestataire à l’événement merveilleux, les formes et les enjeux en sont variés, les disciplines artistiques s’y côtoient et s’y mêlent. »
Sensibiliser au développement durable par l’art de rue peut donc être un moyen d’amener ces problématiques dans l’espace public auprès d’un public large et diversifié, et pas seulement aux aficionados du spectacle vivant. Judith Frydman co-créatrice et co-directrice de la Compagnie Des ricochets sur les pavés participe à cette dynamique d’amener l’art dans l’espace public, d’apporter l’art hors les murs, dans la ville, en lien avec le patrimoine urbain.
Avant de créer cette compagnie, Juidth travaillait pour le Festival de l’Ho en Seine et Marne, un projet entrepris autour de la Bièvre, une rivière usinière très polluée. Suite à la volonté de réouverture de cette rivière depuis 2003, le festival avait pour but d’amener le public sur ce chantier, le faire participer à cet aménagement urbain. L’Association insiste également sur des projets de démocratisation culturelle, dans le but de rendre accessible à tous les projets proposés.
La Compagnie Caribou veut également investir la rue et les « lieux du communs » pour sortir des lieux dédiés à la culture comme les salles de spectacle. « Caribou va là où les gens n’ont pas forcément vocation à aller, pour des formes plus impromptues. Nous souhaitons créer de la rencontre, tisser des liens et amener l’échange. Les formes proposées sont souples pour pouvoir agir dans différents contextes. » explique sa fondatrice. Les nouveaux lieux de vie, tiers lieux notamment, remportent selon elle ce pari de faire rencontrer un public et des participants. Ils permettent de stimuler les initiatives, ateliers, de se sentir à l’aise. Ils cassent les codes et ouvrent à des nouveaux modes de pensée.

Les différents outils de sensibilisation du spectacle vivant. Des exemples d’actions misesen place par des acteurs du spectacle vivant

Nous étudierons ci-dessous des exemples d’actions de sensibilisation aux problématiques de développement durable à l’aide d’entretiens réalisés auprès de différents acteurs du spectacle vivant ainsi que d’exemples étudiés.

Des spectacles engagés

La production culturelle en elle-même peut sensibiliser au développement durable de part le message qu’elle porte, son propos engagé.
La forme théâtrale paraît très adaptée à la sensibilisation par son aspect textuel et mis en scène, et semble être celle qui développe le plus de création sur ce thème. La Compagnie Caribou explique par exemple qu’elle tente dans ses spectacles de fairele lien entre le mal fait à la planète et celui fait aux individus :elle tente de ramener à l’échelle individuelle les actions qui “font du mal” à la planète. Un autre exemple est celui de la pièce de théâtre Le Messie du peuple chauve mis en scène par Julie Duquenoy et joué par la jeune compagnie Corne de Brume. Adaptée du roman éponyme d’Augustin Billetdoux, la pièce suit la vie d’un jeune homme de 25 ans atteint de calvitie, maladie qui est à l’origine de nombreuses questions métaphysiques et qui permet d’aborder les questions du désastre écologique. Simon, le personnage principal de la pièce, se voit investi d’une mission : « reboiser l’âme humaine », avec le « peuple chauve » qui rassemble l’ensemble des personnes atteintes de calvitie. Elu messie, Simon se rend compte que sa mission passe par une profonde mutation des modes de vie pour un changement de climat. S’ensuit la mise en place d’une stratégie pour accéder au Sommet des Nations Unies et proclamer un discours en faveur de l’écologie. Pour sa part, la compagnie Harmonie Théâtre travaille actuellement sur un projet de création de pièce de théâtre autour des déchets et du compost avec des enfants. Suite à différents ateliers de sensibilisation autour du compost dans des écoles, la metteuse en scène travaillera sur la création d’une pièce avec ces mêmes enfants. Pour Béatrice Bergeot, fondatrice de cette compagnie, « Le théâtre est un véhiculequi permet de transmettre des messages de manière ludique, artistique, pour permettre l’ancrage des informations, tout en restant divertissant. »
Les Conférences gesticulées, formes scéniques développées récemment à mi-chemin entre la conférence et le théâtre, abordent aussi souvent des thématiques liées au développement durable. Ces « contes politiques » qui ont pour but d’apporter un regard critique et/ou éclairé sur la société sont en effet intrinsèquement engagés. Voici différents exemples de thématiques des conférences gesticulées : « De Néandertal à Fukushima, la préhistoire c’est toute une histoire» par Nathalie Rouquerol, « Sainte-ISO Protégez-nous», par Régine Mary, « De l’Utopie à la bêche –faim dans le monde et fins politiques… », par Marie Kerhuelou encore « Les petits bonheurs d’une militante écologiste lobbyiste » par Cyrielle Den Hartig.
La musique peut également être un bon moyen de faire passer un message, par sa textualité également. Comme l’explique Najma Souroque de We Love Green : le choix de certains artistes programmés relève de leur engagement. Pour l’édition 2017, A TRIBE CALLED QUEST & SOLANGE, deux artistes symboles de révolution et militants d’une culture moderne et engagée, ont été programmés lors du festival. La programmation est donc une partie intégrante du festival tel qu’il est conçu, c’est-à-dire un festival engagé, qui assume un rôle éducatif et de médiation culturelle auprès des publics comme des professionnels dont il s’entoure, pour porter à travers la musique des valeurs sociales, économiques, solidaires et éveiller les consciences.La Fondation GoodPlanet a également pour axe de programmation de proposer des concerts engagés, sur les différents thèmes abordés au Domaine de
Longchamp. Les artistes contactés ou auquel nous avions pensé dans les pistes de programmation étaient par exemple l’écrivain et rappeur Gaël Faye, engagé par ses récits et abordant les thèmes de l’identité, de l’exil, de la guerre. Le chorégraphe de danse contemporaine José Montalvo, présent à l’inauguration du Domaine, a proposé une danse participative pour le public, porteuse de liens et de dialogue. Le mouvement « le chant des colibris » réunit 40 chanteurs qui militent pour des pratiques écologiques. A travers une tournée dans toute la France, le mouvement a pour but de mettre les habitants en face de leur responsabilitésur le plan de l’écologie.
Le cirque ou la danse peuvent également délivrer ce genre de message, dans un langage différent et parfois plus abstrait mais tout aussi parlant. Dans son dernier spectacle La Dernière Saison, le Cirque plume aborde de manière poétique les thèmes de la nature, du vivant et du sauvage à travers le défilement des saisons. Après l’automne, l’hiver, le printemps et l’été, une cinquième saison qui menace d’être la dernière est exposée sur scène : un océan de plastique, un air pollué, une sorte d’apocalypse dans un monde menacé par les problématiques écologiques.

Une programmation engagée autour du spectacle

Si le message porté en faveur du développement durable n’est pas présent directement au sein d’un spectacle, il peut l’être par différentes actions entreprises autour du spectacle vivant.
Le festival We LoveGreenmet en place par exemple une « troisième scène » appelée « Think Tank », au même niveau que celle des scènes musicales, qui montre l’ambition de proposer un contenu lié au développement durable aussi important que le contenu musical. Celle-ci propose à la fois des projections de films engagés et des cycles de conférences autour de l’écologie. Le festival construit ici autour de la musique devient aussi un lieu de sensibilisation par d’autres biais. Le fait de mélanger des contenus scientifiques à un événement culturel permet alors de sensibiliser le public dans un contexte plus informel et festif mais avec des formats et contenus formels. Namja Souroqueœuvre également à la mise en place de plusieurs espaces « hors musique » tels que la pépinière de start up, la prairie du Think Tank qui accueille des associations, ONG et entreprises engagées, l’espace kids, le marché de créateur etc.
Il en est de même pour le festival Artefact qui propose sur son site un espace du « vivre mieux ensemble » permettant d’échanger autour de problématiques et de pratiques écologiques, espace de sensibilisation à ces enjeux auprès du public.
C’est le pari également de la Fondation GoodPlanet qui, parallèlement à sa programmation artistique et culturelle (expositions, projections de films, concerts), propose des conférences, rencontres avec des personnalités et associations engagées. Plusieurs festivals adoptent cette approche d’un mélange de programmation artistique « non engagée » avec d’autres formats de sensibilisation en parallèle. Le festival Climaxorganisé par Darwin à Bordeaux propose une programmation musicale doublée de conférences sur différentes thématiques, tournant autour de l’alimentation pour l’édition 2017 : « Pour une alimentation décarbonnée », « Pour une alimentation solidaire », « Pour une alimentation plus respectueuse des animaux », « Pour une alimentation équitable », etc. La Compagnie Caribou, en plus de mettre en place des évènements festifs qui utilisent le vecteur artistique pour questionner des faits de société et favoriser l’échange (projections,concerts, installations plastiques participatives), organise des “brigades participatives” sur des thèmes clés: interventions, interpellation des visiteurs sur des thèmes en lien avec le développement durable. A titre d’exemple, le prochain cycle d’événements organisé par la compagnie porterasur la prévention des déchets dans la ville de Pantin.
En dehors de la mise en place d’une programmation dédiée aux problématiques de développement durable, la simple présence de charte ou de panneaux informatifs sur unlieu de spectacle vivant peut permettre de sensibiliser. C’est le cas du festival d’Aix qui affiche sur tous les lieux de représentation une « charte de l’éco-festivalier » rappelant les grands principes d’un comportement respectueux de l’environnement.

Des projets ancrés dans les territoires, en accord avec leur environnement

Une production de spectacle vivant en faveur du développement durable peut également se traduire par un ancrage local. C’est le cas des projets menés par la compagnie Des ricochets sur les pavés, qui repère des villes avec des projets d’aménagements urbains, puis trouvent des équipes qui peuvent apporter une programmation culturelle à ces mutations. La compagnie propose alors des créations in situ, des résidences d’artistes dans les villes en question puis de restitution de créations.Judith Frydman prend l’exemple du prochain projet entrepris avec la ville de Massy, autour de l’ouverture d’un parc. Dans ce cadre, une plasticienne et un artiste musicien vont créer une « balade sonore » pour le public, sur le thème de l’écoute de la ville.
Les festivals sont également très souvent ancrés dans leur territoire, jouant un rôle social non négligeable sur leur territoire d’implantation. Le festival du Cabaret Vert se décrit pour sa part comme « un projet de territoire » , ayant été créé par un groupe d’ardennais qui souhaitait« contribuer à la valorisation et au développement du département des Ardennes via l’organisation de manifestations culturelles » . Le festival se défend également de défendre les valeurs de son territoire, ce qui renforce son ancrage local. Maria GravariBarbas montre comment les évènements culturels peuvent être organisés sur des lieux choisis judicieusement, afin de les revaloriser. Des espaces socialement marginalisés par exemple peuvent être réintégrés dans la vie sociale d’un territoire grâce à l’organisation d’un festival.
A ce titre, l’exemple des « festivals de hip hop organisés dans les villes de banlieue » développé par Laurent Beru parait pertinent. Les villes de banlieues parisiennes promeuvent la culture « hip hop » fortement développée dans ces espaces. De nombreux festivals de culture urbaine sont programmés sur ces territoires, notamment dans le but d’intégrer cette culture populaire aux politiques culturelles. Toutefois, l’auteur invite à nuancer cet objectif social en considérant la volonté par les collectivités locales de donner une image « dynamique et créatives» de leur territoire par la normalisation et la mise en avant de cette culture des banlieues. Cet ancrage territorial peut en effet répondre à des enjeux de compétitivité territoriale et de recherche d’attractivité à l’échelle locale. Sous la pression et les sollicitations de la globalisation et du développement du tourisme, les territoires, et encore plus les villes, sont entrés dans une sorte de compétition, à l’échelle nationale mais surtout globale . Dans ce contexte de recherche d’attractivité, les territoires se sont ainsi vus contraints de travailler sur une identité marquée et propre au territoire et la culture est un outil privilégié, permettant un rayonnement important. En effet, elle permet de (re)valoriser l’image des territoires, en donnant celle d’un territoire vivant . Plus que les équipements culturels, c’est l’évènementiel culturel qui est le plus utilisé dans la stratégie de différenciation territoriale, proposant des projets de court terme et une présence artistique éphémère, à l’image du festival.
L’évènementiel culturel serait ainsi devenu la forme la plus à même de remplir l’objectif de renouvellement d’image du territoire.

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Table des matières
Introduction
I. Contexte de la Fondation GoodPlanet
I.1. Une fondation reconnue d’utilité publique
I.2. Et un Etablissement Recevant du Public (ERP)
II. La Fondation GoodPlanet –Domaine de Longchamp
II.1 Description
II.2. Expérience de stage
III. Tisser des liens entre spectacle vivant et développement durable
III.1. Sensibiliser au développement durable par le spectacle vivant
III.2. Ou seulement intégrer le développement durable au fonctionnement du spectacle vivant ?
Conclusion
Bibliographie

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