Théâtre et école : deux mondes fermés l’un à l’autre ?

Théâtre et école : deux mondes fermés l’un à l’autre ?

Entrée progressive du théâtre à l’école : de Platon à aujourd’hui, évolution de la place et du rôle de l’expression artistique dans le milieu scolaire

Dans un entretien recueilli par Jean-Claude Lallias et Jean-Pierre Loriol, Le théâtre et l’école : éléments pour une histoire, repères pour un avenir…  , Philippe Meirieu dresse l’historique des liens entre théâtre et école. Ainsi, dès l’époque du philosophe Platon, naît une opposition manichéenne entre une approche dite éducative et une approche plus artistique, partant d’un postulat de base où il serait question d’une incompatibilité entre intellect et sensibilité. Cette idée persiste dans l’imaginaire collectif pendant plusieurs siècles, jusqu’à l’apparition de deux courants de pensées pendant la Révolution Française, opposant encore une fois deux visions de l’éducation, l’instruction pure d’un côté et, de l’autre, celle qui souhaiterait faire une place à l’expression artistique. Notons que cela restait quand même dans un but précis et politique, à savoir souder les hommes entre eux afin de les faire se sentir appartenir à la nation et surtout, faire bloc contre l’Église. À sa naissance, l’école de la République de Jules Ferry est elle aussi héritière de cette opposition, rejetant les formes artistiques et les opposant à la raison et à la rationalité. L’expression artistique sous toutes ses formes, dont le théâtre, sont perçus comme éléments superficiels n’ayant pas leur place à l’école car s’opposant à la vérité et au sérieux. Finalement, l’entrée progressive du théâtre à l’école passe par les Jésuites et leur «théâtre d’éducation » au XVIIème siècle. Les objectifs de cette introduction du théâtre à l’école sont pluriels. Dans son article Le théâtre d’éducation des Jésuites , Pierre Peyronnet explique que si la pratique du théâtre invite les élèves de ces écoles à travailler la mémoire, la posture corporelle, la diction, l’élocution, objectif qui peut a priori se rapprocher en partie du nôtre, il ne faut pas oublier que c’est également dans une logique d’inculcation de bonnes mœurs, d’éducation à la bonne conduite et à la morale que le théâtre trouve sa place, à travers les choix des textes théâtralisés notamment.

Christiane Page, dans son ouvrage Éduquer par le jeu dramatique , parle de l’introduction du théâtre dans les classes à destination des enfants en difficulté ou en situation de handicap, initié par le courant des pédagogies nouvelles de Maria Montessori et Célestin Freinet, entre autres. L’idée de ces pédagogues était, grâce au théâtre, de permettre à ces enfants dits « différents » d’apprendre d’une autre façon et de les aider dans la construction du langage, oral comme corporel. C’est donc au XXème siècle que les activités artistiques, au sein des écoles alternatives, proposent un nouvel objectif, à savoir travailler sur le corps et sur la voix pour aider des élèves, leur apprendre à maîtriser leur corps, leurs émotions et à rentrer ainsi plus facilement dans la posture d’élève ainsi que dans les apprentissages. Le développement et l’évolution de l’individu entrent ainsi pour la première fois dans une problématique se rapprochant de celle de ce mémoire, ce qui n’était auparavant pas le cas. Cela va de pair avec le discours de ces pédagogues souhaitant un changement dans la vision de l’éducation, qui doit de plus en plus être au service de l’enfant, pour que ce dernier puisse être en mesure de participer à la construction d’une société nouvelle. C’est d’ailleurs à cette époque que les premières recherches et les premiers questionnements autour des liens envisageables entre le théâtre et l’éducation voient le jour.

Néanmoins, à travers cette évolution très résumée, nous pouvons nous questionner quant aux finalités attribuées à cette entrée du théâtre dans la sphère de l’école. La période de la Révolution française et l’école des Jésuites montrent une forte tendance à instrumentaliser le théâtre et l’éducation artistique afin de servir des objectifs n’étant pas nécessairement pensés pour l’intérêt des élèves. Si le mouvement des pédagogies nouvelles porte pour la première fois un regard nouveau sur la pratique artistique en l’intégrant dans leur politique d’éducation afin d’apporter une aide véritable aux élèves en situations particulières, qu’en est-il réellement de l’entrée des pratiques artistiques au service de tous les élèves ?

Une pratique artistique, dont théâtrale, au service des apprentissages et des élèves ?

En 2000, Jack Lang, alors ministre de l’Éducation Nationale, fait de l’éducation artistique et culturelle une priorité essentielle de sa politique, avec pour objectif qu’ «aucun élève ne quitte l’école sans avoir participé à un projet de réalisation artistique. ». La mise en place en 2001 du Plan Lang-Tasca, Plan de cinq ans pour le développement des arts et de la culture à l’école, prouve la volonté du gouvernement de l’époque d’offrir une vraie place à l’enseignement artistique au sein des écoles. En effet, la finalité du plan est simple, à savoir « placer la culture et l’art au cœur du système éducatif » en permettant notamment à tous les élèves d’expérimenter des pratiques artistiques considérées comme peu accessibles, ainsi que de diversifier les domaines artistiques abordés en proposant une diversité dans les formes artistiques proposées.

Les programmes actuels de 2015 confirment la prise en compte de la nécessité d’offrir aux élèves, dès la maternelle, une éducation artistique sérieuse et de qualité. Parmi les cinq domaines d’apprentissage de l’école maternelle, le domaine « Agir, s’exprimer, comprendre à travers les activités artistiques » a pour objectifs d’amener les élèves à développer du goût pour les pratiques artistiques, de favoriser la découverte de différentes formes d’expression artistique ainsi que de leur permettre de vivre des émotions et d’apprendre à les exprimer. Trois sous-catégories concourent à cela, les arts visuels, l’éducation musicale et le spectacle vivant. Il est attendu des enseignants de faciliter pour les élèves la pratique de quelques activités des arts du spectacle. Parmi elles, le théâtre est cité. La pratique d’activités artistiques à l’école a pour objectifs de permettre la mise en jeu du corps de l’enfant, la mobilisation et l’enrichissement de l’imaginaire.

La pratique artistique à l’école peut également permettre de favoriser le vivre-ensemble. C’est assez flagrant dans le cas de la pratique théâtrale et, plus globalement, dans toute pratique où il est question d’un projet. En effet, participer à un projet théâtre tel qu’il a été proposé dans ma classe sous-entend de fédérer le groupe autour d’un projet commun, d’impliquer les enfants dans une production collective. Ils expérimentent ainsi des moments de partage et de travail en commun avec leurs camarades. Les programmes officiels le préconisent d’ailleurs, en donnant à l’enseignant la mission d’aider les élèves à entrer en relation les uns avec les autres. Par exemple, lors des rituels de début des séances de théâtre, les élèves étaient amenés à réaliser de petits exercices favorisant l’écoute et le contact visuel et corporel avec l’autre. Lors des moments de théâtralisation à proprement parlé, les élèves ont appris à écouter les autres, à jouer la comédie en prenant en compte leurs camarades, avec la nécessité d’attendre son tour pour prendre la parole, d’écouter ce que le camarade dit. Enfin, les élèves apprennent également à devenir des spectateurs attentifs et actifs en observant les propositions de leurs camarades. Ils apprennent à critiquer positivement ce qu’ils voient et à donner des conseils, à proposer des pistes de changements et d’améliorations. Quoi qu’il en soit, les activités artistiques de manière générale permettent aux élèves de développer leur empathie, ainsi que leur capacité à s’ouvrir aux visions et sentiments des autres. Elles semblent donc avoir toute leur place à l’école.

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Table des matières

Introduction
I. LE THÉÂTRE, VECTEUR D’APPRENTISSAGES À L’ÉCOLE ?
1. Théâtre et école : deux mondes fermés l’un à l’autre ?
1.1 Entrée progressive du théâtre à l’école : de Platon à aujourd’hui, évolution de la place et du rôle de l’expression artistique dans le milieu scolaire
1.2 Une pratique artistique, dont théâtrale, au service des apprentissages et des élèves ?
2. Théâtre et langage : deux pratiques pouvant se nourrir et s’enrichir mutuellement ?
3. Évaluations diagnostiques et premières observations
3.1 Les virelangues
3.2 Les premiers jeux théâtraux en petits groupes
II. PRATIQUE DU THÉÂTRE AU SERVICE DU LANGAGE : DÉMARCHE MENÉE EN CLASSE
1. Du travail de compréhension de l’écrit à la théâtralisation : un long chemin
1.1 Choix du support : album ou saynètes ?
1.2 Comprendre avant de jouer : un indispensable travail autour du langage écrit
1.2.1 Marottes et mimes : une première rencontre avec le texte
1.2.2 Des ateliers au service de la compréhension, du langage et de la théâtralisation
2. Vers la théâtralisation : utilisation de marottes pour approfondir la compréhension du récit et entrer doucement dans le travail oral
3. De la classe à la « scène » : vers le jeu théâtral
3.1 Enseigner le théâtre sans être spécialiste, un frein ?
3.2 Les séances de théâtre : conception et organisation
3.2.1 L’importance de la construction d’un espace dédié
3.2.2 Des séances au contenu réfléchi
3.2.2.1 « Le corps d’abord »
3.2.2.2 La question des dialogues : de l’improvisation à la structuration
3.2.2.3 Suite et aboutissement des séances d’entraînement
III. MENER UN PROJET THÉÂTRE SANS PERDRE DE VUE SES OBJECTIFS : RÉUSSITES ET LIMITES DU PROJET
1. Écueils possibles et solutions à apporter
1.1 Le cas d’une classe à l’effectif important
1.2 Besoins réels des élèves et représentation finale : quelle place pour l’un et l’autre?
2. La pratique du théâtre nourrit-elle vraiment le développement des compétences langagières ?
2.1 L’utilisation de grilles d’observations
2.2 Le cas des petits parleurs
Conclusion
Bibliographie
Annexes

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