Système canadien de protection des animaux 81

Système canadien de protection des animaux 81

Histoire, valeurs, droits et statut des animaux

Introduction

Dans son petit ouvrage paru sous le titre de Nature et culture, Philippe Chouletl explique comment la culture chez l’homme est le premier responsable de la « dénaturation de la nature» et « la réduction du monde de la nature à un monde d’objets». L’humain donne l’impression de s’ être conduit en glouton en dévorant ou en exploitant sans limite tous les êtres vivants, comme on lui avait appris à le faire, comme l’incitaient les règles de l’ économie ou sa culture, tout simplement.
Au milieu du 19<1 siècle, la révolution industrielle a sans doute permis de développer des outils efficaces en termes de productivité mais elle a aussi eu un effet dévastateur pour l’environnement et certains êtres vivants. C’est au cours de cette période et dans ce contexte de modernité que s’est développée la recherche biologique avec les animaux qui sont devenus trop souvent des « objetsoutils » au service de la recherche. Aujourd’ hui, la situation perdure même si des efforts louables mais insuffisants sont faits pour redresser une situation nettement avantageuse pour l’animal humain sans qu’ on réussisse à traiter les animaux d’expérience comme nos semblables et à éviter de les voir comme un monde d’objets. Pourtant, les connaissances nouvelles sur la vie animale nous obligent à regarder différemment ces animaux que nous utilisons pour notre propre bien.

Histoire des rapports de l’homme et de l’animal

L’ histoire des rapports de l’homme et de l’animal a fait l’objet de plusieurs ouvrages dont ceux de Georges Chapouthier2 ,3 et de Boris Cyrulnik4 . Il y a aussi l’excellent travail de Barbara Cassin et 1.-

Labarrière5 paru sous le titre

L ‘animal dans l ‘Antiquité qui met en lumière la place qu’a eue l’ animal dans la pensée philosophique ancienne et le rapport entre notre attitude à l’égard de l’animal et le reste des vivants. Cette fréquentation ancienne est encore difficile et a, de tout temps, soulevé des passions. TI suffit de se référer aux textes de l’Évangile où l’abominable serpent, en offrant une pomme à Ève, a réglé le sort de l’ humanité. TI semble que, depuis toujours, on a attribué à l’ animal la responsabilité de bien des malheurs humains.
En réalité, dans ce monde du vivant et selon les époques, les traditions et les philosophies, la conception du statut de l’humain et de l’animal a varié. Selon que l’ homme s’ est plus ou moins reconnu comme un parent des animaux qu’ il côtoyait, son comportement avec les autres êtres vivants s’ en est trouvé influencé. Après l’ époque de l’ Âge d’Or6 où semblait régner la plus parfaite harmonie entre les animaux et les hommes, sont apparues des relations ambiguës et parfois contradictoires. Même si on a tendance à affirmer que l’ homme primitif semblait très proche des animaux, les peintures rupestres7 expriment pourtant des sentiments divers de l’homme envers ceux-ci comme la peur, l’ admiration, la cupidité, la curiosité et l’ amour, que l’ animal faisait naître.
Au temps de l’ Ancienne Égypte, on semblait aimer les bêtes mais ce lien affectif a été modifié avec la montée de la domestication qui a changé le statut de l’ animal de compagnie. La bête est devenue un moyen de subsistance et l’élevage une façon de gagner sa vie. Par ailleurs, certains animaux sont devenus des curiosités mais aussi des symboles ou des créatures sacrées et leurs qualités, comme la puissance vitale, la force, la fidélité, l’agilité, le courage dont faisaient preuve certains d’entre eux,ont conduit soit à leur sacralisation soit à leur sacrifice. Ce sont aussi des qualités, qui, sur la base du caractère utilitaire de certaines bêtes, ont conduit l’homme des temps modernes à se servir des animaux pour se nourrir, pour se vêtir, pour se défendre, pour protéger ses biens et pour accomplir des tâches qu ‘ il ne pouvait réaliser lui-même. La contribution du cheval, dont on a utilisé la force et l’ habileté, en fournit un bel exemple et, à juste titre, cet animal est souvent présenté comme la plus belle « conquête » de l’homme dans la mesure où il a réussi à accomplir de nombreuses tâches sans y avoir été prédisposé naturellement ou par son bagage génétique, pourrait-on dire. C’ est différent pour le chien qui est spontanément porté à défendre son territoire et pour le chat qui chasse des petits mammifères et les deux, à la suite de leur domestication, ne font que perpétuer une activité
naturelle.
On reconnaît généralement que cette attitude qui consiste à concevoir l’animal comme un objet utile est largement attribuable à la pensée judéo-chrétienne, laquelle a contribué à établir des écarts profonds entre les êtres vivants qu ‘elle départageait en entités avec ou sans âme. Le judéochristianisme, en accordant à l’ humain un statut privilégié de créature avec une âme, a considérablement influencé la vision que ce dernier a développée face aux autres êtres vivants et a même, pourrait-on dire, conduit à une forme de mépris envers les bêtes. Et cela même s’il y a eu le regard bienveillant de certains chrétiens comme Saint-François d’ Assise. L’Évangile selon Saint- Jean ne nous raconte-t-il pas que le Christ après avoir dépossédé un homme du diable qui l’ habitait le transforma en truies qui furent ensuite condamnées à se jeter d’une falaise?
Histoire qui préoccupait la tranquillité de Saint-Augustin qui a été amené à reconnaître que le Christ semblait éprouver peu de compassion pour les animaux. Le Christ paraissait se rallier à cette idée que les « animaux existent pour nous& )}. Cette position judéo-chrétienne a conservé son élan pendant des siècles et, au 1ge , il n’est pas surprenant de voir des physiologistes ou médecins aussi illustres que Claude Bernard (1813-1878) et François de Magendie (1783-1855)9 démontrer une totale absence de compassion pour les animaux sur lesquels ils effectuaient leurs expériences. Même que, dans l’histoire moderne de la recherche, ils peuvent être considérés comme des exemples d’une rare cruauté envers les animaux. Mais, faut-il le rappeler, la souffrance animale était rarement prise en considération dans les travaux de la plupart des chercheurs de cette époque.
Les chirurgies sans anesthésie étaient monnaie courante et la conception de l’animal-machine de Descartes recevait l’appui des religions chrétiennes et était, en même temps, en conformité avec laµ pensée de nombreux philosophes et hommes de science du temps. L’être vivant non humain devait être traité au même titre qu’un objet inanimé comme l’affirmaient les représentants de l’école cartésienne dont Antoine Dillylo est un membre reconnu .
L’ influence de la pensée cartésienne et judéo-chrétienne semble avoir toujours une certaine influence sur les comportements des utilisateurs actuels d’animaux en expérimentation. Dans la recherche moderne, le traitement infligé aux animaux d’expérimentation demeure sous l’ inspiration de ces idées selon lesquelles les êtres vivants non humains sont au service de l’ homme et sont perçus comme des objets ou des outils sans aucune sensibilité.

Conflits de valeurs

On retrouve au moins trois postures qui ont animé le débat ancien et qui sont toujours associées à certaines valeurs qui demeurent privilégiées dans la plupart des pays occidentaux dans lesquels s’effectue l’ expérimentation avec les animaux. Mentionnons que le théisme de certaines cultures a largement influencé les attitudes et a érigé une réelle démarcation entre l’animal humain et l’animal non humain de sorte que le premier s’est senti libre d’exploiter son semblable animal sans retenue.
Une position de filiation de l’ humain et du monde animal.
Cette position se fonde sur la reconnaissance d’un lien de parenté entre les hommes et les animaux non humains. En reconnaissant une origine commune pour l’homme et l’animal, on juge que ce lien devrait conduire l’ homme à une attitude de respect et de considération envers les animaux perçus comme ses semblables. L’histoire attribue à Empédocle et Théophraste11 cette première vision d’unicité dans le monde animal qui lie étroitement l’ humain au reste du monde vivant. Les deux avaient des visions fort ressemblantes et critiquaient le sacrifice des animaux et prônaient le végétarisme. Fidèle à la pensée empédocléenne, l’argument de Théophraste pour une éthique des rapports entre l’ homme et l’animal tient à ces mots: Celui qui s’abstient de tout être animé, même s’il n’ entre pas avec lui en communauté, s’abstiendra bien davantage de nuire à son congénère (to homogenes). Car celui qui est lié au genre par l’ amitié (to genos philôn) ne haïra pas l’espèce, mais d’ autant plus grand sera son lien d’ amitié avec le genre des animaux, d’ autant plus préservera-t-il l’amitié avec le genre des animaux, d’autant plus préservera-t-il la partie (du genre) qui lui est (le plus) apparentée 12.
Même avant que Darwin ne définisse sa théorie de l’ évolution, on voit que d’ autres philosophes avaient aussi adopté une position de compassion face aux animaux qu’ ils reconnaissaient comme leurs semblables ou du moins comme ayant une même origine. L’ animal est alors perçu, à l’ image de l’ humain, comme un être sensible capable de ressentir la souffrance et d’ éprouver du bonheur. Ce constat gênant pour les utilisateurs d’ animaux en recherche est particulièrement embarrassant pour ceux qui travaillent avec les espèces animales dites supérieures qui nous ressemblent davantage.
La reconnaissance d’une filiation entre les animaux humains et non humains conduit nécessairement au respect de tous les êtres vivants puisque ceux-ci sont perçus comme des êtres sensibles à l’ image de l’ homme. Et, en ce sens, cette position reconnaît qu’ ils méritent la compassion des humains, même s’ ils ne partagent pas tous ses attributs.
Une position de filiation de l’ humain avec un être suprême comme dans la chrétienté. Pour les chrétiens, il y a un Dieu et à son image les hommes. Cette ressemblance de l’ homme avec son Dieu qu’il honore fait de lui un animal humain et divin à la fois, jouissant d’un statut particulier dû à la présence d’une âme ou d’ attributs à l’ image de son Créateur. Avec un tel statut privilégié, l’humain s’ est arrogé des droits lui permettant d’ agir à sa guise avec les autres espèces animales. Il s’ ensuit que la posture éthique face aux autres êtres vivants dépourvus d’ âme et d’ intelligence tient à la valeur surnaturelle ou divine de son statut qui s’ apparente à celui de son dieu. Dans ce cas, le respect des autres êtres vivants se limite au respect de l ‘humain qui jouit d’un statut privilégié.

Une position utilitariste

Empédocle, Théophraste13 et plusieurs philosophes anciens étaient des adeptes du végétarisme ou encore le prônaient mais on sait que leur position visait davantage le bien de l’homme que celui des animaux même s’ils ont, malgré eux, influencé la protection du monde animal. Par rapport au monde animal, leur pensée se rapproche tout de même de celle des utilitaristes qui, au début du XIXe siècle, fondent leur philosophie sur le bonheur de l’ homme en négligeant parfois celui des autres êtres vivants. Pour eux, les animaux sont en quelque sorte au service de l’ homme ou de son bonheur et cette pensée philosophique a bien servi ceux qui, à l’aube de la recherche moderne, ont opté pour l’utilisation des animaux en recherche. Les chercheurs contemporains, qui placent le bien de l’ humain avant celui des animaux, semblent, consciemment ou pas, partager cette philosophie. Cette position à tendance utilitariste face aux ani maux s’ éloigne pourtant de celle, divergente, de Bentham qui considérait que les humains devaient aussi chercher le bien des animaux et qu’ on devait, en conséquence, les traiter avec respect et soins. Que la recherche moderne avec les animaux se soit développée dans un cadre utilitariste ou non est d’ intérêt, mais pratiquement, il est intéressant de voir si les normes qui la régissent de nos jours s’ inspirent toujours de cette quête du bonheur de l’ homme.
Nous pouvons résumer notre propos sur les différentes positions adoptées face au monde animal en disant que des valeurs distinctes ont conduit à des conceptions différentes du monde animal et, souvent, à la cristallisation des positions face au monde du vivant. C’est le cas des adversaires de l’utilisation des animaux qui se sont mobilisés en groupes bien organisés d’associations de défenseurs des animaux et qui ont réussi à recruter de nombreux membres et à maintenir des activités parfois empreintes de fanatisme. En effet, depuis 1970, des groupes de défenseurs des droits des animaux ont émergé partout dans le monde occidental et ont manifesté leur désaccord face aux valeurs et aux positions défendues par les acteurs de la recherche avec les animaux.
Rappelons que c’est dans un tel climat et dans l’indifférence du milieu scientifique qui tentait de s’organiser et de se doter d’une forme de réglementation, que sont nés des groupes pour qui la seule règle était l’abolition de l’exploitation et même de l’utilisation des animaux par l’ homme. Malgré certaines critiques fondées quant à la nature des revendications des défenseurs des animaux et aux moyens employés, il faut admettre qu ‘ ils ont apporté un regard différent sur l’utilisation des animaux basée sur des valeurs qui remettaient en cause l’hégémonie de l’homme sur les bêtes et qu’ ils sont responsables de l’amorce d’un débat de société.
Alors que ces mouvements faisaient la promotion des droits des animaux, certains philosophes se penchaient aussi sur cette question et prenaient position en faveur des animaux. Mal leur en prit, car plusieurs ont été ridiculisés par les scientifiques et associés aux fanatiques et extrémistes s’opposant à l’utilisation des animaux en recherche. Pour les scientifiques des dernières décennies, nous avons l’ impression que la question semble réglée et ils montrent peu d’intérêt ou sont peu portés à participer à la discussion des droits des animaux tout en laissant les organismes de contrôle jouer le rôle de défenseur de la recherche avec l’utilisation de l’ animal.
Il faut aussi reconnaître que, le plus souvent, les chercheurs se maintiennent à distance de leurs sujets d’ expérimentation sur lesquels ils effectuent des expériences. En effet, ce sont des techniciens et professionnels formés en conséquence qui effectuent habituellement toutes les manipulationses chercheurs sont dans la même position que la plupart des individus des sociétés modernes qui maintiennent de moins en moins de contact avec le monde animal. En effet, particulièrement depuis le début du 20e siècle lorsque le phénomène de l’urbanisation est apparu, un fossé s’est installé entre le monde animal et l’homme dont les rares liens avec quelques espèces se sont limités aux animaux de compagnies qui sont devenus bien souvent des membres à part entière de la famille et qui profitent des mêmes avantages qu’eux. Les animaux domestiques, que l’homme moderne urbanisé côtoie, se réduisent pour ainsi dire aux chiens et aux chats qui partagent avec lui sa maison, ses loisirs et profitent de son affection et de nombreux privilèges. Les autres espèces, quant à elles, si elles ne sont pas des ennemis, sont considérées comme sans intérêt si ce n’est pour être consommées sous une forme aseptisée et emballées de façon à ce que la pièce de « viande» ne semble plus être tirée d’un animal entier ayant déjà eu la vie.
En somme, les humains, qui ont le privilège de la parole et possèdent une intelligence et une « âme », maintiennent une distance avec le monde animal et acquièrent une forme de droit ou de statut leur permettant d’utiliser certaines espèces animales comme outils ou moyens d’ améliorer leur sort. C’est le cas de ceux qui, au milieu du 1ge siècle, ont commencé à utiliser les animaux comme sujets d’ expérimentation comme si leur position au sommet de la pyramide des vivants leur donnait tous les droits. Pratique beaucoup plus répondue à partir des années 1950, la recherche médicale, à qui on reproche l’utilisation excessive d’animaux mais surtout le degré usuel de souffrance qu ‘elle inflige aux sujets d’ expérience, n’a pas réussi à convaincre les groupes de défense des animaux de l’utilité de tous leurs travaux ni de la légitimité de certaines méthodes utilisées.

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Table des matières
o Remerciements
o Table des matières
o Introduction: La problématique du mémoire
L ‘objectif du mémoire
La méthodologie
Le bien-être des animaux
La place du scientifique
o Chapitre premier: Histoire, valeurs, droits et statut des animaux
1.1 Histoire des rapports de l’homme et de l’ animal
1.2 Conflits de valeurs
1.3 Droits des animaux
1.3.1 Les partisans des droits pour les animaux
1.3 .2 Les adversaires des droits aux animaux
1.4 Vie conative, conscience et droits des animaux
1.5 Statut des animaux
1.6 Statut des animaux de la faune
Conclusion
o Chapitre deuxième: Bien-être des animaux
2.1 Douleur et souffrance.
2.2 Douleur aiguë, douleur chronique et conscience.
2.3 Communication chez les animaux
2.4 Bien-être.
Conclusion
o Chapitre troisième: Normativité et praxis
3.1 Animal propriété
3.2 Normes et lois
3.3 Normes en Europe et aux Etats-Unis
3.4 Autorégulation au Canada
Conclusion
o Chapitre quatrième: Normes au Canada
4.1 Système canadien de protection des animaux 81
4.2 Conseil canadien de protection des animaux 82
4.3 Mandat du Conseil canadien de protection des animaux 83
4.4 Le principe des trois « R»
Conclusion
o Chapitre cinquième CIP A Comité institutionnel de protection des animaux
5. 1 Rôle et mandat
5.2 Composition
5.3 Fonctionnement
5.4 Lacunes et faiblesses
Conclusion
o Chapitre sixième: Réalité du terrain et praxis
6.1 Souffrances inutiles
6.2 Recherche privée
6.3 Système volontaire et géré par des scientifiques
6.4 Animaux de la faune et animaux de la ferme
6.5 Techniques substitutives : utopie ou réalité
Conclusion
o Chapitre septième: Stratégies d’action
7.1 Nouveaux rapports
7.2 Sens de la limite
7. 3 Autorégulation ou législation
7.3.1. Autorégulation
7.3.2. Législation
7.4 Principes et pratiques
7.5 Éducation
Conclusion
o Conclusion générale
o Bibliographie

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