Quelle est la différence entre une perception et une représentation ?

L’évolution de la notion de paysage en géographie

Le géographe fondateur Max Sorre, explique la notion de paysage. Selon lui, le paysage relève du rapport entre une civilisation et son un milieu “naturel”. Il aborde le paysage selon une conception anthropologique. Selon lui, la géographie est la science du paysage. Mais avant que la géographie ne soit reconnue par la majorité des chercheurs comme tel, l’étude des paysages en France a connu une évolution dans son histoire18. (Trochet. 2013)
En France, c’est dans la période de l’entre-deux-guerres que les recherches sur les paysages se développent dans les sciences de la géographie et de l’histoire. Au début, ces recherches portent presqu’exclusivement sur les paysages ruraux. Selon J Trochet, « la monographie régionale, inspirée par Vidal de La Blache, comporte souvent une étude de géographie physique et une étude de géographie humaine et selon Jean-René Trochet, même non directement envisagé comme tel, le paysage est de facto situé à la croisée des deux branches de la géographie.»19(Trochet, 2013)
C’est en 1934 avec Roger Dion, dans « l’Essai sur la formation du paysage français », que débute le grand intérêt de la géographie pour le paysage. Cependant, les études du paysage se limitent à décrire les scènes observées sans chercher à aller au-delà20 (Trochet, 2013).
En 196021, l’intérêt pour les paysages ruraux, s’affaiblit avec la diminution des thèses de géographie régionale, lié aux profondes transformations des campagnes et à la mutation conjointe de la discipline. En 197022, apparaissent des courants transversaux dans les sciences humaines et sociales permettant à la notion de paysage une ouverture sur d’autres disciplines au-delà de la géographie et de l’histoire. Cette année marque aussi le début de l’intérêt du public pour le paysage.
Dès lors, plusieurs points de vue et courant scientifique sur les paysages apparaissent. L’un des principaux points développés en géographie, selon Jean-René Trochet, est le rapport « entre le paysage et la société. Selon Thierry Brossard et Jean-Claude Wieber : «le paysage est un signe, l’apparence visible d’un système de forces plus ou moins complexe qui le produit. Ce système peut être naturel, anthropique ou, le plus souvent, mixte »23 (Trochet, 2013).
Une autre approche tout aussi importante que la précédente mais complètement différente apparait en 197624. Elle met en avant les dimensions perceptives et de l’expérience vécue dans l’étude d’un paysage. Selon J-R Torchet, le géographe Armand Fremont, père fondateur de la géographie des perceptions et des représentations a été le premier à s’être intéresser aux dimensions subjectives du paysage. En effet, «le paysage n’est plus vraiment au centre des préoccupations du chercheur, mais il est un élément d’un système culturel plus vaste que ce dernier s’efforce de décrypter. La région est à la fois un cadre heuristique et un cadre de perception ou d’appréhension »25 (Trochet, 2013). 19 Jean-René Trochet, « L’étude des paysages en France… Op-Cit. n° 18.
Peu à peu, on prend en compte la dimension subjective dans l’étude des paysages. Ainsi le paysage, « dépend du sujet qui perçoit, de ses interprétations, de ses idéologies et de ses objectifs»26 (Trochet, 2013).
Bien que, les approches et les points de vue de la notion de paysage sont multiples et de caractères différents ou bien opposés, certains géographes ont essayé de tisser des liens entre elles. A l’exemple de Vincent Berdoulay et de Michel Phipps, dans un ouvrage intitulé «Paysage et système, en 1999», ils présentent les principaux axes et systèmes de la recherche sur les paysages au milieu des années 1980. Selon Jean-René, Trochet, pour répondre à la question « Entre l’analyse des structures spatiales écologiques et l’analyse du paysage perçu, y a-t-il des ponts épistémologiques que nous pourrions mettre en relief? La réponse se situe pour eux au plan des systèmes sémiotiques. La perspective n’est plus alors d’opposer le monde des symboles à celui de la nature, mais de considérer les deux comme des niveaux différents, mais reliés, de réalité signifiante. On peut considérer le paysage comme le lieu des corrélations multiples entre les systèmes de signification et l’organisation écologique. À cet égard (…), le paysage est bien un ‘espace transactionnel» 27 (Trochet, 2013).
Ainsi, les recherches sur le paysage continuent sur cet axe, jusqu’à ce-que « Augustin Berque subsume les systèmes de signification et l’organisation écologique en un ensemble»28(Trochet, 2013). Dans cet ensemble, le paysage consiste en un va-et-vient entre le naturel et le culturel, qui devient à son tour l’objet d’étude du géographe.
Cependant, c’est Alain Corbin qui inaugure vraiment en France l’histoire des représentations paysagères avec son ouvrage publié en 1990 dans Le territoire du vide. Selon J-R Trochet, ce qui est singulier dans l’approche d’Alain Corbin c’est que « le paysage est (…) est indissociable de la personne qui le contemple. Il sollicite tous les sens, et se construit selon des systèmes de croyances, de convictions scientifiques et des codes esthétiques».

CONCLUSION DU CHAPITRE

Pour bien comprendre et mieux analyser le “paysage”, il est indispensable de construire une définition complète et un systémique du paysage, sans qu’elle ne soit trop restreinte, de façon à pouvoir donner une place au plus grand nombre d’usages possibles. Cette définition nous servira pour notre raisonnement.
D’après les définitions précédentes, que ce soit les définitions générales ou bien celles des spécialistes, on remarque qu’il y a présence d’un consensus au niveau du sens conféré à la notion de paysage. Ce qui diffère c’est la manière dont celle-ci est approchée et exprimée.
Ce schéma ci-dessous représente les mots et expressions qui synthétisent la “notion de paysage” :
Le cas européen nous permet d’illustrer la fonctionnalité du complexe-paysage, c’est-à-dire l’interdépendance entre les dimensions matérielles, représentationnelles et raxéologiques du paysage. Pour Evelyne Gauché, la complexité de la notion du paysage, est due à la multiplicité des approches (matérielles, représentationnelles, praxéologiques) et à la polysémie du terme. Michel Collot « le paysage est un carrefour où se rencontrent des éléments devenus de la nature et de la culture, de géographie et de l’histoire, de l’intérieur et de l’extérieur, de l’individu et de la collectivité, du réel et du symbolique »32 (Gauché, 2015). En effet, il existe une multitude d’approches du paysage et plusieurs définitions dépendamment de la discipline auxquelles elles appartiennent. Le paysage est une notion difficile à cerner et comme l’ont exprimé Edgard Morin et Jean-Louis Le Moigne : « la complexité est à la base du paysage »33( Gauché, 2015) Ces différentes approches de la notion de paysage, citées auparavant, révèlent différentes dimensions du même objet, en faisant du paysage un “complexe”, appelé “le complexe-paysage”. Le paysage est considéré comme un “objet multidimensionnel”. Selon une étude d’Edgard Morin, le paysage et complexe, il distingue trois dimensions qui le composent, ce qu’il a nommé les trois sous-systèmes : dimensions matérielles, idéelles et praxéologiques34. Le paysage est à la fois un objet matériel, de représentation et d’action35(Gauché, 2015). Et pourquoi un “complexe-paysage” ? Le terme complexe « complexion », vient du latin « complexio » qui veut dire “assemblage” (« nouer », « tisser »). Selon E. Gauché, le terme de complexion d’Edgard Morin «consiste ainsi à « tisser ensemble », à assembler les différentes dimensions du paysage» 36 (Gauché, 2015). Selon la même auteure, le terme de “complexe” peut aussi renvoyer à un « ensemble cohérent d’éléments divers, le plus souvent abstraits, qui, par suite de leur interdépendance, constituent un tout plus ou moins cohérent»37( Gauché, 2015).
Plusieurs géographes à analysent le paysage par le biais d’une approche systémique. Selon la source d’E. Gauché, il cite G. Bertrand le paysage est avant tout «un “produit d’interface”, dimension socio-culturelle d’un ensemble géographique qui s’interprète aussi en tant que géosystème et en tant que territoire»40 (Gauché, 2015). Dans la même source, pour Brossard et Wieber « l’expression visible d’un système producteur (processus sous-jacents), perçue et interprétée par les acteurs d’un système utilisateur (perceptions sensorielles et représentations mentales) dont les décisions pilotent en partie le système producteur » 41 (Gauché, 2015). En effet, G. Rougerie et N. Beroutchachvili expliquent le paysage « à la fois construction de la nature, de l’Homme et de l’esprit de l’Homme et la relation d’où naît le paysage est assimilée à un système de communication, avec émetteur, messages et récepteur»42(Gauché, 2015).
Par ailleurs, Y. Luginbühl introduit le « complexe paysage ou complexe paysager » (sans tirets), fondé sur la relation objet/sujet (l’interaction entre le sujet qui est l’Homme et l’objet qui est l’espace géographique), pour démontrer que le paysage ne se conçoit que dans l’interaction entre ses dimensions matérielles et immatérielles. C’est-à-dire, le paysage n’est conçu que par la présence d’un va-et-vient entre l’objet qui représente l’espace géographique avec tous ses changements à travers le temps ; et sujet pourvu, d’une mémoire, de perceptions, de raisonnements…etc. Certes, le paysage est bien ce rapport entre l’objet et le sujet mais une troisième dimension est d’autant nécessaire pour considérer un paysage comme un complexe (un ensemble ou un tout). Cette dernière est celle de l’action ; elle va non seulement avoir des répercussions sur les deux dimensions précédentes mais elle souligne le rôle de l’action du sujet sur son espace géographique. Ce sont ces actions qui composent un paysage complexe. De ce fait, la troisième dimension est importante dans l’étude d’un paysage.
Le “complexe-paysage” consiste en trois dimensions que l’auteur appelle des sous-systèmes eux-mêmes complexes et chacun de ces sous-systèmes sont dépendant de multiples facteurs : social, politique, économique, naturels… En effet, ils différent de leur contexte, ce que Edgard Morin appelle “l’environnement du système” dans l’article de E. Gauché. Ainsi, « le paysage comme “complexe” est considéré comme un système ouvert, dont l’intelligibilité « doit être trouvée, non seulement dans le système lui-même, mais aussi dans sa relation avec l’environnement », relation qui « n’est pas une simple dépendance » mais « constitutive du système. (…) Logiquement, le système ne peut être compris qu’en incluant en lui l’environnement, qui est à la fois intime et étranger et fait partie de lui-même tout en lui étant extérieur »43 (Gauché, 2015). D’où la complexité de la notion de paysage (le “complexe-paysage”). 1- Les trois sous-systèmes du complexe-paysager : Cependant, malgré cette grande complexité du paysage (paysage-complexe), l’objectif du concept est de simplifier sa formalisation et son étude. Ce que Berthoz a appelé “simplexité”. Le paysage est à la fois, inscrit dans une relation systémique, entre objet matériel, objet de représentations, et objet d’action, c’est le produit de ces trois dimensions. Cependant, il peut s’identifier aussi bien à une seule dimension mais, tout en étant la conséquence des deux autres. Essayons à présent, de comprendre chacune de ces dimensions (sous-système) qui correspondent à trois champs de recherches différentes. 1. a- La dimension matérielle : Cette dimension désigne le paysage dans sa réalité physique. Elle est nécessairement en relation directe avec l’espace géographique (la nature), sous l’influence de multiples facteurs. Selon E. Gauché, « la géographie étant la science qui étudie l’espace et les territoires, le paysage dans sa matérialité peut être qualifié de paysage géographique » 44 (Gauché, 2015). De ce fait, pour cette auteure, « le paysage géographique correspond donc à la matérialité du territoire. Il est entre autres le paysage du géographe héritier de l’école vidalienne, qui en a fait l’objet central de la géographie pendant plusieurs décennies, et l’objet des démarches objectivantes d’analyse du paysage» 45 (Gauché, 2015). Au sujet de ce sous-système, le paysage 43 Evelyne Gauché. Le paysage à l’épreuve de la… Op-Cit. n°32. 44 Evelyne Gauché. Le paysage à l’épreuve de la…ibidem. 45 Evelyne Gauché. Le paysage à l’épreuve de la… ibidem.
Selon d’autres sources, la dimension matérielle, exclue le sujet dans les études de paysage. A Lothian note d’ailleurs qu’« une version répandue de ce dualisme considérera que le paysage est l’objet en question. Indépendamment de la présence ou de l’absence du sujet qui le regarde. Cette école de pensée remonte pratiquement à la nuit des temps où les philosophes tels que SOCRATE, PLATON et plusieurs autres, se sont interrogés sur ce qu’est la beauté, ils se sont aperçus que cette dernière relève des caractéristiques intrinsèques d’un objet, c’est-à-dire des éléments qui sont inséparables de l’objet même »46 (Andrew, Lothian. 1999). Autrement dit l’Homme ne fait pas partie du paysage malgré certaines de ses interventions humaines sur la nature. En effet, lorsqu’ils précisaient ce qu’ils entendaient dire par paysage, leur représentation semble se réduire à un complexe géographique naturel, au système des composantes naturelles, ou plus simplement à la somme des différents indices et formules physique et chimique, où l’être humain reste exclu. En résumé, ce point de vue réduit le paysage à l’environnement objectif. Dans cette mouvance, le paysage est alors réduit à sa dimension matérielle, autrement dit une simple portion de l’étendue terrestre. Cependant, si on se base sur le concept de paysage-complexe. On ne peut pas ignorer les facteurs anthropiques47, déterminés par leurs représentations sociales. Le paysage est le résultat de l’ensemble des actions passées ou actuelles des sociétés (politiques, groupes sociaux…etc.)48 (Gauché, 2015). Il est aussi le fruit de l’interaction systémique entre les dimensions anthropiques et naturelles. En bref, selon A. Moine, il est « le produit du système de fonctionnement de l’espace, ou encore le résultat de sa production sous l’effet de processus naturels et anthropiques, fonctionnant en interaction »49 (Gauché, 2015). En effet, le paysage est le résultat du fonctionnement de l’espace géographique, mais, sous l’influence des facteurs naturels (qui caractérisent l’espace d’un dynamisme et d’un changement constant dans le temps) et aussi sous l’influence des actions humaines sur l’espace. Le paysage est ainsi un objet matériel (réel) qu’on peut objectivement décrit et analyser.
Selon A. Lothian « il faut attendre l’époque de la pensée cartésienne qui tracera la voie à la pensée subjective en séparant la nature de la pensée. Ainsi, tout n’est plus le fait d’un créateur divin et la pensée autonome met une distance entre l’objet observé et son observateur. Plus tard, l’apport de la psychologie établira la notion de subjectivité dans le rapport entre l’objet et son observateur. C’est donc la perception de l’objet par la pensée qui importe et non l’objet. »51 (Andrew, Lothian. 1999). A l’opposé de la démarche précédente (objective), certaines approches plus culturalistes envisagent au contraire le paysage comme étant de l’ordre de la représentation. Selon certains chercheurs cité dans le traité de E. Gauché, selon Corbain le paysage est une : « lecture esthétique de l’espace » 52 (Gauché, 2015), selon Berque « relation de type trajectif53 et expression d’une médiance »54 (Gauché, 2015), selon Y. Ormaux : « le paysage n’existe pas indépendamment du regard humain »55 (Gauché, 2015), « d’une expérience intérieure inscrite dans une culture »56 (Gauché, 2015). En résumé N. Thrift explique le paysage aeavec autant d’approches « qui se dégagent par ailleurs des seules représentations tant la manière dont l’individu peut être en interrelation avec un paysage se trouve synthétisée en mobilisant, consciemment ou non, des dimensions non-représentationnelles»(Gauché, 2015)

La dimension opérationnelle

Nombreux sont les chercheurs de ce courant, on cite Bernard Lassus, il défend l’idée que le paysage diffère de l’environnement, Selon lui, l’étude du paysage ne relève pas de l’écologie (même si elle ne doit pas l’ignorer) mais du “paysagisme”. L’Homme vit dans et avec la nature, le paysage n’existe qu’en la présence de l’Homme. L’individu fait partie de la nature et il est donc naturel qu’il intervienne par de multiples actions. Pour cette approche le paysage est un tout ; la nature – ce qui n’a pas était transformé par l’être humain -, l’être humain et le rapport entre ces deux sous-systèmes. Autrement dit, le paysage est un ensemble composite de : climat, relief, sols, éléments hydrologiques, physiologiques, zoologiques et anthropologiques. Ainsi “Le paysage” trouve ses sources dans une interaction entre (Homme/nature). Alors, le paysage naturel est fait d’une intégration des activités humaines dans un environnement (qui se matérialisent par des actions). Chaque action, de la plus modeste (les feuilles des arbres ramassées), à la plus imposante (la construction d’un bâtiment en terre) tend à modifier le paysage. D’une part, parce que chaque action sur un objet (l’espace géographique) entraîne une activité perceptive, un savoir savant et un objectif (d’aménagement, d’ordre esthétique…etc.). De plus, elle convoque de multiples compétences et responsabilités. Elle suscite la convergence des enjeux interdisciplinaires les plus riches et suggère de nombreuses acceptions et convictions. Une action paysagère peut être individuelle, relative à un geste basique ou routinier, comme elle peut être collective (acteurs publiques) et dirigée vers un projet/objectif (à tire d’exemple : les projets d’aménagements). Evelyne Gauché, explique dans son article « le paysage à l’épreuve de la complexité : les raisons de l’action paysagère » (Gauché ,2015), souligne que lorsque le paysage fait l’objet d’une politique d’aménagement nous parlons alors d’une institutionnalisation du paysage. Selon l’auteure, «l’action politique impulsée par les politiques publiques, en tant que sous-système du complexe-paysage, comprend l’ensemble des objectifs, des modalités, des outils et des acteurs de l’action paysagère, en tant qu’action intentionnelle sur le paysage destinée à en infléchir la trajectoire. L’existence d’une dimension paysagère dans les politiques publiques d’un Etat permet ainsi de parler, à des degrés divers, d’institutionnalisation du paysage»63(Gauché, 2015).

Perception et représentation 

« L’intérêt porté par la communauté scientifique aux représentations sociales des paysages ou à leur perception est apparue dans les années 1960 lorsque des conflits ont commencé à se déclarer entre divers groupes sociaux à propos d’enjeux relatifs à un aménagement modifiant le paysage. Les chercheurs ont pris conscience alors qu’il était impossible de comprendre ce qui se passait entre des acteurs opposés sur une question de ce type sans analyser les manières dont ces acteurs se représentent le paysage ou le perçoivent. Plus tard, cet intérêt a même conduit à l’organisation d’appels d’offres de recherche destinés à approfondir la connaissance de ces représentations ou des perceptions»65 (Luginbühl.2008). De même, il est impossible d’étudier ce que pensent les rennais d’un paysage en construction en terre crue, sans avoir analysé comment ils se représentent ou perçoivent ce paysage. Dans les définitions citées précédemment, nous avons retenu la définition issue de la convention européenne du paysage (2000) et celle proposée par la sociologue Christine Partoune (2004). Rappelons que selon ces définitions, le paysage est ce que l’on regarde, c’est une partie d’un territoire perçue. Il est d’abord définit comme un espace perçu. Ensuite, il est le produit d’une représentation. Notons par ailleurs, que ces dernières soulignent l’importance de la notion de perception et de représentations dans l’étude d’un paysage. Comment les individus réagissent-ils devant un paysage ? La perception d’un paysage ne se limite pas uniquement aux facultés perceptives d’un individu mais peut aussi être tributaire de variables culturelles, sociales (appartenance sociale, parcours d’études etc.) et individuelles (biographies, héritage etc.). Il est désormais clair que la dimension subjective influe les comportements et l’idée que l’on se fait d’un paysage. En premier lieu et afin d’éviter toute confusion, Nous commencerons par définir les notions de représentation et de perception. Ces deux notions font intervenir un nombre considérable de variables ; elle se charge surtout d’un certain nombre considérable da variables : affectives, matérielles, cognitives ou imaginaires.

Qu’est-ce qu’une perception ?

« On ne peut parler du paysage qu’à partir de sa perception. En effet, à la différence d’autres entités spatiales, construites par l’intermédiaire d’un système symbolique, scientifique (la carte) ou socioculturel (le territoire), le paysage se définit d’abord comme espace perçu : il constitue « l’aspect visible, perceptible de l’espace » »66 (Collot, 1986) D’une personne à une autre, d’un spécialiste à l’autre, la sensibilité n’est sans doute jamais exactement identique et varie en fonction de plusieurs facteurs : culturelles, des sociales et individuelles ; ce qui fait que la perception est variable d’une personne à l’autre. Mais, qu’est-ce qu’une perception ?
Selon le chercheur psychologue Weil-Barais, la perception est « La confrontation sensorielle des Hommes à la matérialité des lieux. (…) Elle correspond à la manière assez universelle dont les Hommes, en fonction des capacités spécifiques de leur appareil sensoriel et des modes de fonctionnement du complexe perceptivo-cognitif prennent connaissance de leur environnement et en extraient de l’information »67 (Gauché. 2015). En effet, selon l’auteure, la perception est rendu possible par le biais d’in filtre sensoriel (les cinq sens). Quand le sujet (l’Homme) fait appel aux cinq sens (naturellement, sans même prêter attention) pour observer un objet ou-bien une partie du territoire qui représente un lieu matériel, ceci est appelé “la confrontation sensorielle” (Gauché, 2015). La perception se nourrit alors du « codage de l’information communiquée par les capteurs sensoriels (…) qui produiraient seulement des ‘représentations perceptives’ sans valeur sémantique» 68 (Launay et Dérioz, 2004).
La perception, basée sur la sensation, est la première étape pour identifier une chose ou une question. A ce niveau, l’esprit reçoit des informations par le biais de ses cinq sens. Et il leur donne une interprétation spontanée. Elle pourra ensuite être affinée dans une représentation plus abstraite. Ou même être immédiatement rangée dans une catégorie existante. A titre d’exemple : on voit une pomme, grâce à sa forme, à sa couleur, à son gout, à sa texture, on la place, dans la catégorie mentale des pommes. La même chose pour notre sujet de recherche : on voit une maison construite en terre, à la couleur terre, une texture hérissée, on la place, dans la catégorie mentale des maisons en terre.
Certes, c’est avec nos cinq sens que nous percevons, et la perception est basée sur les sensations, mais est-ce fiable pour autant ? En effet, la perception peut être déformée. Quelle que soit la puissance de nos sens, leur capacité de capter, ressentir et observer, ce sont des impressions ou apparences qui peuvent différer des réalités situées sous la surface. Chez une personne consciente, ces déformations, peuvent êtres causées, soit par une déconcentration, soit d’un manque d’attention ou bien encore sous l’influence des croyances et de la mémoire. Elles peuvent induire de fausses perceptions voire à des illusions dans les cas les plus extrêmes. Lors de ces situations, le sujet passe à côté de certains aspects, il perçoit de façon erronée empêchant de ce fait de recevoir les vraies impressions. Et dans d’autres cas le sujet ne perçoit que ce qu’il veut percevoir (une perception sélective). C’est de cette façon que nos sens sont faussés par des apparences ou de fausses ressemblances.
A ce sujet Dérioz Pierre, souligne encore, la nécessité de distinguer la sensibilité de la perception. Il explique par ailleurs que l’« appréhension sensible de l’environnement [est] d’abord conditionnée par les aptitudes de nos organes sensoriels, et les représentations qui pilotent, filtrent et informent les percepts primaires (…) et qui constituent des lectures intellectuelles interprétatives du réel »  (Gauché, 2012). En effet, la compréhension d’une perception est sensible et peut être facilement induite en erreur, puisque d’autres facteurs, en plus des cinq sens agissent sur la perception d’un paysage tel que la culture, le vécu…etc. C’est ce qui fait aussi que la perception diffère d’une personne à une autre. Le même auteur explique que l’ : « universalité des mécanismes perceptifs, donc mais contingence culturelle des représentations mentales, les deux étant en « constante interaction »

Qu’est-ce qu’une représentation ?

La définition donnée par Gumuchian précise qu’« Une représentation est une structure cognitive et mentale relativement générale et abstraite et qu’il est possible de parler d’un modèle interne qui a pour fonction de conceptualiser le réel» 74(Dupre, 2011). La représentation mentale est une étape plus élaborée que la perception. Devant un objet (l’espace géographique), en premier lieu, le sujet (l’Homme) perçoit cet objet grâce aux sensations, au vécu et aux habitudes…etc. c’est ce qu’on a expliqué par la perception dans le point précédent. Ensuite, le sujet représente ces perceptions grâce au cognitif, afin de leur donner un sens réel. Autrement dit, grâce à ses connaissances antérieures, le sujet associe ses perceptions avec des représentations compatibles. Si on revient à l’exemple de la pomme cité ci-dessus : on voit une pomme, grâce à sa forme, à sa couleur, à son gout, à sa texture, on la place, dans la catégorie mentale des pommes. Jusque-là on est dans une perception. Si on va plus loin, la pomme contient la vitamine C, et cette dernière est particulièrement importante dans les cellules assurant les défenses immunitaires de l’organisme… à présent on a une information complète plus ou moins du sujet de l’objet. C’est ce qu’on qualifie de représentation. La même chose pour notre sujet de recherche : on voit une maison, construite en terre, à la couleur terre, une texture hérissée, on la place, dans la catégorie mentale des maisons en terre (on est dans une perception) la terre c’est un matériau naturel, non toxique et sans ajout chimique donc il ne provoque pas d’allergies, c’est un bon matériau de construction (pour la santé), à ce stade on est dans une représentation.
Ainsi, à l’aspect sensoriel s’ajoute une construction plus “intellectuelle”, nous formons une représentation en associant ce qu’on perçoit à une interprétation plus générale et abstraite, à un modèle, à une définition, à un principe, à une notion, ou à un dogme, lesquels, à la différence d’une simple perception, restent fixé dans la mémoire “longue” puisque nous nous basons sur ce que nous avons déjà acquis. C’est à ce niveau que se fait la (plus ou moins bonne) compréhension. Cependant, la représentation s’en distingue aussi par une référence à l’imaginaire, qui relève d’un ordre personnel (individuel) mais sous l’influence de la société. La perception est alors la « fonction par laquelle l’esprit se représente des objets en leur présence [alors que la] représentation permet d’évoquer des objets même si ceux-ci ne sont pas directement perceptibles» 76 (Dupre, 2011). Dès que la représentation peut se baser sur une référence imaginaire, elle peut ne pas être fiable. Elle peut aussi être déformée par plusieurs facteurs perturbateurs, tels que les facteurs cognitifs, émotionnels, les habitudes, les croyances, les dogmes,…etc. Ces derniers peuvent nous induire en erreur en plaçant l’objet perçu dans la mauvaise case mentale, voire nous soumettant des idées fantaisistes ou fallacieuses. A titre d’exemple, le “comportement moutonnier” c’est-à-dire l’imitation, issu soit de savoirs communs ou renvoie au contraire à de simples stéréotypes ou dogmes peuvent influencer les représentations individuelles. Par ailleurs, dans certain cas, le sujet peut faire face à certaines situations d’incertitudes, il tente alors de donner une explication improvisée pour se rassurer.

Quelle est la différence entre une perception et une représentation ?

La perception fait appel à tous les sens de l’Homme, mais les sensibilités sont limitées, ce qui fait que certaines informations peuvent échapper à l’individu dans le monde réel. A leur tour ces perceptions se transforment en représentations, en faisant appel à d’autres facteurs comme le cognitif ou encore l’imaginaire.
 La perception (au niveau sensoriel) et la représentation (plus abstraite et intellectuelle, attachée au cognitif et imaginaire) sont les deux niveaux préalables à toute décision.

Les trois modes de représentation du savoir

Le psychologue, épistémologue Piaget est le fondateur des trois modes de représentations. Selon lui il existe 3 modes de représentation du monde, qui représentent les 3 modes que l’enfant acquiert successivement au cours de son développement. Afin d’étudier ces modes de représentation, nous nous appuyons sur les travaux de Jérôme Bruner, lui-même basant ces théories sur les travaux de Piaget. Selon Jérôme Bruner, les modes d’activité cognitive dont dispose l’adulte sont les même que ceux de l’enfant.

Le mode énactif / sensori-moteur (représentation énactive)

Bruner explique que « l’information est représentée en termes d’actions spécifiées et habituelles (ex : marche, bicyclette). Il n’y a ici ni images ni symboles ou signes verbaux. Les activités sont menées sur un mode seulement procédural. C’est le premier niveau de représentation qu’acquiert l’enfant. Lié à l’action, il correspond au stade sensori-moteur»79(Bruner. 1996). Il s’agit d’une représentation qui accompagne l’action et qui est liée à l’exécution motrice (par exemple, la représentation d’un geste, d’un saut, de l’exécution d’un noeud, etc…). Cette représentation commence dès que l’enfant découvre l’odorat et le toucher, quand il rentre en contact avec le sein de sa mère…etc. Bergson explique cela par le lien qu’on a avec notre environnement, le corps dans l’espace. Il s’agit d’apprendre “par le faire”. Si on revient à notre sujet de recherche, dans la perception d’un paysage en construction en terre crue, on peut aborder cette représentation à plusieurs échelles différentes : – Il peut s’agir du rapport de l’habitant avec une construction en terre (il s’agit de l’action d’habiter dans ce cas)  confortable à vivre. – Il peut s’agir du matériau de la terre crue (l’action travailler la terre crue)  agréable à travailler
Selon l’architecte Jean-François St-Onge « L’approche énactive tente aussi de resituer la cognition par rapport au « sens commun », ces savoir-faire complexes qui nous guident dans la vie de tous les jours. C’est ce type de considération qui est au coeur de l’entreprise énactive. Essayer de resituer l’acquisition d’information par la cognition telle qu’elle est incorporée dans notre corps»80 (St-Onge, 2012).

Le mode iconique (représentation iconique)

L’information est représentée sous forme d’images. Le sujet construit sa propre image d’un objet du monde réel, c’est des représentations qui sont indépendantes de l’action. « Les images ne saisissent pas seulement la particularité des événements ou des objets : elles donnent naissance et servent de prototypes aux classes d’événements ; elles fixent des repères auxquels on peut confronter les événements afin de les classer» 81 (Bruner. 1996). Ce mode amène à se représenter quelque chose sans l’avoir devant les yeux. L’action est transformée en image mentale. Bruner explique que notre capacité à représenter le monde en termes d’image typique et de similarités nous donne une sorte de structure pré-conceptuelle sur laquelle nous nous basons afin d’agir. « Les images développent leur propre fonction, elles deviennent de précieux résumés de l’action» 82 (Bruner. 1996).
A présent revenons à notre problématique. Dans ce cas, c’est à travers une image (qui développe son propre fonctionnement, elle résume l’action) que le sujet peut exprimer des représentations, (reconnaître des sensations). A titre d’exemple :
– L’image d’une maison en terre, qu’est-ce que cela nous évoque ? Dans le cas où le sujet a déjà expérimenté un lieu similaire (voir/ être dans une maison en terre) les sensations déjà vécues, les connaissances acquises vont lui permettre de se faire une représentation du lieu. En revanche, dans le cas où le sujet n’a jamais vécu/ vu une maison en terre, il va se baser sur ses propres connaissances ou bien sur des modèles. Dans ce cas-là le sujet porte généralement un regard esthétique.

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Table des matières

INTRODUCTION GENERALE
 PREMIERE PARTIE
CHAPITRE N° 1 : QU’EST-CE QU’UN PAYSAGE
1- Définition du paysage
2- L’évolution de la notion de paysage en géographie
– CONCLUSION DU CHAPITRE
CHAPITRE N° 2 : LE PAYSAGE COMME SYSTEME-COMPLEXE
1- Les trois sous-systèmes du complexe-paysage
1-a- La dimension matérielle
1-b- La dimensions subjective
1-c- La dimension opérationnelle
– CONCLUSION DU CHAPITRE
CHAPITRE N° 3 : LES PERCEPTIONS ET LES REPRESENTATIONS D’UN PAYSAGE
1- Perception et représentation
1-a- Qu’est-ce qu’une perception ?
1-b- Qu’est-ce qu’une représentation ?
1-c- Quelle est la différence entre une perception et une représentation ?
2- Lest trois modes de représentation du savoir
1-a- Le mode inactif
2-b- Le mode iconique
2-c- Le mode symbolique
3- Les types de regards sur le paysage et leurs valeurs
3-a- Le regard informé
3-b- Le regard formé
3-c- Le regard initié
– CONCLUSION DU CHAPITRE
 DEUXIEME PARTIE
CHAPITRE N° 1 : LA TERRE CRUE UN MATERIAU DE CONSTRUCTION DE DEMAIN
1- La construction en terre crue en France
2- La terre crue et ses techniques de construction en France
2-a- Qu’est-ce que la terre crue
2-b- Les techniques constructives en terre crue
2-c- La construction en terre crue à Rennes
3- La terre crue d’aujourd’hui
CHAPITRE N°2 : ENQUETE DE TERRAIN
1- L’objectif de l’enquête
2- La justification des questions
3- Analyse des données
A- section « paysage » : qu’est-ce qu’un paysage ?
B- section « paysage en terre crue »
– Hypothèse n°1- Hypothse n°2
– Schéma récapitulatif des hypothèses
4- Les limites de l’enquête
CONCLUSION GENERALE 
BIBLIOGRAPHIE
TABLE DES FIGURES 
TABLE DES TABLEAUX 
ANNEXES

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