Psychologie de la peur : quand l’espace est source d’anxiété et de peur

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Visionnage et analyses de films

J’ai regardé de nombreux films d’horreur et d’angoisse de différentes époques et de différentes origines géographiques. Il s’agissait surtout de classiques du cinéma d’horreur. J’ai donc analysé les procédés de mise en scène, les symboliques utilisées, les ambiances, les éléments architecturaux, l’exploitation des sensations et de la psychologie du spectateur. Le but était d’identifier les films pertinents pour l’étude (lien fort à l’architecture comme dans les films de Kubrick ou de Hitchcock par exemple), de relever les différents aspects énoncés, de les analyser et de les comparer entre films.

Lectures bibliographiques

J’ai recherché des analyses de spécialistes dans des revues d’architecture, des livres sur le cinéma en bibliothèque (Cité de l’architecture et du patrimoine) et sur internet. J’ai également lu des articles sur la psychologie de l’espace ou des articles plus scientifiques, comme des articles sur les théories des espaces. Cette documentation était principalement en langue anglaise.

Biologie de la peur : les origines scientifiques d’une expérience commune

La peur est un état psychologique, physiologique et comportemental induit chez les animaux et chez l’homme par une menace pour le bien-être ou la survie, réelle ou potentielle. Elle se caractérise par une augmentation de l’excitation, de l’activation autonome et neuroendocrinienne, ainsi que par des comportements spécifiques. La fonction de ces changements est de faciliter la gestion d’une situation défavorable ou imprévisible.

Le circuit de la peur

La peur est une sensation physique et psychique qui résulte d’un stimulus extérieur sensoriel qui se développe dans le système nerveux sous la forme d’un grand nombre de connexions. Le circuit de la peur est également nommé « circuit thalamo-cortico-amygdalien » car il comprend le thalamus, l’hippocampe et l’amygdale. Il s’agit d’une structure du système limbique et du cortex pré-frontal.
Le circuit de la peur comprend en réalité deux circuits distincts situés dans le système limbique du cerveau :
– Un circuit court : stimulus sensoriel –> thalamus –> amygdale –> réaction
– Un circuit long : stimulus sensoriel –> thalamus –> cortex –> hippocampe –> amygdale –> réaction
Ces deux circuits fonctionnent en parallèle, déclenchés par un stimulus sensoriel (sons, vision, touché).
Le circuit court transmet l’information plus rapidement et permet donc une réaction rapide. Ce phénomène est à l’origine des réflexes de survie et de défense. Le thalamus est la zone par laquelle toutes les informations recueillies par nos sens arrivent. Il les transmet ensuite aux zones spécifiques concernées. Dans ce cas, l’amygdale, centre de la peur, sécrète un neurotransmetteur, le glutamate. C’est ce dernier qui induit un réflexe. D’origine primitive, ce circuit permet de répondre à la question : face au danger perçu, faut-il rester immobile ou bondir ? Cependant, ce circuit court ne transmet que des informations floues, pour répondre ou non à l’urgence immédiate d’une situation.
Le circuit long permet donc de transmettre une information plus précise au cerveau et d’adapter la réaction du circuit court. Ce circuit, plus lent, induit un temps de réaction non négligeable. La réponse de ce circuit ne dépend pas uniquement du stimulus sensoriel initial mais également du contexte. En effet, il fait également référence à l’expérience intrinsèque du sujet dans l’analyse de la situation via la zone de l’hippocampe.
Dans le cas du circuit long, le signal passe par la zone du cortex pré-frontal, impliqué dans le contrôle des émotions. Cette information est ensuite transmise à l’hippocampe. Cette zone compare alors l’information avec des souvenirs antérieurs et des expériences passées. En fonction de cette analyse, l’hypothalamus sécrète alors une hormone, le CRH («corticotropin-releasing hormone»). Le CRH déclenche alors la sécrétion d’ACTH (adrénocorticotropine) par une glande, l’hypophyse. L’ACTH atteint alors l’amygdale.
C’est l’amygdale qui déclenche ensuite les réactions corporelles appropriées en libérant des hormones, parmi lesquelles le cortisol et l’adrénaline. Ces hormones sont ensuite responsables de l’accélération du rythme cardiaque, de l’augmentation de la pression sanguine, du rythme respiratoire, de la sudation, de l’émission d’un shot de glucose dans le sang, de l’augmentation de la captation de potassium des muscles et la dilatation des bronches. Au fur et à mesure que l’information se précise, l’hippocampe puis l’amygdale adapteront leur réponse (quantité plus ou moins importante d’hormones de stress libérées). Ce circuit a pour but de mobiliser le corps pour le préparer à répondre à l’agression extérieure. Le cerveau doit en effet faire un choix : s’immobiliser, de préférence en se cachant (dans l’espoir d’échapper au danger), fuir (lorsque la menace devient trop imminente), ou lutter (quand il n’est pas possible de fuir ou de se cacher).
Il est ainsi aisé de comprendre pourquoi en situation de stress ou de peur, les muscles se raidissent, la gorge et l’estomac se noue… Par ailleurs, il est important de souligner l’importance de
la mémoire dans les circuits liés à la peur du fait de la proximité entre l’hippocampe et l’amygdale. Mémorisation et émotions sont intimement liées.

Peur et plaisir

Après avoir compris l’origine biochimique de la peur et son lien avec des mécanismes de défense, comment l’expérience de la peur peut-t-elle être convertie en plaisir dans les films d’horreur ? Pourquoi les fans de films d’horreur recherchent tant cette sensation initialement induite par la menace d’un danger ?
Pour Christopher Dwyer, chercheur à la National University of Ireland à Galway, plusieurs facteurs sont à considérer. D’une part, le cerveau est capable de discerner les dangers réels ou non. Lorsque la peur se fait sentir, le corps a trois options : l’immobilisation, la fuite ou la lutte. Cependant, lorsque le sujet se trouve dans un environnement sans réel danger (film d’horreur, jeu vidéo ou émission télévisée), son cerveau évalue la situation et comprend qu’il n’y aucun risque. Ce phénomène est à mettre en relation avec le rôle de l’hippocampe, évoqué précédemment. En charge de comparer l’information perçue par le corps avec ses expériences et le contexte qui l’entoure, il analyse que la situation ne relève pas d’un danger physique réel. Le corps se calme alors. Il s’agit alors d’une peur contrôlée. La poussée d’adrénaline provoquée par les circuits de la peur provoque une libération d’endorphines et de dopamine. Ces deux neurotransmetteurs sont à l’origine de la sensation de plaisir. Ils sont semblables à l’opioïde, une substance psychotrope de synthèse ou naturelle dont les effets sont similaires à ceux de l’opium.
Pour Christopher Dwyer, lorsque le cerveau se rappelle qu’il est en réalité en sécurité (le filet de sécurité), la peur s’atténue, laissant place à un sentiment de soulagement et de bien-être intérieur. Le professeur de Psychobiologie de l’UNED, Francisco Claro Izaguirre partage l’analyse de Christopher Dwyer. D’après lui, les films d’horreur auraient pour vocation principale de tromper l’ennui. En effet, ils suscitent l’excitation grâce à cette peur contrôlée. Pour Izaguirre, ces films seraient l’occasion d’observer la souffrance ou la mort depuis un endroit sécurisé. De plus, en permettant ainsi d’être témoin des malheurs et des catastrophes, ils renforceraient consciemment ou inconsciemment une jouissance qui calmerait l’anxiété face à la mort.
« To really enjoy a scary situation, we have to know we’re in a safe environment, it’s all about triggering the amazing fight-or-flight response to experience the flood of adrenaline, endorphins, and dopamine, but in a completely safe space. »
(Trad. Pour vraiment profiter d’une situation effrayante, nous devons savoir que nous somme dans un environnement sécurisé. Il s’agit de déclencher l’incroyable réaction de combat-fuite pour ressentir les effets de l’adrénaline, d’endorphines et de dopamine, mais dans un espace totalement sûr.)

Kerr, The Atlantic

De plus, certains aiment repousser leurs limites en recherchant des sensations fortes pour déterminer leur point limite de tolérance de leur peur. S’ils sont capables de supporter le barrage d’anxiété, de suspense et de peur, ils éprouvent alors souvent un grand sentiment de satisfaction personnelle. La forte production d’adrénaline expliquerait donc la dépendance au visionnage de films d’horreur ou à la pratique de sports extrêmes chez certains individus.
Cependant, il est intéressant de noter que tous les individus n’apprécient pas de la même façon les films d’horreur. Certains ne semblent pas bénéficier de la relation peur-plaisir résultant du shot d’adrénaline. Il existerait alors une différence chimique entre les individus. C’est ce que soutient David Zald et ses collègues de l’Université Vanderbild. A la suite d’une expérience sur différents sujets, ces chercheurs ont avancé une théorie nouvelle. Les personnes prenant plaisir au visionnage de films d’horreur ou d’angoisse ne possèderaient pas de « frein » à l’émission de dopamine par l’amygdale. En effet, après l’émission dans le circuit long des hormones de réaction (adrénaline, cortisol, endorphine, dopamine…), celles-ci sont re-capturées par les neurones dans le cerveau. Tout du moins, leur quantité est régulée. Cette régulation serait donc défectueuse chez ces individus en particulier. Pour David Zald, c’est en raison de niveau de dopamine plus élevé dans leur cerveau que ces individus éprouvent plus de plaisir face à ce genre de situations.
Pour Christopher Dwyer, l’inconnu est également attrayant et effrayant, c’est cette dualité qui éveillerait la curiosité et l’attirance du spectateur. Le chercheur soulève un point intéressant mais controversé : la « curiosité du côté obscur ». Cette notion se rapporte aux théories de Freud pour qui l’homme serait habité par une pulsion de mort, qui participe au même titre que la pulsion de vie, au plaisir. Cette pulsion pourrait être une des explications possibles à la recherche de la peur. Selon Freud, le Thanatos entrerait en concurrence avec les pulsions de vie (auto-conservation et pulsions sexuelles), avec des actes potentiellement autodestructeurs. D’après Christopher Dwyer, d’autres recherches suggèrent que de nombreux comportements autodestructeurs tirent leur origine de la recherche de plaisir immédiat.
Après avoir étudié l’origine physiologique de la peur, il est fondamental de comprendre son lien avec l’espace. Il s’agit donc de comprendre comment l’hippocampe détermine de ce qui, dans l’espace, nécessite de réagir ou non.

Psychologie de l’espace : théoriser l’imperceptible

Lorsque l’individu perçoit un espace, l’information enregistrée par le cerveau est analysée. Cette analyse prend en compte plusieurs facteurs : le contexte, l’environnement mais aussi des souvenirs et un apprentissage primitif.

Prospect and refuge theory

La théorisation des angoisses liées aux espaces est soumise à controverse car elle a fait l’objet de peu d’études théoriques et cliniques.
La « Prospect and refuge theory » développée en 1975 par Michael J.Ostwald, professeur d’architecture à l’Université de New South Wales à Sydney en Australie, tente de s’y attaquer. Son étude a pour but de déterminer pourquoi certains espaces font se sentir bien en répondant aux besoins primitifs humains et pourquoi d’autres au contraire provoquent l’angoisse. D’après l’auteur, ces espaces offriraient la possibilité d’observer (prospect) sans être vu (refuge).
En 1991, Grant Hildebrand, architecte et historien de l’architecture, professeur émérite au département d’architecture du College of Built Environments de l’Université de Washington à Seattle, s’attaque à nouveau à cette théorie en l’appliquant à l’architecture de Frank Lloyd Wright.
À partir de ce moment, la prospect and refuge theory a gagné en popularité et les architectes et paysagistes s’y sont davantage intéressés. Hildebrand tente de donner les qualités spatiales de ces espaces refuges en termes d’exploration et de complexité : espaces plus ou moins ouverts, accès à la lumière naturelle et à des perspectives vers l’extérieur, complexité spatiale de la conception, hauteur des plafonds, tailles des terrasses…
Cependant cette théorie, faute de définir précisément les concepts et de produire suffisamment d’éléments concrets en appui, n’est pas totalement aboutie aujourd’hui. Elle a tout de même été utilisée pour interpréter et analyser les oeuvres architecturales de grands noms de l’architecture : Le Corbusier (Unwin 2010), Alvar Aalto (Roberts 2003), Jørn Utzon (Weston 2002), Glenn Murcutt (Drew 1985) et Sverre Fehn (Unwin 2010). Cette théorie a également été adoptée dans la théorisation du design (Pollan 1998; Jacobsen et al. 2002; Gallagher 2006) et a été fréquemment citée comme principe de base de l’architecture (Lidwell et al. 2003; Kellert 2005; Lippman 2010), du design d’intérieur (Augustin 2009) et du design urbain (Menin 2003; Crankshaw 2008).

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Table des matières

Introduction
Méthodologie
I. Psychologie de la peur : quand l’espace est source d’anxiété et de peur
A. Biologie de la peur : les origines scientifiques d’une expérience commune
– Le circuit de la peur
– Peur et plaisir
B. Psychologie de l’espace : théoriser l’imperceptible
– Prospect and refuge theory
– Savanna Preference
– Defensible space
C. Transposition à la pratique dans les films d’horreur
– Espace labyrinthique et saturé
– Espace vide et exposé
II. Typologies de l’horreur : la portée des architectures dans l’intrigue
A. Le mythe de la maison victorienne
– Des maisons mystérieuses au passé douteux
– Une esthétique néo-gothique porteuse d’un imaginaire particulier
– Une maison souvent isolée
– Un plan labyrinthique qui fait perdre toute raison
– Une maison symbole de l’état psychique et sociologique de ses habitants
B. La maison pavillonnaire individuelle
– Un schéma de scénario
– Une histoire liée au passé du site
– Une maison critique de la société
– Une maison personnifiée
C. Diversification des typologies
– L’inconnu et le vide de l’espace sidéral
– L’architecture des tours : critique de la société moderne
III. Quand les outils du cinéma s’emparent de l’architecture
A. Les outils du cinéma au service de l’architecture
– Symétrie et point de fuite
– Le hors-champ
– Couleurs à l’écran : saturation et contraste
– Profondeur de champ et champ visuel
– Mouvement de caméra
B. Objets symboliques des failles de notre perception des espaces
– L’escalier
– Ouvertures : portes et fenêtres
– Les miroirs
– Le basement : la cave
C. Quand ambiances lumineuses et acoustiques font prendre conscience d’un espace
– L’expressionnisme allemand et la lumière
– Les techniques de l’acoustique
– L’architecture sonore (sonic architecture)
Conclusion
Bibliographie
Filmographie

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