Profils des adolescentes abusées sexuellement résilientes et non-résilientes

L’abus sexuel

Après un survol des publications sur l’abus sexuel, deux constats sont apparus très clairement. Le premier est relatif au fait qu’il n’existe pas encore de consensus entre les chercheurs sur la définition de l’abus sexuel. Le deuxième constat concerne la définition de l’abus sexuel qui a connu de nombreux changements depuis les premiers moments et qui s’est élargie de manière importante au cours de la dernière décennie afin d’y inclure les nouvelles données sur les situations abusives découvertes par les chercheurs.
Au début de la recherche en abus sexuel, les seuls critères qu’on utilisait pour définir l’abus sexuel correspondaient à un contact sexuel par la pénétration, les attouchements, les baisers et les caresses (Finkelhor, 1994). Les critères de non contact-l’exhibitionnisme, le voyeurisme et la pornographie – n’étaient pas considérés par les chercheurs comme des actes sexuels ayant un impact négatif sur l’enfant. TI est maintenant reconnu que l’abus sexuel représente « des activités sexuelles commises sur un mineur par la menace, la force, l’intimidation, ou la manipulation. Les activités sexuelles comprennent les caresses, l’invitation d’ un enfant à toucher ou à être touché sexuellement, la pénétration, le viol, l’inceste, la sodomie, l’exhibitionnisme, l’implication d’un enfant dans la prostitution ou la pornographie ou sur internet » (Collin-Vézina et al., 2013, p.1). Les auteures se sont appuyées des écrits de Putnam (2003) et de Wolak, Finkelhor, Mitchell, & Ybarra (2008) pour élaborer cette définition.

Résilience et abus sexuel

On a constamment rapporté qu’une proportion aussi importante que la moitié des enfants victimes d’un trauma sexuel ne démontrait aucun symptôme pathologique associé à l’abus sexuel (Dumont, Widom, & Czaja, 2007; Finkelhor & Berliner, 1995; Hecht & Hansen, 2001; McClure, Chavez, Agars, Peacock, & Matosian, 2008). Bien que nous ayons connu une augmentation des publications sur la résilience et l’abus sexuel au cours des dernières années, relativement peu de recherches se sont attardées à comprendre les mécanismes de résilience des victimes abusées sexuellement et à documenter les facteurs de protection de façon exhaustive (Daigneault, Tourigny, & Cyr, 2004; Eisold, 2005; Spaccarelli & Kim, 1995). Ces facteurs de protection sont associés aux facteurs de risque qui ont été décrits dans la partie précédente et l’évaluation de la résilience est déduite à partir de ces deux ensembles de facteurs. Les premiers favoriseraient la résilience alors que les seconds la diminueraient. Les facteurs de protection peuvent être autant des caractéristiques personnelles qu’environnementales (Daigneault, Hébert, & McDuff, 2009). Après avoir présenté des données épidémiologiques récentes sur la résilience en abus sexuel, nous abordons les facteurs de protection qui ont été le plus souvent documentés dans les recherches. Dans une revue des écrits scientifiques sur l’abus sexuel et la résilience, publiés avant 2013, Dornhardt et ses collaborateurs (2015) ont répertorié 37 articles à partir des bases de données les plus utilisées (PsycINFO, MEDLINE/PubMed, Web of Science, et PSYNDEX). Ces auteurs ont identifié une variété de facteurs individuels et environnementaux qui modéraient ou servaient de médiateurs pour l’adaptation positive des victimes abusées sexuellement à différentes périodes de leur développement. Dans l’ensemble des recherches consultées, on a trouvé chez les enfants et les adolescents, un taux de résilience qui allait de 10 à 53 % et ce taux était sensiblement le même chez les adultes (15 à 47 %).

Instruments de mesure de la résilience

Les études sur la résilience ont comme objectif principal l’identification des différences dans les caractéristiques individuelles ou environnementales chez les personnes ayant vécu un événement traumatique pour repérer les déterminants ou les facteurs de protection qui favorisent l’adaptation positive de ces personnes. On compte plusieurs instruments de mesure qui se sont raffinés au cours des trois dernières décennies. Ayant acquis une plus grande flexibilité et efficacité à analyser une quantité d’information plus large, ces instruments nous permettent maintenant d’avoir une meilleure compréhension du processus de résilience.
Dans un premier temps, nous présentons les instruments de mesure sur la résilience qui ont été spécifiquement élaborés pour les populations d’adolescents et qui ont été suggérés par les chercheurs des deux plus récentes revues scientifiques (Ahern et al., 2006; Békaert, Masclet, & Caron, 2011).
Dans un second temps, les caractéristiques de trois instruments de mesure qui ont fait l’objet d’une traduction française sont décrites ainsi que leurs limites. Je termine cette section en mentionnant l’instrument de mesure qui a été sélectionné pour la présente étude.
La première recension est celle effectuée par Ahern et ses collaborateurs (2006) qui avait comme but d’analyser les propriétés psychométriques des instruments de mesure sur la résilience et leur adéquation pour une population d’adolescents. Dans une première phase, les auteurs ont lancé une recherche à partir des termes résilience et instruments ou échelles dans plusieurs bases de données (EBSCO, MEDLINE, PsycINFO et PsycARTICLES et Internet). Cette étape leur a permis d’identifier six instruments de mesure spécifiques aux adolescents. Dans un deuxième temps, une autre recherche a ciblé uniquement les études qui ont été effectuées sur le développement psychométrique de ces six instruments. Les données recueillies ont été compilées dans un tableau permettant de comparer les instruments entre eux.

Description des stratégies de coping

Dans l’ensemble des travaux, deux grandes catégories de coping sont évoquées par la majorité des auteurs: le coping centré sur le problème et le coping centré sur l’émotion. Le premier a pour objectif de résoudre le problème ou d’altérer la source de stress et le deuxième, de diminuer ou gérer la détresse émotionnelle associée au problème. Ces deux catégories sont utilisées selon les préférences de l’individu, sa personnalité, la situation de stress, etc. (Paulhan & Bourgeois, 1995). Le coping centré sur le problème est celui où la personne se met en action dans le but de changer la situation. Elle peut ainsi augmenter ses ressources ou minimiser les exigences de l’évènement. Certaines stratégies sont utilisées spécifiquement pour enrayer le problème par l’action directe et la planification, d’autres sont mises en place pour favoriser la résolution du problème par la recherche d’information ou d’assistance.
Ces différentes stratégies sont: l’analyse de la situation, la recherche d’informations ou de conseils, la consultation d’un spécialiste, l’élaboration d’un plan d’action, la priorisation, la planification du temps, l’attitude combattive, le désengagement comportemental, la distraction (investissement massif dans une activité, relaxation), l’évitement, etc. Toutes ces stratégies de coping sont considérées comme étant efficaces sauf le désengagement comportemental et l’évitement. Le désengagement comportemental correspond à la réduction des efforts ou à l’abandon des tentatives pour résoudre le problème; le désengagement d’un but inaccessible peut parfois s’avérer une stratégie très adaptative, mais il peut plus souvent empêcher l’utilisation du coping efficace. L’évitement – qui renvoie à la fuite du problème – est une stratégie dommageable pour le bien-être et augmente la détresse (Paulhan & Bourgeois, 1995).
Même si à court terme, cette stratégie peut s’avérer efficace (Bal et al., 2003). En général, le coping centré sur le problème est efficace dans des situations contrôlables où il agit pour réduire l’anxiété. Par contre, cette stratégie de coping peut être génératrice d’anxiété quand la personne fait face à des évènements incontrôlables (Marx & Schulze, 1991).
Le coping centré sur l’émotion est celui où l’individu tente de réduire sa détresse émotionnelle en modifiant son attitude face à la situation perçue comme stressante par certaines stratégies: par exemple, les réactions agressives brusques et impulsives de l’adolescente, l’expression des émotions à quelqu’un. Le coping centré sur l’émotion est vu a priori comme un processus unique, il implique en fait plusieurs processus différenciables tels que la réinterprétation positive, le déni, la recherche de soutien émotionnel, le blâme de soi, l’expression des émotions et le recours à la pensée magique. Certaines stratégies aideront l’individu aux prises avec une situation de stress comme la réinterprétation positive qui a pour but de gérer la détresse émotionnelle au lieu de combattre le stresseur, et où la personne exprime une plus grande force intérieure au sortir de l’épreuve.

Instruments de mesure des stratégies de coping

Pour évaluer les manières dont les enfants et les adolescents font face au stress, les chercheurs ont utilisé quatre types de mesure, soit les autoquestionnaires, les entretiens semi-structurés, l’observation des comportements et les comptes rendus faits par des personnes significatives. Certains instruments de mesure se concentrent sur un stresseur en particulier (accident de voiture, abus sexuel, etc.), alors que d’autres évaluent le coping en général (Ayers, Sandler, West, & Roosa, 1996). Les instruments ont été retenus soit parce qu’ils étaient traduits en français ou parce qu’ils représentaient le prototype de plusieurs autres mesures.
Le Children’s Coping Strategies Checklist (CCSC; Sandler, Tein, & West, 1994) a comme intérêt, la qualité des items qui ont été construits initialement à partir d’entrevues avec des enfants. Ce questionnaire évalue le coping dispositionnel chez les enfants. Le choix des items, le développement et la révision ont été faits par l’analyse des items et l’analyse confirmatoire de facteur sur des échantillons antérieurs (Ayers et al., 1996). Sauf pour la sous-échelle «expression des émotions », les alphas sont comparables à ceux des autres instruments pour les enfants contenant des sous-échelles de longueur similaire. Toutefois, il s’adresse au coping en général et non aux situations de stress spécifiques comme l’abus sexuel.
Le How I Coped Under Pressure Scale (HICUPS; Ayers et al., 1996) est un questionnaire qui comprend 54 items regroupés en quatre sous-échelles (coping actif, distraction, évitement et recherche de soutien). TI évalue les stratégies de coping utilisées par les enfants et les adolescents quand ils sont confrontés à un problème spécifique.

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Table des matières

Introduction 
Contexte théorique 
L’abus sexuel
Définition
Données épidémiologiques
Les facteurs de risque
Facteurs de risque individuels
Facteurs de risque familiaux
Facteurs de risque spécifiques à l’ abus sexuel
La résilience psychologique 
Bref survol sur l’ évolution de la résilience
Définition
Résilience et abus sexuel
Instruments de mesure de la résilience
Les stratégies de coping 
Définition
Description des stratégies de coping
Instruments de mesure des stratégies de coping
Coping chez les adolescents abusés sexuellement
Coping évitant
Expression des émotions
Blâme de soi
Résilience et efficacité des stratégies de coping
Les mécanismes de défense
Définition et regroupements des mécanismes de défense
Définition
Fonction pathologique ou adaptative
Approche chronologique
Classification
Hiérarchisation
Approche évaluative des mécanismes de défense
Recherches sur les défenses chez les adolescents
Résilience, coping et efficacité des mécanismes de défense
Pertinence de l’étude, objectifs, hypothèses et question de recherche
Méthode 
Considérations éthiques 
Participantes 
Recrutement
Instruments de mesure 
Entrevue semi-structurée
Échelle Wagnild et Young (1993)
BriefCope (Carver, 1997)
Questionnaire de Style Défensif (DSQ-40; Andrews et al., 1993)
L’Échelle d’évaluation du fonctionnement global (EGF; DSM-IV-TR)
Davido-CHaD
Thematic Aperception Test (Murray, 1938)
Accords inter-juges
Déroulement de l’ expérimentation
Constitution de deux sous-groupes
Résultats 
Analyse descriptive
Échelle de résilience
Hypothèse 1 a)
Stratégies de coping
Hypothèse 1 b)
Hypothèse 2
Mécanismes de défense
L’hypothèse 2
Test de la main qui gêne
Échelle d’évaluation globale du fonctionnement
Résumé des résultats
Résultats à l’étude de cas
Résultats aux tests
Résultats au TAT
Résumé
Discussion
Le fonctionnement psychologique de l’ ensemble des participantes 
Données sociodémographiques
La symptomatologie post-traumatique
Résilience personnelle
Stratégies de coping
Mécanismes de défense
Main qui gêne
Échelle d’évaluation du fonctionnement global
Étude de cas
Limites de l’étude et recommandations 
Retombées
Conclusion
Références

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