Profil des sensibilisations allergéniques en consultation de pneumo-allergologie pédiatrique

Les maladies allergiques sont la résultante d’un problème sous-jacent au niveau du système immunitaire, nommé sensibilisation allergénique, qui se traduit par une production anormalement élevée en immunoglobulines E (IgE) spécifiquement dirigées contre un ou plusieurs allergènes. Le diagnostic d’une allergie repose donc sur la mise en évidence de la sensibilisation, par la réalisation du prick-test et le dosage des IgE vis-à-vis du ou des allergènes suspectés.[1]

D’après les statistiques de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), les maladies allergiques telles que l’asthme, la rhinite allergique, la dermatite atopique et les allergies alimentaires représentent aujourd’hui la quatrième maladie chronique dans le monde après les cancers, le sida et les maladies cardio-vasculaires[2].

En effet, la prévalence de l’allergie respiratoire a augmenté partout dans le monde au cours des deux dernières décennies. Actuellement, près de 30 % de la population est atopique, 5 à 10 % étant atteints d’asthme et un peu plus de 20 % de rhinite allergique[3]. La fréquence des allergies alimentaires quant à elle, trois fois plus fréquente chez l’enfant que chez l’adulte, a doublé en cinq ans [4]. En Occident, les maladies allergiques font partie des affections les plus fréquentes : plus de 50% de la population européenne développent des réactions allergiques [2] et la sensibilisation allergénique a augmenté de 35% chez l’enfant ces trente dernières années.

En Afrique, la prévalence de l’asthme est en augmentation constante comme en attestent les études épidémiologiques menées[5]. En revanche, la fréquence de l’atopie est encore mésestimée dans bien des contrées africaines. Si le rô1e de certains pneumallergenes peut être licitement suspecté au regard de la climatologie et de la configuration des habitats, cette éventualité reste localement peu documentée dans la littérature référencée. Par ailleurs, une étude réalisée au Maghreb et au Sénégal montrait que la sensibilisation aux allergènes alimentaires était fréquente chez les enfants présentant une symptomatologie allergique[6]. Ainsi donc, si la prévalence de la sensibilisation aux différents allergènes a fait l’objet de nombreuses études en Europe, peu d’études ont été menées en Afrique. C’est dans ce contexte que nous nous sommes proposés de réaliser ce travail dont l’objectif général était d’évaluer, par la réalisation du prick-test, le profil de sensibilisation allergique chez des enfants suivis en pneumo-allergologie à Dakar.

CADRE ET METHODES D’ETUDE

Cadre d’étude

Notre étude s’est déroulée à Dakar (Sénégal), au service de pédiatrie de la Clinique Pasteur de Dakar [7]. Créée en 1974 par le docteur Frédéric A FARAH, gynécologue obstétricien de profession, la clinique Pasteur est l’une des premières cliniques privées de haut niveau au Sénégal. Sise sur l’avenue Pasteur non loin de l’Assemblée Nationale, jusqu’en 1982, elle est ensuite transférée au 50 rue Carnot, dans un ancien hôtel réaménagé d’où son architecture particulière. En 2002, elle a été prise en gérance par le docteur Alioune Sarr, gynécologue de profession jusqu’en 2009, année de son rachat par ce dernier qui en est actuellement le propriétaire et Directeur. La clinique est dotée de plusieurs services spécialisés :
– Un service de gynécologie
– Un service d’urologie
– Un service de cardiologie
– Un service de gastro-entérologie
– Un service de pédiatrie

Le service de pédiatrie est dirigé par un Professeur en pneumo-allergologie pédiatrique, et son fonctionnement est assuré par un personnel médical permanant constitué d’un pneumo-pédiatre et d’un personnel paramédical ; le personnel non permanant étant essentiellement constitué de pédiatres contractuels. Situé au 2ième étage, le service de pédiatrie s’ouvre sur une salle d’attente, attenante au bureau du médecin et à la nurserie. Les chambres d’hospitalisation se répartissent au 1er et au 2nd étage. Le service de pédiatrie dispose par ailleurs d’une consultation de pneumoallergologie avec réalisation de tests allergologiques cutanés (prick-test) et d’exploration de la fonction respiratoire (EFR).

Déroulement des consultations
Les enfants étaient retenus pour le test après un interrogatoire policier précisant notamment :
– le délai des manifestations ;
– l’absence de contre-indications à la réalisation du prick-test.
Un examen clinique complet était réalisé afin de vérifier l’absence de tout signe d’épisode aigu. Les prick-tests ont été réalisés avec des extraits commerciaux Stallergenes vis-à-vis des pneumallergènes (acariens, phanères animales : chat, chien et mouton, moisissures, blatte, pollen). Les trophallergènes ont été testés avec les extraits commerciaux Stallergenes pour les œufs, le lait, les crevettes, l’arachide, le chocolat, la sardine et le thon noir. Le choix des allergènes est guidé par le contexte clinique. Les résultats étaient ensuite interprétés et consignés sur une fiche de recueil des résultats.

DISCUSSION 

Limites de l’étude 

Nous avons mené notre étude dans une clinique, avec un faible nombre de participants, ce qui pourrait entraîner un probable biais dans l’interprétation des résultats. En effet, le faible niveau de vie de la population générale fait que peu d’individus consultent en clinique. Cependant, cette étude a le mérite de son caractère inaugural et donne des informations de base sur le profil de sensibilisation aux allergènes des enfants à Dakar.

Données sociodémographiques

Nous retrouvions au cours de notre étude une prédominance de patients de sexe masculin, avec 72,6% de garçons et 27,4% de filles avec un sexratio H/F à 3.6. Cette prédominance de garçon est également décrite par d’A.A.M. Djogbe à Cotonou[8] (prédominance du sexe masculin), F. Rancé à Toulouse (sexratio H/F de 1,5) [9], Safoora Hosseini & al. A Téhéran (62,4% de garçon et 37,6% de filles) [10] et de R.P. de Carvalho B. (63.8% de garçons et 36.2% de filles) au Brésil [11]. Cependant, la fréquence beaucoup plus élevée de garçons dans notre étude peut être liée à notre faible échantillon. L’âge moyen des participants à notre étude était de 7 ans avec une prédominance d’enfants âgés de moins de 5 ans (43,8%). Ce qui dénote d’une population jeune, que retrouvent B. Bakonde au Togo (41,7% de moins de 5 ans)[12], R.P. de Carvalho & al. (âge moyen de 5 ans) [11], et Safoora Hosseini & al. (âge moyen de 5,7 ans)[10].

Indications cliniques
L’asthme était l’indication la plus fréquente quelle que soit la tranche d’âge (84,9%), suivie de la rhinite allergique (69,9%) et de l’eczéma (47,9%). B. BAKONDE retrouvait les mêmes résultats dans son étude menée en consultation d’allergologie à Lome (asthme =72%, RA=24% et DA=2,5%)[12], de même que F. Rancé à Toulouse (asthme=58%, RA= 32%)[9] et Safoora Hosseini à Téhéran (asthme= 57,1%, RA= 20,4%, DA= 11,7%)[10]. Bien que le rang occupé par chacun de ces symptômes soit le même d’une étude à l’autre, on peut noter une grande différence dans leur fréquence dans notre étude. Celle-ci peut être due à :
● L’effectif restreint de notre étude
● La durée de notre étude
● La variation de la prévalence des maladies allergiques d’un pays à un autre en fonction des facteurs environnementaux : en effet, Dakar la concentration de particules fines de la ville de Dakar est en moyenne cinq fois supérieure aux recommandations de l’OMS[13].

Par ailleurs, la prévalence de l’asthme était la plus élevée chez les enfants âgés de 10 à 15 ans (97%), alors qu’elle était de 87,5% chez l’enfant de moins de 5 ans. Ces résultats peuvent s’expliquer par des consultations tardives en pneumoallergologie pédiatrique.

Sensibilisations allergiques 

Dans notre étude, nous notions une prédominance d’individus poly-sensibilisés (59,7% contre 40,3% de mono-sensibilisés). Une prédominance que note aussi F. Rancé (44% de monosensibilisés) [9] et H. Chérif et al. (32,1% de patients mono-sensibilisés contre 67,8% de poly-sensibilisés) [14]. A contrario, S. Ben Ameur et al. retrouvaient une prévalence plus élevée de mono-sensibilisés à Tunis (74,2%) [15]. Les résultats de notre étude peuvent s’expliquer par l’existence d’allergies croisées, notamment entre les acariens et les crevettes. La faible prévalence de la sensibilisation aux trophallergènes (25,6% dans notre étude), pourrait ainsi être liée à la faible prévalence de la sensibilisation aux pollens.

Par ailleurs, il ressort de notre étude une prédominance de sensibilisation aux pneumallergènes (74,6%), avec les acariens en tête de liste (78%), suivis des moisissures (35,6%) et des phanères d’animaux domestiques (chien, chat ; 28%). Si les études référées dans ce travail retrouvent toutes les acariens comme allergène et pneumallergène le plus fréquent, nous notons une disparité en ce qui concerne les autres allergènes : alors que B. Bakonde au Togo retrouve des résultats similaires aux nôtres (acariens= 73,4% ; moisissures= 39,95% ; phanères d’animaux domestiques= 36,7%)[12], F. Rancé et S. Ben Ameur retrouvaient le pollen comme 2nd allergène le plus fréquent. Cette fréquence plus élevée des sensibilisations aux moisissures dans nos contrées peut s’expliquer par notre climat tropical, chaud et humide, qui favorise le développement des moisissures. De plus, la ville de Dakar étant très peu boisée, la non exposition au pollen peut expliquer l’absence de sensibilisation pollinique. En ce qui concerne les sensibilisations aux trophallergènes, elles sont généralement moins fréquentes que celles aux pneumallergènes, bien qu’elles soient en constante progression. En effet, nous retrouvions dans notre étude 25,4% de sensibilisations au trophallergènes avec une forte prévalence chez les enfants âgés de moins de 5 ans. Même constat pour B. Baknde (36,7% de sensibilisation aux trophallergènes)[12]. Ces résultats concordent avec la littérature où il est décrit une fréquence des decrescendo des allergies alimentaires avec l’âge. En outre, nous notons dans cette étude une prédominance de sensibilisation aux crevettes (30%) suivie de celles à l’arachide et à la sardine (16,6% chacune). Ces résultats ne concordent pas avec ceux de R. Cheikh qui retrouvait en majorité une sensibilisation à l’arachide au Sénégal[6], ni avec ceux de F. Rancé qui retrouvait une prédominance des sensibilisations à l’œuf. Nous pouvons toutefois expliquer cette prévalence importante de l’allergie aux crevettes, par l’existence d’un croisement entre sensibilisation aux acariens et aux crevettes.

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Table des matières

INTRODUCTION
1 OBJECTIFS
2 CADRE ET METHODES D’ETUDE
3 RESULTATS
4 DISCUSSION
CONCLUSION
RECOMMANDATIONS
REFERENCES
ANNEXE

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