Précocité des agirs sexuels déviants 

Caractéristiques des AAAS

De nombreuses études cliniques et empiriques ont tenté de relever certaines caractéristiques psychologiques, comportementales et développementales afm de pouvoir arriver à une certaine classification des types d’AAAS (Lussier, Van Den Berg, Bijleveld, & Hendriks, 2012). Plus précisément, les études se sont intéressées au potentiel discriminant de certaines variables chez les AAAS afin de les différencier des autres adolescents délinquants non sexuels (ADNS), telles que la victimisation sexuelle, les difficultés d’attachement, l’ isolement social, le développement sexuel, la présence d’ intérêts sexuels atypiques, les psychopathologies et les habiletés cognitives (Seto & Lalumière, 2010).

Victimisation sexuelle

Il est reconnu que les agresseurs sexuels ont davantage vécu de victimisation sexuelle que les agresseurs non sexuels ou les individus n’ayant pas commis de délits (Maniglio, 2009; Seto & Lalumière, 2010), d’où l’ importance d’aborder ce sujet lors de la prise en charge. Selon la littérature scientifique, entre 0 et 80 % des AAAS ont rapporté avoir été sexuellement abusés (Hunter & Figueredo, 2000; Jespersen, Lalumière, & Seto, 2009; Ryan, Miyoshi, Metzner, Krugman, & Fryer, 1996; Worling, 1995). Toutefois, le pourcentage moyen habituellement reconnu dans la littérature se situe entre 32 et 46 %.
Plusieurs limites peuvent expliquer la variabilité entre les études, telles que l’absence d’un consensus dans la définition d’un abus sexuel et les différentes sources d’ informations utilisées pour les antécédents de victimisation sexuelle (Seto & Lalumière, 2010). Ces données doivent alors être interprétées avec prudence.
Parmi les explications possibles de l’abus sexuel commis par les AAAS, les théories de l’apprentissage social suggèrent que les jeunes sexuellement victimisés auraient plus tendance à répéter les mêmes comportements abusifs appris pendant leur propre victimisation (Ryan, 1989). Certains affirment également que l’agression sexuelle pourrait se comprendre par l’ actualisation d’un comportement appris, ou encore comme une façon pour les AAAS de reprendre le contrôle de leur propre victimisation et d’adopter le rôle de dominant plutôt que celui de dominé (Veneziano & Veneziano, 2002). D’ailleurs, les résultats de Burton (2003) démontrent que les AAAS ont tendance à abuser des victimes ayant des caractéristiques semblables à leur propre agresseur, telles que le genre de l’agresseur, le lien avec sa victime (p. ex., inconnu, lien familial, etc.) et à adopter le même modus operandi pour arriver à ses fins (p. ex., menaces, par le jeu, etc.). Ainsi, la victimisation sexuelle des AAAS a longtemps été présentée comme étant l’une des principales explications de leurs propres abus sexuels (Marshall & Barbaree, 1990). En effet, plusieurs auteurs ont postulé qu’ il y avait une association entre le fait d’ être abusé à l’enfance et de commettre à son tour un abus sexuel plus tard, soit l’hypothèse de l’ abuséagresseur (Lee, Jackson, Pattison, & Ward, 2002; Seto, 2008) ou encore le « syndrome du vampire » (Worling, 1995). Dans leur étude, Aebi et ses collaborateurs (2015) ont effectivement trouvé, à partir de données recueillies par sondage auprès de 6628 étudiants (âge moyen de 15,5 ans) provenant d’écoles publiques de la Suisse, que les adolescents ayant été victimisés sexuellement à l’enfance étaient plus susceptibles d’adopter des comportements sexuels coercitifs que ceux n’ ayant pas vécu d’abus sexuel. Or, de récentes études démontrent que le lien entre la victimisation sexuelle et l’abus sexuel est davantage indirect que causal. En effet, un abus sexuel à l’enfance peut être corrélé à une trajectoire de développement atypique, notamment par rapport aux relations avec les pairs et aux comportements sexuels. Il est alors possible que la victimisation sexuelle à l’enfance ait un impact sur d’autres facteurs de risque de l’abus sexuel, tels que l’ isolement social et les intérêts sexuels déviants (Seto & Lalumière, 2010). Bien que la victimisation sexuelle ne soit pas un facteur explicatif unique des abus sexuels, il demeure néanmoins un facteur important à prendre en considération lors des interventions thérapeutiques puisqu’il permet de comprendre certaines dynamiques de l’adolescent (Auclair, Carpentier, Proulx, Jacob, & Quenneville, 2012; Tourigny & Baril, 2011).
De plus, dans une recherche ayant pour but de comprendre la différence entre les enfants victimisés sexuellement devenus à leur tour agresseur et ceux n’ayant pas abusé sexuellement, Hunter et Figueredo (2000) ont conclu, à partir de données recueillies à l’aide d’entrevues dirigées et de questionnaires auprès de 235 adolescents (13 à 17 ans) provenant de divers milieux aux États-Unis (programmes de traitement spécialisé, centre de réadaptation, programmes sociaux, communauté), que plus l’enfant est jeune lors de l’abus sexuel et plus la fréquence des abus est élevée, plus il y aura de conséquences négatives sur son développement psychosocial et psychosexuel. Les résultats suggèrent également que la détection et la dénonciation d’un abus sexuel peuvent être plus tardives lorsque la victimisation est vécue en bas âge. La perception d’être peu soutenu par l’entourage à la suite du dévoilement des abus sexuels augmente également le risque de développer une problématique d’agression sexuelle à l’adolescence (Hunter & Figueredo, 2000). Somme toute, il est reconnu que les abus sexuels vécus à l’enfance sont lourds de conséquences (troubles de l’humeur, troubles de personnalité, problèmes interpersonnels, engagement dans des comportements sexuels à risques, etc.) et ce trauma vient également perturber le développement sexuel de l’enfant (Hébert, Cyr, & Tourigny, 2011). De plus, les abus physiques, psychologiques et sexuels vécus à l’enfance sont des facteurs de risques développementaux qui peuvent mener à des comportements sexuels abusifs plus tard à l’adolescence ou à l’âge adulte (Lee et al., 2002; Rich, 2011). Bien qu’il soit nécessaire d’aborder la victimisation sexuelle lors de l’évaluation et le traitement des AAAS afin de voir ses impacts et ses liens avec les agirs sexuels déviants, il est également important de s’ attarder aux autres facteurs explicatifs (p. ex., abandon précoce, perte traumatiques précoces, accès à du matériel pornographique, climat familial intrusif, etc.) afin d’ avoir une compréhension globale de l’ adolescent (Lafortune, 2002).

Difficultés d’attachement

Malgré l’attention portée aux difficultés d’ attachement chez les AAAS depuis les dernières années, il existe seulement quelques recherches empiriques pour soutenir le lien entre les comportements sexuels abusifs et le type d’ attachement. Bien qu’il puisse apparaître logique et intuitif d’expliquer et de comprendre le développement des comportements sexuels abusifs par les problématiques d’attachement, tout lien causal demeure purement théorique (Rich, 20 Il). Il existe cependant des appuis substantiels quant au fait que les vulnérabilités liées aux difficultés d’attachement sont des facteurs prédisposants significatifs dans le développement des comportements sexuels abusifs chez les adultes et adolescents (Smallbone, 2005). En effet, des problèmes d’attachement peuvent réduire la capacité à ressentir de l’empathie, à réguler ses émotions et à résoudre des problèmes en situations sociales, ce qui peut augmenter les risques d’adopter un comportement coercitif dans les relations interpersonnelles (Seto & Lalumière, 2010; Smallbone, 2006).
De plus, d’ autres études portant sur les adultes auteurs d’ agression sexuelle ont remarqué que cette population différait des adultes ayant des comportements criminels non sexuels par leur plus grande probabilité de présenter un style d’ attachement insécurisé. L’ étude de Marsa et ses collaborateurs (2004) ont notamment fait ce constat, en comparant ces deux groupes (n = 29 et 30 respectivement, provenant de prisons irlandaises) à un groupe contrôle (n = 30 provenant de la population générale) en mesurant l’attachement à partir de questionnaires. Le style d’attachement insécurisé à l’âge adulte se caractérise par une incapacité à créer et maintenir des relations amoureuses stables et satisfaisantes, en plus d’ être associé à plusieurs déficits psychosociaux (p. ex., isolement, sentiment d’impuissance, conflits interpersonnels et difficulté quant à la gestion de la colère; Lyn & Burton, 2004; Marsa et al., 2004). En s’appuyant sur de nombreuses études ayant documenté les liens entre l’ attachement insécurisé et l’agression sexuelle, Grady, Levenson et Bolder (2017) ont proposé un modèle étiologique de l’agression sexuelle basé sur la théorie de l’attachement. Selon eux, des expériences adverses (maltraitance, trauma) durant l’enfance mèneraient à un style d’attachement insécurisé, qui à son tour pourrait mener au développement de difficultés d’ ordre psychosociales et comportementales, incluant l’agression sexuelle. Comme le type d’attachement demeure relativement stable et présent au cours de la vie, il est possible de penser que l’adulte présentant un attachement insécurisé était alors auparavant lui-même un adolescent ayant les mêmes problèmes d’ attachement (Rich, 2011 ).
De récentes études se sont intéressées à l’attachement chez les AAAS d’enfants (Miner et al., 2010; Miner, Romine, Robinson, Berg, & Knight, 2016). Les auteurs ont comparé, à partir de données recueillies par entrevues semi -structurées et par questionnaires, des AAAS d’enfants (n = 107) avec des adolescents qui ont commis des crimes non sexuels (n = 122; Miner et al. , 2010) et des adolescents en traitement pour des problèmes de santé mentale ou d’abus de substance (n = 93) qui provenaient de plusieurs établissements (centre de traitement spécialisé, centre d’hébergement ou de réadaptation; Miner et al., 2016). Leurs résultats indiquent qu’un attachement insécurisé est significativement associé, mais de manière indirecte, à la perpétration d’un abus sexuel.
Ainsi, les adolescents ayant un attachement davantage insécurisé sont plus susceptibles de commettre des actes de violence sexuelle à l’égard des enfants que ceux ayant un attachement moins insécurisé. De plus, toujours selon leurs résultats, l’ implication sociale (avoir des relations sociales versus isolement social) expliquerait l’ association entre l’attachement insécurisé et le fait de commettre des abus sexuels.

Habiletés sociales

Les études portant sur les caractéristiques en lien avec la socialisation des AAAS suggèrent qu’ ils présentent des déficits quant à leurs habiletés relationnelles et sociales (Auc1air et al., 201 2; loyal, Carpentier, & Martin, 2016; Knight & Prentky, 1993; Marshall & Barbaree, 1990). En effet, de nombreuses recherches ont constaté que les AAAS avaientde la difficulté à initier et maintenir un contact relationnel avec des pairs de leur âge, car ils ont des déficits sur le plan des habiletés sociales, tels qu’entrer en relation, s’engager dans une conversation et décoder adéquatement les états émotifs de l’ autre pendant les interactions (Knight & Prentky, 1993; Seto & Lalumière, 2010; Worling, 2001). En 1986, une étude américaine devenue célèbre révélait que près de 65 % des AAAS (N = 305) présentaient un déficit des habiletés sociales, des relations interpersonnelles insatisfaisantes et un isolement social (Fehrenbach, Smith, Monastersky, & Deisher, 1986). Dans une étude plus récente, loyal et ses collaborateurs (2016) ont trouvé, suite àune analyse des dossiers de 351 AAAS évalués en clinique externe spécialisée au Québec, que plus de la moitié des AAAS de leur échantillon (54,1 %) vivaient de l’isolement social ,avant de commettre le délit sexuel et que cette caractéristique touchait particulièrement les AAAS d’ enfants (65,4 %) comparativement aux AAAS de pairs et d’ adultes (31 ,8 %).
Les AAAS d’enfants auraient alors un profil plus sombre que les AAAS de pairs ou d’adultes quant à la socialisation. En effet, ils seraient moins habiles sur le plan des relations interpersonnelles et vivraient davantage d’ intimidation et de rejet de la part de ,leurs pairs, ce qui entraînerait un isolement social plus important (Hendriks & Bijleveld, 2004). De plus, les AAAS d’ enfants rechercheraient des contacts avec des enfants beaucoup plus jeunes qu’ eux, car cela leur permettrait de diminuer leur isolement social, tout en se sentant plus compétents, appréciés et valorisés. L’abus sexuel d’enfant leur permet également de combler leur besoin relationnel et d’ intimité sans faire face à un potentiel rejet de leur part (Auclair et al., 2012; Marshall, Hudson, & Hodkinson, 1993).

Régulation des émotions

Il est avancé par certains auteurs que l’isolement social et les difficultés d’adaptation favorisent l’émergence d’émotions négatives et le besoin d’évacuer cette tension (Cortoni & Marshall, 2001 ; Tardif, 2015). Cependant, il n’est pas rare que les AAAS aient une problématique quant à la régulation des émotions (identifier l’émotion, capacité à moduler les émotions négatives, stratégies de gestion des émotions) et plusieurs sont également dans l’ incapacité d’aller chercher un soutien social lorsqu’ ils vivent une détresse émotionnelle. Dès lors, le fait de ressentir ces émotions peut résulter en une perte de contrôle et, associé à des intérêts sexuels, mener l’adolescent à abuser sexuellement. Ainsi, le passage à l’ acte peut, en partie, être expliqué par les déficits quant à la gestion des émotions et du contrôle des pulsions (Ward & Siegert, 2002).
De plus, l’utilisation de la sexualité à l’ adolescence, telle que la masturbation compulsive, et l’absence d’ autres moyens ou expériences positives pour améliorer l ‘humeur et l’ estime de soi, peuvent mener l’adolescent à faire un lien entre la sexualité et le bien-être émotionnel (Cortoni & Marshall, 2001). Chez ces jeunes, le début de la masturbation est plus hâtif et le fait d’avoir des comportements masturbatoires compulsifs augmente les probabilités d’ utiliser la sexualité comme stratégie d’ adaptation afin de contrer le stress et les émotions négatives vécues notamment par l’isolement social (Marshall & Marshall, 2000). Une étude rétrospective menée auprès de délinquants sexuels adultes (n = 59), provenant de prisons fédérales canadiennes, a permis d’ estimer, à partir de données recueillies par questionnaires, que ces derniers utilisaient davantage les activités sexuelles, qu’ elles soient déviantes ou non, pour faire face à leurs problèmes et détresse émotionnelle à l’ adolescence, comparativement aux délinquants non sexuels (n = 30). Selon les résultats de cette étude, il y aurait une relation linéaire entre l’isolement social et la sexualité. En effet, plus les déficits relationnels étaient importants, plus la sexualité était utilisée comme une stratégie d’adaptation pour contrer la détresse émotionnelle (Cortoni & Marshall, 2001).

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Table des matières

Sommaire 
Remerciements 
Introduction 
Contexte théorique
Délinquance sexuelle à l’adolescence
Définition de l’agression sexuelle
Prévalence et incidence
Caractéristiques des AAAS
Victimisation sexuelle
Difficultés d’attachement
Habiletés sociales
Régulation des émotions
Développement sexuel
Intérêts sexuels atypiques
Psychopathologies
Habiletés cognitives
Typologies 
Précocité des agirs sexuels déviants
Âge de la victime et lien familial
Spécificité des agirs délinquants
Taux de récidive et facteurs de risque
Taux de récidive
Les facteurs de risque de récidive
Récidive sexuelle
Récidive non sexuelle
Récidive générale
Le traitement des AAAS
Approches thérapeutiques 
Thérapie de groupe
Thérapie individuelle
Thérapie familiale
Thérapie multisystémique
Cognitivo-comportementale
Psychodynamique
Good Lives Model
Pharmacologie
Autres traitements
Efficacité du traitement
Synthèse critique
Alliance thérapeutique
L’ intégration des traumas
L’ intégration des enjeux d’attachement
La prévention
Conclusion 
Références

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