Perception de la médecine traditionnelle

La maladie est devenue le profit des grandes industries et des commerçants. Malgré l’évolution de la science médicale, les hommes ne cessent pas de souffrir des maladies presque difficiles à guérir. Dans nos pays (Comores, Madagascar) respectifs dont la pauvreté est devenue le fléau qui menace le bien être de la population, les soins médicaux sont très coûteux. Chaque personne ne cherche qu’à apaiser ses souffrances et ses maux. Par tous les moyens, l’objectif est de souffrir moins. Nos traditions sont riches en thérapies et en prévention. Alors, il serait mieux de les structurer afin de faciliter l’accès pour tous. Car,

« […] Il ne sera pas facile de combler le fossé entre la médecine traditionnelle et la médecine moderne […], cela n’est pas impossible puisque nous avons tous le même objectif : guérir et soulager les souffrances. » .

La seule différence de la médecine traditionnelle avec la médecine moderne c’est que cette dernière est enseignée dans les écoles. Pour la première, bien qu’elle ne soit pas homologuée, elle a sa représentation du monde, elle a sa propre manière d’appréhender son environnement et sa propre logique. C’est dans un contexte socio-culturel que les informations sont recueillies, transmises et interprétées.

Pour le cas des Comores, particulièrement l’île d’Anjouan, l’accès aux soins est très difficile. Or, la plus grande partie de la tradition se cadre sur le plan médicinal. Il en résulte de même que le patrimoine floristique est composé pour la plupart des plantes médicinales. Dans cette perspective, le problème reste à savoir comment la médecine est pratiquée dans le cadre traditionnel ? Quels en sont les impacts ? Pourquoi n’est pas la structurer pour l’accès aux soins pour tous ? C’est justement en essayant de résoudre ces problèmes que notre travail a pour ambition d’attirer l’attention des Organismes ou des Institutions légaux pour se pencher sur les pratiques traditionnelles dont certaines produisent des « miracles ». Dans la logique où les questions posées, nos recherches seront divisées en trois grandes parties.

PERCEPTION DE LA MÉDECINE TRADITIONNELLE 

État des lieux

Comores ou République fédérale islamique des Comores (en arabe, Djouhoûrîyat Djouzour el Qomor el Ittihâdîya el Islâmiya), est un pays situé dans l’océan Indien, à l’entrée nord du canal du Mozambique, et comprenant les îles de Grande Comore (ou Ngazidja), de Mohéli (Mwali) et d’Anjouan (Nzwani). L’archipel des Comores, pont entre l’Afrique, Madagascar et le Proche-Orient, compte une quatrième île, Mayotte (ou Maoré). Celle-ci, à l’issue d’un référendum au cours duquel les autres îles ont choisi l’indépendance, a préféré se maintenir sous souveraineté française. La république des Comores, dont la capitale, Moroni, se situe sur la Grande Comore, couvre une superficie de 1 862 km². D’origine volcanique, les Comores, situées à égale distance de l’Afrique et de Madagascar, sont essentiellement formées de montagnes, qui surplombent des plaines côtières étroites. Le sommet le plus élevé, le Kartala (2 361 m) sur la Grande Comore, est un volcan toujours actif dont la dernière éruption s’est produite en 1977. Les îles, soumises à un climat tropical humide, sont exposées à la mousson de l’océan Indien de novembre à mai, et aux alizés, qui prévalent le reste de l’année. Les températures vont de 23 °C à 26 °C en moyenne. Les précipitations varient en fonction de l’altitude, Moroni reçoit 2 600 mm d’eau par an, mais le massif du Kartala en reçoit de 6 000 à 8 000 mm par an. La faune et la flore se rattachent à celle de Madagascar (les papillons et les lémuriens). Les fonds marins recèlent le cœlacanthe, un poisson que l’on croyait disparu depuis le crétacé.

Les Comores possèdent une flore estimée aux environs de deux mille espèces. Il existe de nombreuses espèces endémiques et la population y trouvent pour la plupart des usages aux fins médicinales. Comme toute végétation est adaptée à un milieu bien déterminé, chaque maladie est spécifique à une région et les plantes qui y poussent. En 2003, la population comorienne était de 632 948 habitants, soit une densité moyenne de 340 habitants au km². La situation géographique des Comores, qui furent intégrées au commerce swahili dans l’océan indien, explique la diversité de son peuplement : les Antalaotres, peuples de la mer à l’origine mythique, seraient les premiers habitants. Des Arabes, des Perses, établis initialement à Zanzibar et sur la côte orientale de l’Afrique, des Malgaches et des Indiens musulmans sont venus peupler l’archipel.

Les langues officielles sont le français et l’arabe, la langue vernaculaire, le comorien ou Shaafi Islam, est proche du swahili plus parlé à la Grande Comores. Mais des migrations ont formé aujourd’hui une population homogène caractérisée par les mêmes coutumes, la même langue la shicomori divisée en deux dialectes très proches avec quelques variantes selon les îles. La population est majoritairement musulmane, sunnite de rite shaféite. Il existe également une minorité chrétienne. 34 % seulement des Comoriens habitent les villes, dont la plus peuplée, Moroni, la capitale, sur la Grande Comore, compte moins de 30 000 habitants. Les autres centres urbains importants sont Mutsamudu, sur Anjouan, et Fomboni, sur Mohéli. Les Comores demeurent très pauvres et dépendent de l’aide internationale, notamment française. En 2001, le produit intérieur brut (PIB) était estimé à 220, 6 millions de dollars, soit un revenu annuel par habitant de 390 dollars. L’économie repose essentiellement sur l’agriculture, qui occupe 65% de la population active, mais ne suffit pas à nourrir la population. L’archipel est spécialisé dans les plantes à parfum et les épices : l’ylangylang, la vanille, ainsi que le café, cultivé en moyenne altitude. Les forêts couvrent près de 16% de la superficie des îles. Très dégradées par la pression humaine, elles ne fournissent qu’une quantité modeste de bois dur, essentiellement sur la Grande Comore. L’unité monétaire de la République des Comores est le franc des Comores (divisible en 100 centimes), qui fait partie de la zone franc et est lié à l’euro (1 euro équivaut à 491, 97 francs comoriens). Depuis l’indépendance, proclamée unilatéralement en 1975 par Ahmed Abdallah, la vie politique, dominée par les Anjouanais, a été constamment marquée par des coups d’État et par l’intervention de mercenaires étrangers, menés notamment par le Français Bob Denard. En 1989, le président Abdallah est assassiné en présence des mercenaires qui l’avaient réinstallé au pouvoir en 1978. En 1990, des élections générales portent à la tête de l’État Saïd Mohamed Djohar. En 1992, une nouvelle Constitution, instaurant un Parlement fédéral bicaméral, est promulguée. En septembre 1995, le président Djohar est renversé par les mercenaires de Denard. Libéré par une intervention de l’armée française, il doit s’exiler à la Réunion, tandis que le Premier ministre Caabi el-Yachroutu constitue un nouveau gouvernement, aussitôt désavoué par le président en exil. En mars 1996, une élection présidentielle est organisée avec le soutien de la France. Le nouveau chef de l’État, Mohammed Taki Abdul Karim, annonce une réforme de la Constitution. Votée en octobre 1996, la nouvelle Constitution établit l’islam comme religion d’État et accroît fortement les pouvoirs présidentiels. Les élections législatives de décembre 1996 sont boycottées par la plupart des partis d’opposition et donnent une écrasante majorité à l’Assemblée Nationale au Rassemblement national pour le développement (RND) du président Mohammed Taki Abdul Karim. Après la mort de ce dernier en 1998, les Comores connaissent une instabilité politique qui conduit en 1999 à un coup d’État mené par le colonel Azali Assoumani.

Un accord de réconciliation nationale aboutit en décembre 2001 à l’adoption par référendum d’une nouvelle Constitution. Celle-ci institue une fédération, l’Union des Comores, à la place de la République fédérale islamique des Comores (RFIC), dans l’objectif de réduire les tensions institutionnelles et séparatistes qui minent l’archipel. Chacune des trois îles de l’Union, la Grande Comore, Anjouan et Mohéli, est dotée d’une large autonomie, l’autorité du pouvoir central s’exerçant sur la monnaie, la diplomatie, la défense extérieure et la religion. La Constitution prévoit également la tenue d’une série d’élections, qui s’achève par l’élection présidentielle du 14 avril 2002, à l’issue de laquelle le chef d’État sortant, le colonel Azali Assoumani, devient le premier président de la nouvelle Union des Comores. Chaque île élit en outre son propre président : cette fonction est occupée par Abdou Soulé Elbak, Mohamed Bacar et Mohamed Saïd Fazul, respectivement à la Grande Comore, à Anjouan et à Mohéli.

INVENTAIRE DES CENTRES DE SOINS 

Les Comores connaissent en général une situation sanitaire difficile. D’après l’Enquête Démographique et de Santé Comores , avec une population en majorité rurale, nous avons un taux de mortalité infantile de 63/‰ avec une espérance de vie de 58, 8 ans. On recense un médecin pour 7806 habitants et 342 habitants par lit d’hôpital. Après la Grande Comore, Anjouan compte aux environs de 250 000 habitants. Avec ce 250 000 habitants repartis sur une superficie de 424 km2 , on recense deux centres médicaux avec un poste de chirurgie dont Mutsamudu et Domoni. Actuellement le Centre Médical Chirurgical (CMC) de Domoni n’est pas assuré par un chirurgien pour cause de manque de personnel qualifié.

L’île d’Anjouan comprend sept districts et vingt et un postes de santé. Dans chaque district, il y a un centre de santé assuré par un médecin généraliste. Les vingt et un postes de santé sont occupés par cinq Infirmiers diplômés d’État (IDE) et vingt Infirmiers Aide-médicaux (IAM). Les vingt et un postes de santé sont pour 128 810 personnes. Il y a des postes de santé qui ne sont pas équipés par des IDE.

Les centres de santé sont :

– le Centre médico-urbain de Mutsamudu qui couvre 51 615 personnes,
– le Centre sanitaire de Ouani qui couvre 38 204 personnes,
– le Centre de santé de Tsembehou qui couvre 21 567 personnes,
– le Centre médico-urbain de Domoni 43 876 personnes,
– le Centre de santé de Mrémani qui couvre 55 646 personnes,
– le Centre de santé de Pomomi qui couvre 22 112 personnes,
– le Centre de santé de Sima qui couvre 20 285 personnes .

Seuls les deux centres hospitaliers urbains de Mutsamudu et de Domoni sont équipés de tous les services. Actuellement, les interventions chirurgicales se font à Mutsamudu. Il n’existe pas des spécialistes nationaux à Anjouan, les interventions sont effectuées par des coopérants étrangers, des Chinois pour la plupart. Les spécialistes d’autres nationalités sont encore en phase de stage. Les cliniques privées sont inexistantes. Certains médecins généralistes consultent les malades à leur domicile mais cela coûte très cher pour la majorité de la population anjouanaise.

Leur compétence est mise en doute et des histoires rigolotes circulent à leur endroit. Des personnes nous ont confiés que les médecins ne les touchent même pas. Ils n’utilisent pas des appareils. Il y a des malades qui ont témoigné que quand ils parlent, le médecin écrit et quand ils ont fini de parler, celui-ci a aussi fini d’écrire et leurs donne l’ordonnance. Ce comportement n’est pas apprécié des malades et qui provoque même un sentiment de doute. En privé, le médecin examine sérieusement un patient jusqu’à peine trente minutes par personne.

Mais en tenant compte de la réalité du terrain, 7 804 habitants par médecin, il est impossible qu’un médecin puisse examiner un patient convenablement. Malgré la précarité des conditions de travail, les fonctionnaires de santé en service dans les zones rurales s’absentent fréquemment et le jour où il vient au bureau, il ne travaille que durant deux heures en renvoyant les malades à la prochaine consultation. A Anjouan, le centre psychiatrique est totalement absent. Les troubles psychiques restent l’affaire des guérisseurs traditionnels. Pour les soins plus compliqués qui nécessitent l’échographie, les malades sont obligés de se faire évacuer à Moroni. La radiographie ne peut s’effectuer qu’au Centre hospitalier régional de Mutsamudu.

Étant donné l’état des centres de santé, des postes sanitaires et les comportements des médecins, tout cela contraint les malades anjouanais à se fier aux guérisseurs plutôt qu’aux médecins. Chez les guérisseurs et les matrones on assiste à des véritables lieux de consultation. Il ne se passe pas une journée sans qu’un guérisseur ne reçoive pas des clients qui font la queue . La preuve, lorsque j’allais chez Madame Mazouhoura, une matrone, il fallait attendre près d’une heure rien que pour lui demander un rendez-vous pour une interview. Il y a des jours où je n’avais pas eu le temps suffisant pour un entretien tellement il y avait beaucoup de clients.

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Table des matières

INTRODUCTION
I. PERCEPTION DE LA MÉDECINE TRADITIONNELLE
I.1 État des lieux
I. 1. 1 Inventaire des centres de soins
I. 1. 2 Disponibilité des médicaments par groupe de maladies courantes
I. 1. 3 Vulnérabilité de la population
I. 2 Classification des maladies
I. 2. 1 Les maladies courantes
I. 2. 2 Perception des maladies
I. 2. 2. 1 Reconnaissance biologique
I. 2. 2. 2 Maladie perçue comme punition divine
I. 2. 2. 3 Les maladies psycho-mentales
I. 3 Les pratiquants de la médecine traditionnelle
I. 3. 1 Les guérisseurs
I. 3. 2 Les maîtres spirituels
I. 3. 3 Les tradi-praticiens
II. LES PRATIQUES DE LA MÉDICINE TRADITIONNELLE
II. 1 Thérapies et méthodes
II.1.1 Les plantes
II.1.2 Le cas de possession
II.2. Portée de la médecine traditionnelle
II.2.1 L’Islam et la médecine traditionnelle
II.2.2 Les émigrés et la médecine traditionnelle
II.2.3 Médecine moderne et médecine traditionnelle
II.3 Impact de la médecine moderne et de la médecine traditionnelle
III. LES PRATIQUES DE LA MEDICINE TRADITIONNELLE DANS LES MANIFESTATIONS CULTURELLES
III.1 Croyance et médecine
III.1.1 Les lieux sacrés
III.1.2 Médecine et coutumes
III.2 ACTUALITE
CONCLUSION
BIBLIOGRAPHIE

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