Neige artificielle et ressource en eau en moyenne montagne

Développement touristique et pratique de l’enneigement 

Dans la première partie du XIXème siècle, le tourisme en montagne se concentrait presque exclusivement en saison estivale. Avec l’organisation par le Club Alpin Français des premiers concours internationaux de ski, en 1907 à Montgenèvre et en 1908 à Chamonix, la pratique du ski deviendra peu à peu un véritable phénomène social. Mais c’est bien le tourisme et non le ski qui a présidé à la naissance des premières stations. Ainsi, d’anciens villages se transforment en stations, comme le village de Morzine ou celui des Gets en France, mais encore Champéry et Montana en Suisse. Ce sont les stations dites de première génération. Ces stations sont généralement situées à des altitudes inférieures à 1200 m. De nouvelles stations se sont créées ex-nihilo au niveau des alpages (altitudes comprises entre 1600 et 1800 m), par exemple les stations de Courchevel ou Des Deux Alpes. Dans les années 1950-1960, de grands projets d’aménagement des montagnes naissent, et de grandes installations de remontées mécaniques font leur apparition. L’essor du tourisme de « masse » dans les années 1960 pousse les promoteurs à proposer de nouvelles offres touristiques ; ce sont les stations intégrées de 3ème génération, comme Le Corbier, Les Menuires en France, et Thyon 2000 en Suisse. Certaines stations poussent même le modèle encore plus loin en proposant une offre tout ski, où la circulation des voitures dans la station est interdite, comme Avoriaz, La Tania, 100 % piétonnes en France et Wengen et Riederalp en Suisse (Knafou, 2004 ; Dérioz et Bachimon 2009). La France possède la plus grande superficie des domaines skiables européens (28 %) juste devant la Suisse (20 %). En termes de fréquentation touristique, la France occupe là encore la première place avec 54,6 millions de journées skieurs en 2007/2008 contre 28,7 millions pour la Suisse (Vanat, 2008). Cette offre touristique n’a cessé de se développer et ne cesse de croître.

Aujourd’hui rares sont les stations qui ne possèdent pas au moins un canon à neige. La production de neige est un système qui s’est fortement banalisé ces dernières années et fait partie intégrante de l’offre de ski proposée par les stations. La production de neige consiste à prélever de l’eau selon différents modes d’approvisionnement (eau potable, retenue collinaire, cours d’eau…) et de pulvériser cette eau dans un air froid. Les cristaux ainsi produits se déposent aux pieds des canons et sont ensuite étalés sur les pistes progressivement par les dameuses. La France n’est pas la destination qui possède le plus de surfaces enneigées artificiellement (23 % du domaine skiable contre 33 % en Suisse et 59 % en Autriche, ODIT France, 2009). Ces valeurs donnent une information sur la place de l’enneigement dans le tourisme hivernal et l’activité ski des stations de montagne.

La ressource en eau, entre abondance et pénurie 

Pendant longtemps, la ressource en eau a été considérée comme inépuisable, les régions de montagne étant souvent assimilées aux châteaux d’eau des plaines environnantes. L’évaluation de la ressource a donc souvent été mise de côté dans les choix d’aménagement des stations. Mais depuis quelques temps, des situations de pénurie apparaissent. Ainsi, en Haute-Savoie, des stations ont été confrontées à ce manque d’eau et ont dû faire appel à des camions citernes pour l’approvisionnement en eau potable ; ce fut le cas aux Gets en 2006. Ces pénuries d’eau sont potentiellement le résultat du développement touristique des stations et des choix réalisés par celles-ci. La situation est paradoxale puisque la ressource est considérée comme inépuisable et se renouvelle constamment mais que parallèlement des situations de pénurie existent. Les questions liées à la problématique de manque d’eau se posent surtout depuis l’essor de la production de neige il y a quelques années. En effet, auparavant les stations de montagne développaient moins d’activités autour de la ressource. Depuis l’essor du tourisme de neige et l’augmentation de la population, le poids des différentes activités augmente sur la ressource en eau. Ainsi, la consommation d’eau observée sur la saison 1999- 2000, pour les 119 stations équipées du bassin Rhône Méditerranée et Corse, est de 10 millions de m3 . Ce volume représente 19 % du volume annuel prélevé par les collectivités correspondantes, pour leur usage d’eau potable (EuroRiob, 2006). Mais l’approvisionnement en eau dépend d’un certain équilibre entre l’environnement, la technique, les activités socio-économiques et les aspects politiques. Si cet équilibre est rompu et que la ressource est insuffisante pour satisfaire tous les usages, des situations de conflits peuvent se produire.

La gestion de l’eau et le développement touristique 

La gestion de l’eau est essentielle en particulier dans les régions de montagne où les nombreuses activités prélèvent dans cette ressource parfois sur de courtes périodes (en saison hivernale principalement). Dans le cadre de la production de neige, la gestion de l’eau doit pouvoir concilier la production avec le milieu naturel et l’approvisionnement des autres usages. La gestion doit donc intégrer l’offre et la demande, la ressource et les usages. Pour cela, un état des lieux est nécessaire pour établir le poids des différentes activités et en particulier de la production de neige sur la ressource en eau et les hydrosystèmes à différentes échelles spatiales. Au cours des dernières années, l’échelle du bassin versant est devenue une référence en matière d’analyse des hydrosystèmes. Même si elle peut paraître la plus pertinente car présentée comme « naturelle » et, par conséquent, comme une échelle rationnelle mieux adaptée aux contraintes et aux besoins écologiques, ce n’est pas toujours le choix le plus adapté. En effet, certaines pratiques de gestion montrent que dans de nombreux cas – aux Etats Unis, en Europe, en Afrique ou en Asie –, les transferts d’eau entre bassins sont nombreux (Graefe, 2013). La gestion s’organise aujourd’hui à divers échelons administratifs (local, régional, cantonal, national…) qui ne correspondent que rarement au bassin versant naturel. Sur le plan des réglementations, une série de structures et d’instruments administratifs réglemente les prélèvements d’eau. Mais les nombreuses activités d’une station de montagne compliquent cette gestion à l’échelon local. La production de neige est généralement gérée par les sociétés de remontées mécaniques. L’eau potable peut être régie par la commune ou des sociétés privées. La production d’énergie hydroélectrique est aussi gérée par des sociétés privées ou semi-privées. La multifonctionnalité de la ressource et les nombreux échelons administratifs compliquent la gestion.

LES ENJEUX ACTUELS DE L’ENNEIGEMENT ARTIFICIEL 

Les publications et les travaux de recherche sont nombreux sur la pratique de l’enneigement artificiel (Reynard, 2000a ; Campion, 2002 ; Badré et al., 2009 ; Paccard, 2010…). Il ne s’agit pas ici d’en faire un relevé exhaustif mais plutôt de dresser un bilan et de mettre en avant les enjeux autour de la production de neige. La neige artificielle est une pratique qui fait débat et qui oppose d’un côté les associations de protection de l’environnement et de l’autre, les gestionnaires de station. On peut citer en exemple les campagnes d’information du SNTF (2009) qui ont pour objectif de répondre aux accusations des médias. Ces débats sont fréquemment repris par les médias. Ainsi dans le journal L’Express du 12 avril 2004 (Biais, 2008), la question de l’interdiction des canons est posée. La question est posée en premier lieu au Maire de Chamrousse et Président de Ski France, Jacques Guillot, qui répond « c’est la seule façon d’assurer la rentabilité des stations ». Puis, Jean-Yves Vallat, Vice-président de la Fédération de la Savoie pour la pêche et la protection du milieu aquatique, y répond à son tour : « les montagnes ne sont pas des châteaux d’eau ! ». Certains de ces écrits ont parfois tendance à forcer le trait dans la présentation des différentes parties prenantes. Nous commencerons par citer quelques exemples repris dans la presse nationale et locale.

Les « accusateurs » de la neige artificielle 

Dans la presse généraliste, de nombreux articles sur la neige de culture ont paru. A titre d’exemple, on peut citer : le journal Libération qui publie le 25 février 2004 un article intitulé « La poudreuse artificielle pas vraiment blanche comme neige ». Cet article dénonce une consommation d’eau importante en hiver ayant un impact non négligeable sur la ressource et la circulation de l’eau en montagne. Il dénonce également la volonté des opérateurs de domaine de cacher ces impacts : « Ne dites plus «neige artificielle» mais «neige de culture». Le dictionnaire des exploitants de domaines skiables s’est enrichi de tournures plus «vertes», histoire de faire oublier l’impact grandissant de leur industrie sur l’environnement » (Carrel, 2004). D’autres journaux et revues ont également publié de nombreux articles : « Les additifs ajoutés à l’eau des canons à neige artificielle favorisent la pollution des sols » dans Le Monde du samedi 24 avril 2004 (Cabret, 2004) ; « La neige de culture pèse sur l’eau et la biodiversité », Le Monde du 28 décembre 2008 (Le Hir, 2008) ; « La montagne victime des sports d’hiver » dans Le Monde diplomatique de février 2008 (Descamps, 2008.) ; « Les canons à neige dessèchent-ils les Alpes ? » dans Le Matin (Fingal, 2007). En Suisse le journal La Liberté du 19 avril 2007, quotidien suisse romand publie : « les canons à neige menaceraient les Alpes » (La Liberté, 2007). Cet article indique que dans les Alpes françaises, le niveau des rivières a baissé de 70 % par rapport aux années d’avant les canons à neige.

La presse spécialisée sur les milieux naturels et les milieux de montagne s’empare également du sujet. La revue La Montagne et Alpinisme de janvier 2003 publie un article intitulé « Neige éternelle ? La neige artificielle en question » (Lardreau, 2003). La revue Géo consacre en mars 2005 quelques pages sur les montagnes en danger, « Attention à nos montagnes » (Falkehed, 2005). La production de neige y tient une part importante de responsabilité. Le magazine Notre Planète du 30 janvier 2008 titre « L’additif SNOMAX™ améliore le rendement des canons à neige mais à quel prix ?» (Tavernier, 2008.). On peut également citer : « La production de neige artificielle détériorerait l’eau des Alpes » dans Le Journal de l’environnement (Avignon, 2007).

Des associations spécialisées dans la protection de la nature et des milieux de montagne s’attaquent fréquemment au système de production de neige et en font un combat permanent. Pour n’en citer qu’une, Mountain Wilderness publie régulièrement des brochures mettant en avant les impacts de la production de neige sur les espaces de montagne. On peut citer pour exemple, « Enneigement artificiel : Eau secours ! » (Mountain Wilderness, 2005) et « Canon à neige, au secours ! » (Neirinck, 2004).

Enfin à l’échelle des Alpes, la presse locale est riche d’articles. On recense une dizaine d’articles du Dauphiné Libéré entre 2007 et 2010 portant sur la neige artificielle. Pour exemple, citons « Agriculture contre neige de culture » du 6 novembre 2007 (Casanova, 2007) ; « Neige de culture l’enquête qui dérange » du 26 octobre 2009 (Leleu, 2009), « Neige artificielle : ce que pensent les associations de protection de la nature » du 22 janvier 2010 (Rédaction du Dauphiné, 2010)… La revue Nature et patrimoine en pays de Savoie a consacré une publication aux enneigeurs : « L’avenir des stations est-il assuré par les enneigeurs ? Quels problèmes pose leur utilisation ? » (Pajeot, 2007). Enfin dans Le Chablais, notre secteur d’étude, le Messager publie un article sur « Les conséquences financières et écologiques de la fabrication de neige artificielle » (Rouxel, 2012).

Dans le massif du Chablais, un collectif « vieille, montagne » s’est créé en 2010 en opposition à l’installation de canons à neige et à la construction d’une retenue collinaire sur la commune de Mieussy (Haute-Savoie). Plusieurs manifestations ont eu lieu ainsi que des publications dans lesquelles les termes employés sont particulièrement percutants : « la fausse neige nous prend pour des flocons », « Elle creuse dans la montagne et dans les budgets des trous bien réels », « Boire ou skier, il faut choisir » (Canardeau, 2010). Le maire a donné suite aux investissements.

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Table des matières

INTRODUCTION GENERALE
PARTIE 1 LES RESSOURCES EN EAU ET L’ENNEIGEMENT ARTIFICIEL D’UN TERRITOIRE DE MONTAGNE : CADRE THEORIQUE
Introduction partie 1
CHAPITRE 1. L’APPROCHE CONCEPTUELLE ET METHODOLOGIQUE DE LA RECHERCHE
CHAPITRE 2. L’ENNEIGEMENT ARTIFICIEL
CHAPITRE 3. LA ZONE D’ETUDE
CONCLUSION PARTIE 1
PARTIE 2 L’ENNEIGEMENT ARTIFICIEL : ATOUTS ECONOMIQUES ET IMPACTS HYDROLOGIQUES
INTRODUCTION PARTIE 2
CHAPITRE 4. LES USAGES DE L’EAU ET L’ENNEIGEMENT ARTIFICIEL DANS UN TERRITOIRE DE MOYENNE MONTAGNE
CHAPITRE 5. LES IMPACTS HYDROLOGIQUES LIES A L’UTILISATION DE L’ENNEIGEMENT ARTIFICIEL
CHAPITRE 6. DISCUSSION DES RESULTATS
CONCLUSION PARTIE 2
CONCLUSION GENERALE
Liste des abréviations
Table des matières
Liste des figures
Bibliographie
Annexes

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