MOSAÏQUE LANGAGIÈRE ET CULTURELLE 

MOSAÏQUE LANGAGIÈRE ET CULTURELLE 

La mosaïque

Afin d’organiser cette diversité créole, nous proposons de développer la notion, à la fois formelle et thématique, de mosaïque, souvent effleurée par les théoriciens de la Créolité, mais jamais approfondie. Le terme «mosaïque» apparaît dans l’Antiquité et vient de l’adjectif latin « musiuum », qui concerne les muses. Au sens propre, ce terme désigne un « assemblage décoratif de pièces rapportées multicolores (petits cubes, dés, lames, fragments irréguliers) en matière dure, fixées, et dont la combinaison figure un dessin . »
Les plus connues sont les mosaïques byzantines (330-1453) mais cet art était aussi pratiqué par d’autres civilisations anciennes telles que les Aztèques ou les Égyptiens de l’Egypte ancienne. Au sens figuré, la mosaïque devient un « ensemble composé d’éléments variés et disparates » qui s’applique aussi bien à l’architecture qu’à l’art pictural ou littéraire.
Nous souhaitons proposer que le désir de cohérence et d’harmonisation des complexités créoles exprimé dans la théorie de la Créolité prend tout son sens dans la mosaïque qui cimente les diversités entre elles pour former quelque chose de nouveau. Nous démontrerons, à l’aide des théories de Lucien Dâllenbach, que ce concept, loin de n’être qu’une question de tautologie, propose un modèle esthétique dont Chamoiseau fait usage dans ses écrits. De plus, nous le verrons, la mosaïque répond à ce désir d’une harmonisation du divers où chaque diversité s’intervalorise.
Dans Mosaïque, Un objet esthétique à rebondissements, Lucien Dâllenbach définit la mosaïque en tant que modèle esthétique à partir de différents domaines tant anthropologique, sociologique, politique, que pictural et littéraire. Dans l’Antiquité, la mosaïque n’est pas considérée comme un art véritablement original mais plutôt « comme une technique destinée à imiter la peinture ». Autour de la seconde moitié du 18e siècle, elle subit un déclin et se manifeste à nouveau autour des années 90 avec encore plus de puissance qu’auparavant, car elle est maintenant « conçue comme un art à part entière, ce qui n’était jamais arrivé ». Le concept développé par Dallenbâch est donc né de cette résurrection. Constatant que la figure s’appliquait dorénavant à une multitude d’objets disparates tels que quartiers hybrides, association, sites Internet, etc , constatant donc que « chacune des occurrences de cette enumeration en coq à l’âne est à sa façon une mosaïque », Dallenbâch revisite le terme et ses nouvelles visées esthétiques, car l’objet a changé par rapport à la mosaïque d’avant les années 90 et fait maintenant partie de la doxa contemporaine . Dallenbâch retrace l’historique du concept afin de déterminer ce qui distingue la mosaïque au sens propre (l’œuvre d’art de l’Antiquité) de celle au sens figuré (mosaïque moderne). Il fait le constat suivant : alors que la mosaïque au sens propre s’attarde plutôt à l’ensemble, autrement dit à l’unité de l’œuvre, la seconde exalte la « discontinuité des constituants », leur hétérogénéité. D’un sens ou de l’autre, la mosaïque s’offre comme solution au chaos, elle désigne un « tout en morceaux » :Car si elle articule avec netteté la question de l’Un et du multiple, du général et du particulier, la mosaïque comme modèle a également intérêt de pousser en position centrale le problème névralgique de l’ordre et du désordre, d’y apporter une solution.
Tout au long de l’œuvre de Lucien Dallenbâch, les constituants de la mosaïque comme objet esthétique sont explicités. De façon générale, ces constituants particuliers s’appliquent efficacement à l’œuvre littéraire. L’une des caractéristiques principales de la mosaïque est son caractère aléatoire et imprévisible qui s’oppose par le fait même à la linéarité, l’homogénéité et à la cohérence. En effet, le mosaïste est avant tout un casseur, casseur d’assiette, de verre, de céramique et par extension, un casseur de narration, de rythme, d’histoire et de récit. Découle de ce caractère aléatoire une deuxième caractéristique qui prend forme dans le refus de conclure et l’ambition de créer du nouveau.
La figure artistique finale autorisant une grande liberté (image, couleur, texture), la permutation, les combinaisons, les arrangements et les substitutions sont chose courante entre les tesselles. D’un point de vue rhétorique, ce jeu entre tesselles incarne la liberté de chaque auteur face aux mots et aux différentes figures de style. Finalement, la mosaïque est aussi un geste de récupération puisque les matériaux utilisés sont, plus souvent qu’autrement, de seconde main. L’intertextualité ou encore la façon dont sont exploitées les différentes croyances ancestrales incarnent, du point de vue littéraire, ce geste de récupération. La mosaïque comme objet esthétique symbolise donc la pluralité.
La mosaïque offre, en tant que modèle littéraire, une solution à l’harmonie du Divers en articulant les questions de l’Un et du multiple, du général et du particulier, de l’ordre et du désordre. Dâlîenbach fait remarquer que la mosaïque est le seul modèle qui permette à Balzac.
De la même façon s’envisage l’œuvre littéraire martiniquaise dans sa volonté d’illustrer tout le foisonnement du divers. Avoir recours à la mosaïque comme esthétique permet de considérer ces différences comme un tout. Ce tout dont il est question supporte cette société en morceaux, ce monde recomposé où valeurs historiques, culturelles et langagières s’unissent. En d’autres mots, la mosaïque permet une synthèse des éléments hétérogènes martiniquais : elle offre un cadre formel qui permet de mettre en scène les diversités tout en illustrant les liens qui les unissent. Segalen constatait que les valeurs diverses tendent à se confondre, à s’unifier, à se dégrader .En contrepartie, nous croyons que la mosaïque offre un cadre cohérent où les diversités peuvent interagir sans pâlir. En effet, elle semble incarner le compromis idéal, pour reprendre les mots de Dâllenbach, entre ordre et désordre, cosmos et chaos, totalité et fragments, singulier et général, local et global. La mosaïque littéraire, tant du point de vue thématique que formel, offre à ce titre la possibilité d’une unité discontinue, paradoxale, pluraliste et pallie, par le fait même, les difficultés éprouvées par les théoriciens de la Créolité dans leur volonté de figurer la réalité dans sa complexité et son chaos.

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Table des matières

RÉSUMÉ
REMERCIEMENTS
INTRODUCTION
CHAPITRE I : L’ESTHÉTIQUE DE LA MOSAÏQUE 
1.1 Panorama de la littérature antillaise
1.2 La critique de la Crédité
1.3 Le Divers
1.4 La mosaïque
CHAPITRE II : MOSAÏQUE LANGAGIÈRE ET CULTURELLE 
2.1 Le choix d’une langue
2.1.1 Les enjeux du créole
2.1.2 L’aliénation du français
2. 2 Spécificité de l’écriture de Charnoiseau
2.2.1 L’écriture chamoisisé
2.2.2 Le lexique
2.2.3 La rhétorique
2.2.4 Proverbes et expressions
CHAPITRE III : MOSAÏQUE FORMELLE ET IDÉOLOGIQUE
3.1. Le mélange des genres
3.2 Narration et mosaïque
3.3 Marie-Sophie Laborieux, femme mosaïque
3.3.1 Marie-Sophie Laborieux, ses racines
3.3.2 Marie-Sophie Laborieux, djobeuse
3.3.3 Marie-Sophie Laborieux, femme matador
CONCLUSION 
BIBLIOGRAPHIE

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