Mémoire motivations latentes au traitement de l’incestualité

Une famille très compliquée 

Lors de notre premier entretien, Alice est accompagnée de sa soeur aînée, toute jeune majeure, ainsi que de la nouvelle compagne de son père, jeune femme alors enceinte et à qui j’attribue une petite vingtaine d’années. Il s’agit d’une semaine où Alice réside au domicile paternel.

Au commencement de l’échange, la jeune fille m’apparaît avoir attendu cette rencontre avec impatience ; souriante, elle m’exprime « être contente d’être là, de rencontrer une psychologue femme, de venir pour parler…car j’ai beaucoup de choses à dire, tu sais ma famille est très compliquée !…Ma mère veut que je dise au Juge des Enfants que mon père me frappe, et que je veux aller vivre chez elle…moi je veux vivre avec mon père ». Aussi, elle insiste dans la foulée sur le climat de violence qui sévirait au domicile maternelle : « mon grand frère frappe sur ma mère…et Sam me fait très peur, il me tape, m’insulte toujours…et l’autre jour il m’a dit ‘je vais te couper la tête avec une tronçonneuse’, tu vas le dire au Juge hein ?! ».

Confrontée aux propos des plus crus de la fillette, je reste momentanément sans voix, comme sidérée et privée de capacité à penser. Je suis saisie par une forme d’effroi. C’est alors un sentiment de révolte qui monte en moi : « comment peut-on laisser une enfant s’imprégner d’une telle brutalité ? ». Et secondairement, devant l’aisance relationnelle et le peu d’affects que dégage Alice à cet égard, j’en viens à douter de la véracité de ses propos : est-ce bien elle qui parle ? Dans la suite de l’entretien, Alice réalise, avec enthousiasme, un dessin sur lequel elle figure les membres de la famille résidant au domicile paternel, main dans la main et marqués chacun d’un coeur, heureux à l’approche des fêtes de Noël. Néanmoins, au centre de la feuille, elle dessine une dizaine d’arbres au milieu desquels se présente « une jeune fille perdue dans la forêt ».

En ce sens, Alice me raconte une histoire m’apparaissant confondre celle de Boucle d’Or et du Petit Chaperon Rouge. De ces échanges, je retiens le sentiment d’abandon que donne à penser la fillette par la construction de son histoire mêlant deux figures orphelines, ainsi que par ce qu’elle exprime en fin d’entretien, alors qu’elle m’apparaît des plus agitées. En effet, elle bouge beaucoup dans la pièce, passant d’un jouet à l’autre, me disant avoir elle-même beaucoup de jouets, mais se sentir seule en famille : « personne ne joue avec moi…je ne vais quand même pas jouer avec le chien ».

Agitation, violence et agressivité

Notre deuxième rencontre se déroule au cours d’une semaine où Alice réside chez sa mère, celle-ci l’y accompagne. Je suis alors frappée par le contraste apparent entre cette dernière et la nouvelle compagne du père d’Alice : Madame me semble avoir dépassée une cinquantaine d’année, se présente peu soignée, comme épuisée voire abîmée par la vie.

À ses côtés, je ne reconnais pas tout de suite Alice, elle m’apparaît différente, davantage « petite fille », témoignant d’affection auprès de sa « mamounette », et désireuse d’emmener avec elle en entretien un poupon de la salle d’attente. Alice se présente agitée, elle fait virevolter le baigneur, le fait tomber, se confond en excuse « auprès de lui », semble exprimer un mal-être, puis de nouveau le fait virevolter. Elle dit ne pas vouloir parler ce jour, mais jouer. Elle ajoute : « chez mon père je m’amuse hyper bien mais pas chez ma mère…et oui il faut que je te dise…papa me dit ‘ne dit pas ce que je veux que tu dises, dit ce que tu as sur le coeur’, mais maman, elle, me dit ce qu’il faut que je dise, que je veux vivre avec elle,…tu lui diras pas hein à maman sinon elle va me repousser…un jour elle m’a dit ‘si tu vas vivre chez ton père, je vais adopter une autre fille et je l’appellerai Alice’…mais papa, il a raison de me dire çà, c’est moi qui décide de ce que je veux…Quoi d’autre ? ». Alice me donne ici le sentiment d’être envahie par le conflit parental, mais aussi de relater un discours mécaniquement, comme appris par coeur.

En ce sens, sa pensée me semble comme inhibée. Aussi, par son insistance à ce sujet, seule sa peur du rejet maternel m’apparaît authentique. Toutefois, je peux me sentir perdue, comme noyée par ce qu’elle me renvoie de cette folie parentale, et coupable de ne pas y voir plus clair, de ne pas la comprendre. Je suis alors saisie par l’urgence de comprendre cette enfant. Par ailleurs, Alice me livre quelques éléments de son vécu au domicile paternel, insistant particulièrement sur les punitions infligées par son père : « ce week-end, j’ai du écrire 120 lignes, je ne sais plus pourquoi, mais l’autre fois, j’ai écrit 60 fois ‘je ne dois pas laisser de traces de caca dans les toilettes’ ».

Dès lors, si son récit convoque chez moi un mouvement d’agressivité à l’égard de son père qui m’apparaît des plus rigides, je m’interroge sur ce qui se joue pour Alice du côté de l’analité, ici mise en avant. Enfin, dans un second temps de cet entretien, Alice montre son insistance pour que je joue avec elle une vie de famille élargie avec un ensemble de figurines mises à notre disposition (mère, père, enfants, oncle, tante, cousins…).

Néanmoins, la brutalité de ses mises en scènes génère chez moi, de nouveau, un effet de sidération, me laissant dans l’incapacité à jouer. En effet, s’attribuant les rôles de la mère, du père et d’enfants, la fillette agite les personnages, les faisant crier les uns sur les autres, témoignant notamment d’un autoritarisme maternel face à un père situé au même niveau que celui des enfants, ainsi que d’une violence conjugale des plus vives, jusqu’à la séparation parentale. Aussi, ses mises en scènes m’apparaissent me tomber dessus, sans sens logique et dans une brutalité sans limites. Et, il en ira de même lorsque Alice figure des punitions paternelles à l’égard des enfants, celles-ci m’apparaissant alors insensées et excessives, empreintes d’une certaine rigidité.

Dans l’après-coup, si cette rencontre semble avoir convoqué chez moi un mouvement d’agressivité à l’égard des figures parentales, et un désir de protection de l’enfant, je m’interroge : Alice sait-elle jouer ? A t-elle accès au faire semblant ?

Le dessin de famille

Lors de notre troisième rencontre, mon souci de comprendre Alice m’amène à lui proposer la passation du test du Dessin de famille de Louis Corman. Si elle se montre enthousiaste à l’idée de réaliser le dessin d’une famille imaginaire, au premier personnage figuré, la mère, elle dit « avoir mal fait » et vouloir recommencer. Devant mes encouragements, elle acceptera de continuer : au côté de la mère, elle représente une jeune fille de 10 ans, puis à leur droite un lion en cage, « la famille est au zoo ». Elle attribue à ce dernier l’âge de 47 ans, celui de sa propre mère. Poursuivant, Alice figure un bébé de deux semaines dans les bras de la maman, ainsi que le père et un chien. D’emblée, je suis interpellée par la forme ample et peu humaine du corps de la figure maternelle dont les membres apparaissent indifférenciés, comparativement aux autres personnages figurés. À la question conduisant à désigner le personnage le plus gentil, Alice répond spontanément « Tous ! ».

Elle précise progressivement pour désigner le moins gentil : d’abord « Tous », puis « Personne » et « le lion…car il dit je vais te manger quand je sortirai de la cage », et encore « le papa qui baisse la culotte de la petite fille pour lui mettre des fessées ». Pour désigner le plus heureux : « Tous !… sauf le lion, et le chien qui reçoit des coups de pieds aux fesses par le papa…et le papa car la mère venge la petite fille quand le père lui met des fessées…les plus heureux sont la maman, le bébé et la petite fille ».

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Table des matières

Introduction
Partie I : Contexte de la rencontre clinique
1.Présentation de l’institution
2.Origine de la demande
Partie II : Champ clinique
1.« Une famille très compliquée »
2.Agitation, violence et agressivité
3.Le Dessin de famille
4.La rencontre avec Madame
5.Le test du Patte Noire
6.La rencontre avec Monsieur
7.Des angoisses manifestes aux « parents fantômes »
8.Synthèse des éléments cliniques
Partie III : Champ théorico-clinique
1.Du recours à l’agir au retour du vécu traumatique : problématisation de la situation d’Alice
2.Des motivations latentes au traitement de l’incestualité : le défaut d’intériorisation de l’objet maternel
3.Du désespoir agonistique à la quête de la survivance de l’objet
4.Synthèse de l’analyse clinique
Conclusion
Bibliographie

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