L’usage de la drogue chez les jeunes : entre réalité et illusion

L’homme et la drogue : une origine ancestrale

   « A toutes les époques et chez tous les peuples, l’usage de la drogue fut associé à un rituel et à une forme d’ascétisme »14. En effet, la rencontre de l’homme avec les plantes sacrées de jadis a eu lieu dans toutes les époques et à travers toutes les civilisations. L’homme, depuis les temps anciens, a découvert les plantes capables d’agir sur son psychisme et les a utilisé en vertu de leurs pouvoirs stimulants, euphorisants et médicinaux. Peut-on parler d’une alliance entre l’homme et ces plantes ? Oui c’était une relation d’alliance que l’homme entretenait avec ces plantes dans la mesure où l’usage qu’il en faisait, était lié à des fins mystiques, sociales ou religieuses. Autrefois, les gens consommaient ces substances lors des cérémonies religieuses, dans le but d’accéder aux mondes surhumains et d’entrer en contact avec les dieux et avec les hommes, convaincus que l’être humain, sous l’effet de ces plantes peut se dépasser et explorer des mystères qu’il n’était pas en mesure de découvrir à l’état normal. Michel Rosenzweig écrit à ce propos : De tout temps et dans toutes les cultures, les hommes ont consommé des psychotropes… et ce à diverses fins : comme remède médical empirique, comme moyen de communiquer avec d’autres dimensions (les dieux et les morts par exemple), ou d’établir un lien social ; pour influencer l’humeur, augmenter les performances physiques, intellectuelles, sexuelles et la résistance à la fatigue, stimuler les rêves, rechercher détente ou excitation, s’abstraire du monde ou au contraire, trouver le courage de lui faire face. Dans ce sens nous pouvons également citer Nicolas Pinon qui avance qu’ « Autrefois, la drogue constituait un véhicule commode d’accès à la transcendance, un contact avec les dieux. Par le biais d’un rituel, la drogue faisait office de fonction unificatrice du champ social et véhiculait un ensemble de représentations culturelles qui agissaient inconsciemment chez les membres d’un groupe ». Autrefois, certaines drogues étaient utilisées dans ce but, de façon rituelle, selon des procédés dirigés et contrôlés par des sages : sorciers, prêtresses, chamans. […] or, il est important de noter qu’elles ne sont pas offertes à tous, mais réservées aux personnes qui sont acceptées parce qu’elles ont démontré qu’elles étaient aptes et prêtes. Elles sont pratiquées sous forme de rituels initiatiques qui ont lieu seulement quelques fois dans la vie et marquent des passages importants. Les drogues sont prises sous le contrôle du chaman, et leurs effets suivis, interprétés et corrigés au besoin. A ce sujet voici ce qu’énonce le sage Adam […] Au départ, il y a très longtemps, les plantes altérant l’état de conscience aidaient les humains à percevoir leurs qualités divines, leur soi divin éternel et le créateur. Elles furent également employées pour augmenter les facultés télépathiques, de même que les dons de clairvoyance, de psychométrie, et d’autres fins similaires. Ces ouvertures spirituelles reliaient chacun plus directement au royaume angélique, aux esprits de la nature, au royaume animal et aux êtres de l’autre coté du voile. Les énergies accrues par les plantes sacrées donnaient accès au voyage inter dimensionnel. Tels étaient les principaux rôles de ces substances végétales ; il s’agissait de percer des voies spirituelles … En vérité, les plantes sacrées étaient porteuses d’une vibration si élevée que, lorsqu’on les absorbait, les propriétés liées à leur vibration élevaient le corps et ouvraient la conscience à des révélations et à des expériences de nature supérieure. En plus de ce sentiment du sacré, l’homme des temps anciens avait une bonne intention et ne pouvait pas en faire mauvaise usage, car les modalités de consommation étaient soumises à un certain nombre de principes prescrits par les sages en vue desquels : les plantes n’étaient pas destinées à tous mais seulement à ceux qui sont aptes, la quantité était choisie en fonction de l’expérience souhaitée et la plante selon l’effet spirituel qui lui est spécifique. Ainsi, en dépit des motifs culturels, thérapeutiques et religieux qui déterminaient la nature et la quantité de la plante, il est important de noter la présence d’une autorité qui, à partir des principes d’usage et de conduites établis, se porte garant du respect de ceux-ci. Ce passage cité par l’Institut de Recherches Spécialisées rappel les fins et les propriétés prescrites en vue d’un bon usage de la drogue : Nombreux de rites montrent combien cet usage était contrôlé car il ne s’agit point d’évasion vers une sorte d’hédonisme sans autre but que luimême, ni d’oubli de l’errance du présent et de sa misère, et moins encore de désespoir face à un monde sans autre avenir que l’accélération des innovations techniques et de la consommation. On peut dire que rien ne s’apparentait à la conjuration d’un malheur individuelle par l’effacement momentané du socius, rien encore qui tint d’un style, d’un dandisme,voire pour parler moderne d’un look. D’une manière ou d’une autre, il convenait de s’intégrer au grand tout dont l’un n’est par nécessité biologique ou sociale qui sépare. Cette citation permet d’illustrer une fois de plus les liens qui unissaient les hommes avec les drogues à savoir le rôle central qu’elles jouaient dans les cérémonies initiatiques : Pendant des dizaines de milliers d’années les hommes ont tenté de percer le secret de leur destin collectif et individuel mais la clé du décryptage se situait par delà leurs pouvoirs « naturels ». L’accès vers ces mondes surhumains n’était pourtant pas impossible ; il se gagnait grâce à l’efficacité de rites appropriés au sein desquels l’absorption ou l’inhalation de multiples drogues ont régulièrement joué un rôle central. L’extase, l’ivresse provoquées par tant de substances diverses isolées au cours des millénaires, les champions, végétaux, extraits de parties de corps d’insectes, d’animaux…s’intégraient dans cette recherche interminable pour communiquer avec les puissances infernales ou célestes sans cesse à l’œuvre dans le monde et parmi les hommes. Ivresse prophétique qui permettait d’entrouvrir les portes des territoires sacrés, paroles extatiques qui du présent et leur énonciation dévoilaient les secrets du passé et ceux de l’avenir. L’individu était aussi conscient que la drogue n’était pas un moyen d’évasion vers une sorte d’hédonisme, ni un moyen d’échapper à la misère, au désespoir ou au malheur individuelle. Pour lui, la consommation est inscrit dans un cadre précis : rituel ou mythique, et joue un rôle précis car elle permet de se dépasser et par là d’accéder à quelque chose de non terrestre comme le note Alain EHRENBERG : « Or, dans les sociétés traditionnelles, le rapport aux drogues était modelé socialement de façon à faire émerger ce que le groupe souhaitait que le membre retrouve, et cela uniquement »20. Patrick PIRO le montre aussi en ces termes : « Le voyage » n’est donc pas synonyme de jouissance de l’ivresse. Dans les pratiques où il est maitrisé, il n’est qu’un moyen, un prétexte pour s’intégrer encore plus à sa société ». Dans les circonstances où la plante sacrée est consommée à des fins religieuses, les représentations peuvent différées en fonction de la religion (chamanisme, polythéisme, judaïsme…) ou de la culture.

Une nouvelle conception des drogues

   Le XIXe siècle est marqué par une nouvelle conception des drogues. Une conception qui consiste à une démarcation des justifications idéologiques : religieuses et mythiques, d’abord au profit d’une « rationalisation scientifique essentiellement pharmacologique »28 et de fins artistiques en début de siècle, en suite à la recherche d’euphorie, de plaisir, ou comme moyen anesthésique et d’échappatoire de la réalité existentielle dés le milieu du XIXème siècle. En effet, pendant la première moitié du XIXème siècle, certaines substances comme l’opium, la morphine, le haschisch, l’éther et le chloroforme, etc., vont être utilisées dans les hôpitaux à des fins thérapeutiques, et d’autres comme la cocaïne vont occuper une large place dans la vie artistique. « La morphine sera d’une grande utilité dans les hôpitaux tant pour ses propriétés analgésiques que pour lutter contre la dépression des soldats. Mais du fait de sa rapidité d’action, l’usage de la drogue va s’étendre au-delà des hôpitaux. […], les drogues vont être utilisées dans les milieux artistiques dans un but de créativité ».29 Solomon SNYDER nous apprend à son tour que depuis des milliers d’années, l’opium et la morphine sont employés pour soulager la douleur et induire un état d’’euphorie. Donc il est attesté que la plupart des premières substances découvertes au XIXème siècle étaient d’abord destinées à des fins thérapeutiques et leur usage était limité dans un cadre purement médical. Toutefois, leur propension dans le marché, est liée à leur puissance d’action et à un commerce en plein essor amplifié par la publicité et l’apparition de la seringue hypodermique en milieu de siècle. Ainsi, le note Jean DUGARIN et Patrice NOMINE dans leur article : L’éidétique, la transduction de la chose. Approche téléologique de la conceptualisation en matière de toxicomanie : A l’opium, seule substance éventuellement incriminée dans un contexte d’abus et en termes d’ivresse pendant la première moitié du siècle, viendrons s’adjoindre successivement, au gré des découvertes et des pratiques thérapeutiques, le haschisch, l’éther et le chloroforme dans les années 1845-1850 ; la morphine en injection une douzaine d’années plus tard ; puis la cocaïne ou encore l’héroïne tout à la fin du siècle. La plupart de ces substances vont révolutionner les pratiques médicales et chirurgicales en permettant des anesthésies générales et locales et en assurant un contrôle effectif et codifié de la douleur. Ces nouvelles découvertes des progrès scientifiques et techniques ont connu l’expérience dans le domaine de la littérature. Ainsi, selon Baudelaire, il semble que l’homme soit voué à la drogue parce qu’il est voué à l’infini (…) et que la drogue lui montre, dans son propre esprit, une agitation infini et un espace sans limites ». Pierre PACHET, dans son article : « Coleridge, De Quincey, Baudelaire : la drogue de l’individu moderne », montre que le poète Coleridge était intoxique et dépendant de la drogue. Et même étant conscient des risques qu’il encourait, il était tout de même convaincu de l’influence qu’avait l’opium sur sa pensée et sa perception. Et en parlant de Coleridge, il écrit : « mais, même s’il est de plus en plus conscient des dangers que l’opium fait courir à sa santé, à sa vie conjugale et sentimentale, à sa création poétique, il donne toujours le sentiment que l’opium ne fait qu’exacerber démultiplier le caractère surprenant de sa pensée et de sa perception »32

Les facteurs individuels et biologiques

   Chez la plus part des adolescents, l’attachement à un produit est lié à des facteurs individuels. La première consommation, le plus souvent, c’est la phase d’expérimentation du produit. Presque tous ceux ont cherché les raisons pour lesquelles l’individu tente cette première expérience ont constaté que c’était la curiosité et la pression exercée par les pairs qui sont les principales motivations. L’adolescent, par curiosité, effectue sa première expérience de la drogue, avec la conviction qu’il peut s’en débarrasser au moment voulu. Cette phase correspond en même temps à celle de la découverte des plaisirs et des autres sensations obtenues à travers la substance et dont le désir de prolonger cet état de bien-être éphémère pousse à renouveler à chaque fois la prise du produit comme le note Pascal Jousse : Un autre profil d’enquêtés pense que leur engagement dans des conduites liées aux drogues n’a rien à voir avec leur famille d’origine. Ils expriment d’autres difficultés ou n’identifient pas de prémices particulières à leurs usages abusifs de drogues…ils ont été captés par le plaisir et les sensations que cette substance leur a procuré dés leurs premières prises. Depuis, ils vivent avec cette réalité. C’est ainsi qu’en parle cette Dame d’une quarantaine d’années « j’ai injecté tout de suite, à dix sept ans. Je connaissais quelqu’un qui en prenait et j’ai voulu essayer. Rien ne s’est passé de particulier dans ma vie, j’avais tout pour être bien. J’ai voulu essayer. La première fois c’était tellement sublime que j’ai voulu retrouver ça, cet état de bien-être… » .Parmi ces facteurs individuels figurent les traits de personnalité comme la faible estime de soi, l’autodépréciation, la timidité, la difficulté à faire face aux évènements et à établir des relations stables et satisfaisantes, les difficultés à résoudre les problèmes interpersonnels ; difficultés à s’affirmer, le retrait social. Donc la drogue est pour certains une réponse face à la timidité, à l’angoisse, au stress, à l’impuissance. Le désir d’être à l’aise dans le groupe, dans ses rapports avec les autres, celui de manifester librement ses pensées, ses sentiments et ses émotions, font parti des effets recherchés à travers les drogues. En ce sens la substance procède bien d’un dispositif de socialisation, d’un désir de s’ouvrir aux autres comme l’enseigne ce témoignage :Beaucoup d’interviewés disent avoir été des adolescents timides et renfermés. Le désir d’être à l’aise en groupe initie nombre de consommations : « j’en ai pris parce que je trouvais ça bon. J’étais bien avec la came, j’avais l’impression que j’étais moins timide, que j’avais plus de caractère, que je m’intégrais bien »… La prise de produit les a souvent aidés à mieux vivre leurs relations notamment sur les plans, social, affectif et sexuel. Dans certains récits, les produits calment l’angoisse face aux relations amoureuses. La personnalité antisociale, c’est-à-dire les mauvaises conduites sociales : attitude de transgression de l’ordre établi, de non conformisme, abandon du domicile familial, vols, caractère agressif ; Les troubles à l’enfance et à l’adolescence, comme les troubles psychiques et somatiques, les carences affectives, les symptômes dépressifs, prédisposent également à l’usage de drogues. C’est à ce propos que je cite Michel GREGORY en ces termes : « comme l’ont souligné certaines études précédentes, la tendance antisociale est rattachée à l’usage de substances. Il a été notamment souligné que les conduites d’alcoolisation débutent conjointement à l’adolescence avec les comportements antisociaux (Walker et coll., 1996). Parmi les troubles de la personnalité décrits par les classifications DSM et CIM, la plupart des études retrouvent une implication de la personnalité antisociale dans l’abus de substances ». Les vécus traumatiques durant l’enfance sont à l’origine de la consommation de drogues pour nombres de jeunes. Ce sont souvent des situations non révélées et qui ressurgissent avec une insécurité émotionnelle, la souffrance, la colère. En effet, la maltraitance subit de la part des parents surtout quand celle-ci n’est exercée que sur le sujet et non pas sur les autres membres ; la mésentente entre les parents, entre autres membres de la famille ou entre des proches ; la peur, l’angoisse, l’impuissance face à une situation qui compromette la sécurité ou le bien-être d’un proche qu’on était sensé protéger, peuvent amener une personne a s’adonné à la substance. La fonction de la drogue consiste dans ce sens de parer aux effets d’effraction d’une scène. La reviviscence, les mauvais souvenirs poussent à prendre de plus en plus la dose pour se soulager ou comme pour substituer les pensées traumatisantes, par les sensations procurées par la drogue. Dans, Drogue et toxicomanie, un personnage, hanté par le déroulement de la scène, et la culpabilité d’un viol commis sur son amie, s’exprime en ces termes : « seule la drogue parvenait à me soulager de cette aurore. Il m’en fallait de plus en plus »47. Pascale Jousse, à travers les récits et styles de vie d’usagers de drogues, écrit : Plus de la moitié des interviewés relatent des vécus traumatiques précoces avec, intactes, l’insécurité émotionnelle, la souffrance et la colère qu’ils ont provoquées… certains parlent d’une enfance détruite par la violence et « la rancune » des parents, tapies, imprévisibles…d’autres récits laissent apparaitre des climats ou le(s) parent(s), de crise en crise, souffrent et font souffrir dans le chaos, par des menaces et des désertions quotidiennes…D’entretiens en entretiens, les personnes rencontrées m’ont parlé de leurs propres peurs et de leurs angoisses d’enfant. Ils se rappellent la violence des adultes, leur confusion émotionnelle et leur sentiment d’impuissance. La pratique de la drogue par un jeune peut être liée à la génétique de l’individu. Des études effectuées dans ce sens ont montré les probabilités pour les descendants de toxicomane d’être prédisposés psychiquement à l’usage de drogues. La consommation de la femme en état de grossesse augmente le risque pour son enfant de consommer dans le temps ce même produit. En effet, la drogue, en agissant sur le cerveau, modifie sa structure ; et dans le cadre de l’hérédité, l’enfant peut hériter du cerveau de ses parents.

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Table des matières

INTRODUCTION
PREMIERE PARTIE : Pourquoi l’être humain s’adonne t-il à la drogue ?
I – La drogue : des plantes sacrées de jadis, aux substances psychoactives d’aujourd’hui
1- Définition du terme drogue
2 – l’homme et la drogue : une origine ancestrale
II : Le XIXème siècle ou la modernité des drogues
1 – Une nouvelle conception des drogues
2- Les modalités de consommation de la drogue aujourd’hui
III – Les causes et les facteurs de risques de la consommation de drogue
1 – Les facteurs individuels et biologiques
2 – Les facteurs environnementaux
a- La situation familiale
b – L’environnement social
3 – Quelques conceptions sur les causes de la consommation de drogues
IV : Les conséquences et les risques de la consommation de la drogue
1 – sur le plan physiologique
2 – Sur la santé mentale
3 – Sur le plan social
DEUXIEME PARTIE : La réalité et l’illusion des drogues
I – La réalité des effets de la drogue
1 – Les effets de la drogue sur le cerveau
2 – ‘‘Le briseur de soucis’’
3 – Le plaisir et le voyage tant recherchés à travers la drogue
II- l’illusion de la drogue
1 – ‘‘La drogue révèle à l’individu, l’individu lui-même’’
2 – La santé substituée au bien-être
TROIXIEME PARTIE : L’homme peut-il s’en passer de la drogue par les principes de la raison et de la morale ?
I – La raison : un remède contre la misère humaine
1 – l’homme est un être doué de raison
2 – La capacité à faire face à la réalité
II – l’usager de drogue en tant qu’agent moral
1 – La rationalisation des affects
2 – Les vertus et les devoirs envers soi
3 – Les devoirs de la société envers l’usager de drogue
CONCLUSION
IV. BIBLIOGRAPHIE

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