LITTÉRATURE ET CRITIQUE SOCIALE DANS LE TARTUFFE ET DANS DOM JUAN DE MOLIÈRE

Le refus des règles

   Pourrait-on réellement parler de refus ou bien même de rejet des règles ? En tout cas, dans l’ensemble et d’une manière plus ou moins particulière à lui, Molière a satisfait aux exigences des théoriciens de son temps. Au XVIIe siècle on a imposé des règles d’écriture qu’il fallait respecter et suivre à la lettre pour réussir à faire une bonne œuvre. Au théâtre, on note la règle des trois unités mais aussi et surtout de la bienséance et de la vraisemblance. Ces exigences formelles, les principales exigences surtout portent comme on le sait bien sur la fameuse règle des trois unités, que Molière prend déjà à son aise en raison de la liberté et de la souplesse de son art. Il ne parait donc pas nécessaire de pousser sur un plan purement formel, l’analyse plus loin pour voir ses attitudes vis – à – vis des autres règles. Ainsi, dans l’Avertissement des Fâcheux, il refuse de considérer qu’avec les règles en comédie, tous ceux qui s’y sont divertis en ont ri. Pour Molière, les règles ne sont pas des lois mystérieuses, ce sont plutôt de simples observations du bon sens que chacun peut faire à son tour et il pense que « la grande règle de toutes les règles » est de plaire ; c’est la doctrine des grands classique. Ce qui explique cette tirade : « Vous êtes de plaisantes gens avec vos règles (…) Je voudrais savoir si la grande de toutes les règles n’est pas de plaire … »9 Cependant, on constate qu’avec les trois unités, l’auteur du Tartuffe n’a pas été trop respectueux : on trouve dans son œuvre une part de jeu où l’action est plus ou moins unifiée, et le temps ainsi que le lieu sont soumis à certaines des limitations qu’exigeait l’esthétique du temps et il y’a aussi dans la mise en œuvre, un aspect de divertissement gratuit qu’il ne faut pas sous-estimer. Cet aspect est en réalité visible en particulier dans l’insertion du deuxième aspect, au milieu d’une intrigue dans Le Tartuffe où Dorine adopte un comportement ironique vis- vis à de deux amoureux pour en avoir le divertissement ; elle les regarder faire et voici une motivation qui fausse carrément l’idée générale selon laquelle : une pièce doit se hâter vers son dénouement. Pour s’y faire, Dorine ne se hâte nullement, elle regarde ce qui se passe et s’en amuse bien (acte II- scène 4). Et de ce fait, même Molière qui se hâte souvent, a su flâner et donner à son spectateur le plaisir de la flânerie. En effet, pour l’unité de lieu, toujours dans Le Tartuffe bien sûr, on remarque d’abord que le décor ne change pas mais cela signifie-t-il qu’il n’y a qu’un seul lieu ? Si toute fois le décor représente le lieu, il y fait allusion et il y renvoie mais les problèmes liés à la mise en place de l’action dans un lieu donné ne sont pas toujours résolus de façon absolument satisfaisante par la représentation d’un certains décor. Et finalement, le décor donc esquive les problèmes posés par le lieu. La situation des personnages est changeante et variée par rapport au lieu, car c’est une pièce où l’on remue beaucoup ; même le décor éclate parfois un peu, sous la pression des personnages : on nous représente la maison d’Orgon, à Paris et Orgon comme bon bourgeois est riche et d’une manière assez luxueuse, cette pièce est ornée et ceci montre les premières gravures qui illustrent la pièce. Donc une sorte de notice de mise en scène a permis de connaitre non seulement le décor mais aussi les accessoires indispensables pour jouer la pièce comme par exemple les deux fauteuils où s’assoient Tartuffe et Elmire. Par ailleurs, cette notice de mise en scène n’est pas contemporaine de la création, elle date de 1678 ; au XVIIe siècle, on jouait debout sur scène. En ce qui concerne l’unité de temps, on n’a pas grand-chose à dire, elle est respectée aisément et explicitement. C’est comme si Molière voulait faire discrètement signe aux doctes de son temps pour qu’ils soient au courant que les vingt-quatre heures sont respectées et un certain nombre de détails précis insiste sur le déroulement du temps : Orgon revient d’un petit voyage le matin et tous les éléments de la pièce se déroulent pendant la même journée. Les discutions auxquelles il se heurte dès son arrivée exaspère Orgon ; devant la réticence de sa famille, il décide de hâter le mariage de sa fille Mariane afin de lui faire épouser Tartuffe le soir même. Peu vraisemblable certes, cette précipitation l’est autant mais elle est conforme aux conventions de la comédie contemporaine ; et on voit que cette hâte atteste à la fois le despotisme d’Orgon, l’urgence de la situation et la volonté de Molière de faire tenir l’action dans les vingt-quatre heures.

Le comique, le burlesque et la farce

    Le comique du XVIIe siècle applique la formule classique « castigat ridendo mores », mais est ce que les mœurs se corrigent-elle parce qu’on en rit ? En effet tout est mis en place pour que le ridicule apparaisse à jamais et que le rire fuse. Ainsi, dans les pièces de l’auteur du Tartuffe, la plaisanterie devient plus spirituelle et plus complexe et libérant le rire. Son comique qui, peut être violent et implacable, sans réplique cherche à chatouiller le corps et l’esprit. Dans les farces où les grandes comédies, Molière a trouvé là l’équilibre difficile qu’il cherchait depuis longtemps entre le rire et la grande comédie, il réussit à exprimer tout le comique qu’il soit satirique ou de mœurs, par la caricature de la faiblesse humaine. Au lieu de distinguer le comique créé ou exprimé par le langage comme l’a fait Bergson ou encore Charles Baudelaire qui, établie une distinction entre le comique absolue et le comique significatif, Molière a tout mêlé il n’y voit pas de séparation. Il rénove le théâtre sur toutes ses formes et ceci dans l’ensemble de son œuvre. A la fois doué d’une tournure d’esprit comique et dominé par elle, Molière a réussi à anoblir la comédie avec la plus grande drôlerie des sujets graves(libertinage et fausse dévotion ou hypocrisie religieuse) . La fonction du rire étant d’éviter ou plutôt de rompre tout contact des personnages avec le réel : soit par le dédoublement de la personnalité provoquant une prise de conscience critique, soit par l’exagération ou l’accentuation des faits, il éclate avec d’autant plus de facilité que l’exagération n’ est en rien perçue par le personnage qui la commet. De ce fait, la représentation comique devient donc plus difficile parce qu’elle doit correspondre à la façon dont l’évènement est vécu et dont il est vu et traité par le dramaturge Mais l’originalité de Molière est d’avoir réconcilié la comédie avec le comique, d’avoir donné au genre une ambition idéologique et presque politique, en proposant ainsi de dénoncer sur scène les mœurs de ses contemporains. L’exemple le plus marquant c’est Tartuffe avec sa querelle, La Querelle Du Tartuffe qui a vraiment suscité beaucoup de polémiques. Dans cette pièce, l’auteur de Dom Juan semble s’attaquer à des gens plus puissants en France : les marquis et les précieux dont l’hypocrisie, un vice à la mode été d’une conséquence beaucoup plus dangereuse que tous les autres vices. Par ailleurs, on note que dans son théâtre, Molière ne se moque que de ceux dont le sort ne dépend que d’eux même. Ainsi sont vraiment ridiculisés et d’une façon plus comique que les autres, les personnages souvent responsables de leur malheur : Orgon, par exemple dont la confiance aveugle qu’il porte pour Tartuffe le nuira à bien des égards ou Sganarelle du Cocu Imaginaire. Mais en revanche, on rencontre des personnages comme Dorine, ou encore Mme Jourdain qui ne paraissent pas autant ridicules si ce n’est que par leur langage qui provoque plutôt l’amusement. Le comique provient aussi de l’incongruité c’est- à- dire contraire aux règles de bienséance aux convenances. Mais par contre, même si les personnages sont odieux, ils sont tellement absurdes qu’ au lieu d’indigner, ils provoquent le rire et généralement ils sont escortés de valets chargés de détendre l’atmosphère ; c’est le cas par exemple de Sganarelle. Et Molière tout comme Rabelais et avant lui, a pratiqué la satire des mœurs mais a été plus loin, en intériorisant le comique. Il se servait du comique du palais et dans la farce honnie par Boileau et, partant, plus tard de Sainte Beuve. Molière provoque l’hilarité d’une partie du public, il joue de tout ; mais le rire provoqué longtemps à l’avance par l’attente de la drôlerie à venir, redouble si l’on connait le personnage visé, et augmente plus encore si l’on sait qu’ayant l’illusion de son impunité, il prépare lui-même sa punition. C’est ce qu’on appelle le procédé de l’impunité punie qu’on retrouve fréquemment chez l’homme de théâtre. Ce thème comique est celui qu’il illustre particulièrement dans Dom Juan et Tartuffe : faire perdre son pouvoir au méchant, peut produire à la fois un plaisir et un succès comique et les spectateurs dans ce cas ne savent pas s’ils doivent rirent ou pas et de cette manière, quoique les personnages qui donnent leur nom aux deux cas ne soient en rien risible, Tartuffe n’est pas un drame ni Dom Juan une tragédie. Donc peut-on dire Molière a su doser tragique et comique et souvent gommer assez bien le premier pour que ses contemporains puissent rire tout leur saoul sans gêne et sans regrets, sans se rendent compte de ce que Alfred de Musset17 nous dit dans ses propos : Que lorsque l’on vient d’en rire, on devrait en pleurer… Que veut dire Musset ? Peut-on comprendre que L’auteur de Les Nuits affirme que les pièces de Molière sont des tragi-comédies et non des comédies, car l’auteur s’y mêle comique et tragique ? De toute évidence, le rire satirique augmente la distance entre le ridicule bafoué et le spectateur et le ton de la satire a parfois troublé les spectateurs dans Tartuffe, dans Dom Juan aussi ou même l’Amour Médecin. L’amertume et l’âpreté dérange d’abord un public venu se divertir et puis ce public y prend goût comme si l’audace de Molière trouvait en lui un écho, comme si la satire vengeresse l’amusait tout à coup parce que l’auteur a su la doser et la mélanger à un rire plus traditionnel. Cependant, le comique le plus primitif réside dans ce que l’homme, par opposition à ce qu’il peut ; ce qui revient à dire que tout spectacle comique est un ballet des incompatibilités. Le comique de Molière prétend à la fois faire rire et penser et pour Molière, rire, c’est d’abord s’épanouir, de voir le plus fort perdre devant le plus juste( Dom Juan et Sganarelle), et ce dernier doit avoir tous les privilèges et que le monde n’était vivable et n’existe qu’à travers le rire. Son premier grand succès, une farce lui a été inspiré par le ridicule de précieuses de filles dont il se moque parce qu’elles refusent la réalité et le contact avec des hommes « vraiment nus ». La critique sociale se trouve toujours au centre de ses œuvres ; vanité et hypocrisie sont donc au service de sa plume.

LE LANGAGE DRAMATIQUE

   Le langage occupe une place majeure dans le théâtre classique ; les interdits que fait peser la règle des trois unités obligent à tout dire puisqu’il est difficile de tout montrer, tour en respectant la règle. Ainsi, D’Aubignac établie une équivalence absolue entre action et discours ; donc au théâtre « parler c’est agir » et les discours ne sont rien d’autre que des accessoires de l’action ; tout ce que l’on invente, c’est dans le seul but de le faire dire. Le rôle du langage étant de véhiculer toutes les significations, constitue en fait , une des grandes difficultés auxquelles se heurtent l’acteur pendant la représentation : chaque sentiment, chaque réaction de chaque personnage est écrit et expliqué ; cette extrême précision ainsi que cette absence de flou modifient, grâce à l’acteur et au metteur en scène, l’approche des états d’esprit des personnages, leur comportement et les situations dans lesquelles ils se trouvent ; le peu de didascalies que le dramaturge utilise rend encore plus difficile cette tâche. Et pourtant, Molière ne se souciait pas d’en noter, car il mettait en scène ses propres pièces où il tenait le rôle principal : il prépare parallèlement un spectacle à machines et à décors multiples, Dom Juan, créé en mai 1664 fait scandale à la fois par le libertinage de pensée qu’elle expose et par l’amplification extraordinaire donnée au thème de l’hypocrisie et dans Le Tartuffe il annonce des remaniements. La pièce représentée en mai 1964 était en trois actes ; en novembre de la même année, elle en comporte cinq et un peu plus tard, le cinq Aout 1667, une nouvelle version est représentée au Palais Royal, sous le titre de l’Imposteur. De 1967 à 1673, Molière donne dix comédies ballets, toutes créées, à une exception près, dans les diverses résidences royales. Ces pièces étaient destinées à la Cour, représentées dans le cadre de fêtes et visant à mettre en valeur le décor des châteaux, dans lesquels elles sont données. Le dramaturge refusera toutefois de se laisser entrainer dans une logique de pur spectacle à la manière de l’opéra, où l’intrigue deviendrait un simple prétexte : il s’opposera ainsi, pour des raisons d’esthétique autant que de rivalité personnelle, à l’ambitieux Lulli, autre protégé du roi. Le rythme ample et la majesté de l’alexandrin classique exerce sur le spectateur une fascination. Pourtant, pour le public du XVII e siècle, qui est tellement attaché à la vraisemblance, il ne pouvait apparaitre artificiel que le langage soit éloigné de la langue parlée. C’est ce qui fait dire à d’Aubignac que : « les grands vers de douze syllabes […] doivent être considérés au théâtre comme de la prose » et Corneille nuance en ces termes : « J’avoue écrit-il dans l’Argument d’Andromède, que les vers qu’on récite sur le théâtre sont présumés être prose : nous ne parlons pas d’ordinaire en vers, et sans cette fiction, leur mesure et leur rime sortirait du vraisemblable » Mais par contre, l’auteur de Dom Juan use du vers, avec la plus grande liberté, comme d’ailleurs de toutes choses ; il réserve l’alexandrin à des comédies particulièrement travaillées : comme Le Misanthrope, Le Tartuffe, Les Femmes savantes, etc. Molière utilise cependant, la prose dans les pièces, écrites à la hâte ; il s’agit de Dom Juan, Le Malade imaginaire, entre autre. Parfois, il mélange les deux et nous avons l’exemple dans Le Sicilien. Et dans Amphitryon, c’est le vers libre qui triomphe. Par ailleurs, le gout des tirades est très en vogue au XVIIe siècle ; ces tirades sont hérités de l’antiquité ; le rythme des tirades est parfois interrompu par celui de la stichomythie25 ; le procédé hérité du théâtre grec et par l’intermédiaire de Sénèque marque une rupture, soulignant au sein du dialogue un contraste entre l’ampleur des tirades26 et la vivacité des répliques ; et ce changement de rythme entraine une modification momentanée dans la relation entre deux personnages. Chez Molière, cette stichomythie se prête aux scènes du Dépit Amoureux qu’il a si reproduite. En outre, on note que le récit est aussi important dans le langage dramatique en ce sens qu’il permet d’écarter, grâce à la réaction du confident, le héros de la funeste vérité qu’il entrevoit et ce moment d’espoir rend la cruauté du dénouement. ET Molière, use du récit à de multiples potentialités de jeu ; il utilise cependant des éléments romanesques pour diversifier les possibilités des jeux de scènes. Le monologue est aussi significatif en dramaturgie : le personnage y parle à voix haute et ne donne pas l’impression de parler au spectateur. Les monologues de Molière sont polyphoniques : il essaie de rapprocher, dans la mesure du possible, le monologue d’un dialogue et de le rendre vraisemblable, car il introduit presque toujours une référence à la situation théâtrale. Ce qui marque les monologues de Molière, c’est la polyphonie : tantôt le personnage joue sur plusieurs registres de sa voix, comme Argan, tantôt, il imite celle d’un autre. Ces monologues contiennent aussi de nombreuses indications de gestes et font souvent référence à la situation théâtrale. Le langage dramatique de la comédie est bien différent de celui de la tragédie, qui ne contient que par exception, des allusions à la situation théâtrale et de ce fait, la tragédie, plus illusionniste que la comédie au XVIIe siècle, feint d’ignorer totalement la présence du public. Ce qui fait la particularité du langage dramatique c’est le fait d’être à mi-chemin entre l’écrit et le dit.

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Table des matières

INTODUCTION
PREMIERE PARTIE : LE TRAITEMENT LITTÉRAIRE
CHAPITRE 1 : L’ESTHÉTIQUE THÉȂTRALE
A : La remise en cause des règles
B : Le comique, le burlesque et la farce
CHAPITRE 2 : L’ÉCRITURE DE LA DÉRISION
A : Le langage dramatique
B : Dialogue et théâtralité
DEUXIEME PARTIE : LA CRITIQUE SOCIALE
CHAPITRE 3 : LA PEINTURE DES VICES
A : L’hypocrisie
B : Le libertinage
CHAPITRE 4 : LES CIBLES DE LA SATIRE
A : les aristocrates et les bourgeois
B : les médecins et les paysans
TROISIEME PARTIE : LA PRATIQUE D’UN THEȂTRE ENGAGÉ
CHAPITRE 5 : SUR LE PLAN MORAL
A : Les lois et les codes
B : La lutte et les générations
CHAPITRE 6 : SUR LE PLAN RÉLIGIEUX
A : La satire de la dévotion
B : La mise en scène de l’escroquerie
CONCLUSION

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