L’insertion de la puissance publique dans la problématique de soutien au développement des échanges

Le développement des échanges littéraires internationaux : mon stage en agence littéraire

Cette première partie propose de présenter mon expérience au sein de l’agence Andrew Nurnberg Associates à Londres, à travers le contexte de l’organisme d’accueil (qui répond à un accroissement des échanges littéraires européens), la présentation de ses activités et les missions qui m’ont été confiées.

Contexte de l’organisme d’accueil

Etat des lieux des échanges littéraires en Europe

Des échanges littéraires en accroissement constant
Le constat est clair : les cessions de droits à l’étranger ont ouvert des marchés entiers de lecteurs aux éditeurs et agents européens, qui se pressent de plus en plus aux foires internationales du livre (et notamment celle de Francfort, la plus impressionnante de toutes et qui regroupe plus de 300000 visiteurs pour environ 7 000 exposants ) pour vendre leur catalogue à leurs homologues européens. Ainsi, à l’exception d’un léger recul entre 2007 et 2008, les cessions de droits à l’étranger ont augmenté de 57% entre 2005 et 2010 et de 7% entre 2010 et 2011.
A ce titre, la foire du livre de Londres (« London Book Fair »), organisée chaque année en avril 2015 et qui réunit plus de 1 600 exposants venus de 55 pays , consacrait un étage entier aux agents littéraires venus présenter leur catalogue d’auteurs. A Londres, une belle part est donc accordée aux cessions de droits étrangers et sur le stand d’Andrew Nurnberg Associates se sont pressés des trentaines d’éditeurs étrangers chaque jour, notamment suite à la sortie du désormais légendaire Go Set a Watchman d’Harper Lee, qui a fait connaître la petite agence.

La Grande-Bretagne en tête des échanges en Europe

Précurseurs dans la vente de droits vers l’étranger, la Grande Bretagne peut aujourd’hui se targuer d’être le premier exportateur de livres en Europe, avec un chiffre d’affaires d’exportation de 1,4 milliards d’euros, alors qu’il s’élève en France à 665 millions d’euros (soit environ deux fois moins) . En effet, outre le fait que la langue anglaise est la langue la mieux lue d’Europe, qu’elle est aussi la langue des chercheurs et des ouvrages scientifiques et que les britanniques ont été les premiers à se positionner à l’international, les règles encadrant les transactions sont aussi beaucoup plus souples qu’en France : la licence britannique permet une liberté quasi-totale de négociation et n’est pas soumise au contrôle du législateur, tandis que le contrat de cession de droits français (mais aussi les concessions de droits allemandes et espagnoles) peuvent être soumises à l’arbitrage du législateur et préservent d’abord les droits de l’auteur avant ceux de l’acquéreur. Malgré cela, la France reste en très bonne position sur le marché international puisqu’elle reste la seconde langue traduite en France . Le premier acheteur de droits de traduction sur des ouvrages en langue française est la Chine, qui a acheté 1103 contrats de droits sur des livres français en 2012 (représentant environ 11,5% des parts du marché). Viennent ensuite l’Italie et l’Allemagne avec respectivement 1020 et 1021 contrats en 2012, puis l’Espagne avec 949 contrats.Analyse du marché par type d’ouvrages.
Pour dresser un portrait plus fin du marché littéraire international, nous devons aussi proposer une analyse non plus seulement par pays mais aussi et surtout par genre d’ouvrages. En effet, des ouvrages de sciences humaines n’ont pas la même part de marché que des livres jeunesse. En effet, si les bandes dessinées et les livres jeunesse se vendent extrêmement bien à l’étranger, la non-fiction et les ouvrages spécialisés ont plus de difficultés. La jeunesse est LE domaine éditorial plébiscité partout dans le monde, avec des cessions qui représentaient quasiment 30% des cessions de droits réalisées en 2012. La bande dessinée concentre quant à elle 28% des cessions, et la fiction 15 %. Les sciences humaines s’exportent moins bien, et représentaient seulement 11% des cessions de droits réalisées en 2012. Enfin, les beaux livres, les ouvrages de spiritualité, les ouvrages scolaires, et les ouvrages techniques représentent moins de 2% des cessions de droits. Un article extrait de Livres Hebdo du 13 mars 2015 explique en effet que « c’est presque un exploit pour un éditeur de sciences humaines et sociales d’exporter des droits outre-Manche : en 2013, seulement 32 titres français ont été vendus à des éditeurs britanniques selon une étude tout juste publiée du Bureau international de l’édition française (Bief) sur ‘L’é dition des sciences humaines et sociales au Royaume-Uni’ ».
La recherche du « good book » Finalement, ce qui prévaut, c’est la recherche du « good book » : « celui qui n’est pas trop franco-français [ou anglo-anglais] ni trop copieur de nos voisins, ni trop long ni trop court, bien écrit mais accessible, original dans son genre mais pas trop excentrique… » . De ce que j’ai pu observer par ailleurs, un « good book » dans son pays d’origine (c’est-à-dire qui aura obtenu des chiffres de ventes importants) à de très fortes chances de se vendre très bien à l’international. Pour autant, chaque ouvrage est à traiter de façon unique et certaines anomalies peuvent apparaître qui témoignent de marchés internationaux difficilement maîtrisables et prévisibles : si par exemple la collection « The Economist » de petits ouvrages vulgarisés sur l’économie est très populaire en Angleterre, la collection (qui appartient pourtant au prestigieux journal éponyme) est inconnue du public en France et les éditeurs ne se risquent pas à acheter les droits de traduction. A contrario, un auteur français tel que Thomas Piketti réalise plus de ventes aux Etats-Unis qu’en France, où il est d’ailleurs très reconnu tant par ses pairs que par les non-adeptes d’économie.

Le rôle du Bief

En France, le Bureau international de l’édition française (Bief), association de loi 1901, a en charge la valorisation du secteur de l’édition français à l’étranger. Le Bief coordonne la venue des éditeurs et des agents aux différentes foires du livre (Paris, Francfort, Londres pour ne citer que les principales), et organise des rencontres professionnelles dans un but d’échange de bonnes pratiques. C’est aussi un lieu ressource pour les éditeurs et les agents qui souhaiteraient acquérir et/ou vendre des droits à l’étranger : le Bief produit chaque année de précieux documents sur le ventes et cessions de droits en France et à l’étranger, afin d’informer les éditeurs français sur la structure des marchés à l’international . Le budget (qui s’élevait à 3,7 millions d’euros en 2014 ) du Bief est assuré à la fois par les cotisations des maisons et agences adhérentes (plus de 280) et les subventions versées par le Ministère des Affaires étrangères et le Centre national du livre. Sa présence témoigne d’un engagement fort des pouvoirs publics français en faveur du développement des échanges littéraires internationaux.

La problématique des cessions de droits numériques

« Amazon, qui a façonné le marché numérique aux Etats-Unis et en GrandeBretagne en cassant les prix, se montre tout aussi déterminé en France, devant ses trois principaux concurrents que sont Apple, Fnac-Kobo et Google Livres, moins agressifs en termes de promotions » nous indique l’article de Livres Hebdo de février 2014, « Ebook, un décollage en douceur ». Cependant, en France, les éditeurs résistent, afin à la fois d’épargner le plus possible les libraires et de préserver leurs filiales de diffusion distribution. Aussi préfèrent-ils des rabais moins importants que ceux effectués outreAtlantique par Amazon, ou alors des rabais sur les seuls livres de poche. Mais, pour le moment, le marché du numérique est difficilement quantifiable, Amazon refusant de participer à un panel consommateurs. Pour autant, le marché numérique semble représenter une véritable opportunité pour l’exportation d’ouvrages, notamment pour les genres les plus plébiscités à l’étranger, comme la bande dessinée : « L’exportation est un vrai axe de développement pour la BD numérique, qui permet de trouver des lecteurs partout où le livre papier est difficile à envoyer », indique ainsi Philippe Ostermann, directeur délégué de Dargaud.
Mais pour le moment, la plupart des éditeurs limitent les droits de diffusion à l’Union Européenne, craignant le cassage des prix exercé par Amazon hors Europe. Malgré cela, le décollage des ventes en Union Européenne reste difficile, au regard de pratiques de cessions de droits pas encore uniformisées : en effet, certains éditeurs ou agents refusent encore de céder les droits numériques, notamment pour pallier à l’impossibilité de contrôler pleinement l’étendue géographique (notamment en ce qui concerne les langues anglaise, espagnole et portugaise). De plus, le montant des royalties sur les cessions de droits numériques n’est pas réglementé non plus, et enfin, la définition d’un ouvrage « épuisé » dans le contexte numérique n’est pas encore stable et harmonisée . Tout reste à faire donc pour favoriser la naissance d’un marché numérique international encadré qui pourrait représenter une véritable opportunité tant économique pour les cessionnaires de droits qu’en termes d’accès à la connaissance.

Le développement des agences de cessions de droits partout à l’international Agences littéraires

Selon le Traité pratique d’édition de Philippe Schuwer, l’agent littéraire est « un indépendant, un solitaire tenant à sa liberté » . Il est l’intermédiaire entre l’éditeur et l’auteur, et bénéficie en effet d’une grande liberté dans la négociation des contrats, en ce sens qu’il n’est impliqué dans aucun enjeu éditorial.
De façon plus concrète, le métier d’un agent est la représentation d’un portefeuille d’auteurs pour les négociations et les ventes de droits, notamment secondaires (droits de traduction et d’adaptation audiovisuelle). De manière générale, l’agent tire une commission entre 10% et 20% (plutôt 10% pour les droits primaires et 20% pour les droits secondaires) du montant négocié (à-valoir) et par la suite sur les droits d’auteur. Cette profession vient directement des pays anglo-saxons où elle s’est normalisée au point de devenir un acteur incontournable dans la chaîne du livre, et certaines maisons d’édition britanniques refusent même de s’adresser directement à un auteur qui n’aurait pas d’agent. C’est ce que nous indique par exemple le site de Profil Books (éditeur britannique) : « If you have a manuscript for submission our recommendation is that you go via a literary agent».
Le métier d’agent littéraire est donc associé au système éditorial anglo-saxon. Susanna Lea, deuxième agent littéraire français, souligne qu’il y a en effet « plus d’agents que d’arbres » en Angleterre. En France, la profession n’est pas reconnue, et le nombre d’agents est donc plus difficile à évaluer. Cependant, il peut être estimé à environ 250-300, chiffre assez dérisoire, ne serait-ce qu’en le comparant aux 2 000 auteurs affiliés à l’Agessa.
Néanmoins, et au-delà des simples pays anglo-saxons, les agences littéraires progressent : en effet, à la foire de Francfort de 1999, 198 agences étaient représentées et 318 agents étaient présents contre 288 agences et 503 agents en 2009.
Dans les pays anglo-saxons, les agents, indépendants ou affiliés à des agences, se structurent de plus en plus. Ils se sont notamment réunis au sein de l’Association of Authors’ Agents , qui permet l’échange de bonnes pratiques et la formalisation d’une tendance au départ assez disparate. L’association représente aujourd’hui les intérêts d’une centaine d’agents ou d’agences d’auteurs et a récemment mis en place un code déontologique (Code of practice ) qui tend à encadrer les pratiques d’un métier encore en devenir. Aujourd’hui, les principales agences britanniques (comme Andrew Nurnberg Associates, The Marsh Agency ou encore Rogers, Coleridge & White) en sont membres.
En Grande-Bretagne, l’existence d’une tierce personne (l’agent) dans la relation entre un auteur et son éditeur ne fait pas l’objet de débat. C’est plutôt la façon dont ces professionnels exercent leur métier qui est parfois sujet à critique. « Ce qu’on attend d’un agent, dit Christopher MacLehose, fondateur de la maison d’édition MacLehose Press, c’est l’instinct ; repérer l’auteur et les textes, puis lui trouver un éditeur. C’est lui qui aujourd’hui assure la stabilité dans la carrière de l’auteur » . Pete Ayrton, fondateur et directeur éditorial de Serpent’s Tail nuance, en rappelant que les agents sont avant tout là pour « [faire] du business ». Aussi exercent-ils leur métier en fonction du marché et préférent-il les têtes d’affiche aux nouveaux auteurs. « Et ils peuvent vous enlever un auteur dont vous avez publié deux titres pour le placer chez un éditeur plus grand. Mais ils sont utiles, car ils permettent de séparer les questions financières des questions éditoriales » , précise-t-il. En tout cas, explique Christopher MacLehose, « lorsque la gestion des droits a été prise en mains par des gens qui n’étaient ni des auteurs, ni des éditeurs, les choses ont évolué. En Grande-Bretagne, un agent comme Curtis Brown a joué un rôle fondamental pour les auteurs. Aujourd’hui, c’est le cas en Allemagne avec Peter Fritz. Les agents ont fait progresser les débats sur le droit d’auteur. »
L’agent se révèlerait donc être un acteur redoutable tant en termes économiques, puisqu’il permet par sa force de négociation de dynamiser le marché du livre européen ; qu’en termes d’innovation et de force de proposition : il est l’acteur privé principal à s’emparer des questions de droits d’auteur et de droits numériques, domaines souvent abandonnés par les maisons d’édition.
Les agences de cessions de droits étrangers : co-agencies ou sub-agencies Au-delà de l’agence « classique » (appelée primary agency dans les pays anglosaxons), spécialisée dans la représentation directe d’auteurs auprès des maisons d’édition, un second niveau d’agences coexiste : les co-agencies ou sub-agencies, qui représentent les intérêts d’autres agences, en particulier en ce qui concerne les droits secondaires (droits étrangers, droits audiovisuels…). Les agences primaires délèguent donc la négociation des contrats secondaires à des agences plus spécialisées dans le marché international ou le marché de l’audiovisuel. Parfois, cependant, une agence joue à la fois le rôle de représentant primaire et secondaire pour ses auteurs. Cette délégation de la représentation des auteurs suscite des questions, comme le soulève l’étude du Motif « L’agent littéraire en France : réalités et perspectives » : « Lorsqu’un éditeur non équipé pour les droits dérivés fait appel à un agent, tous les auteurs de son catalogue sont-ils vraiment représentés ? En accord ou non avec l’éditeur, l’agent risque d’effectuer une sélection pénalisante pour certains titres.
Représenter à la fois des auteurs et des éditeurs peut aussi susciter des conflits d’intérêt : comment être en position de vendeur pour une maison et de représentant d’un auteur vis-àvis de cette même maison ? » . En effet, la délégation de représentation pour les droits secondaires est encore moins évidente que l’existence même d’agents littéraires, en ce sens que l’agent sera à la fois client et prestataire pour une même maison. Il s’avère néanmoins toujours d’une grande efficacité dans l’accomplissement d’une tâche que certaines maisons d’édition n’ont ni le temps ni les moyens de réaliser.

L’organisme d’accueil

Andrew Nurnberg Associates

Andrew Nurnberg Associates est une des plus agences britanniques les plus plus influentes à l’international. Créée en 1977 par Andrew Nurnberg, elle est aujourd’hui un membre important de l’Association of Authors Agents. « ANA » est spécialisée dans les cessions de droits étrangers, c’est-à-dire qu’elle est avant tout une sub-agency ou agence secondaire, et s’adresse principalement à des agents primaires qui possèdent les droits de publication sur des auteurs nationaux. Cependant, ANA dispose aussi de son propre portefeuille d’auteurs et est, pour certains auteurs de toutes nationalités confondues, à la fois l’agent principal et l’agent secondaire. C’est ainsi qu’ANA représente directement les droits et les intérêts de Frédéric Beigbeder, Eric Reinhardt, Harper Lee, Bernard Clavel, Jackie Collins, Marco Missiroli, Bi Feiyu, Cornelia Funke… à la fois sur leur territoire national et à l’international.
L’agence possède par ailleurs huit antennes pour diffuser le plus largement ses auteurs et les auteurs de ses clients à l’international : cinq agences en Europe de l’Est (En Bulgarie, Lettonie, République Tchèque, Pologne, Hongrie), deux en Chine et une en Russie . A l’agence de Londres, douze agents répartis par territoires sont chargés de vendre des droits étrangers en Allemagne, en France, en Amérique latine, en Espagne, en Italie, au Portugal, dans les pays scandinaves, aux Pays-Bas, en Belgique, en Turquie, en Israël, au Vietnam, en Grèce et dans les pays de langue arabe. Chaque agent est ainsi responsable d’un ou de plusieurs territoires et fait le lien entre le client qui souhaite vendre ses droits et la maison d’édition étrangère qui souhaite les acquérir. Andrew Nurnberg Associates revend ainsi les droits d’ouvrages de fiction, d’ouvrages pour enfants ou adolescents (« Children books » ou « Young adult »), des ouvrages de nonfiction, et des bandes dessinées (« Graphic novels ») principalement. De façon générale, comme expliqué plus haut, les ouvrages connaissant le plus de succès sont les ouvrages de fiction et les ouvrages pour enfants et adolescents. La non-fiction est une très petit partie du catalogue de l’agence, et fait référence à un ensemble d’essais, de guides, de biographies et tout ce qui n’a pas attrait à la fiction et peut intéresser un large public. A ce titre, le catalogue d’ANA est très divers, bien que les agents se focalisent principalement sur les best-sellers.
En plus de ce pôle d’agents, Andrew Nurnberg dispose par ailleurs d’un département financier en charge du calcul des droits d’auteur pour chaque client et du fonctionnement général financier interne de l’agence et de ses antennes ; d’un département juridique en charge de la rédaction des contrats de traduction et d’une direction (qui comprend Andrew Nurnberg et son adjointe Sarah Nundy, eux-mêmes agents par ailleurs). Si je n’ai pas pu obtenir le chiffre d’affaires de l’agence (par souci de confidentialité), il demeure néanmoins qu’elle se porte très bien, notamment grâce à la découverte à la fin de l’année 2014 du roman d’Harper Lee ; découverte entourée d’une longue histoire légendaire qui remonte aux années 1960. A cette date, le premier roman d’Harper Lee est publié (Andrew Nurnberg n’était alors pas encore son agent mais le deviendra dès la fin des années 1970) : To Kill a Mocking Bird (Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur). Ecrivain à l’époque inconnue, ce premier roman (qui se déroule dans les années 1930 en Alabama, à l’époqu e de la Grande Dépression et surtout au cœur de la lutte pour les droits civiques aux EtatsUnis et qui raconte l’histoire d’Atticus Finch, avocat commis d’office pour la défense d’un noir ayant violé une blanche, et raconté au travers des yeux de sa fille) est unanimement salué par la critique et reçoit en 1961 le prix Pulitzer. Plus de cinquante ans plus tard, alors que l’écrivain Harper Lee n’a entre-temps rien publié et qu’elle est âgée de plus de 88 ans, elle découvre à son domicile – en tout cas la légende le dit ainsi -, le sequel de son bestseller : Go Set a Watchman (publié aux Etats Unis et au Royaume Uni par HarperCollins, en juillet 2015), écrit il y a plus de cinquante ans. Andrew Nurnberg est alors son agent et récupère le seul et unique manuscrit écrit à la main que l’écrivain a en sa possession pour juger de sa qualité littéraire. Convaincu, il décide de faire publier l’ouvrage, et ramène jalousement l’unique manuscrit dans les locaux d’ANA. Aussi ai-je vu défiler des éditeurs
venus du monde entier dans la salle des manuscrits de l’agence, pour lire le seul légendaire manuscrit disponible. Les droits en langue anglaise ont par la suite été vendus à quasiment un milliard de dollars à la maison américaine HarperCollins, à plus de quatre millions de dollars à la maison Grasset en France (les droits ont été acquis aux enchères) et à plus de 25 pays différents. Fort de ce succès, Andrew Nurnberg disposait d’une visibilité particulièrement privilégiée lors de la London Book Fair d’avril 2015 et s’est définitivement taillé une place de choix dans le paysage des agences internationales de cessions de droits.
Le second roman d’Harper Lee s’est vendu à plus de 100 000 exemplaires en une seule journée , et la légende court qu’elle aurait certainement écrit le troisième volet de l’histoire.
La légende qui entoure la découverte du phénomène de l’année outre-Manche et outre Atlantique laisse entrevoir le métier d’agent dans toute sa diversité : celui d’un éditeur qui entretient avec ses auteurs une relation privilégiée et de confiance, celui d’un commercial qui négocie farouchement les droits, celui d’un publicitaire qui n’hésite pas à se servir (sinon à inventer) une légende pour faire vibrer le monde littéraire et celui de prescripteur, qui met en lumière ce qui lui semble avoir de l’intérêt : en effet, sous couvert d’un simple rôle de commercial et débarrassé des contraintes éditoriales, l’agent semble être un excellent intermédiaire pour faire rayonner un ouvrage dans le monde entier.

Mes missions de stage

Comme convenu lors de l’entretien, mon stage à l’agence Andrew Nurnberg Associates s’est articulé autour de trois principales missions : la lecture de manuscrits et la réalisation de notes à l’attention des agents des différents territoires ; le support administratif à chacun des agents (envoi de courriers, rédactions de lettres de soumission et de présentation du catalogue, entrée des informations dans la base de données « BP », relance des éditeurs) ; et le traitement des contrats (archivage, rédaction de mémos). J’ai par ailleurs rempli des missions plus secondaires : je couvrais la réception lors de la pause déjeuner de la réceptionniste et répondais aux appels, accueillais les éditeurs et répartissais le courrier des agents ; j’ai fourni des études de marché à l’attention de Claire Anouchian pour l’aider dans le démarchage des éditeurs ; et enfin j’ai accompagné Claire Anouchian lors de la foire du livre de Londres et ai rencontré à ses côtés les éditeurs français.
Mon emploi du temps était organisé à la semaine, et je travaillais chaque jour avec le ou les agents d’un territoire spécifique. Le lundi j’assistais donc Claire sur les marchés français, le mardi Sabine sur les marchés en langue allemande, le mercredi je travaillais auprès de Marei et Elli sur les territoires scandinaves, le jeudi j’assistais Hanna sur la préparation du catalogue pour la Foire du livre et j’étais avec Halina le vendredi sur les marchés russes et asiatiques et la gestion des antennes de l’agence à l’étranger (c’est-à-dire la fourniture d’un ensemble de matériaux pour les aider à travailler (fiches auteurs, contrats…)). Ces missions m’ont permis de cerner le métier d’agent littéraire spécialisé dans les cessions de droits étrangers dans son ensemble.

Etudes de marché et « chasing »

La première démarche d’un agent de cessions de droits étrangers est de comprendre le marché auquel il veut s’adresser et à ce titre de repérer les maisons d’édition sur un territoire donné. C’est-à-dire qu’il va mobiliser un ensemble de ressources pour déterminer quelles maisons pourraient potentiellement être intéressées par l’ouvrage dont il souhaite vendre les droits. Comme l’indique le guide du Motif « Comment vendre des droits à l’étranger ? » : « La sphère éditoriale internationale étant quasi-infinie, il convient d’utiliser la bonne méthodologie et de rechercher des maisons proches de sa propre ligne éditoriale » . A ce titre, l’agent détermine, grâce au matériel fourni par son client et ses collaborateurs, quel genre d’ouvrage il doit vendre et quelle maison serait susceptible d’être la plus à même de le publier. J’ai ainsi souvent rédigé des notes de lecture à l’attention des agents pour leur permettre de cerner au mieux l’ouvrage. A la suite de ce travail, l’agent commence à prospecter et à rechercher les maisons d’édition étrangères qu’il souhaite approcher. En ce qui concerne le marché français, sur lequel j’ai le plus été amenée à travailler, les agents disposent de nombreux sites ressources : celui du Bief, qui propose un annuaire des maisons d’édition acquérant ou vendant des droits étrangers (et qui sont par ailleurs adhérents de l’association) ; les sites internet des maisons d’édition ; les services culturels des ambassades françaises à l’étranger, qui s’appuie sur un réseau de plus de cent un instituts français partout dans le monde et qui sont « très actifs en matière d’information sur les nouvelles publications françaises » ; et enfin les quelques neuf cent Alliances françaises. Autant de moyens de cibler de façon la plus précise possible le démarchage des éditeurs. Au-delà de ce travail de prospection, les foires internationales du livre restent les moments privilégiés pour rencontrer de nouveaux éditeurs et comprendre leurs attentes. J’ai ainsi assisté auprès de Claire Anouchian à ses rendez-vous avec les éditeurs français lors de la London Book Fair et nous avons, à la suite de ses rendez-vous, établi ensemble les attentes des éditeurs (de façon concrète, cela dépend du catalogue de la maison (fiction, non-fiction, ouvrages grand public, ouvrages spécialisés…), de son budget et de son importance dans le paysage éditorial et de la sensibilité de chaque éditeur (certains préféreront les romans novateurs et risqués, d’autres les récits et les auteurs plus classiques)).
A la suite de cet état des lieux du marché et de la compréhension de son propre portefeuille d’auteurs, l’agent envoie des « lettres de soumission » aux éditeurs (en général entre cinq et dix éditeurs sont approchés). Ces lettres présentent l’ouvrage dans ce qu’il a d’original et soulignent l’intérêt particulier que pourrait avoir l’éditeur à le publier. C’est donc un document commercial. J’ai été amenée à réaliser de nombreuses lettres de soumission à l’attention des éditeurs.
Les éditeurs acquéreurs de droits étrangers reçoivent quotidiennement un nombre très important de courriels de soumission, et n’ont pas le temps de lire le manuscrit, ni parfois même la lettre de soumission. Chaque semaine, l’agent le « relance » donc, c’est-àdire qu’il prend des nouvelles de son offre en informant l’éditeur d’éventuelles nouvelles bonnes ventes, et en lui fournissant les dernières critiques de l’ouvrage. J’ai aussi été très souvent amenée à réaliser ce « chasing » : je devais rassembler un ensemble de critiques sur l’ouvrage, les synthétiser en quelques phrases, me renseigner sur les chiffres de ventes et les dernières acquisitions de ses droits à l’étranger et produire un mail synthétique pour attirer l’attention des éditeurs .

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Table des matières
Remerciements 
Introduction 
I. Le développement des échanges littéraires internationaux : mon stage en agence littéraire
A. Contexte de l’organisme d’accueil
1. Etat des lieux des échanges littéraires en Europe
2. Le développement des agences de cessions de droits partout à l’international
B. L’organisme d’accueil
1. Andrew Nurnberg Associates
2. Mes missions de stage
II. L’insertion de la puissance publique dans la problématique de soutien au développement des échanges : mon stage au Centre national du livre 
A. Contexte de l’organisme d’accueil
1. Les politiques de soutien à la création littéraire en France
2. Le rôle joué par le Cnl dans le paysage des institutions de soutien au développement des échanges littéraires internationaux
B. L’organisme d’accueil
1. Présentation du Cnl
2. Mes missions de stage
III. La réforme du droit d’auteur européen : implications et limites de la création d’un titre unique européen du droit d’auteur
A. Le droit d’auteur en France et en Europe : état des lieux
1. Le droit d’auteur français
2. Et européen
B. Les nouvelles problématiques ouvertes par le numérique et la globalisation :vers un droit d’auteur européen commun et 2.0
1. Les nouvelles problématiques liées au développement des échanges et aux innovations technologiques
2. La proposition du rapport Reda
Conclusion 
Bibliographie 
Annexes 
Table des matières

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