L’infini chez Aristote

L’infini chez Aristote

Distinction acte/puissance

À partir de tout ce que nous avons dit, nous sommes forcés de reconnaître que l’infini n’est pas une chose en soi. L’infini ne peut effectivement pas exister en acte puisqu’il serait alors achevé et donc fini. On ne peut cependant pas nier absolument son existence puisque maintes absurdités découleraient. Nous nous retrouvons alors dans une position difficile. Fidèle à son propre enseignement, Aristote résout le problème en proposant une distinction entre être en acte et être en puissance et affirme que le cas de l’infini ne présente pas la possibilité de devenir un être en acte au contraire d’un bloc de pierre qui est en puissance une statue et qui pourrait éventuellement devenir cette statue.
[Q]uand, les choses ayant été déterminé ainsi, aucune des deux hypothèses ne se révèle possibles, il est besoin d’un arbitre, et il est évident que l’infini en un certain sens existe et en un autre n’existe pas. En fait, «être» se dit d’une part en puissance, d’autre part en entéléchie [acte] Comme la distinction entre acte (ou entéléchie) et puissance semble ici jouer un rôle capital, nous allons prendre le temps d’étudier cette distinction et ses implications dans le cas de l’infini.

L’importance de la puissance

Comment peut-on définir la notion de puissance chez Aristote ? Malgré l’importance de celle-ci dans toute son œuvre, il reste difficile de donner une définition claire de la puissance. Disons tout d’abord que la puissance existe en rapport avec l’acte, c’est-à-dire qu’il s’agit du potentiel d’un certain être à devenir tel ou tel acte. L’exemple le plus classique est sans doute celui de la vue. Il y a tout d’abord la capacité en puissance d’un homme qui a la vue de voir, puis cet acte même, le voir actuel. Ainsi, celui qui a les yeux fermés ne voit pas en acte, mais garde en lui la possibilité de voir ou autrement dit la puissance de voir. C’est grâce à cet exemple qu’Aristote rejette la critique des Mégariques qui refusaient la distinction entre l’acte et la puissance. Ces derniers posaient également en absolu le principe de non contradiction et allaient jusqu’à l’appliquer aux propositions futures, ce qui avait pour conséquence de ruiner les notions de possible et de devenir. Dans cette optique, le monde serait entièrement déterminé et en quelque sorte achevé puisque même le futur serait donné dans le présent. Pourtant, si la puissance n’existait qu’en acte, nous serions forcé d’affirmer qu’il n’y a de sensible que lorsqu’il est senti. Quelle existence aurait alors cet être lorsqu’il
n’est pas senti ? De même, toujours selon la théorie des Mégariques, le sentant ne pourra avoir la faculté de sentir que s’il est en train de sentir : « [s]i donc est aveugle l’être qui ne voit pas, alors qu’il est dans sa nature de voir, au moment où il est dans sa nature de voir, et quand il existe encore, les mêmes êtres seront aveugles plusieurs fois par jour, et sourds également». Par ces absurdités, nous sommes forcés de reconnaître avec Aristote l’existence de la puissance.

Différents sens de puissance

Mais n’en restons pas là et essayons de comprendre plus en détail ce qu’est cette puissance. Aristote en Métaphysique A distingue trois formes de puissance. Le premier sens, celui du sens commun et du langage, renvoie à la capacité d’un être de mouvoir ou d’être mû : « […] la définition proprement dite de la première espèce de puissance sera bien : un principe de changement dans un autre être ou dans le même être en tant qu’autre79». D’un côté nous avons la puissance de mouvoir un être, qu’Aristote nomme puissance active, mais de l’autre nous avons un être qui a la puissance d’être mû, ce qu’Aristote nomme la puissance passive.
À partir de cette première forme de puissance, nous pouvons en obtenir une deuxième qui est « […] la faculté d’achever une chose comme il convient, ou selon la [libre] volonté qu’on en a80». Pour ce cas, Aristote donne pour exemple la capacité d’un orateur à mouvoir son auditoire ou non, ou bien la capacité d’un artiste à bien réaliser une statue. On retrouve donc ici aussi un principe de changement.
La troisième forme de puissance est un peu plus complexe. Il s’agit de la capacité à se maintenir :«[…] car lorsqu’une chose est brisée, broyée, tordue, en un mot lorsqu’elle est détruite, ce n’est pas apparemment parce qu’elle peut, c’est au contraire parce qu’elle ne peut pas, et qu’il lui manque quelque chose81». Si nous affirmons que cette forme est plus problématique, c’est qu’elle ne se présente pas de prime abord comme un changement possible, mais comme une absence de changement. Comment expliquer que la puissance semble référer à deux significations contradictoires. de se maintenir comme un mouvement dans lequel un être se conserve lui-même à travers le temps et les différentes forces qui tentent de le corrompre. On pourrait penser dans ce sens à un être vivant qui absorbe son environnement afin de se préserver.

Puissance rationnelle et irrationnelle

Aristote ajoute une autre distinction intéressante entre la puissance rationnelle et la puissance irrationnelle. La puissance irrationnelle est celle des êtres inanimés et produit toujours le même effet dès que les conditions nécessaires sont présentes. On peut penser à de la poudre à canon qui explose inévitablement en présence d’une source de chaleur suffisante. On retrouve par contre chez les êtres animés une forme de puissance rationnelle. Cette puissance se distingue de la première en ce qu’elle peut produire ou non l’un des deux contraires.
En effet, la raison des choses est raison de l’un et de l’autre, mais non de la même manière, et elle réside dans une âme, qui a en elle un principe de mouvement, de sorte que, du même principe, l’âme fera sortir deux contraires, puisqu’elle les aura reliés l’une l’autre à la même raison.
Doit-on considérer l’infini comme une puissance rationnelle ou irrationnelle ? On serait tenté de le considérer comme une puissance irrationnelle, mais alors quelles conditions lui manquerait-il pour se réaliser et passer à l’acte ? L’infini serait-il incapable de passer de la puissance à l’acte parce que l’une de ses conditions serait impossible ? Quelle serait cette condition ? Affirmer cela serait cependant rendre accidentelle la nature purement puissante de l’infini, ce qui est inconcevable.
L’acte précède la puissance
Si Aristote s’attarde davantage à la puissance qu’à l’acte c’est parce que ce dernier est immédiatement évident et fait partie de notre quotidien. Cependant, quelques précisions peuvent être amenées pour éviter la confusion. Tout d’abord, Aristote insiste sur le fait que l’acte précède la puissance. On peut y voir un éloignement très direct de la doctrine de Platon puisque qu’Aristote donne par là toute la primauté au monde sensible.
Que selon la notion, l’acte soit antérieur, cela est évident : c’est parce qu’il peut s’actualiser que ce qui est puissant, au sens premier, est puissant. Par exemple, j’appelle capable de construire, celui qui peut construire ; doué de la vue, celui qui peut voir; visible, ce qui peut être vu.
Mais ce n’est pas tout, l’acte est premier en un autre sens : « […] d’un être en puissance un être en puissance est toujours engendré par un autre être en acte : ainsi, l’homme est actualisé par l’homme, le musicien, par le musicien, il y a toujours un moteur premier et le moteur existe déjà en acte V Troisièmement, l’acte est premier par rapport à la puissance en ce sens qu’il en est la finalité et qu’il possède la forme.
Cette primauté de l’acte sur la forme cause problème dans le cas de l’infini puisque qu’il ne peut en aucun cas s’actualiser. On ne peut pas non plus dire qu’il fut engendré par un
autre infini en acte puisqu’il ne fut pas engendré et qu’il ne peut y avoir qu’un seul infini. Finalement, on ne peut non plus fixer l’actualisation de l’infini comme étant sa fin puisque devenir en acte pour l’infini signifierait sa propre destruction. Doit-on reconnaître l’infini comme une exception ? Il semble que oui. Comment cela est-il possible ? Aristote répondrait probablement que cela est possible puisqu’il s’agit d’une possibilité de notre esprit et non une réalité en soi. Pourtant, l’infini ne peut être réduit à une simple création de notre imagination, puisqu’il possède visiblement plus de réalité qu’une simple chimère. Le statut exact de l’infini semble donc confus.

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Table des matières

Résumé
Remerciements
Introduction
L’infini chez les présocratiques
L’infini chez Anaximandre
L’utilisation de l’ag^rj
Introduction de l’émsigov
Les mondes innombrables
Anaximandre et Parménide
Aristote contre Anaximandre
Une autre interprétation possible
Conclusion : L’infini d’Anaximandre
L’infini chez Parménide
Les deux voies de recherche
L’Être
L’Être et le néant.
La pensée et l’Être
Conclusion
L’infini chez Anaxagore
Les homéomères
Le vous
L’infini chez Aristote
Remarques préliminaires
Cinq arguments en faveur de l’existence sensible de l’infini et leur réfutation
Analyses de physiciens
Distinction acte/puissance
L’importance de la puissance
Différents sens de puissance
Puissance rationnelle et irrationnelle
L’acte précède la puissance
Reprise du problème
Dernières remarques sur l’infini chez Aristote : Anaximandre et Lévinas.
L’infini chez Plotin
La pensée générale de Plotin
L’Un
L’infinité de l’Un
Le Nous, l’intelligence, ou le monde des formes
L’infinité du monde des formes
L’âme
La matière
L’infinité en nous
Rapprochement avec Parménide
Rapprochement avec Descartes
Rapprochement avec Lévinas
Originalité de Plotin, question de transcendance
Conclusion
L’infini dans la modernité
L’infini chez Descartes
L’infini
Passage vers le corps
Dualité?
L’infini chez Lévinas
Le solipsisme
Désir de l’autre
L’infinité du sujet
Le langage
Naissance d’une nouvelle éthique
Conclusion
Conclusion
Bibliographie

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