L’importance de l’intégration des facteurs culturels dans les stratégies de développement

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Explication sociologique de la culture

Les explications sociologiques ont le mérite d’avoir démontré justement la complémentarité des différents éléments qui figurent dans les définitions des anthropologues ; elles ont eu une contribution majeure quant à l’explication des lien s qui unissent le système de significations d’une société, sa culture donc, et les facteurs quiconcourent à la transformation économique ou à la modification de la structure sociale de cel le-ci.
En se proposant d’examiner les rapports entre l’ action et la signification, Max Weber, un des « pères fondateurs de la sociologie économique », ixef-t-il pour objet de cette science, la « connaissance de la signification culturelle et des rapports de causalité de la réalité concrète » (WEBER M., Essai sur la théorie de la Science, Paris, Plon, 1965, p.157). Dès les premières pages d’ Economie et Société, l’auteur définit l’activité comme « un comportement humain (…), quand et pour autant que l’agent ou les agents lui communiquent un sens objectif». L’activité devient sociale dès lors que « d’après ons sens visé par l’agent ou les agents, (elle) se rapporte au comportement d’autrui, par rapport auquel s’oriente son déroulement » (WEBER M., Economie et Société,p. 4). En associant l’analyse de l’activité humaine et celle  de la signification, Weber revendique donc à la soc iologie une dimension culturelle. Dans cette perspective, l’auteur considère que « les comportements « strictement traditionnels » et « strictement affectuels » se situent à la limite d e l’activité orientée significativement ». La tradition, la réaction affective, comme la rationalité en valeurs nous placent en face d’activités très caractéristiques de la pluralité et de la discordance dont l’histoire a affecté les cultures (Idem p.22).
Cette conception enrichit la construction anthropologique de la culture. Tout d’abord, les conditions de genèse des cultures sont déterminéesnon pas par les systèmes sociaux, mais par les acteurs, par leur compétition et leur créativit face à des défis donnés. Elles sont indissolublement liées à l’action, à la relation so ciale, et surtout à la répétition de celle-ci.
C’est par le biais du pouvoir, de la domination ou de la coutume que la signification de l’action glisse de l’individuel vers le collectif, pour fabriquer cette « toile de significations » qui emprisonne les individus insérés dans une mêmesociété. Cette attitude culturaliste est très répandue chez le sociologue allemand ; il note, parexemple : « Ce qui nous intéresse, nous économistes, est l’analyse de la signification culturelle de la situation historique qui fait que l’échange soit de nos jours un phénomène de masse »(WEBER M., Essai sur la théorie de la Science, Paris, Plon, 1965, p.161)
Un certain système de significations va donc se forger à travers l’interaction entre les différents acteurs en contact et auquel ces acteursvont s’identifier. Dans le cas où les rapports de force finissent par imposer les « modèles des dominants », cette interaction risque d’induire la perte, la destruction de ceux des « dominés ». Si l’on se rapporte maintenant à la tendance contemporaine de l’économie capitaliste vers la mondialisation, on peut déduire qu’il serait inévitable que la réussite de ce processus dépende du pouvoir de ce modèle « dominant » de s’imposer face aux coutumes locales ; leur disparition, totale ou partielle, serait donc imminente à long terme. Un exemple très frappant en ce sens est la rapidité de la modification de la façon de s’habiller au niveau de s jeunes malagasy. En fait, on assiste à une extinction progressive des habillements exclusivement malagasy en dépit des « looks » considérés américains.

La vision économiste de la culture

Dans le domaine de l’économie, le concept de culture a été réduit à une variable parmi tant d’autres, elle est prise le plus souvent dans son sens restreint, réduit à la conception occidentale de la société et désignant les œuvres de l’esprit, les productions littéraires et artistiques d’une société ou d’un groupe social quelconque.
L’économiste cherchera à l’utiliser comme instrument de comparaison, pour percevoir et interpréter les écarts qui séparent les différentssystèmes économiques ; il sera ainsi sans cesse tenté de ramener les cultures à éclairer des différences ou d’appréhender des similitudes. C’est ainsi que l’on reconnaît, par exemple, le « miracle asiatique » par les valeurs de l’éthique confucéenne (World Bank, The East Asian Miracle : economic growth and public policy, 1993).
Partant de ces principes, certains théoriciens (les classiques) considèrent que le développement des valeurs culturelles des diverses sociétés n’a pas de sens et qu’il ne saurait constituer une solution possible et souhaitable des problèmes de sous-développement actuels. Leurs arguments portent sur le fait que le modèle de développement capitaliste est unidimensionnel, le seul viable et capable d’offrir l’environnement de mieux-être espéré par les populations des pays « sous-développés » et l’unique moyen pour réduire les fléaux (famine, guerres, maladie, etc.) avec lesquelles celles-ci se confrontent : « Le respect des cultures n’est pas une valeur en soi. Si le respect des cultures signifie le maintien de la misère, de la pauvreté et le mépris des droits élémentairesde la personne humaine, il n’y a pas lieu de regretter la déculturation et l’occidentalisation. » (LATOUCHE S., « La culture n’est pas une dimension », in Clés, n°14, fév.1990, p.63)

Méthodologie

En se référant à la problématique qui est : « exist-t-il des relations entre les pratiques culturelles et le développement d’une société ? »,nous allons garder comme hypothèse l’affirmation de l’existence des relations entre le développement d’une société et ses pratiques culturelles.
Dans un premier lieu, nous essayerons d’identifier et de rassembler certaines théories justifiant l’hypothèse. Ainsi vont se dégager certains éléments culturels ayant des agissements directs ou non sur le niveau de développement d’un groupe social donné et inversement, les effets du développement sur les pratiques culturelles de la société
Dans un second lieu, nous allons nous situer à Mada gascar pour la vérification empirique. Mais avant de mener l’analyse et pour pouvoir sortir le résultat de l’étude, un point de vue globale des réalités socio-économique ainsi que culturelle du pays sera dans ce cas un point à ne pas négliger.

Les apports théoriques sur la dimension culturelle de développement

On désigne généralement par dimension culturelle dedéveloppement, la prise en considération des facteurs culturels qui caractérisent une certaine société lors de l’élaboration d’une stratégie de développement concernant cette ociétés.
La reconnaissance du rôle fondamental de la culture dans les stratégies mondiales de développement a été explicitement exprimée dans unrapport d’évaluation du Corps Commun d’Inspection des Nations Unies, concernant la mise en œuvre du Nouvel Agenda pour le développement en Afrique pour les années 1990. Ce apport affirme que c’est seulement quand le processus du développement sera véritablement enraciné dans le système de rationalité des populations africaines, qu’elles s’engageront pleinement dans la maîtrise des mécanismes de modernisation : « l’un des problèmesles plus fondamentaux pour les efforts de modernisation de l’Afrique concerne les facteurs culturels internes, plus précisément l’interaction entre les valeurs et pratiques socioculturelles traditionnelles et les impératifs du développement moderne. » (UNESCO, L’approche culturelle du développement. Manuel de planification : principes et instruments, Paris, Unesco, 1997, p. 99). L’UNESCO en considérant la dimension culturelle, comme l’un des thèmes majeurs de sa doctrine est la principale source de cette évolution récente, prenant forme depuis la Conférence de Venise (1970) et étant devenue aujourd’hui le facteur fondamental du développement, qui sert de référence pour mesurer l’ensemble des autres facteurs.
Face à de nombreux échecs de la stratégie de développement réduit à sa dimension strictement économique depuis plusieurs décennies,on commence à s’interroger sur les causes de cet état de fait. C’est ainsi que les travaux des anthropologues et sociologues comme Taylor, Lévi-Strauss, Max Weber, Durkheim, etc., tout comme ceux de certains économistes, tel François Perroux, par exemple, sont devenus le point de départ pour l’explication des effets des transformations subies par les sociétés traditionnelles sous l’action du développement économique.

Conception de la culture impliquée sans raisons dans le développemen t

La domination de la pensée classique et ses effets

L’étude des grandes théories dans l’histoire du développement montre l’existence d’une idéologie dominante qui repose sur les bases suivantes :
Une conception linéaire et mécanique de l’histoirequi suppose que toutes les sociétés doivent passer par les mêmes étapes de développement pour arvenirp au stade où l’appareil économique est en mesure d’assurer le même niveau ed revenus que celui des populations des pays considérés comme « développés ». Ce schéma uvetro son expression la plus explicite dans la théorie de « l’impulsion massive » et son démenti le plus flagrant, dans l’histoire économique des pays producteurs de pétrole. (ROSTOWW.W., Les étapes de la croissance économique, Traduit de l’américain par M.J. Du ROURET, Edition du Seuil, 1962)
Un raisonnement selon lequel le principal objectif de toute société serait d’acquérir les valeurs qui caractérisent les sociétés dites « développées» : esprit d’initiative, de profit, de compétition, de sécurité matérielle et surtout volonté pour parvenir à posséder certains biens et services typiques des sociétés hautement industrialisées.
Un point de vue hautement économique, à savoir l’idée qu’une utilisation appropriée des instruments de la politique économique est suffisante pour permettre à un pays d’atteindre les objectifs énoncés ci-dessus.
L’analyse des effets de l’application de cette idéologie nous conduit à quelques observations plus ou moins évidentes :
Tout d’abord, les résultats du développement mimétique furent très souvent décevants du fait de l’ampleur des échecs répétés. Ainsi, bien que ajustementl’ structurel, par exemple, expérimenté d’abord en Asie et en Amérique Latinedans( des pays très endettés, mais ayant amorcé un processus de diversification économique te d’industrialisation endogène), ait-il permis de rétablir les grands équilibres financierset de restaurer la confiance des investisseurs étrangers, le « coût social » fut élevé ; en Amérique Latine, on parle parfois de « décennie perdue du développement ». De même, appliqué en Afrique au milieu des années 1980, l’ajustement structurel n’y obtient pas les résultats désirés. Les causes invoquées étaient différentes : mauvais fonctionnement des infrastructures, agriculture très dégradée, absence d’intégration villes-campagnes, etc. (« De l’approche quantitative au développement humain », in Problèmes Economiques, n° 2480, 24 juillet 1996, pp. 2 – 4)
En second lieu, l’application de cette idéologie a créé en fait un mécanisme de transfert de culture des pays industrialisés vers les pays en développement. Ainsi, des sociétés dépourvues de moyens suffisants ont adopté un style de vie quin’est accessible qu’à une minorité de la population, ce qui a hypothéqué en fait leur aveniréconomique et compromis la présentation de leur identité culturelle.
Sans nier l’ampleur de certains progrès économiquesissus du développement, ni les apports bénéfiques de la science et de la technique, il convient de rappeler ici que ces changements ont été généralement opérés sans tenir compte deuxdefacteurs essentiels : le « coût social », en termes de violence et d’angoisse collective et individuelle résultant de transformations jugées « positives », et les obstacles aux processu d’évolution propre aux sociétés concernées.
La prise en considération de ces facteurs ne met pas en question la nécessité et l’utilité du développement, mais exige d’adapter les buts aux moyens et aux besoins des populations concernées, sans créer des répercussions négativessur leur niveau de vie et sur leur identité culturelle.

L’approche des anciens économistes

Comme nous l’avons vu dans la section 1-3) du premier chapitre, certains théoriciens (les classiques) portent sur le fait que le modèle de développement capitaliste est unidimensionnel, le seul viable et capable d’offrir l’environnement de mieux-être espéré par les populations des pays « sous-développés » et l’unique moyen pour réduire les fléaux (famine, guerres, maladie, etc.).
La dimension culturelle du développement serait donc ici une pure illusion, une conception utilitariste de la culture impliquée sans raisons dans le développement. L’exemple-type, souvent cité en ce sens, est celui de l’économie informelle, qui s’est développée et fonctionne dans ces pays en développement à l’instar du modèle de l’économie de marché et dont la création est indépendante de l’identité culturellede ces sociétés : « (…) la reconnaissance culturelle véritable se trouverait dans ce cas annulée par le modèle économique de développement unidimensionnel » (LATOUCHE S., « La culture n’est pas une dimension », in Clés, n°14, fév.1990, p.55)
De même, dans un texte sur l’économie et l’éthique,Benjamin Higgins soutenait que la pensée économique classique est de plus en plus pertinente en matière de développement, tout en soulignant les limites des analyses économiques lorsqu’il s’agit de comprendre les problèmes actuels du développement : « La macroéconomie analyse le fonctionnement des économies nationales dans son ensemble. Elle étudiele comportement des ménages, des entreprises, des travailleurs et des investisseurs en vue d’expliquer la structure des prix, l’allocation des ressources et la répartition des revenus. Sur le plan de la politique, la tâche principale de la macroéconomie est d’assurer une croissance soutenue [du revenu par tête de la population] en même temps que le plein emploi et de prévenir l’inflation. Elle est essentiellement neutre quant à la répartition des revenus entre les catégories sociales, entre les régions d’un même pays et entre les pays eux-mêmesElle. repose sur un seul jugement de valeur : la croissance soutenue, le plein emploi et des prix stables sont de bonnes choses. »
Mais avec le temps, et surtout durant les périodes de l’Après-guerre, ce point de vue s’est transformé progressivement et on commençait petit à petit à prendre conscience de l’importance de la culture dans son interaction avec le niveau de développement de la société.

L’insuffisance de la théorie classique

Avant les années 50, on assimilait souvent croissance et développement. La recherche des explications sur cette croissance économique a toujours constitué un enjeu majeur de la théorie économique. Adam Smith dans sesRecherches sur la nature et les causes de la richesse des Nations ou avant lui, François Quesnay dans son Tableau économique ne se posaient pas d’autres questions. Or, la croissance, c’est-à-dire l’augmentation soutenue de la production d’un pays, est un phénomène relativementrécent puisqu’il devient durable à partir de la première révolution industrielle. Le XXème siècle va renforcer le processus, en l’accélérant, même après 1945, malgré des périodesimportantes de ralentissement notamment pendant les années 30 ou à partir de 1974. Dans ce contexte nouveau, les économistes vont donc se demander s’il est possible d’expliquer la croissance, mais force est de reconnaître que les explications ont pendant très longtemps été insuffisantes (Cf. Tableau 1)
Si les analyses traditionnelles étaient partielles et vite inadaptées, les tentatives d’analyse quantitative, tout en mettant en évidence le rôle du progrès technique, n’ont pas apporté toutes les réponses, et l’orientation récente de la réflexion irait vers une analyse plus endogène du phénomène de croissance et donc du développement.

Tendance à la « dimension culturelle » du développement

Les avis des anthropologues et des sociologues

Premièrement, nous nous proposons de rendre compte de la contribution des anthropologues et ethnologues pour la définition du concept de culture, définition qui constitue d’ailleurs le point de départ des approches culturelles du développement. Cette approche a été souvent critiquée par certains auteurs comme « science de la servitude qui vient au secours des interventions néocoloniales, pour accélérer au planmondial la domination du capitalisme ». Parmi ces auteurs, on peut citer Pierre Jallée (Le pillage du Tiers Monde, Maspero) ou Samir Amin (Le développement du capitalisme en Côte d’Ivoire, L’accumulation à l’échelle mondiale, etc.) (AUZIAS J.-M., L’anthropologie contemporaine , PUF, 1976, p. 3 l – 95).
L’idée de départ de cette approche qui est la « dimension culturelle » du développement est que le développement durable ne peut exister que par la prise en considération « du contexte socioculturel dans lequel se situe le développement, et des conditions spécifiques liées à la culture concernée. » (CLAXTON, Culture et Développement, Etude, Paris, Unesco, 1994, p. 9)
En tout, ils affirment l’existence d’une dépendance mutuelle entre développement et culture d’une société.

Les étapes d’une prise de conscience par les développementalistes

Dans une première étape, correspondant aux environsdes années 50, on reste fidèle à la fois au schéma d’origine marxiste, qui donne priorité aux infrastructures, à « l’industrie industrialisante » (F. Perroux), et à la conception étroite et élitiste de la culture, celle-ci étant identifiée avec les œuvres de l’esprit, c’est-à-dir e les « beaux-arts » et les « belles lettres », ainsi qu’en témoignent notamment la dénomination del’UNESCO à cette époque, dans laquelle la culture figure en appendice à la scienc e et à l’éducation. Les projets de développement ignorent complètement les aspects culturels, qu’il s’agisse de la coopération internationale multilatérale ou bilatérale (KROEBERA., KLUCKHON C. Culture, A Critical Review of Concepts and définitions, New York, Vintage Books, 1952).
Sous cet angle, on peut apprécier que, dès le débutdes théories développementalistes, le facteur culturel n’a été introduit que de façon négative : l’environnement traditionnel (tradition, œuvres, coutumes) était incompatible av ec tout progrès économique.
A partir des années 60, on a tendance à remettre en cause le primat de l’économique au profit du politique et de l’importance de la notion de pouvoir (Max Weber) dans l’interprétation des faits sociaux, avec l’opposition dominant/dominé. Dans le même temps, les puissances coloniales reconnaissent l’indépendance de nombreux pays qui accèdent ainsi à la souveraineté politique sur le plan international enrevendiquant un plein accès à la science et à l’éducation de type occidental, c’est-à-dire le droit d’avoir une politique de la culture au sens systémique. (Idem.)
Avec les années 70, on reconnaît de plus en plus que ce qui est le « un » (Eric Mandrara), ce n’est pas le conditionnement économique ou le mode d’autorité et d’organisation de la vie politique, mais les manières de penser, la situation de l’être au monde, les conceptions philosophiques ; les idéologies d’une société soustendent- elles-mêmes pour une large part non seulement les mentalités, les comportements, les opinions, mais aussi les institutions politiques, la vie économique et les rapports sociaux. L’idée de départ de ces constatations était que les sociétés s’organisent autour de réseaux d’interrelations qui existent entre les individus et les groupes, entre les groupes et l’ensemble sociétal, entre la nature et la culture prise dans son sens global et anthropologique (Idem.)
A cette époque, on observe dans les pays du Tiers Monde des mouvements de revendication de la décolonisation et l’indépendance culturelle.Peuples et ethnies s’engagent dans la quête de leur identité par un retour aux sources de leur propre culture, cependant l’UNESCO commence à mettre l’accent sur la dimension culture lle du développement, ce qui implique qu’il ne saurait y avoir de véritable développementqui ne s’enracine pas dans les modes de vie, les croyances et la conception du monde de la communauté concernée. On saisit ainsi que le développement passe par la compréhension des ressorts profonds des sociétés, le système de valeurs traditionnelles propres à ceux qui avaie nt été jusqu’alors les « peules du silence » (UNESCO, L’approche culturelle du développement. Manuel de planification : principes et instruments, Paris, Unesco, 1997, p. 99).
C’est ainsi que l’on affirmait au sein des organisa tions internationales et surtout de l’UNESCO, la nécessité de passer d’un modèle de développement imposé ou exogène (celui occidental), à ce que l’on a appelé « développent endogène intégré » (cher à Romer) , basé sur la prise en charge par les populations concernées elles-mêmes, de leur propre futur ; la culture était censée ainsi de passer du statut de « surplus» ou de « plus » à celui de « bien premier » (Rawls) et condition même du développement (Idem.)
Cette nouvelle position sera affirmée à travers les dernières décennies à l’occasion de nombreux discours et congrès à portée régionale oumondiale et bénéficiera de l’adhésion successive des organismes bilatéraux ou multilatéraux de coopération et développement.
Au niveau pratique, la crise financière des Etats et les nombreux dysfonctionnements apparus dans des économies dépendant des capitaux extérieurs, aide ou crédits, ont conduit les théoriciens à revoir leur approche du décollage économique. C’est ainsi d’ailleurs que l’approche qualitative du développement commence à prendre le relais sur celle quantitative: la théorie des besoins essentiels (cf. pyramide des besoins de Maslow) (former les hommes par de vastes programmes d’éducation, puis satisfaire leurs besoins alimentaires) et les plans d’ajustement structurel (allouer aux Etats des sommes forfaitaires, déboursées par tranches, à condition qu’ils appliquent certaines mesures économiques : amélioration du système d’incitation à l’exportation, réforme budgétaire et fiscale, assainissement des entreprises publiques, privatisation de certains secteurs de l’économie, modification des prix agricoles, etc.) constitueront les priorités de l’aide au développement depuis le début des années 80.
Mais le passage des discours aux actes est loin d’être réalisé. Les difficultés de la portée opératoire du concept de culture, ainsi que la négation de nombreux spécialistes en économie de l’utilité de cette démarche dans le processus dedéveloppement expliquent le fait que l’application de ces principes est restée le plus souvent lettre morte.

La difficulté de l’analyse opérationnelle

A part les difficultés rencontrées pour définir laculture, le recours à ce concept pose aussi des problèmes de méthode, qui limitent sa portée opératoire. En s’interrogeant sur la relation entre la culture et la politique, Bertrand Badie signalait la complexité et les limites de l’analyse opérationnelle de la culture dans les termes suivants : « Le concept est d’abord victime de sa pertinence : s’il permet d’appréhender le système de significations propre à chaque collectivité, il relève déjà les contraintes qui pèsent sur l’observateur, appartenant lui même à une culture qui le conduit à percevoir les traits c ulturels qu’il étudie en fonction de son propre système de sens. Plusieurs préalables méthodologiques pourraient être dès lors posés : peut-on appréhender la culture de l’autre avec sa propre culture? Peut-on préserver l’identité d’un système de significations en le présentant et en l’exprimant par recours à un autre système qui lui est étranger ? Le simple acte de traduction, n’est-il pas déjà source considérable de réduction, voir de détournement de sens? » (B. BADIE, Culture et politique, Paris, Ed. Economica, 1993, p.77)
Un exemple très connu en ce sens (analyse opérationelle) est l’analyse effectuée par Max Weber qui considère que les traits essentiels de l’éthique puritaine se trouvent à base de la formation du capitalisme moderne. En effet, en observant la culture comme « fait de société », Weber envisage la formation du capitalisme moderne non pas comme une catégorie universelle d’action sociale, mais comme un « individu historique » qu’il ramène à une signification culturelle précise. (M. WEBER, L’Ethique protestante et l’esprit du capitalisme, Paris, Plon, 1964, p.45). En opposant protestantisme et catholicisme, le sociologue identifie l’existence d’une interdépendance évidente entre les valeurs de la religion puritaine et celles du capitalisme moderne qui rompt avec les pratiques capitalistes anciennes. En mettant en évidence l’importance de la prédestination, Weber onsidèrec le puritain un être perpétuellement angoissé, orienté vers une actionuiq lui donnera la certitude qu’il fait partie des élus ; recherchant la performance plus que le luxe, cultivant l’ascèse plutôt que le goût de l’argent, son action sur terre s’organise de la faç on la plus rationnelle possible pour que, par la réussite de son travail, il puisse acquérir l’assurance de son salut.
Trois traits culturels essentiels de l’éthique puritaine pourraient expliquer cette attitude :
Premièrement, le protestantisme renvoie à une tension maximale entre l’ordre du « cosmique » et l’ordre du « terrestre ». La recherche du salut signifie que l’homme donne la pleine mesure de sa créativité, ce qui condamne déjà le monachisme catholique. De même, le puritanisme mène plus loin que tout autre culture, le « désenchantement du monde », la régression de la magie, l’abolition des fonctions sacramentelles et donc la diminution des institutions religieuses telles que le catholicisme romain les avait forgées. Enfin, l’action sociale prend ainsi une signification purement individualiste, car en agissant dans la société, l’homme agit pour la recherche de son propre salut, mais sans l’intermédiaire d’une quelconque institution. (M. WEBER, L’Ethique protestante et l’esprit du capitalisme, Paris, Plon, 1964, p.122 et sqq.)
Il existe donc d’une relation profonde entre la culture occidentale et le modèle du développement de l’Occident. La prise en compte de la contribution des études anthropologiques et sociologiques pour la définition de la culture et du rôle qu’elle détient dans la structuration d’une société, permet de mieux comprendre les étapes successives du mouvement d’intérêt qu’on a pu observer depuis plusieurs décennies à l’égard de la culture. C’est pourquoi, les sections 1-2) et 1-3) du premier chapitre sont très importantes.

L’importance de l’intégration des facteurs culturels dans les stratégies de développement

Les données de nature économique (ressources en matières premières, capitaux, main-d’œuvre, rapports de production, investissements, é changes, distribution, taux de croissance, etc.) ont été jusqu’ici placées au centre des explications du développement. Les traits les plus immatériels d’une civilisation (religion, préjugés,superstitions, réflexes historiques, attitudes à l’égard de l’autorité, tabous, mobiles de l’activité, comportements envers le changement, morale individuelle et collective, valeurs, éducation, etc.) n’étaient pas considérés comme étant essentiels.
Mais si le développement « est un processus (…) qui va au-delà de la simple croissance économique et intègre toutes les dimensions de la vie et toutes les énergies d’une communauté, dont tous les membres doivent participe à l’effort de transformation économique et sociale et aux bénéfices qui en résultent » (UNESCO, Déclaration de Mexico sur les politiques culturelles et Rapport final – C onférence mondiale sur les politiques culturelles, Mexico, 1982), cette évolution ne saurait être possible sans la participation active et dynamique des populations visées. Or cette implication repose sur une donnée primordiale qui identifie et définit la manière d’agir d’une société sa: culture.

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Table des matières

INTRODUCTION GENERALE
Partie I – LIAISON ENTRE CULTURE ET DEVELOPPEMENT
Chapitre 1 : Concepts et méthodologie
1) Analyses conceptuelles de la culture
1- 1) Point de vue anthropologique de la culture
1- 2) Explication sociologique de la culture
1- 3) La vision économiste de la culture
2) Méthodologie
Chapitre 2 : Les apports théoriques sur la dimension culturelle de développement
1- Conception de la culture impliquée sans raisons dans le développement
1- 1) La domination de la pensée classique et ses effets
1- 2) L’approche des anciens économistes
2- L’insuffisance de la théorie classique
3- Tendance à la « dimension culturelle » du développement
3- 1) Les avis des anthropologues et des sociologues
3- 2) Les étapes d’une prise de conscience par les développementalistes
3- 3) La difficulté de l’analyse opérationnelle
Chapitre 3 : L’importance de l’intégration des facteurs culturels dans les stratégies de développement
1) La culture, point de départ de toutes activités humaines
2) Valeurs, culture et développement
Chapitre 4 : Le rôle des éléments culturels sur le développement et l’impact du développement économique sur ces éléments
1) Caractéristiques des éléments constitutifs de la culture
1- 1) Rythmes d’évolution des facteurs culturels
1- 2) Hiérarchie des valeurs culturelles et aspects culturels des interactions sociales
2) Le rôle des éléments culturels sur le développement
2- 1) La culture, facteur de développement économique
2- 2) Les éléments susceptibles de freiner le développement
3) Le développement économique et son impact sur la culture
3- 1) Le choc des cultures
3- 2) Le transfert des connaissances
CONCLUSION PARTIELLE
Partie II – LA CULTURE MALGACHE DANS SON RAPPORT AVEC LE DEVELOPPEMENT
Chapitre 1 : Présentation du profil démographique, socio-économique et culturel de Madagascar
1) Population
2) Contexte socio-économique du pays
3) Les éléments essentiels constitutifs de la culture Malagasy
3- 1) La langue « malagasy »
3- 2) La musique et la danse « malagasy »
3- 3) Les coutumes particulières à Madagascar
3- 4) Les institutions religieuse et sociale purement malagasy : Sampy
Chapitre 2 : Le développement face à certains éléments de la culture malagasy
1) Sélection des éléments culturels malagasy ayant une liaison avec le niveau de développement de Madagascar
1- 1) Caractéristiques des composantes de la culture malgache
1- 2) Résultat : Les éléments à prendre en considération dans son rapport avec le développement
2) Approche wébérienne selon son « Ethique protestante et l’esprit du capitalisme»
3) Le rôle des valeurs culturelles sur le développement de Madagascar
3- 1) Les éléments de la culture malagasy, facteurs de développement économique
3- 2) Les facteurs susceptibles de freiner le développement
Chapitre 3 : La mondialisation et son impact sur la culture malgache
1) La dépersonnalisation de l’individu malgache
2) L’abandon de certaines pratiques culturelles traditionnelles
3) La caducité du concept de la nation
CONCLUSION PARTIELLE
CONCLUSION GENERALE
BIBLIOGRAPHIE

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