L’impartition de la R&D. Les spécificités d’une pratique de délégation atypique : une approche enracinée

La R&D externalisée 

L’externalisation touche un nombre de plus en plus important d’activités. Barthélemy (2001, pp17-19), reprenant des études du cabinet Bossard Consultants, décompose le phénomène en deux catégories :

– L’externalisation de certaines activités comme la comptabilité, la paie, les services généraux, la maintenance, bien établie depuis plusieurs années.
– L’externalisation de nouvelles activités comme les télécommunications, l’informatique, la logistique et la recherche et développement, plus récente mais en pleine expansion.

Il ajoute que des activités proches du cœur de métier des entreprises comme la R&D ou le SAV sont de plus en plus touchées par l’externalisation, le phénomène semblant donc s’étendre à un nombre de fonctions de plus en plus important. Le baromètre Outsourcing (2001) précise que les fonctions les plus externalisées par les grandes entreprises sont l’informatique et les télécommunications, puis la distribution-logistique et transport et enfin les services généraux. Le baromètre Outsourcing détermine 7 grandes fonctions dans l’entreprise, subdivisées en 38 sous-fonctions, comme susceptibles d’être déléguées. Au vu de l’évolution du phénomène et des travaux déjà effectués qui, pour une grande partie, se concentrent soit sur l’externalisation dans une vision globale soit sur la fonction informatique, il semble intéressant de se focaliser sur une fonction proche du cœur de métier et dont l’externalisation semble plus délicate : la R&D.

La 2ème édition du salon professionnel consacré à l’externalisation (le salon PROseg/externaliser, 2001), qui rassemble près de 150 exposants représentant un diaporama relativement complet de l’offre de service dans 34 secteurs d’activités a délaissé (voire oublié) l’activité R&D ; alors que quelques semaines plus tard, Le Monde (6-11-2001) présente le classement des entreprises françaises en fonction du budget recherche et développement et précise leur budget de R&D externalisée (qui varie entre 1% et 23%). Ainsi, dans un premier temps, il semble que l’externalisation de la R&D ne puisse être comparée à l’externalisation d’une autre fonction et que l’offre de prestations en R&D ne puisse trouver sa place dans un salon consacré à l’externalisation. Instinctivement, certains éléments permettent d’expliquer cette première constatation et paraissent fondamentaux pour la compréhension du phénomène : la R&D est une activité sensible, confidentielle et spécifique à l’entreprise, elle prend des formes variées et se base sur une multitude de domaines et de questions scientifiques relativement larges ou au contraire très ciblées (d’où une demande qui pourrait être très large) ; il existe de nombreux risques comme la propriété intellectuelle ou la fuite d’informations…

Etat des lieux de la R&D en France

« Pour étudier une situation, il faut connaître l’ensemble de son contexte ; les conditions contextuelles d’un événement, d’une organisation ou d’un phénomène sont cruciales pour que [le contexte] apparaisse ou qu’il existe et qu’il se fasse sous telle forme particulière. Expliciter ces conditions [vous] aide à produire une analyse plus riche et à fournir de meilleures explications » (Becker, 2002, p10). La Grounded Theory, stratégie de recherche dans laquelle s’inscrit la recherche, recommande de s’intéresser à l’environnement dans lequel on observe le phénomène et considère que les données structurelles sont centrales dans sa compréhension (Clarke, 1997). Girin (1999) ajoute que les contextes permettent de donner du sens à un événement et aux propos des acteurs. Afin d’étudier l’externalisation de la R&D dans les entreprises françaises, il a donc semblé indispensable :
– de comprendre ce que l’on entendait par R&D,
– de cerner quel était l’état actuel de cet agrégat en France,
– de comparer la situation française à celle des autres pays,
– d’observer différents indicateurs tant au niveau de la recherche publique qu’au niveau de la recherche privée,
– de détailler les données générales sur la R&D sous-traitée,
– de s’intéresser aux relations de coopération en matière de R&D et d’innovation.

La R&D en France et dans le monde 

Définitions
Le manuel de Frascati (2002, p34) donne la définition suivante : « la recherche et le développement expérimental (R&D) englobent les travaux de création entrepris de façon systématique en vue d’accroître la somme des connaissances, y compris la connaissance de l’homme, de la culture et de la société, ainsi que l’utilisation de cette somme de connaissances pour de nouvelles applications ». Il scinde la R&D en « trois activités :

– la recherche fondamentale qui consiste en des travaux expérimentaux ou théoriques entrepris principalement en vue d’acquérir de nouvelles connaissances sur les fondements des phénomènes et des faits observables, sans envisager une application ou une utilisation particulière,
– la recherche appliquée qui consiste également en des travaux originaux entrepris en vue d’acquérir des connaissances nouvelles. Cependant, elle est surtout dirigée vers un but ou un objectif pratique déterminé,
– le développement expérimental qui consiste en des travaux systématiques fondés sur des connaissances existantes obtenues par la recherche et/ou l’expérience pratique, en vue de lancer la fabrication de nouveaux matériaux, produits ou dispositifs, d’établir de nouveaux procédés, systèmes et services ou d’améliorer considérablement ceux qui existent déjà ».

Un concept d’envergure internationale

La R&D est une activité clé pour les pays développés et certains pays en voie de développement misent sur la recherche pour se développer et devenir incontournables. C’est le cas, par exemple, de la Chine qui attire de nombreuses entreprises qui viennent y installer un centre de recherche. Google devrait ouvrir un nouveau laboratoire de recherche à Shanghai, projet qui sera mené par un ancien de Microsoft, cette entreprise ayant déjà ouvert en 1995 un centre de recherche dans cette ville. Les entreprises françaises ne sont pas en reste : Alcatel, Suez, France Télécoms,… ont également opté pour Shanghai qui est devenue la Silicon Valley chinoise. D’autres pays attirent également comme l’Inde (STMicroelectronics, Alstom…) ou encore les pays d’Amérique Latine (Valéo au Mexique…).

Pour mesurer les dépenses globales de R&D, deux indicateurs sont utilisés :
– la Dépense Nationale de Recherche et Développement (ou DNRD) qui correspond au financement par les entreprises et les administrations des travaux de recherche réalisés dans le pays ou à l’étranger,
– la Dépense Intérieure de Recherche et Développement (ou DIRD) qui prend en compte les travaux de R&D réalisés dans le pays (la provenance des fonds importe peu).

En 2004, la DNRD française s’établit à 35,1 milliards d’euros (Md€) et la DIRD s’élève à 35,5 Md€ (Figure 1). En 2003, les Etats-Unis réalisent près de 42% de la DIRD des pays de l’OCDE (en ayant dépensé 286 Md$ pour leur activité de R&D). La France arrive en cinquième position pour le montant de ses dépenses de R&D derrière les Etats-Unis, le Japon, la Chine et l’Allemagne. On peut toutefois noter que le début des années 1990 marque une rupture de l’évolution des efforts de R&D des grands pays industrialisés.

Ce classement varie si l’on s’intéresse au ratio DIRD/PIB (Figure 2) : en 2003, la France se trouve en quatrième position (avec un ratio de 2,18%) parmi les sept pays les plus importants de l’OCDE derrière le Japon (3,15%), les Etats-Unis (2,6%) et l’Allemagne (2,55%). Même si la France se situe pour ces deux agrégats parmi les meilleurs, elle est en dernière position en Europe pour son taux de croissance annuel moyen de la DIRD qui n’atteint que 0,6%.

La plupart des états apportent une aide financière aux entreprises pour leurs projets de R&D. Sur la période 1992 à 2002, les Etats-Unis et la France sont les pays qui soutiennent le plus leurs entreprises (environ 10% en 2002) alors que l’Allemagne et le Royaume-Uni apportent un soutien plus limité (moins de 7%). Seul le Japon adopte un comportement différent avec une contribution publique très faible. Depuis les années 1990, les grands groupes industriels ont connu un mouvement de rapprochement au niveau international. Ils se sont engagés dans des délocalisations de leurs centres de recherche dans différents pays dans le but de pénétrer de nouveaux marchés et de regrouper les compétences par domaines d’activités pour notamment réaliser des économies d’échelle. Ces entreprises ont cherché à se développer de manière « externe » en réalisant des fusions-acquisitions, en rachetant des entreprises ou activités existantes. Les objectifs ainsi recherchés étaient :
– un recentrage sur les activités clés,
– l’acquisition de nouvelles technologies,
– le partage de connaissances,
– l’introduction dans un nouveau domaine d’activité.

Dans des secteurs de haute technologie, comme la pharmacie, l’électronique, l’aéronautique ou l’espace, l’évolution des technologies est rapide et les coûts de R&D élevés. Les entreprises d’un même groupe partagent ces coûts en réduisant les doublons, en diffusant la technologie et en la valorisant à l’extérieur du groupe.

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Table des matières

INTRODUCTION GENERALE
1. L’origine du sujet
2. La R&D externalisée
3. Des constats à l’axe de recherche
4. La démarche adoptée
Chapitre 1 CONTEXTUALISATION DE LA RECHERCHE
Section 1. Etat des lieux de la R&D en France
1. La R&D en France et dans le monde
2. Les relations de sous-traitance et de coopération
Section 2. Première phase empirique : étude pilote
1. Etude pilote
2. Les premiers résultats issus de la microanalyse
Section 3. Apports et questionnements
1. Au niveau conceptuel
2. Au niveau des acteurs
3. Au niveau des paramètres clés
4. Présentation de la problématique
5. La suite de la recherche
Chapitre 2 POSITIONNEMENT DE LA RECHERCHE
Section 1. Aspects épistémologiques
1. Positionnement épistémologique de la recherche
2. Caractéristiques de la recherche
Section 2. Démarche de recherche
1. Une Théorie Enracinée aménagée comme stratégie de recherche
2. Instrumentation de la recherche
Chapitre 3. LA PROBLEMATIQUE DE L’IMPARTITION
Section 1. Précisions conceptuelles
1. Une taxonomie des relations
2. Les activités de R&D
Section 2. La R&D : une activité impartie ?
1. Les raisons et les freins de l’impartition de la R&D
2. La R&D peut-elle être impartie
Section 3. Les acteurs en action
1. Les entreprises impartitrices
2. Les prestataires
Section 4. Une relation contractuelle par étapes
1. L’aspect contractuel
2. Un projet en étapes
Chapitre 4. LE QUOTIDIEN DE L’IMPARTITION DE LA R&D AU TRAVERS D’UN CAS ATYPIQUE
Section 1. La théorie substantive à travers un cas
1. L’entreprise impartitrice
2. L’entreprise prestataire
3. Les relations
Section 2. Les relations interpersonnelles et interorganisationnelles dans une impartition de R&D
1. L’impartition de la R&D : une relation d’hommes avant tout
2. La confiance
3. La proximité
Chapitre 5. VERS UNE THEORIE SUBSTANTIVE DE L’IMPARTITION DE LA R&D
Section 1. Problématique de l’impartition de la R&D
1. Logiques explicatives
2. Opposition ou complémentarité
Section 2 : Vers une théorie substantive réaliste
1. Le projet au cœur du phénomène
2. Le processus décisionnel
3. La coordination des parties
4. Schématisation de l’impartition de la R&D
CONCLUSION GENERALE

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