L’histoire religieuse et paroissiale de l’Anjou par Jean-Michel Matz

Le livre de comptes de la fabrique de Bourg pour l’année 1449

La place du registre dans les archives du XVe siècle

La boîte qui nous intéresse pour ce présent travail est la boîte P 9, qui correspond aux comptes de la fabrique de Bourg au XVe siècle. Celle-ci contient 12 registres datés des années suivantes : 1434-1435, 1445, 1446, 1449, 1450, 1455, 1480, 1484, 1487, 1488, 1490 et 1494-1497. Au total, sur une période de 63 ans, les archives des registres conservés permettent d’établir une moyenne de 5 ans entre chaque livre de compte. Il existe cependant un vide chronologique, qui rompt la continuité archivistique du fonds. Celui-ci sépare les années 1455 et 1480. Si l’on retire ces 25 années de l’équation, le nombre d’années moyen entre chaque registre conservé est de 3 ans. Cet intervalle permet d’établir une bonne médiane car les registres de comptes concernent généralement deux années successives. Cet écart chronologique marque une réelle rupture dans la constitution des archives paroissiales de Bourg. Avant l’année 1455, nous pouvons retrouver 6 registres dont le nombre moyen de folios est de 18. Après l’année 1480, nous retrouvons également 6 registres mais leur nombre moyen de folios est de 40. Les cahiers ont donc plus que doublé de volume. Comment expliquer cette nette augmentation ? Plusieurs hypothèses peuvent être mises en avant : une croissance démographique ou l’arrivée massive de nouveaux Moreno Justine | Les relations entre la fabrique et les paroissiens de Bourg (1449-1451) 8 habitants expliquerait une hausse de la population dans la paroisse et la multiplication des rentes associées à leurs logements, inscrites dans les livres de compte de la fabrique. Cependant, si la population de Bourg avait autant augmenté, il aurait fallu que la paroisse acquiert d’autres terres ou qu’elle divise les parcelles déjà existantes. Une augmentation des impôts, taxes et autres rentes aurait aussi accru considérablement les recettes de la fabrique et donc, aurait allongé la liste des redevances par contribuable dans les registres. Ces deux hypothèses pourraient éventuellement soutenir le fait que les livres de comptes de la fabrique soient devenus plus abondants. Anne-Sophie Duris et Frédéric Lemmonier 16 ont mis en avant un contexte favorable à la reprise économique et monétaire à la fin du XVe siècle. Si les recettes des fabriques ont pu s’élever grâce à l’augmentation des impôts et des taxes, celles-ci ont pu également accroître leurs dépenses ; en acquérant d’autres terres par exemple, pour les affermer aux nouveaux habitants. La boucle serait ainsi bouclée. Des années 1434 à 1455, c’est-à-dire pour les 21 ans qui les séparent, la paroisse de Bourg a conservé 6 registres ; un livre de comptes a donc été sauvegardé pour 3,5 ans. Pour les 17 ans qui séparent les années 1480 et 1497, cette institution a également pu sauver 6 registres ; c’est-à-dire un livre de compte tous les 2,8 ans. Peut-on y voir une amélioration des conditions de conservation ?

1449 : une année ordinairement spéciale

Si l’on se réfère au découpage chronologique effectué ci-dessus, l’année 1449 s’inscrit à la fin de la première période du fonds des archives paroissiales de Bourg au XVe siècle. C’est le quatrième registre qui compose cette partie, quinze ans après le premier livre de comptes conservé. Il est composé de 18 folios, conforme à la moyenne établie pour cette première période. L’année 1449 est donc une année ordinaire par rapport à la forme globale des registres inventoriés. Cependant, il comporte certains éléments qui le distinguent des autres comptabilités : il est doté d’un inventaire de l’église, d’une confirmation ecclésiastique17 et de dépenses extraordinaires, dirigées vers des travaux servant à restaurer cette même église. Les deux sont peut être liés ; les travaux entraînant le déplacement et/ou la vérification des biens appartenant à la paroisse. La mention de grands travaux dans la comptabilité fabricienne de l’année 1449 induit certainement l’existence et la mise en place d’un budget extraordinaire dans la paroisse. Afin de déterminer si un registre de comptes est ordinaire ou extraordinaire, les historiens ont pour habitude d’examiner l’engagement de dépenses exceptionnelles et conséquentes. En guise de comparaison, on estime que la plupart des fabriques paroissiales du Maine et de l’Anjou ont une recette annuelle inférieure à 20 livres. La moyenne des recettes à Bourg étant estimée entre 20 et 50 livres pour le XVe siècle18. Pour l’année 1449, le montant du bénéfice produit s’élève à 37 livres 14 sous et 7 deniers. Pourquoi avoir choisi cette année ? Mon choix s’est porté avant tout sur le milieu du XVe siècle. Il s’agissait d’établir un état des lieux de la paroisse de Bourg et de l’institution fabricienne à cette période, caractérisée par la fin de la guerre de Cent Ans et donc la fin des conflits pour la région stratégique du duché d’Anjou. Ce carrefour militaire était entouré de la Bretagne, de l’Aquitaine et de la Touraine, territoires respectifs des armées bretonnes, anglaises, françaises et de leurs mercenaires. Parmi les trois registres qui pouvaient englober cette moitié de siècle, seule l’année 1449 présentait les caractéristiques requises pour l’étude d’une comptabilité extraordinaire. L’année 1450 comporte un nombre de folios trop bas et l’année 1455 ne présente pas de dépenses inhabituelles. De plus, jusqu’en 1451, la fabrique de Bourg élisait deux procureurs pour un mandat de deux ans, fournissant à la paroisse deux comptes annuels successifs. Perrin Coere et Guillemin Oreau, élus procureurs de la fabrique le 27 novembre 1449, ont établi au sein d’un même registre la comptabilité de la paroisse pour les années 1450 et 1451. Le premier cahier débute le 27 novembre 1449 et s’achève le 27 novembre 1450 tandis que le deuxième débute à cette dernière date jusqu’à la sortie de charge des procureurs, effectuée le 4 novembre 1451. L’année 1449 est donc le dernier exemple d’une double comptabilité à Bourg. Comment expliquer alors la présence d’un registre pour l’année 1450 ? Il s’agit en fait d’une erreur de datation19. Les procureurs Étienne Leroy et Jean Loysseau ont été institués le 4 novembre 1453. Aucun autre compte n’a été conservé entre 1451 et 1453 mais il est fait mention dans le préambule de ce dernier registre, du livre de comptes des deux procureurs précédents.

Description codicologique du registre

La codicologie est la science des livres manuscrits. Par l’étude de critères externes et internes à ces sources, elle considère le codex comme objet d’étude en soi. Quel apport historique peut nous donner l’examen du registre de comptes de la fabrique de Bourg pour les années 1449-1451 ? Nous nous sommes d’abord intéressé au support sur lequel est inscrit le budget de la paroisse. Pour l’ensemble du XVe siècle, nous avons pu remarquer que le format des registres est très similaire ; leur hauteur se situe entre 28 et 32 centimètres tandis que leur largeur se place entre 20 et 22 centimètres. Le format moyen des 12 cahiers conservés est de 30×21 centimètres. L’année 1449 est totalement conforme à ce standard car ses mesures sont 30,5×21 centimètres. La source étudiée est composée de 18 folios et l’on peut aisément voir que les feuillets sont pliés une seule fois ou in folio et encartés ensemble. La logique voudrait que ce compte de fabrique comporte 9 feuillets, qui pliés en deux, donneraient 18 folios or il y en a 10. Il manque ainsi deux folios à la fin du cahier ou les deux premiers lui ont été rajoutés. Il est difficile de trancher entre ces deux hypothèses car même si les deux premiers folios sont détachés du reste du cahier, il apparaît qu’une ou plusieurs pages ont été arrachées à la fin du registre (Figure 2). L’ensemble des feuillets est assemblé avec une bandelette de parchemin en torsadée, de même que la confirmation ecclésiastique est liée au reste du livre avec cette même technique. Pour ce faire, l’auteur du cahier ou un autre membre de la fabrique, a percé deux trous verticaux au milieu des feuillets (Figure 3). Le livre de comptes n’est pas relié, ce qui explique l’aspect bruni du premier recto, qui n’est protégé par aucun autre folio. Enfin, la numérotation des pages se fait à l’aide de chiffres romains sur le verso de chaque folio (parfois même sur le recto). Le papier utilisé est certainement un papier chiffon, obtenu après la fermentation et la cuisson d’étoffes. Il possède un aspect très épais et rugueux. On peut encore apercevoir les maillages du tissage, placés dans le sens vertical. Nous avons pu remarquer que le scribe s’appuie sur ces colonnes pour délimiter l’aire de justification de son texte. Ce dernier utilise en outre une encre brune, qui n’a pas traversé le papier. Son écriture semble être continue dans le cahier, il n’y a donc aucune trace de polygraphisme dans le registre. En plus de la trame, l’éclairage du cahier a permis de mettre en évidence le filigrane des feuillets (Figure 4). Il s’agit d’un bœuf, regardant à droite et chargeant tête baissée. Entre ses cornes apparaît parfois une croix, sa queue est divisée en trois branches et ses pattes sont repliées, ce qui donne une impression de mouvement. Après vérification sur la base de données en ligne Briquet20, ce motif nous semble être apparenté au numéro 2801, dans la série bœuf/ simple ou taureau/ tige étoilée ou croix (Figure 5). La première occurrence de ce motif a été attestée à Saumur dans les années 1446-1447. La date et la proximité de la ville saumuroise oriente notre choix sur ce motif particulier. Le filigrane est le seul présent dans tout le registre mais nous pouvons le retrouver pour les années 1434-1435 ainsi que 1445. Le manuscrit de 1449 s’avère être unitaire, que ce soit par la provenance du papier, l’organisation simpliste des feuillets ou encore l’écriture du scribe.
Concernant l’agencement interne du registre, nous avons voulu savoir s’il prenait en compte le fait qu’un même registre rassemble deux comptabilités distinctes, caractéristique évoquée pour l’année 1449. La première comptabilité examine le budget de l’année 1449-1450. Il s’étend du premier au recto du onzième folio tandis que la deuxième comptabilité, celle de l’année 1450-1451, se déploie sur les six derniers folios. Il existe bien un déséquilibre numérique entre les deux années. Dans le premier découpage, les recettes englobent six folios et les dépenses un peu plus de quatre. Pour le deuxième groupe, les recettes ne concernent qu’un seul folio tandis que les dépenses en traversent cinq. L’année 1449-1450 est celle qui apporte le plus de recettes et le moins de dépenses, mais pourtant c’est à cette période que s’effectuent de grands travaux dans l’église. L’année 1450-1451 est celle qui comporte le moins de recettes et le plus de dépenses mais on peut remarquer que le scribe utilise une astuce pratique qui lui fait certainement gagner du temps : il ne recopie pas les loyers dus par les paroissiens et évoqués dans la première comptabilité.
Après analyse de l’organisation interne des comptes, il s’avère que la fabrique utilise un plan chronothématique pour répertorier ses recettes et ses dépenses. Encadrant ce modèle, une sorte de préambule et de clause finale, évoquant l’institution des procureurs et leur sortie de charge, parachèvent l’ordre protocolaire du registre. Ceux-ci ne sont pas particulièrement mis en valeur, si ce n’est par une lettre stylisée au début du cahier (Figure 1). Nous avons donc pu distinguer que les recettes étaient réparties selon des domaines spécifiques à des dates précises. L’exemple le plus frappant est celui des rentes dues annuellement à la fabrique par ceux qui exploitent ses terres. Les rentes forment une catégorie de recettes et sont divisées entre les fêtes « aux mors », « Pasques flouris » (f°1 et 2) et la Saint-André (quantitativement la plus importante). Chaque série de recettes et chaque fête religieuse sont clairement identifiables par leur position ; centrée avec un espace avant et après. Un paragraphe est attribué à chaque bailleur et les montants récoltés sont situés en marge du texte, à droite. La marge de gauche est très peu utilisée (seulement deux annotations : « nota » et « alibi », qui dirigent l’examen des comptes ?). L’organisation chrono-thématique des mises est cependant plus floue. La délimitation se fait par des paragraphes commençant par un « aultre mise » plus stylisé que les autres mais ils ne sont pas bien espacés entre eux. Les repères chronologiques sont également plus discrets ; on mentionne qu’une somme a été engagée avant Noël ou au jour de Pâques, à la fête du Sacre mais encore une fois, le manque de visibilité empêche une lecture claire des dépenses. Les registres de comptes sont bel et bien des objets d’étude en soi, ils permettent en outre de découvrir les usages administratifs et fiscaux des fabriciens de Bourg mais aussi de mieux concevoir leur relation avec le livre. Quelle était la finalité du livre de comptes ? En effet, les conditions de son utilisation et les motivations de ses commanditaires sont à expliciter. La rédaction du registre est effectuée bien après la perception des recettes et les dépenses engagées. Pourquoi les mettre par écrit à ce moment là ? Les membres de la fabrique sont-ils les gardiens de la mémoire collective où y voient-ils un intérêt d’ordre pratique et juridique ? Il est sûrement possible que les livres de comptes permettent à l’institution paroissiale de se garder des contestations des paroissiens concernant la taille de leurs domaines, le montant de leurs loyers et les sommes dépensées en leurs noms. Les cahiers peuvent également être un moyen de se justifier auprès des autorités ecclésiastiques et civiles.

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Table des matières

INTRODUCTION
PREMIERE PARTIE :PRÉSENTATION DE LA SOURCE
1. Les comptes de fabrique : conservation, postérité et intérêt historique de ces archives paroissiales
1.1. La conscience archivistique au XVe siècle au travers des comptes de fabrique
1.2. Les archives diocésaines d’Angers
1.3. Les archives de la fabrique de Bourg
2. Le livre de comptes de la fabrique de Bourg pour l’année 1449
2.1. La place du registre dans les archives du XVe siècle
2.2. 1449 : une année ordinairement spéciale
2.3. Description codicologique du registre
3. Le livre de comptes : un exercice institutionnel et budgétaire
3.1. Le gouvernement de la fabrique paroissiale
3.2. La fabrique paroissiale de Bourg et les autorités ecclésiastiques
3.3. La gestion des comptes de fabrique : économie fabricienne et organisation générale du budget
DEUXIEME PARTIE :HISTORIOGRAPHIE
1. Les comptes de fabrique mis en lumière par Gustave Constant
1.1. Place et intérêt de l’article dans son contexte historiographique
1.2. L’exploitation historique des comptes de fabrique par Gustave Constant
1.3. Les premiers enseignements tirés de l’étude des comptes de fabrique
2. Paroisse, village et fabrique selon la sociologie religieuse de Gabriel Le Bras
2.1. Le renouveau de l’histoire religieuse dans les années 1950-1970
2.2. Une approche sensible et sociale du monde rural et de sa religion
2.3. La place de la fabrique par rapport à l’église et au village
3. L’histoire religieuse et paroissiale de l’Anjou par Jean-Michel Matz
3.1. Les comptes de fabrique : des sources fondamentales
3.2. La responsabilité des fabriques dans la reconstruction des églises paroissiales en Anjou au XVe siècle
3.3. La construction : un temps fort de la cohésion paroissiale
TROISIEME PARTIE : ÉTUDE DE CAS
1. La fabrique de Bourg : une assise foncière et communautaire ?
1.1. Les biens de la fabrique
1.1.1. Une place privilégiée dans les comptes de fabrique
1.1.2. Typologie des parcelles
1.1.3. Répartition, localisation et morphologie agraire des biens
1.2. Exploitants et administrateurs des biens paroissiaux
1.2.1. Paroissiens ou fabriciens ?
1.2.2. Le cadre seigneurial à Bourg
1.2.3. Rentes et assise foncière de la fabrique à Bourg
2. La fabrique de Bourg au cœur des échanges économiques et spirituels de sa paroisse
2.1. Organisation générale du budget
2.1.1. Le mouvement régulier des recettes et des dépenses ?
2.1.2. Caractéristiques internes des recettes et des dépenses
2.1.3. Les erreurs de calcul
2.2. La viticulture à Bourg
2.2.1. Les étapes
2.2.2. La main d’œuvre viticole
2.2.3. Transports et matériaux
2.3. Restauration, embellissement et entretien de l’église paroissiale
2.3.1. Densité de l’encadrement religieux autour de Bourg
2.3.2. Entretien du mobilier cultuel et inventaire
2.3.3. Les travaux
CONCLUSION
BIBLIOGRAPHIE
TABLE DES ILLUSTRATIONS
TABLE DES GRAPHIQUES
TABLE DES TABLEAUX
ANNEXES

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