«l’habiter» sous influences enquêtes dans la sphère privée du logement

La standardisation du mobilier

La rationalisation, une réponse aux attentes des consommateurs?

Avec la multiplication des choix en matière de mobilier et d’équipement pour le logement, de jeunes décorateurs français commencent à dessiner des pièces d’inspiration scandinave ou américaines. La réflexion porte sur la production en série de ces pièces ainsi qu’à une diffusion massive et à la fabrication d’un nouveau type de mobilier.
Les accessoires ainsi conçus deviennent plus léger, moins cher, car produits en grand nombre, et permettent de réaménager facilement son intérieur. Les envies de reproduire des intérieurs exposés au Salon des Arts Ménagers se font sentir, la standardisation s’accompagne d’une séduction par le nouvel art de vivre. Le rêve devient réalité.
En 1958, l’évolution du mobilier exposé est notable car les lignes et angles droits s’affirment au détriment des formes arrondies. La rationalisation des formes est le résultat du processus de standardisation et permet de plus l’encastrement des éléments. Les couleurs sont de moins en moins vives, le blanc est à l’honneur pour des intérieurs de plus en plus neutres mais élégants. La réflexion sur la rationalisation et la normalisation des équipements ménagers est portée à plus long
terme pour une anticipation des attentes des consommateurs. Elles sont de plus en plus nombreuses et les besoins à satisfaire sont conséquents.
Alors dans les domaines du mobilier et de l’habitat, le Salon se montre entreprenant. Devant un dilemme du meuble unique ou du meuble en série, Paul Breton ouvre en 1949 une section présentant des «aménagements économiques et astucieux» et dès 1953, l’Association des Créateurs de Modèles de Série y assure la promotion d’un meuble de série signé et vendu à prix unique. Le Salon diffuse ses innovations dans toute la France et fait alors figure d’avant-garde. industrialisation de masse face à la crise du logement.
Les modèles types de l’idéal domestique sont désormais à la portée du plus grand nombre. La production de masse créée en quelque sorte une nouvelle esthétique industrielle. Les meubles sont fonctionnels, bien dessinés et usinés en série afin qu’ils soient le moins cher possible à produire. La fabrication en série permet d’abaisser les coûts de production mais aussi le coût d’achat pour les ménages. Le niveau de vie est également plus élevé à la fin des années 50. Le Salon des Arts ménagers est salué pour l’abondance de l’offre et la possibilité nouvelle de la vente en libre-service. Cependant certains appareils ou mobiliers sont à des prix encore excessifs. Par manque
de revenu, l’acquisition se heurte à la pénurie et à l’inadéquation des logements en France à cette époque: en 1954 on compte 13,5 millions de logements pour 14,5 millions de ménages. La crise est particulièrement aiguë dans les villes où 50% des logements de une à deux pièces sont surpeuplés3. Elle s’accompagne d’une grande instabilité résidentielle des ménages: en 1955, 27% des ménages souhaitent déménager au plus vite, 38% parmi les ouvriers. Une telle insatisfaction entraîne un report des investissements en matière d’équipement du foyer.
Le Salon des Arts Ménagers propose alors de nouvelles configurations pour son exposition. Pour la Maison sans frontière, exposée en 1953, deux parties la compose désormais. L’une présente une sélection d’éléments, de mobilier et d’objets disposés dans une structure métallique devant laquelle les visiteurs peuvent apprécier un inventaire de l’équipement proposé. L’autre partie, à proprement mise en scène, présente l’appartement entièrement équipé, une maquette grandeur nature remplie de prototypes de mobiliers susceptibles d’être fabriqués en grande série.
La réalité rattrape le luxe qui n’est plus de mise. Le petit meuble et la cuisine fonctionnelle doivent désormais répondre à des impératifs économiques, comme le mentionne un article des archives du Salon des Arts Ménagers : «les équipements pour cuisine en forme de salle de bal ont fait leur temps. Il y avait certes un marché, tout petit, dans les quartiers résidentiels, les villas de grand standing. Mais il y a maintenant l’énorme marché de la cuisine tout venant, de la cuisine armoire des logement minuscules des grandes agglomérations». La fin des années 50 marque une professionnalisation du Salon des Arts Ménagers. Laissée de côté, la ménagère n’est plus la cible principale et l’exposition part à la conquête élargie à l’international d’un commerce de l’équipement ménager. Au même moment, les grands magasins, inspirés par l’engouement du Salon, lui emboîtent le pas et commencent à proposer des rayons de sélection importantes d’appareils ménagers mis en valeurs par un éclairage et une publicité soignés. Les prémices d’une grande distribution de l’équipement ménager à la portée de tous. Ces questions de l’habitat produit de façon industrielle et standardisée furent reconsidérées à la fin des années 1960 avec les initiatives d’expérimentation urbaine et architecturale des «Villagexpo». Démarches initiées par l’Etat, qui reprenait les mêmes idées de l’habitat témoin, afin de démontrer à des visiteurs les potentialités d’un habitat amélioré. vers un mobilier démontable et combinable.
L’élargissement du marché s’accompagne d’une tendance esthétique allant vers la simplification et à la standardisation des produits. Cette idée de meubles interchangeables, simples et modulables est apparue chez Francis Jourdain dès le début du Vingtième siècle. Par la suite quelques décorateurs comme René Gabriel, Louis Sognot ou encore Etienne-Henri Martin se penchent sur la question d’un style associant qualité et réduction des coûts par préfabrication d’éléments modulaires. Marcel Gascoin devient la tête de file de ces recherches au Salon des arts ménagers en présentant des aménagements-types.
Il propose alors un mobilier aussi bien adapté aux besoins du foyer moyen que pouvait l’être le reste de l’équipement ménager. Si les modèles de Marcel Gascoin paraissent adaptés aux besoins du plus grand nombre, les industriels semblent encore réticents à l’innovation: il parvient rapidement à s’associer aux marques Airborne (fauteuils d’avion) et Comera (cuisines), mais il doit éditer lui-même la plupart de ses modèles. En 1952, il regroupe toute une équipe partant à la conquête des premiers grands réseaux de distribution en suivant les directives de l’association. On assiste bien là à la formation d’une avant-garde dans le design français dont les modèles seront présentés au Salon des Arts Ménagers jusqu’à la fin des années 1950. Le rangement est au centre de la relation et l’on comprend l’acharnement de Marcel Gascoin à mesurer et à normaliser chaque objet de la maison pour finaliser un gabarit produit en série. Patrick Favardin rapporte que Gascoin aurait mesuré tous les objets du quotidien pendant l’Occupation et aurait ainsi imaginé l’optimisation des meubles. Il s’intéresse toute sa carrière à la question de la préfabrication des rangements qu’il réalise tout d’abord pour l’A.R.H.EC. de 1949 à 1955 (blocs-tiroirs équipant armoires, placards et bahuts), puis par la SICAM et les meubles Alvéole. Au Salon des arts ménagers de 1961, qui se tient pour la première fois au C.N.I.T., un «appartement préfabriqué » entièrement meublé par Gascoin est présenté comme modèle pour les H.L.M.. De façon caractéristique, l’aménagement intérieur répond à «l’appartement idéal des Français» modélisé d’après sondage avec, dans chaque pièce, un «rangement» constituant l’unique élément mobilier. «La série d’éléments susceptibles de s’assembler en un tout compact comme de se diviser à l’extrême… s’adaptant à chaque problème particulier, se transformant et s’agrandissant à volonté, facilement et intégralement accessible à l’oeil et à la main, ils constituent des auxiliaires utiles et parfaitement efficaces. La formule est économique!».
Dans la lignée des expérimentation de Gascoin, on assiste à une promotion d’une esthétique fonctionnelle érigée au rang de doctrine moderniste par l’Association des Formes Utiles. «On conserve le goût des belles manières et le soucis des proportions heureuses»3. La recherche des combinaisons de couleurs et des géométries les plus inventives révèle une nouvelle pratiqued’innovation dans le champ de l’aménagement domestique.
D’autres initiatives voient le jour notamment dans la série des équipements de cuisine (présentées dans la revue A’A’ n°40 d’avril 1952).
La marque TECMA propose des meubles en tôle d’acier émaillée, standardisés sur une seule largeur avec une cuisinière intégrée conçue spécialement pour cette cuisine. Tout en restant sobre dans sa forme, son prix reste relativement cher. Comme pour la cuisine de l’Expansion Électrique ESKAL, le nombre d’éléments à composer s’adapte à la taille des logements et selon les goûts et besoins des clients. Le fabricant établit les plans des cuisines pour chaque demande avec les éléments standards1. D’autres modèles, comme la Saint Laurent, ciblent une clientèle plus fortunée. Ses éléments sont en bois et Isorel laqué. Nombreux, aux combinaisons variées et très étudiées, leur prix est beaucoup plus élevé que ce que propose les concurrents. Dans un encart publicitaire de la revue A’A’, il est possible d’en apercevoir les teintes et lignes élégantes : «extérieurement, la cuisine fonctionnelle Saint Laurent est d’une netteté parfaite, mais sa superiorité éclate par l’existence d’une foule de dispositifs ingénieux qui adaptent exactement chaque meuble à sa fonction. Aucune autre cuisine – suisse, suédoise ou même américaine – ne vous offrira le confort et l’égrément d’une Saint Laurent. Et vous pourrez la constituer, petite ou grande, à votre gré, par les combinaisons de nos meubles de différents modèles ».
La diffusion de ces modèles d’intérieurs modulables touche désormais une grande partie de la population. Les consommateurs sont plus que jamais initiés au concept d’un mobilier combinable et interchangeable au grès des envies. Les foyers s’équipent d’éléments en kit.
Chacun peut désormais composer son décor quotidien selon son budget.
Alors de nouvelles pratiques apparaissent, par la sensibilisation et l’éducation, rôle tenu par le Salon des Arts Ménagers. Le déploiement de moyens présentés jusque là relève d’une approche historique de la question de la mise en scène de la vie domestique. Mais il est une autre sphère qui selon moi relève d’un intérêt équivalent pour questionner l’influence de la mise en scène sur les manières de vivre. Il s’agit de la sphère ludique. Les jouets sont des vecteurs de modèles de vie, certes plus imaginaires, mais qui apportent tout autant d’éléments d’hypothèses qui seront bien utile dans la suite de l’exposé.

Jouer à la vie: la pédagogie ludique la diffusion des idéaux domestiques dans les jouets

Question de pédagogie l’apprentissage par le jeu: une éducation à l’habiter

Comme on l’a vu précédemment, les notions de pédagogie liées aux questions de l’habitat ont été très présentes dans les consciences collectives avec l’évolution des modes de vie et l’amélioration du confort ménager. Alors il me semble pertinent de s’intéresser aux jouets comme ressources pédagogiques diffusant, eux aussi, des modèles de vie idéale, et donc un imaginaire séduisant. Ce questionnement aborde des réflexions liées à la psychosociologie et à la psychologie de l’enfance mais pour enquêter sur l’effet IKEA et la question du mobilier, c’est la dimension ludique des représentations de l’habiter qui fait sens. Lors d’une exposition au Centre Canadien d’Architecture en 1995, « Maisons jouets et Maisons de rêve », différents modèles de maisons jouets donnaient à voir l’évolution des représentations de l’architecture domestique, illustrant de fait une certaine évolution culturelle.
Mais ce qui importait dans l’exposition de ces jouets d’enfants, selon Alice T. Friedman (dans sa préface du catalogue de l’exposition) ce fut davantage les modes de penser liés à la vie quotidienne que les formes imitant grossièrement ou fidèlement un bâti de référence.
C’est dans la représentation réduite par la taille, mais immense dans l’évocation d’un imaginaire du quotidien, que réside l’intérêt majeur de la collection.
L’objectif de l’exposition était de soulever des sujets de réflexion tels que l’enfance, les rôles sexuels et la famille. Le regard portait sur les jouets en tant que diffuseurs d’idéologies, de mentalités et des valeurs d’une époque. L’exposition n’est pas récente, mais la question du jouet comme vecteur de modèles de vie reste universelle et d’actualité. La mise en scène «micro-spatiale» créée pour les maisons jouets suscitent des questionnements quant aux représentations et aux perceptions qu’en ont les enfants et comment ces «images» influencent un certain apprentissage des manières de vivre. Ma fascination pour les jouets m’amène à ouvrir ce champ de questions liées à la mise en scène de la vie quotidienne. Les jouets deviennent vecteurs des comportements sociaux et d’idées courantes sur le foyer et la famille. «Les jouets façonnent l’univers des enfant en guidant les activités sociales et familiales et indiquant un système de valeurs susceptibles de donner un sens au monde qui les entoure.»Les jouets sont conçus à des fins pédagogiques pour développer les compétences créatrices des enfants mais aussi d’en modeler le comportement et susciter les désirs et aspirations de ces futurs adultes consommateurs… Il suffit de s’arrêter un temps sur les représentations figurant dans les catalogues
de jouets en fin d’année, les fêtes approchant. Quelle petite fille n’a jamais «salivé» d’envie devant une belle maison de poupée toute équipée, reproduction en plastique rose d’un habitat idéalisé. l’imaginaire rêvé, l’enfant client d’un quotidien amélioré.Dès le début du vingtième siècle, le progrès techniques qui sensibilisa la population aux bienfaits du confort ménager et de l’amélioration du foyer a été repris dans l’univers des jouets, et surtout ceux imitant la réalité. Le sentimentalisme et la nostalgie laissent place à l’enthousiasme généralisé pour les avancées techniques. Les fabricants de jouets ne sont pas en reste et misent sur l’ingéniosité et l’épanouissement des enfants, petits clients ciblés par ces innovations. Une grande place à l’imaginaire est laissée aux enfants à qui l’on propose des maisons jouets privilégiant les formes simples et des lignes nettes.
L’éducation ludique encourage l’ingéniosité et influence la créativité.
Des pédagogues et architectes sont mis à contribution dans les processus d’élaboration des modèles. Ce qui devient un véritable argument de vente pour les parents, acheteurs rassurés de savoir que les jouets ont une réelle vertu éducative et instructive. Se pose ensuite la question d’adhésion et de perception aux valeurs véhiculées par ces nouveaux jouets. Conçus par des professionnels adultes, il faut considérer l’écart entre les intentions éducatives et la perception imaginaire de l’enfant, car il y a mille façons de jouer avec un jouet, d’autant plus lorsqu’il s’agit d’un jeu de construction proposant des pièces à assembler au grès des envies et images que l’enfant se projette mentalement. Il me paraît sensé d’affirmer que l’enfant reste maître de son imaginaire. L’expérience de création que lui procure le jeu, – d’une image agréable – va rester inconsciemment attachée jusqu’à l’âge adulte. Ce plaisir de construire et d’assembler va persister en sensation familière d’un objet tenu entre les mains et usité à des fins divertissantes.
«De véritables sons de cuissons retentissent lorsqu’on touche à tous les boutons, comme en vrai ! Cric cric, bloup bloup!».
Page d’à côté, les choses deviennent sérieuses avec la véritable batterie de cuisine en inox et porcelaine : 20 pièces, du fait-tout, cocotte, marmite, casserole à la louche et passoire, on trouve tout les indispensables d’une cuisine fonctionnelle et merveilleuse! Ces jouets – et ce ne sont que quelques exemples – dont la mise en scène montre les possibilités d’usage, insistent sur l’acquisition d’aptitudes manuelles dans l’apprentissage des tâches quotidiennes. Cela sans mettre de côté la leçon de morale sur les rôle féminin et masculin au sein du foyer. La domestication (telle qu’en parle Alice T.
Friedman) repose donc bien sur le ludique. Les pages suivantes du même catalogue montre des objets isolés et non mis en scène, en bon inventaire des fidèles reproductions d’appareils ménagers à lapointe de la technologie. Les véritables marques sont même citées: «le lave-linge AEG electrolux», 24 centimètres de haut, avec programme de lavage, écran lumineux, tambour tournant et boutons de réglage factices – oui, il est rappelé la nature factice du jouet – effets sonores et lumineux garantis ! «L’aspirateur magique» a lui une véritable fonction d’aspiration. Livré avec des billes de polystyrène et 2 embouts interchangeables. Son manche tout rose, décoré d’étoiles, le rend 1. commentaire cité dans le catalogue vraiment magique et de fait, le ménage aussi. Non?
Mais si on cherche quelque chose de moins magique, regardons la page suivante où le fameux «aspirateur Bosch» est présenté. Copie parfaite du modèle réel, ses dimensions sont réduites. Il peut lui aussi aspirer des petites billes de polystyrène qui vont directement dans un compartiment à poussière amovible. Passer l’aspirateur reste vraiment magique! En équipement ménager indispensable on trouve aussi la planche à repasser avec son fer et le «chariot de ménage spécial JouéClub» : balais, serpillière, pelle, seau et sacs à ordures… Les objets sont présentés sans enfant modèle, il faut lire les détails pour se rendre compte de l’échelle réduite des jouets, mais il y a tout le nécessaire pour l’entretien «factice» de la maison. L’enfant devient un acteur jouant avec des jouets – maquettes d’objets – imitant des accessoires réels, pour faire «comme les grands».
Bien sûr que la façon dont les enfants vont s’amuser reflète des valeurs que leur ont inculquées les adultes, même quand les jouets laissent une grande place à l’imaginaire et à l’invention. En réalité, et selon de nombreuses études de psychologues de l’enfance, la publicité influence les comportements des enfants et agit en profondeur sur leurs choix. Les camarades d’école ou les  petits copains du voisinage, avec qui ils partagent des moments de jeu, influencent aussi ces comportements et ces postures de «petits consommateurs d’espace». Que les jouets soient éducatifs et abstraits ou au contraire réalistes et très détaillés, comme le rappelle Brian Sutton-Smith, théoricien des jouets, la lecture que les adultes font des jeux est très différente que celle des enfants:

Des espaces à composer: la vie à assembler?

Les micro-espaces à constuire

S’il est une particularité à prendre en compte dans la recherche menée pour ce mémoire, c’est bien l’aspect démontable des jeux pour enfants. Constitués de multiples pièces en bois, plastique ou métal, fabriquées artisanalement ou – pour les jouets cités précédemment – usinées selon des procédés industriels de production standardisée, ces jouets sont généralement vendus démontés. Pour des jeux tels que les mini-cuisines ou les équipements ménagers factices, la complexité d’assemblage nécessite l’intervention d’une personne adulte. L’enfant seul ne pourra constituer son jouet, surtout si ce jouet est une copie d’un objet de la vie quotidienne que l’enfant n’a pas l’occasion d’utiliser.
L’adulte, le parent, sera donc garant du bon assemblage des pièces et du bon usage du jouet une fois monté. Ces jouets dont il est question, sont des imitations d’espaces pratiqués quotidiennement par l’enfant : la cuisine, le salon… Or les dimensions des ces espaces réels ne sont pas adaptés au gabarit d’un enfant. La perception qu’il en aura sera démesurément plus grande que celle d’un adulte. Par exemple, à l’occasion de retourner dans l’école maternelle de son
enfance, qui n’a pas ressenti la sensation étrange d’un espace familier qui aurait rétréci? Cet aparté démontre que l’échelle des espaces du quotidien n’est pas perçue de la même manière par l’enfant. D’où le besoin de l’aide d’une personne adulte pour assembler un jouet dont l’usage reste en quelque sorte figé. L’usage du jouet devenant une imitation de l’usage réel de l’espace reproduit.
Il en est autrement pour les jouets dont la phase d’assemblage fait partie intégrante de la dimension ludique. Ces jouets de constructions, dont l’échelle est beaucoup plus réduite («LEGO» et «Playmobil » pour les plus connus…) sont conçus pour reproduire de manière réaliste des scènes de la vie quotidienne, dans un but éducatif de stimulation imaginaire de l’enfant. L’exemple des jouets «Playmobil» est assez remarquable et la collection «la vie à la maison» propose notamment des maisons jouets diffusant des modèles de vie idéalisée.
Vie idéale à composer au fur et à mesure de l’acquisition des différents éléments. La maison est vendue seule, vide de tout meuble. Puis selon les envies de l’enfant, et le budget des parents, chaque pièce est vendue sous une référence différente pour laisser le choix dans l’aménagement du logement. Des modèles de dispositions spatiales sont suggérés par les catalogues ainsi que sur les boîtes de jeu et les notices d’assemblage fournies sont facilement compréhensibles, tout en laissant une part de liberté à l’enfant qui pourra «s’écarter» du modèle et inventer ses propres histoires. Les mises en scène visibles dans les catalogues et sur les notices sont très chargées en objets, afin de montrer le maximum des possibilités de jeu, mais elles sont surtout très chargées en valeurs morales sur des notions comme le foyer et la famille… (voir les récits de vie jouée). L’idéal de vie s’incarne alors dans la représentation du logement individuel, multifonctionnel et intergénérationnel. Car avec «Playmobil» c’est bien connu, «en avant les histoires» ! Histoires toujours très cadrées par les stéréotypes d’un modèle de vie à l’occidentale.

La notice de montage, guide de l’auto-satisfaction ?

Les psychologues anglo-saxons se sont beaucoup intéressés à l’influence des jeux de construction sur le développement des enfants: «Les enfants se construisent en construisant». La valeur pédagogique du jouet est souvent mise en avant et dans les jeux de construction, c’est bien cette notion d’assemblage et de «construire» soi-même son jouet qui est importante pour l’enfant. Dans l’acte même de disposer des éléments les uns à côté des autres et les uns sur les autres, de mettre en place des articulations entre toutes ces pièces, l’enfant va éprouver en même temps que la construction matérielle, la construction mentale et le développement de facultés conceptuelles. La fierté du résultat étant souvent l’objectif implicite à toute construction, les publicités le rappellent bien en présentant souvent des enfants, filles et garçons, fiers de leur création. L’élément clé dans le processus de construction proposé par ces jouets est la notice de montage.
Indispensable pour assembler les pièces entre elles et reconstituer un modèle de base, elle est un guide précieux à l’auto-construction des jouets. Dans le cas des jouets cités, la notice détaille chronologiquement toutes les étapes, pièce par pièce, de la construction du modèle. Les éléments sont représentés en axonométrie et sont référencés par un code chiffré, permettant de les identifier dans l’inventaire situé en début de notice. Car s’il venait à manquer ne serait-ce qu’une pièce, tout le processus de construction serait remis en question. D’où la possibilité, suggérée en fin de notice, de construire des alternatives au modèle de base. Comme par exemple construire avec les même pièces un avion, un bateau ou un hélicoptère.
Dans un soucis de diffusion internationale, ces notices ne contiennent ni mot ni phrase. Seulement des numéros et des schémas illustrant le plus simplement possible les différentes phases d’assemblage. Le langage de l’assemblage devient universel. Dans le cadre des jouets la notice sert de référentiel compréhensible par tous les enfants mais également introduit la possibilité des alternatives. Comme pour inciter les enfants à innover. La notice guide, mais elle stimule également l’esprit à la compréhension des assemblages et à l’éventualité de faire soi-même. La promotion de l’auto-construction et du bricolage prendrait donc effet dès l’enfance.
Pour en revenir à la question du mobilier, sujet motivant ce travail de recherche, la notice est également un élément indispensable à toute construction. Surtout si l’on s’intéresse à IKEA, célèbre enseigne de mobilier en kit, qui propose à ses clients une notice comparable aux notices des jouets de construction. L’acte d’assembler soi-même son meuble peut alors être assimilé à un moment ludique. Cependant la notice de montage des meubles ne propose pas d’alternative. Il n’y a qu’un seul modèle possible à monter. Les alternatives résident alors dans les assemblages de meubles entre eux, tels des modules complémentaires. Le meuble en kit prend alors place dans une pièce à côté d’autres meubles en kit. Le fantasme de certains, ou le cauchemar pour d’autres, serait un intérieur entièrement fait de meubles en kit. L’espace du logement deviendrait un décor à composer de toute pièce, un décor en kit.
Dans la suite du mémoire, les hypothèse imaginaire et ludique du mobilier sont développées. Mais la partie suivante décrypte avant tout les procédés de marchandisation d’un modèle de vie diffusé à l’échelle mondiale: l’idéal selon IKEA. Comment cet exemple illustre-t-il les notions de mise en scène et d’inventaire dans la diffusion pédagogique, mais non moins commerciale, d’un mode de vie standardisé?

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Table des matières
bon à savoir
avant-propos
arboréscence thématique
introduction
1. vers un imaginaire standardisé de l’exposition pédagogique d’un rêve et la diffusion en masse des modèles
1.1. le salon des arts ménagers en 1950
1.1.1. historique du salon
1.1.2. la mise en scène du progrès ménager
1.1.3. la standardisation du mobilier
1.2. jouer A la vie: la pédagogie ludique
1.2.1. question de pédagogie
1.2.2. le mimétisme ludique, inventaire dans les catalogues de jouets
1.2.3. des espaces à composer, la vie à assembler
2. la marchandisation d’un idéal l’effet IKEA, objet d’une participation observante
2.1. IKEA vu de l’intérieur
2.1.1 histoire d’un géant qui venait de Suéde
2.1.2. «bien plus qu’un marchand de meuble»
2.2. les outils de diffusion
2.2.1. le magasin: «bien plus qu’un magasin»
2.2.2. le catalogue: «bien plus qu’un catalogue»
2.2.3. la publicité: surprendre pour séduire
2.3. vers un mode d’habiter hybride
2.3.1. le mobilier, objet de fascination mondialisée
2.3.2. les nouvelles normes de l’habiter
2.3.3. «faire soi-même» ou la démultiplication des compétences spatiales individuelles
3. «l’habiter» sous influences enquêtes dans la sphère privée du logement
3.1. le logement consommé
3.1.1. la dimension créative du logement
3.1.2. l’habitat, une construction de sens
3.1.3. méthodologie d’enquête
3.2. le logement raconté
3.2.1. Cécilia & Martha, des trajectoires inversées
3.2.2. le cauchemar de Michel
3.2.3. l’adrénaline d’Adeline
CONCLUSION: au delà de l’effet, le fait IKEA médiagraphie

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