L’EXTRACTION DU SEL, UNE ACTIVITE COMPLEMENTAIRE AUX REVENUS AGRICOLES

Le sel

   Une substance cristallisée, blanche d’origine marine ou terrestre, constituée de chlorure de sodium, à la saveur piquante, utilisée pour assaisonner ou conserver les aliments. Le sol renferme des teneurs variables en sels solubles (sulfates et chlorures) dont l’importance influe sur sa structure. Les teneurs très élevées favorisent la formation de sols hyper salés difficiles à mettre en valeur sur le plan agricole. Certains de ces sols sont nus ou colonisés par une végétation particulière de mangroves qui joue un rôle important dans les écosystèmes fluviodeltaïques. Sur le plan physiologique, le chlore (Cl) et le sodium (Na) constituants du sel, contribuent au fonctionnement des plantes. Mais en cas d’excès, les espèces sensibles manifestent des troubles comme des lésions et des deséchements de feuilles (Mémento de l’agronome, 2002). Chez l’homme et l’animal, ces éléments sont présents dans les fluides corporels et servent aux différentes productions. L’importance alimentaire du sel a d’ailleurs toujours été reconnue dans la société. Patinons, (1986), a retracé le rôle qu’il a joué dans les économies de l’Afrique de l’Ouest au cours des siècles derniers en soulignant que, c’est une denrée indispensable, un produit noble, jamais objet d’un tabou dans aucune société, à la différence de nombreux autres produits alimentaires. Sur le plan culturel, il est considéré comme un principe purificateur, une source de grâce, de sagesse, un symbole de l’alliance, de tempérance, de pondération, etc. Les valeurs attribuées au sel font qu’il a été utilisé comme monnaie d’échange convoitée par les populations sahéliennes. Il a ainsi joué un rôle économique important dans toute l’Afrique de l’Ouest, continue de présenter un grand intérêt et fait toujours l’objet d’une exploitation plus ou moins importante dans différents endroit.

La salinisation

    D’après Gaud et Al (1992), la salinisation est une forme grave de dégradation du sol qui se manifeste par une augmentation remarquable du taux de sel. Elle peut résulter de plusieurs causes : l’exploitation intensive de sols formés sur un matériau originel contenant des sels, la pollution des nappes surexploitées par des intrusions d’eau marine, l’irrigation par une eau chargée en sels, etc. Selon Ndiaye et al (1993). C’est une phase d’évolution progressive des sols caractérisée principalement par la présence de sels de sodium solubles qui peut, en stade avancé en milieu tropical, former des zones entièrement dénudées appelées tanne, avec des sels présents dans tous les horizons. Au Sénégal, Bèye (1977) indique que l’origine de la salinité est marine. Actuellement, les deltas et les estuaires sont soumis pour la plupart à l’action de la marée pendant la saison sèche et deviennent saumâtres. Ainsi la presque totalité des sols fluviomarins et fluviodeltaïques ont un excès de sel. Dans le bassin du Delta du Sine Saloum (régions de Fatick et de Kaolack), le biseau salé est largement remonté en surface et dans le continent provoquant des phénomènes de sur salure, d’hyperacidité des sols réduisant la disponibilité en eau douce et en terres cultivables. 33% des terres de Fatick soit 2 665 000 ha et 5% des terres de Kaolack soit 75 000 ha sont salées (Ndiaye et al. 1993).

Contraintes socio-économiques

   Parmi les contraintes socio-économiques on peut noter : L’accès difficile aux facteurs de production à cause de leur cherté et à leur disponibilité .En effet, les fournisseurs sont établis dans les zones urbaines et les crédits de campagnes arrivent en général très tard, par exemple la distribution des semoirs et de l’engrais font défaut au moment des sarclo-binages limitant ainsi leur efficacité ; L’insuffisance des terres handicap certaines exploitations agricoles familiales. En effet suite à l’augmentation démographique combinée à la réduction des exploitations agricoles consécutive à un héritage, les superficies de certaines exploitations ont été réduites ; Le déficit de céréalier, surtout en période de soudure, absorbe plus de la moitié des revenus des producteurs. Par ailleurs la préférence du riz pour le déjeuner aggrave cette situation ; L’esprit communautaire qui permet à plusieurs ménages de partager des moyens de production sont limité même rare. Selon Kanouté 2003 « la communautarisme est un phénomène qui place certains membre de la famille dans une situation de complaisance avec l’assurance qu’ils ont que la solidarité familiales qui couvre tout ».Ainsi, ils ne font aucun effort pour s’équiper, préférant recourir à l’emprunt. Ces contraintes se posent globalement aux paysans de la zone qui doivent adopter des nouvelles stratégies pour minimiser les conséquences. Elles sont la cause d’un déséquilibre croissant entre les besoins alimentaires et la production agricole. Ainsi, la population tente de réduire l’insécurité qui en résulte en essayant de profiter de l’opportunité qui découle de la contrainte de la salinisation pour développer des activités d’extraction du sel.

Origine du processus de salinisation

   La salinisation est un processus d’enrichissement d’un sol en sels solubles qui aboutit à la formation d’un sol salin. Actuellement, à l’échelle mondiale, on estime à près de 400 Mha de terres affectées par la salinisation, (Bot & al. 2000) dont 40 MHa en Afrique. En effet 80% ont une origine naturelle, on parle alors de salinisation “primaire”, due aux sels se formant lors de l’altération des roches ou à des apports naturels externes. 20% des terres salinisées, soit près de 15 Mha sur le continent Africain, ont une origine “anthropique”. On parle alors de salinisation “secondaire”, induite par l’activité humaine, liée aux pratiques agricoles et en particulier à l’irrigation. (Centre d’Information Sur l’Eau Agricole et ses Usages, 2006) Le processus de salinisation des terres de la région n’est pas un phénomène récent, il se situe sur l’échelle des temps géologiques et est d’origine maritime. En effet, à l’instar des autres régions du pays (précisément du fleuve Sénégal à la Casamance), le Sine Saloum a connu une alternance de période glaciaire et interglaciaire durant le Quaternaire et par conséquent s’est vu recouvrir par la mer épisodiquement. Au plan orographique, cette zone est constituée d’une vaste plaine continentale qui comporte par endroit des dépressions ou vasières altérées par des dépôts de sable marin et /ou des cordons dunaires. C’est donc au moment de son retrait que la mer a laissé des eaux piégées dans le sous sol et des sels fixés dans les profils. La salinisation a donc été acquise au cours des dépôts des sédiments fluviomarins (Programme d’appui au ROPPA, 2003). Depuis la sécheresse de la décennie 1970-1980, la région de Kaolack est confrontée au phénomène de remontée par capillarité. Les déficits pluviométriques ont entraîné la diminution du niveau piézométrique. Ces aquifères dont la solution se concentre en sel par évapotranspiration voient se produire une remonté des eaux par capillarité, ce qui contamine le sol si celles-ci ont un niveau de salinité élevé comme la nappe du Paléocène. Ces eaux sont ensuite absorbées par l’atmosphère ce qui favorise le dépôt de sel à la surfaces et dans le profil du sol. Cependant il faut préciser que ce processus dépend du substratum géologique, la structure et la texture du sol conditionnant la vitesse de la remontée, particulièrement ceux à texture fine. La partie estuarienne de la région étant composée essentiellement de vasières et de sol ferrugineux tropicaux dont on peut citer les sols Dior dans sa partie occidentale, on imagine bien toute l’importance de ce processus. S’agissante des sols Deck-Dior et Deck ce processus s’effectue par le biais de cavités permettant le passage de l’eau. Le déboisement exercé dans la région participe également à l’avancée de la salinisation. Il entrave non seulement l’expansion de la biodiversité mais aussi le cycle de l’eau. Nous pouvons également penser que le système agraire sérère basé sur une rotation triennale intégrant la jachère peut être un favorisant de la salinité des terres

Effet sur le milieu

   La région de Kaolack connaît un processus de salinisation de ses sols. En effet il concerne 35,4% du territoire soit 266 500ha. Ce processus se développe au détriment des terres cultivables et entrave de manière drastique les potentiels édaphiques, floristiques et faunistiques des terroirs touchés diminuant le potentiel de développement de la région. En effet ce type de sols à une faible capacité de rétention en eau, leur pouvoir absorbant est très faible et l’érosion éolienne est excessive ce qui contraint les pratiques agraires sachant que 90% de la population active s’exerce à cette pratique. Nous pouvons affirmer que la salinisation représente un risque naturel, puisqu’il y a soumission d’enjeux socio-économique à un aléa naturel caractérisé par une vulnérabilité. Etant donné les origines de ce processus nous pouvons constater qu’il épouse parfaitement le réseau hydrologique du delta du Saloum. Les cultures exploitées dans la région sont dans leur globalité agressées par la concentration saline retrouvée dans les sols diminuant les surfaces cultivables. Les sols salins ont tendance à entraver la germination et la levée des semences de céréale. Les céréales représentant 61% de la surface régionale emblavée donc toute la vulnérabilité agraire de ce territoire. Lorsqu’une culture est soumise à une salinité trop élevée, au stade ultérieur, une brûlure des extrémités des feuilles peut s’observer et les plus vieilles pousses meurent. Les cultures herbacées peuvent sembler se réduire en présence d’une forte teneur en sel. Le profil de la croissance sur les zones salinisées est en général pauvre. Sur les terres en jachère, l’excès de sel soluble entraîne souvent une cristallisation en surface : des croûtes de sel inégales et minces se forment. Ces caractéristiques ont donc confronté l’agriculture Sérère à une diminution des surfaces arables et l’impasse actuelle de l’arachide s’explique à moitié par se phénomène.

Processus d’extraction du sel

   Hormis la production de « SelSine », la majeure partie de la production de sel de Kaolack est une production artisanale. Cette production s’est installée sur les berges des nombreux bras de mer qui constituent le delta du Sine Saloum (le Sine le Saloum ou le Diomboss) ainsi que les bolons ou marigot .Ces eaux hyper salées (jusqu’à 130‰) constituent un facteur naturel extrêmement favorable pour la production de sel à tel point que la production de sel pourrait s’apparenter à une activité de cueillette ou d’extraction selon que l’on perçoit le sel comme un produit alimentaire ou un produit minier. Le sel à Kaolack est exploité de trois manières différentes :
– Par le creusement de puits qui permet de concentrer et d’augmenter la salinité de la saumure.
– Par la construction de petites digues isolantes des bassins sur le modèle des marais salants.
Les bassins sont ainsi remplis d’eau et l’on y laisse le sel se déposer au fur et à mesure que l’eau s’évapore.
– Par l’exploitation naturelle sans travaux d’aménagement ou bien la construction de petit barrage filtrant en branche installés sur les fonds de bolons et qui retiennent l’eau et son sel au jusant.
Dans le site de Ngathie Naoudé, les populations utilisent aujourd’hui deux modes d’exploitation du sel. Nous avons la technique de cueillette liée à la marée qui est ancienne et celle des digues récente car elle date de 2004.

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Table des matières

INTRODUCTION
CONTEXTE ET JUSTIFICATION
I. PROBLEMATIQUE
1.OBJECTIFS
2.HYPOTHESES
3.DISCUSSION CONCEPTUELLE
II. METHODOLOGIE
1.LA REVUE DOCUMENTAIRE
2.PROJET D’ENQUETE
a.Les entretiens
b.Echantillonnage
3.TRAITEMENT DE L’INFORMATION
Première Partie: Données physiques et socio économiques de la zone d’étude
Chapitre I: Données physiques et Humaines
I. Caractéristiques physiques
1.Le Climat et la pluviométrie
2.L’hydrologie
a.Les eaux de surface
b.Les eaux souterraines
3.Sols et végétations
II .Caractéristiques socio-économique
1.Démographique
2.Les Systèmes de productions
a.Les productions agricoles
b.productions pastorales
c.Les productions forestières
Chapitre II: Contraintes physiques de la production agricole
I. Les contraintes de la zone d’étude
1. Contraintes pédoclimatiques
2. Contraintes techniques
3. Contraintes socio-économiques
II. Salinisation des terres
1. Origine du processus de salinisation
2.Effet sur le milieu
Deuxième partie : L’exploitation du sel , une activité complémentaire
Chapitre I:Localisation des zones d’exploitation
I. Historique de l’extraction du sel
II. Description des sites d’exploitation du sel
III. Caractérisation de l’activité de production de sel
1.Description de la filière
2.Effectifs des exploitants de sel
a.Composition ethnique et âge
b.Niveau d’instruction
Chapitre II: Les techniques d’exploitation
I. Processus d’extraction du sel
II .Les Techniques d’exploitation
1. La technique de la marée
2. La technique des digues
Troisième Partie: Avantages et perspective de développement économique de l’exploitation du sel
Chapitre I : L’exploitation du sel
I. La production
II. Les charges
1.La main d’œuvre
2.Les emballages
3.Le transport
III. Formation des revenus
1.La commercialisation
a.Vente directe
b . Le troc
2. Les Stocks
3.Rémunération de la main d’œuvre
4.Les Commerçants banabanas
IV Effets de l’exploitation du sel sur les économies des ménages
1 .Analyse comparative des activités de l’économie rurale
2.Analyse comparative des sources de revenu
Chapitre II: Les acteurs de la filière
I . Les structures administratives et politiques
1.Le Conseil rural
2.Apport de l’activité du sel dans le budget
II.Les organisations communautaires
1 . Le Cadre Local de Concertation des Organisations de Producteurs (CLCOP)
2. Entente des producteurs de sel (EPS)
III. Les structures d’appui
1.Le PDIF (Programme de Développement Intégré de Fatick)
a.L’appui de la filière sel
b.Un partenariat avec la PAM pour l’iodation
Conclusion Générale
Bibliographie

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