L’espace urbain, support physique des corps et théâtre de comportements sociaux 

L’impact de l’appareil photo comme outil de travail

Mon appareil photo est un outil déterminant dans l’attribution de mon rôle sur le terrain. Il intervient dans le processus de mon intégration au sein de la manifestation, autant pour les autres que pour moi. Les premiers jours, je photographie les événements à l’aide de mon téléphone portable : à ce moment, aux yeux des autres, je suis une simple manifestante au milieu de la foule ou une passante curieuse en quête d’une photo ou d’une vidéo sensationnaliste à publier sur les réseaux sociaux. Par la suite, je parcours mon terrain avec un appareil photo.
D’une part, l’appareil photo permet de me sentir plus légitime d’être sur les lieux et de ne plus apparaître comme un badaud accroché à son smartphone. D’autre part, l’appareil photo aide à marquer une distance vis-à-vis des manifestant-e-s Cette volonté de me distinguer des groupes manifestants tient probablement à mon statut d’enquêteure. En effet, en tant que chercheure sur son terrain face à son objet d’étude, il peut être parfois difficile d’assumer des slogans tel « Tout le monde déteste la police » comme l’assument des manifestant-e-s venu-e-s au rassemblement avec la lutte comme premier objectif (et non l’enquête et la réalisation d’un mémoire de recherche). L’appareil photo aide aussi les autres à mieux identifier mon rôle : je suis associée à une journaliste ou une photographe par les groupes manifestants mais aussi par les forces de l’ordre ainsi que les journalistes eux-mêmes. À plusieurs reprises, des manifestant-e-s et des passant-e-s me demandent si je réalise un travail journalistique et en quoi celui-ci consiste ; une fois, un journaliste m’interpelle comme une consœur. Pour les forces de l’ordre, l’appareil photo me place dans une position de neutralité, ou du moins, m’étiquette comme un individu qui ne présente pas de danger immédiat (même si les forces de l’ordre tiennent très sérieusement à l’œil certain-e-s journalistes ). Lorsque les forces de l’ordre ceinturent un périmètre, je passe très facilement (sans regard ni mise en garde) d’un coté à l’autre de cette frontière éphémère (n.b. : dans le cas où le passage ne nécessite pas de fouille). Entrer dans une case définie, reconnue et bien identifiée par autrui assure une certaine liberté de mouvements sur le terrain.
Si, dans la première moitié de mon terrain, l’appareil photo me rassure par l’étiquette qu’il m’apporte, mon rapport à cet outil change dans la seconde partie du travail et je prends de la distance vis-à-vis de lui. En effet, au fil des manifestations, je remarque que certain-e-s manifestant-e-s sont gêné-e-s, voire fortement gêné-e-s, lorsque je photographie, par exemple, l’affiche vandalisée d’un candidat aux élections présidentielles. Bien que je veille à rester discrète, et à photographier autant que possible les personnes uniquement de dos ou lorsqu’elles sont hors champ, les regards de certain-e-s manifestant-e-s me font comprendre qu’ils-elles ne souhaitent pas apparaître sur ces clichés. En effet, ils-elles ne connaissent pas mes intentions ni les raisons de ma présence sur les lieux, et ignorent que je travaille à ne pas montrer leur visage sur les photos. À partir de ce moment, je sais que mon appareil photo est responsable d’une certaine défiance de la part de certain-e-s manifestant-e-s. Certain-e-s n’hésitent pas à se cacher le visage dans un foulard à la vue de l’appareil. Les entretiens ex situ que je réalise au cours de cette deuxième moitié de terrain confirment mon ressenti : il n’existe pas de haine de l’appareil photo (puisque des manifestant-e-s en possèdent eux-elles-mêmes), mais il est mieux de savoir qui est la personne qui tient l’appareil (notamment, si elle est favorable ou non au mouvement qui manifeste ce jour-là). Toutefois, cette attitude n’est pas absolue, car de nombreu-x-ses autres manifestant-e-s restent intéressé-e-s par l’appareil photo et s’enquièrent sur le motif de ma présence ainsi que sur les objectifs de mon travail.
Ainsi, si je souhaite me rapprocher au plus près des journalistes ou des forces de l’ordre un jour, et des manifestant-e-s un autre jour, je dois prendre le temps de réfléchir à mon outil de travail afin de l’adapter à chaque sortie.

Les manifestations : une problématique géographique ?

Explicitation du lien entre la géographie et les manifestations

Brève présentation de la notion d’espace dans le champ des manifestations

Les manifestations de rue, les mouvements sociaux et les actions collectives sont des sujets couramment étudiés en sciences humaines et sociales, dans les champs disciplinaires de l’histoire et des sciences politiques. Toutefois, la géographie et la dimension spatiale de ces manifestations sont rarement interrogées (RIPOLL, 2005). Les manifestations s’expriment pourtant fortement dans et par l’espace à travers les enjeux qu’impliquent l’appropriation de cet espace (RIPOLL et VESCHAMBRE, 2005 ; VESCHAMBRE, 2005), notamment l’appropriation symbolique (VESCHAMBRE, 2004). Le champ lexical des actions manifestantes s’empreigne, par ailleurs, de nombreuses références à l’espace (RIPOLL, 2008), par exemple les termes « sit-in », « rassemblement » ou encore « occupation » et « espace public ». Selon Pierre Favre (1999, p.135), une manifestation s’exprime avant tout par la spatialité et le détournement de l’espace où l’espace public occupe un rôle prépondérant : « Manifester, c’est rendre manifeste, faire connaître publiquement, exprimer aux yeux de tout spectateur éventuel, donc introduire dans l’espace public. » En effet, le propre de l’espace public est son caractère disputable où se développent une multitude d’intérêts divergents, ce qui en fait un espace privilégié de luttes, de contestations et de conflits d’appropriation :
L’hétérogénéité des points de vue, la porosité du domaine privé et du domaine public, l’acceptation différenciée des informations circulant dans l’espace urbain en font un lieu de débats, de concurrence et de conflits. […] Ce sont en effet ces pratiques, ces usages, les interactions qui s’y déroulent et les règles qui l’encadrent, qui font qu’un espace est public et qu’un autre de l’est pas. (LAMIREAU, 2010, p.20)
Par sa visibilité dans l’espace public, la manifestation est une occasion de rassemblement, de réunion, de créer une foule à partir de profils variés, à l’inverse d’une grève qui exprime d’abord un repli vers l’entreprise et qui appelle à la mobilisation d’abord les personnes liées à l’entreprise, au service ou à l’organisme gréviste :
L’espace dans lequel se définit la manifestation de rue la distingue d’autres formes d’action ou d’expression concurrentes. Il permet à ceux que morcelle ou que divise l’organisation du travail de déborder occasionnellement le cadre catégoriel de leurs mouvements en autorisant la coordination d’intérêts divers ainsi subsumés dans un cadre qui les dépasse. La manifestation diffère donc de la grève en ce qu’elle est l’occasion de possibles convergences, d’unification ou simplement de rencontre de mouvement catégoriels divisés. […] La manifestation est destinée à « rendre manifeste » un problème donné au-delà de la seule sphère de ceux qu’il implique directement. Conçue pour être vue, […] elle se déploie sur un terrain permettant d’associer à ses acteurs et interlocuteurs explicites d’autres acteurs, parfois involontaires. (TARTAKOWSKY, 1998, pp.17-18)
Lorsque des personnes entendent manifester, se rassembler implique, tout d’abord, le choix du lieu de ce point de rassemblement. Plusieurs critères relatifs à la spatialité entrent alors en compte, notamment l’accessibilité du lieu et sa capacité morphologique à accueillir un groupe de personnes relativement important (faisant des places publiques des lieux communs de rassemblement), la visibilité du lieu garante de la visibilité même de l’action menée, ou encore la possibilité de production d’un espace identitaire (un lieu marqué historiquement par les manifestations, un lieu symbolique qui matérialise la lutte menée ou la confrontation avec le pouvoir, etc.) Le rapport à l’espace est prégnant dans le choix du lieu de rassemblement, comme l’illustre Danielle Tartakowsky (1998, pp.72-73) :
À cet égard, le comportement du mouvement ouvrier est significatif. Il tente généralement d’éviter le face-à-face et les affrontements en occupant, dans la capitale en particulier, des espaces de substitution, symboliques comme le Mur des Fédérés, ou intermédiaires, distincts des découpages administratifs et situés en périphérie de la capitale. Les étudiants […] investissent pareillement les lieux, universitaires ou symboliques, déjà marqués par leur présence ou leur histoire et dont ils s’estiment les occupants légitimes. Le monde agricole, à l’inverse, conçoit la manifestation comme un mode d’accès à l’urbain compris comme le territoire d’autrui.

Les facteurs spatiaux et scalaires de la prolifération actuelle des manifestations

Comme indiqué en introduction, selon la préfecture de police, Paris compte en 2016 plus de 5000 manifestations et rassemblements sur la voie publique. À titre de comparaison, environ 1500 manifestations sont comptabilisées en 2000 (TARTAKOWSKY, 2011). Selon Fabrice Ripoll (2008, pp.86-87), deux grandes transformations relatives à la spatialité expliquent le nombre prépondérant de manifestations, à Paris ou ailleurs. Tout d’abord, les échelles politiques d’action se multiplient. Alors que le début du 20e siècle se caractérise par des manifestations ancrées dans le cadre territorial de l’État moderne, les logiques de mondialisation qui s’affirment à la fin du siècle amplifient l’internationalisation des mouvements sociaux. Le droit de manifester s’impose de façon globale, notamment dans les pays où la scène politique est en crise (TARTAKOWSKY, 1998). Le cadre des institutions internationales (Union Européenne, Organisation des Nations Unies, Organisation Mondiale du Commerce, Fonds Monétaire International, Banque Mondiale, etc.) empiète sur celui de l’État, de plus en plus perméable, ce qui impacte en conséquence les réactions sociales et politiques des populations concernées par ces enjeux internationaux (sans omettre pour autant l’échelle des enjeux nationaux). Il est possible de compléter les propos de Fabrice Ripoll et de Danielle Tartakowsky en évoquant également les enjeux régionaux dans le cas, par exemple, de mouvements indépendantistes et nationalistes ou de conflits inter-régionaux (les mouvements nationalistes corses ou, en Espagne, les récentes nombreuses manifestations indépendantistes catalanes). Fabrice Ripoll explique (2008, p.86) que « […] cette tendance à la multiplication des échelles de pouvoir ne peut que pousser les mouvements sociaux à s’y ajuster et donc à multiplier leurs propres échelles d’intervention […]. » Cette prolifération des échelles et des enjeux est aussi associée à une prolifération des acteur-e-s de la manifestation dont les profils sont de plus en plus variés :
Les étudiants ([…] grossis par les lycéens), les organisations ouvrières et la droite sont des acteurs dotés d’une longue tradition et culture manifestantes et demeurent perceptibles dans les lieux choisis comme dans les formes de leurs manifestations mais n’excluent pas la novation. Les nouveaux mouvements sociaux et les « sans » inventent, en revanche, souvent des modes d’appropriation inédits de l’espace public requérant des lieux qui le sont également. Les rapports sans cesse inédits qui se tissent entre la capitale et l’Île-de-France, les régions et le monde constituent un facteur supplémentaire de diversification des acteurs et de multiplication des actions. La décentralisation, la mondialisation et l’intégration européenne engendrent de nouveaux pôles de décision propres à décentrer la politique mais Paris, devenue simultanément une municipalité à part (presque) entière, une capitale régionale et une « ville globale » draine un nombre sans cesse accru de manifestations formées au départ de la région Île-de-France, de la plupart des régions (depuis les années 1960) ou constituée d’immigrants venus du monde entier. (TARTAKOWSKY, 2011, p.11)
La seconde grande transformation soulignée par Fabrice Ripoll concerne les médias. Du fait de l’importance accrue des médias et de leurs supports ainsi que du rôle de plus en plus central tenu par les journalistes, entre les gouvernant-e-s et les gouverné-e-s, les médias s’extraient de leur simple rôle de canaux de diffusion pour devenir des « lieux de production de messages » (RIPOLL, 2008, p.87). En effet, pour exister politiquement, les participant-e-s aux manifestations doivent être présent-e-s et vu-e-s dans l’espace médiatique. Les enquêtes menées par Fabrice Ripoll indiquent que l’existence médiatique est une condition d’existence essentielle pour les manifestations puisque l’action, qui n’est plus jamais indépendante des médias, doit passer par l’espace médiatique afin d’être publicisée, réelle, concrète. L’existence médiatique d’une manifestation dépend de plusieurs critères : les ressources du collectif organisateur (mouvement notoire ou dispersé et dominé), les objectifs visés (politiques, économiques, écologiques, etc.) ou encore la conjoncture politique et sociale (plus ou moins disposée à l’écoute). L’indépendance politique ainsi que la ligne éditoriale (et donc idéologique) des médias sont aussi à prendre en compte pour comprendre la façon dont seront mis en avant les événements (figure 2). Les médias représentent une condition structurelle des mobilisations sociales de plus en plus déterminante à mesure que les échelles politiques et les échelles d’actions se multiplient : au sein d’un océan de manifestations, il est, en effet, plus difficile de se différencier des autres au yeux de l’espace médiatique qui sélectionne les événements à mettre en avant ; les manifestations doivent alors disposer des ressources nécessaires pour se rendre visible, s’affirmer, communiquer, exister au regard d’autrui.

L’espace urbain, support physique des corps et théâtre de comportements sociaux

Sociologie et morphologie urbaines : de luttes urbaines hautes en couleurs à un espace urbain aseptisé, fragmenté, fonctionnel

La rue comme espace politique et militant : l’imaginaire collectif de la rue parisienne

Pour Fabrice Ripoll, la rue est présentée comme « l’espace de la contestation politique par excellence ». Cette identité militante résulte de plusieurs siècles d’héritage des mouvements populaires, où la rue agit comme une métonymie du peuple :
À défaut de forcer physiquement la porte des lieux de pouvoir, le premier réflexe des collectifs mobilisés est souvent de chercher à investir et devenir maîtres de « la Rue ». […] Historiquement, les rapports de force sont d’abord des rapports physiques, des affrontements violents dont la rue est l’un des principaux théâtres. (RIPOLL, 2008, p.89)
Aujourd’hui, la fonction politique de la rue existe toujours mais est plus nuancée. Le lien entre la manifestation et la rue n’est plus métonymique mais instrumental puisque la rue représente un moyen pour les manifestant-e-s de s’inscrire dans l’espace public afin de se montrer et de faire connaître leurs revendications. C’est ce qu’explique Danielle Tartakowsky (1998, p.13) : […] la rue ne joue désormais plus aucun rôle dans l’émergence ou la disparition des régimes qui se succèdent. Elle n’en demeure pas moins susceptible de peser de manière décisive sur certaines crises politiques ou d’en précipiter d’autres. […] Elle conserve donc une fonction politique qui, pour occasionnellement qu’elle soit, n’en reste pas moins puissante.
Ainsi, l’imaginaire collectif de la rue parisienne appartenant au peuple connaît de grandes transformations. Les rues parisiennes et leurs ambiances tendent à se caractériser de plus en plus par leurs fonctionnalités d’espaces de transit (ASCHER, 2013b) que par l’expression citoyenne. Lorsqu’une personne déambule à Paris, elle constate tout d’abord la modernité et la fonctionnalité de la ville plus que la teneur des luttes urbaines populaires : […] face à la croissance des villes et à l’importance grandissante des flux de personnes et de marchandises, la conception des rues, comme celle des villes, est de plus en plus marquée par les logiques d’organisation des transports et plus particulièrement par la maximisation des trafics. Les villes se sont ainsi structurées en fonction de la physique des fluides, d’abord à partir de grands axes assurant les hauts débits, avec ensuite des branchements secondaires et tertiaires pour distribuer les personnes et les biens jusqu’à leurs destinations finales. C’est le même modèle qui a été utilisé pour les égouts, pour la distribution de l’eau, du gaz, de l’électricité. (ASCHER, 2013.b, pp.248-249)
Les rues perdent leur fonctionnalité d’accueil ; il est plus difficile de provoquer la rencontre et le débat au sein d’une rue quand les citadin-e-s ne font qu’y passer. Ce qui compte, ce sont les lieux d’arrivée et de départ (par exemple, le domicile et le travail ou la bouche de métro et le magasin, etc.) ; la rue devient l’instrument qui permet de se rendre entre ces deux points. Dans une telle configuration morphologique et avec un tel usage social de la rue, comment les luttes urbaines peuvent-elles encore s’approprier l’espace de la ville ? Paris, en tant que ville globale qui répond largement à cette configuration de l’espace, peut-elle toujours accueillir au sein de ses rues l’imaginaire collectif manifestant ? Danielle Tartakowsky (2010, pp.7-8) identifie ce passage entre deux conceptions de la rue :
Un basculement de l’usage métonymique de la rue – pour signifier l’histoire en marche – à un usage littéral, propre à désigner des lieux, s’opère donc qui est le corollaire d’un passage d’une géographie fantasmée à une géographie effective de la ville et de ses usages, induisant des (ré)appropriations circonstanciées et diversifié des lieux que l’Histoire et ses mythes permettaient de penser (ou rêver) pour homogènes.
Le règne de l’urbain (urbs) bâti et architectural face à la cité politique signifie une certaine mort de la ville (CHOAY, 2006). La ville haussmannienne a pour projet de restituer la rue à la circulation, et cette dynamique abime les fondements d’un espace manifestant qui comporte ses codes et ses lieux (TARTAKOWSKY, 2010, p.9) : « La question des relations qui s’étaient nouées durant plus d’un siècle entre la ville, Paris, le Pouvoir, et la manifestation de rue se trouve alors posée. » Aujourd’hui, il est finalement surtout intéressant de manifester dans les rues de Paris pour profiter de son statut de capitale plus que pour mobiliser l’imaginaire des luttes urbaines parisiennes :
Paris recèle une dimension symbolique exceptionnelle. Centre décisionnel, centre urbain, y paraître permet ipso facto une inscription dans l’espace national ; cela assure la visibilité des revendications ou de l’image que l’on souhaite créditer, que ce soit vis-à-vis du pouvoir politique, d’autres organisations professionnelles ou encore de l’opinion. (DUCLOS, 2011, p.128)

La manifestation du corps dans l’espace

Rassemblement des corps et effet de masse : rapport de corps, rapport de force

En proposant une définition des mouvements sociaux et des actions collectives, Fabrice Ripoll (2008, p.83) élabore un retour historique sur les stratégies d’occupation de l’espace : « Loin d’être purement intellectuelle, la stratégie est d’abord l’art du (dé)placement des armées, jusqu’au contact avec l’adversaire, moment tactique, celui du contact et donc du choc des corps jetés les uns contre les autres, sens originel de conflit. » C’est d’abord par le corps que s’exprime l’implication des manifestant-e-s dans le détournement et l’occupation de l’espace. D’autre part, Fabrice Ripoll (2008, pp.89-90) souligne l’importance accordée à l’effet de masse provoqué par un nombre conséquent de corps rassemblés. Si aucun critère social (genre, âge, profession, etc.) ou politique (militant-e, représentant-e officiel-le, citoyen-ne lambda, personnes détentrices du droit de vote ou non, etc.), ni aucun savoir-faire ou compétences particulières ne sont exigés pour participer à une manifestation, le critère du nombre est, selon l’auteur, primordial pour donner de la force et de la légitimité à la manifestation, et faire la démonstration d’un rapport de force : « Aussi pacifique soit-elle devenue, la manifestation reste une démonstration de force et porte en elle cette menace de débordement dans les regards portées sur celle-ci, si ce n’est dans les objectifs des participants. » C’est le nombre de manifestant-e-s qui va asseoir ou non la légitimité de la manifestation (RIPOLL, 2008), notamment aux yeux de l’opinion publique qui s’interroge : cet événement vise-t-il à troubler l’ordre public, ou bien ces revendications, clamées par tant de corps mobilisés, sont-elles justifiées ?

Les actions manifestantes dans l’espace parisien : innovation, ,réappropriation ou stagnation ?

Le paysage des manifestations et des actions collectives à Paris en 2017. Le cas de la Vegan Place et du Front Social

Pourquoi manifeste-t-on en 2017 ?

Le recensement des manifestations sur un échantillon de l’année 2017 (du 20 mai au 3 juillet) permet d’établir une typologie par grandes thématiques. Ainsi, les actions collectives de 2017 se divisent en quatre types : 1/ les actions contre les violences policières, les violences d’État ou les violences militantes, 2/ les actions contre les discriminations, les injustices et l’exclusion sociale, 3/ les actions qui questionnent les habitudes de consommation et les comportements en société, 4/ les actions contre la régression du système social (travail, logement, santé).
Les actions contre les violences policières, les violences d’État ou les violences militantes (1) cherchent à revendiquer les droits de personnes victimes de l’excès d’utilisation de la force de la part d’une des parties citées. Il s’agit, le plus souvent, de violences policières, elles-mêmes associées aux violences de l’État dont les forces de l’ordre sont garantes. D’autres violences sont issues des affrontements entre manifestant-e-s, la plupart du temps entre les groupes anarchistes-libertaires et les groupes néo-nazis et d’extrême-droite. Les manifestations contre ces violences mettent généralement en avant des figures emblématiques, comme Lamine Dieng, Adama Traoré ou Clément Méric (figure 6), à l’occasion de marches commémoratives.

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Table des matières
INTRODUCTION 
MÉTHODOLOGIE ET RÉFLEXIVITÉ 
PREMIÈRE PARTIE – MANIFESTATIONS DE RUE ET ACTIONS COLLECTIVES REVENDICATIVES DANS LA RECHERCHE EN SCIENCES HUMAINES ET SOCIALES : QUEL APPORT GÉOGRAPHIQUE ? 
CHAPITRE 1 – Les manifestations : une problématique géographique ? 
CHAPITRE 2 – L’espace urbain, support physique des corps et théâtre de comportements sociaux 
CONCLUSION PARTIELLE
SECONDE PARTIE – MANIFESTER À PARIS EN 2017 : LES SIGNAUX DE L’ESSOUFLEMENT DE L’ACTION COLLECTIVE 
CHAPITRE 1 – Les actions manifestantes dans l’espace parisien : innovation, réappropriation ou stagnation ? 
CHAPITRE 2 – Les stratégies du maintien de l’ordre : entre volonté de renouvellement de la gestion des actions collectives et immobilisme sécuritaire. Le cas de la cellule SYNAPSE 
CHAPITRE 3 – Questionnement de la place du corps dans l’espace manifestant : quand le corps devient l’espace même de la manifestation 
CONCLUSION PARTIELLE
RÉCIT SONORE
TROISIEME PARTIE – DE LA MANIFESTATION AUX COMPORTEMENTS MILITANTS DU QUOTIDIEN : AGIR POUR UN ESPACE MANIFESTANT À GRANDE ÉCHELLE 
CHAPITRE 1 – L’engagement personnel du corps dans l’espace social : un nano-espace manifestant et transgressif 
CHAPITRE 2 – Nouvelles spatialités manifestantes du quotidien : à quoi faut-il s’attendre ?
CONCLUSION GÉNÉRALE 
BIBLIOGRAPHIE

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