Les stéréotypes entretenus à propos des personnes ayant des problèmes de JHA 

Attributions et stéréotypes: définitions et théorie

Que ce soit la faiblesse de caractère de l’ individu, son manque de volonté de changement ou tout simplement une tendance à s’ engager de manière intense dans ses activités préférées, une grande quantité d’hypothèses peuvent être soulevées d’ un point de vue profane pour expliquer le problème de jeu d’une personne.

Attributions

Lorsqu ‘un événement ou un phénomène social survient, comme la pratique des JHA, l’ être humain a tendance à en chercher la cause: il tente d’expliquer pourquoi une telle chose se produit. Cela s’applique également au sujet d’ une personne aux prises avec un problème de jeu. Cela fait partie intégrante de la nature de l’ être humain d’être constamment à la recherche d’ explications, particulièrement lorsqu ‘ il est question de ses propres agissements. Il spécule alors sur les causes de certains comportements et de certains événements en fonction de l’analyse plus ou moins approfondie qu ‘ il en fait. Tel que le relevait Kelley (1973), le but réel de cette connaissance consiste à mieux contrôler notre environnement en le rendant prévisible. À partir du moment où les causes d’un événement sont définies, la connaissance de celles-ci permettra à l’être humain d’ orienter ses actions futures en fonction d’ un objectif visé. Ainsi, lors d’ un succès, il tentera de reproduire les causes qui y ont mené, et au contraire, lors d’un échec il ne tentera pas de les reproduire. Donc l’ être humain est en quête d’ explications et émet des hypothèses, que l’on peut aussi nommer « attributions », quant aux causes des événements. Il s’agit d’un jugement subjectif qui prend rarement en compte la globalité de la situation en jeu.
Les biais possibles et l’erreur fondamentale d’attribution
Une conséquence possible du fait de poser un jugement subjectif à l’égard du comportement d’autrui est qu’il puisse contenir certains biais comme des erreurs de jugement. Une expérience classique démontrant la présence de ce biais provient d’une étude de Jones et Harris (1967). Dans leur étude, ces auteurs demandaient à plusieurs individus de lire devant un auditoire un texte qui soit supportait, soit attaquait le régime de l’ancien dirigeant cubain Fidel Castro. Les membres de l’ auditoire étaient ensuite soumis à l’une ou l’autre des conditions suivantes : dans la première condition, les participants étaient informés que le lecteur avait été libre de choisir la position à défendre lors de sa lecture. Dans la deuxième condition, les participants étaient informés que la position à défendre avait été imposée aux lecteurs. Bien que cette deuxième condition expérimentale n’ informe en rien l’ auditoire quant aux positions politiques personnelles du lecteur, les participants des deux groupes expérimentaux en sont venus à la conclusion que les croyances politiques des lecteurs étaient en étroit accord avec le point de vue défendu. Ces résultats ont été répliqués à de nombreuses reprises, sur différentes thématiques (l ‘arme nucléaire, les lois sur les drogues, la peine capitale).
En 1977, Ross a introduit le concept d’erreur fondamentale d’ attribution qui consiste à surestimer les caractéristiques internes d’une personne ou d’un groupe de personnes au détriment des éléments situationnels et externes dans l’ analyse d’un événement ou d’ un comportement donné (Gawronski, 2004; Gilbert & Malone, 1995; Masuda & Kitayama, 2004). Dans une expérience visant à étayer la propension des individus à favoriser les causes internes dans leur analyse du comportement d’ un tiers (Ross, Amabile, & Steinmetz, 1977), un sujet est désigné comme questionneur alors qu ‘un autre doit tenter de répondre aux questions de celui-ci. Dans cette expérience, le questionneur est libre de choisir les thèmes et de composer les questions comme bon lui semble. Par la suite, les deux sujets ainsi que des observateurs doivent évaluer le degré de connaissances générales du questionneur et du questionné. Bien que le questionneur choisissait arbitrairement les questions en fonction de ses propres intérêts et connaissances, il s’est avéré qu’il était régulièrement jugé par les questionnés et les observateurs comme ayant un meilleur bagage de connaissances générales que le questionné, qui ne pouvait manifestement pas répondre adéquatement à toutes les questions qui lui étaient posées. Ce biais disparait toutefois lorsqu ‘est retirée au questionneur la possibilité de choisir les questions. Dans cette expérience, le jugement que se font les questionnés et les observateurs à propos de la qualité des connaissances générales du questionneur est fondé sur des suppositions et des présuppositions qui les amènent à développer une opinion erronée à propos des compétences d’ un individu (le questionneur). Dans ce protocole, l’ erreur fondamentale d’attribution consistait à surestimer certaines caractéristiques positives internes d’un individu (un grand bagage de connaissances générales) dans l’ analyse d’une situation donnée au détriment des facteurs situationnels (l ‘ individu décidait des questions à poser).
Ces expériences soulèvent donc que le raisonnement sous-jacent aux attributions ne constitue pas forcément un portrait fidèle de la réalité, et qu’il peut reposer sur certaines présuppositions qui sont fausses. Ce jugement fallacieux est d’ailleurs en grande partie responsable de l’existence de certains stéréotypes.
Les recherches sur les attributions et l’erreur fondamentale d’attribution mettent en évidence un lien entre le type d’ attribution que les personnes entretiennent et l’ existence de .stéréotypes (Gawronski, 2004; Gilbert & Malone, 1995; Masuda & Kitayama, 2004; McAuley, Duncan, & Russell, 1992; Russell, 1982; Weiner, 1985). Concrètement, incluant l’erreur fondamentale d’attribution, les stéréotypes découlent de la présence de quatre erreurs dans le type d’attribution au sujet d’un comportement donné (McAuley et al., 1992; Russell, 1982; Weiner, 1985). Lors de l’évaluation de ce corn portement, les individus ont tendance à juger que celui-ci provient davantage de l’ individu et que le contexte n’a pas eu un grand rôle àjouer dans son apparition . Il s’ agit de ce type de biais que représente l’erreur fondamentale d’attribution et il se situe au niveau de la perception du locus de causalité d’un comportement. Ils auront également la propension à évaluer que l’individu est le seul à pouvoir contrôler l’ intensité de ce comportement et que d’autres personnes ou d’ autres facteurs ne peuvent le réguler ou avoir une influence sur celui-ci (contrôle interne et externe). Finalement, les individus jugeront que le comportement de l’ individu est quelque chose de stable dans le temps (stabilité). Ces quatre erreurs réunies sont favorables à l’apparition de stéréotypes.

Les stéréotypes et la stigmatisation

Dans le domaine de la psychologie sociale, les stéréotypes sont définis comme étant un ensemble de caractéristiques descriptives perçues par un individu et découlant d ‘une généralisation simplifiée et assez rigide à propos d’ une personne ou d’un groupe social (Jones & Colman, 1996; Stangor & Lange, 1994). Les stéréotypes peuvent être considérés comme étant la « règle » découlant de ces généralisations qui sont en fait des erreurs fondamentales d ‘ attributions. Dans l’exemple mentionné en introduction de la présente section au sujet du problème de jeu d ‘ une personne, le type d’ attributions évoquées pour expliquer celui-ci (faiblesse de caractère, manque de volonté et tendance à pratiquer une activité intensément) renvoie principalement à des caractéristiques personnelles del’ individu et peut conduire à entretenir le stéréotype que cette personne présente un problème de jeu, car elle est faible, lâche et compulsive. Or, ces stéréotypes ne prennent pas en compte les facteurs situationnels qui pourraient faire en sorte que le problème de jeu s’ inscrit dans un contexte global beaucoup plus complexe que l’analyse plutôt réductrice qui est effectuée. Par exemple, une personne peut participer de manière intense à un JHA pour répondre à un besoin de sensations fortes au cours d’ une période plus dépressive de sa vie ou à la suite d’ une rupture amoureuse. Cet investissement dans le jeu pourrait disparaitre ou diminuer lorsque cette personne renouera une relation affective.
Dans cet exemple, l’environnement joue un rôle dans les conduites adoptées par l’ individu en question et peut en partie l’ influencer.
Les personnes entretenant des stéréotypes négatifs tendent d’ ailleurs à adopter certains comportements ou certaines attitudes à l’égard d’une personne ou d’un groupe qui en sont la cible (Corrigan, 2004; Teachman, Wilson, & Komarovskaya, 2006). Il s’ agit du phénomène nommé « stigmatisation ». Ce terme est un dérivé du grec ancien stigmate signifiant « marqué au fer rouge » (Centre national de ressources textuelles et lexicales, 2018).
En somme, l’ analyse que les personnes se font d’ un comportement ou d’un phénomène social les amène à fournir des explications basées sur des jugements personnels. Ces jugements ne sont pas nécessairement fidèles à la réalité et laissent place à ce qu’on appelle l’ erreur fondamentale d’ attribution qui consiste à surestimer les caractéristiques internes de l’individu au détriment des facteurs externes et situationnels.
Ce processus mène à une cristallisation de l’opinion et de l’ attitude des personnes envers les causes du comportement et à l’endossement de stéréotypes qui peuvent mener à de la stigmatisation. Plusieurs chercheurs se sont intéressés à l’existence de tels stéréotypes et attitudes, d’abord dans le large domaine des addictions, mais aussi dans celui plus  spécifique aux JHA.

Les stéréotypes et attributions dans le domaine des dépendances

L’ état actuel des connaissances met en lumière davantage d’ attitudes négatives que positives envers les personnes ayant une dépendance à une substance, bien qu ‘ il s’ agisse généralement de personnes souffrantes (Wiklund, Lindstrom, & Lindholm, 2006).
L’examen de la littérature scientifique révèle qu’on retrouve également ce genre d’attitudes négatives auprès de certains professionnels de la santé intervenant auprès de ces personnes. Finalement, une partie de la littérature scientifique s’ intéresse à ce thème auprès des joueurs de JHA ayant un problème de jeu.
Les stéréotypes entretenus à propos des personnes souffrant de dépendance à des substances.
Dans la littérature, en plus du processus attributionnel, les études s’intéressant aux stéréotypes et à la stigmatisation des personnes ayant des dépendances tendent à mesurer leur présence selon certaines dimensions: le désir de distance sociale, la dangerosité et le degré de familiarité avec un tel comportement ou une personne le présentant (Angerrneyer & Dietrich, 2006; Link et al., 1999; Link et al., 2004; Martin et al., 2000). Ces variables entrent en compte dans l’analyse que les personnes entretiennent à propos des personnes ayant une dépendance et sont un bon indicateur sur la présence de stéréotypes.
Généralement, elles conduisent à des conduites stigmatisantes à l’égard des individus qui sont l’objet du jugement.
Causes perçues, degré de responsabilité et processus attributionnel. Plusieurs types de causes sont invoquées habituellement par les personnes lorsqu’elles sont exposées à des tiers qui présentent des troubles mentaux. Dans la littérature (Angermeyer & Dietrich, 2006; Link et al., 1999; Link et al., 2004; Martin et al., 2000), six causes sont généralement évoquées par les participants pour expliquer l’ origine d’un trouble mental impliquant des attributions de responsabilités différentes: le mauvais caractère de la personne, un débalancement chimique dans le cerveau, la manière dont la personne a été élevée, des circonstances stressantes dans la vie de la personne, un problème génétique/héréditaire ou le destin.

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Table des matières

Liste des tableaux
Remerciements
Introduction
Contexte théorique
J eux de hasard et d’argent
Jeux de hasard et d’argent: définition et théorie
Les jeux de hasard et d’argent au Québec en 2012
Le jeu en ligne comparativement au jeu hors ligne
Attributions et stéréotypes : définitions et théorie
Attributions
Les biais possibles et l’erreur fondamentale d’attribution
Les stéréotypes et la stigmatisation
Les stéréotypes et attributions dans le domaine des dépendances
Les stéréotypes entretenus à propos des personnes souffrant de dépendance à des substances
Causes perçues, degré de responsabilité et processus attributionnel
Le désir de distance sociale
La dangerosité 
La familiarité
Les stéréotypes de professionnels de la santé à propos des personnes souffrant de dépendances
Les stéréotypes entretenus à propos des personnes ayant des problèmes de JHA
Contenu des stéréotypes
Conséquences des stéréotypes
Liens entre la littérature et les objectifs de l’étude
Méthode 
Participants
Instruments de mesure
Questionnaire
Informations sociodémographiques
Habitudes de jeu
Types d’attributions
Perception de certaines habitudes de jeu des joueurs de JHA en ligne
Stéréotypes
Déroulement
Critères d’ inclusion et d’exclusion
Résultats 
Analyse préliminaire des données
Comparaison entre les attributions actuelles et les attributions du questionnaire original
Résultats descriptifs concernant les stéréotypes
Présentation des résultats associés aux hypothèses de recherche
Discussion
Perception des habitudes de jeu
Recherches futures
Forces et limites de l’étude
Conclusion 
Références
Appendice A. Certificat d’éthique
Appendice B. Lettre d’information et formulaire de consentement
Appendice C. Questionnaire

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