Les réseaux d’innovation et de coopération économique

Les réseaux d’innovation et de coopération économique ou l’adaptation de la figure du Réseau au paradigme de l’économie relationnelle 

La notion de réseau, selon son contexte d’application, recouvre des significations variées qui peuvent être appréhendées différemment en fonction de l’approche adoptée. Dans le cadre de cette recherche, nous nous intéressons plus particulièrement aux réseaux d’innovation et de coopération économique. L’objectif dans ce chapitre est de bien cerner les contours de ces réseaux afin de pouvoir, par la suite, les confronter au concept de compétitivité territoriale. C’est pourquoi, dans un premier temps, nous tenterons de définir de quels types de réseaux ces derniers sont issus et selon quelle approche. Dans un second temps, nous mettrons en lumière les spécificités propres à ce type de réseaux. Enfin, nous tenterons de définir précisément les réseaux d’innovation et de coopération économique en les illustrant.

Les réseaux d’innovation et de coopération économique : un type particulier de réseau économique 

Les réseaux correspondent à une notion côtoyée et employée sous différentes formes, diverses approches et champs théoriques. En économie, en sociologie mais également sur le champ technique et technologique, le(s) réseau(x) se déclinent de diverses manières. L’approche très succincte de ces différentes déclinaisons, à défaut d’être exhaustive, permettra de développer les bases du fonctionnement d’un réseau, et plus globalement les bases du système réseau.

L’approche sociologique est intéressante à explorer puisqu’elle a conditionnée les applications subséquentes dans les autres champs disciplinaires. C’est en effet en sociologie qu’historiquement des travaux sur les réseaux et leur fonctionnement ont débutés. D’autre part, cette approche est la plus englobante au sens où elle a vocation à étudier les relations entre tout type d’agents.

Ainsi, le réseau social peut représenter simplement le fait que les gens soient liés entre eux et que cette réalité observable tende à s’organiser et à former une structure. Les relations sociales forment cette structure. Plus précisément, un réseau social représente une structure sociale dynamique faite de nœuds ou de pôles désignant généralement des gens et/ou des organisations, reliées entre elles par des canaux, des relations sociales ; que ce soient des connaissances occasionnelles ou des membres de la famille proche (Barnes, 1954). La priorité  est donnée aux relations entre acteurs, avant les attributs de ceux-ci (Wasserman et Faust, 1994). Les réseaux sociaux sont aussi employés pour étudier comment les entreprises interagissent entre elles, caractérisant de nombreuses connexions informelles qui relient les dirigeants ensembles, ainsi que les associations et les connexions entre les employés de différentes compagnies. Ces réseaux conditionnent la façon dont les compagnies obtiennent l’information, découragent la concurrence, et s’entendent même parfois pour ajuster de concert, les prix et les politiques.

En économie, la mise en réseau peut traduire l’association d’agents économiques dans un but de performance recherché. Les réseaux économiques ou la coopération « d’agents économiques » se déclinent sous diverses formes et échelles : relations contractuelles, filières, réseaux économiques locaux, économies solidaires etc… Le réseau apparaît comme un mode d’organisation adapté à la mondialisation des échanges (Nohria, Garcia-Pont, 1991), en permettant de relier des centres de décision autonomes, entre différents marchés et territoires. Dans sa dimension économique, le réseau serait perçu comme “un mode d’organisation hybride s’inscrivant d’un point de vue théorique dans un dépassement de la dualité firme/marché” (Lecoq, 1990). Dans cette perspective, l’argumentation des coûts de transactions définis au sens de Williamson (1975) justifierait l’émergence de modes d’organisation spécifiques que sont les réseaux. Ainsi, nous retiendrons la définition suivante d’un réseau économique : « [il s’agit] d’un ensemble formé de liens sélectionnés et explicites avec des partenaires préférentiels inscrits dans la perspective des relations de marché d’une entreprise et de sa recherche de ressources complémentaires ayant comme objectif principal la diminution de l’incertitude. » (GREMI, 2000) .

Les réseaux techniques et technologiques, par leur relation privilégiée au territoire, mettent en lumière de manière plus évidente le fait qu’un réseau peut représenter un avantage comparatif pour un territoire. En effet, les réseaux techniques peuvent être regroupés selon la typologie suivante :
– les réseaux généraux de communication ;
– les réseaux techniques de communication des compagnies de transport (aériens, maritimes, terrestres) ;
– les réseaux de transports (Claval, 1990).

Se déclinant sous de multiples formes et usages (énergie, télécommunications, transports collectifs…) leur présence dans la vie économique et sociale bouleverse à la fois l’organisation de l’espace, le fonctionnement des acteurs économiques et sociaux, les structures du pouvoir local, l’usage des technologies. Ces réseaux possèdent des spécificités sectorielles. Ces infrastructures et les services qui leur sont associés détiennent des caractéristiques communes permettant de fonder une socio-économie des réseaux techniques¹. Les interactions de ces réseaux avec les territoires alimentent des études pertinentes mais complexes portant sur les effets structurants des réseaux, la déterritorialisation, les échelles de communication (et donc les échelles économiques et sociales).

Ces études mettent en avant le poids de l’aménagement du territoire dans la recherche d’avantages comparatifs en termes d’infrastructures et de services entre les territoires. Les réseaux techniques ne sont pas ici étrangers à la notion de compétitivité territoriale en tant que facteur de concurrence entre territoires.

La notion de réseaux politiques nous apparaît également intéressante par les relations qu’ils entretiennent avec les réseaux définis précédemment (sociaux, économiques et techniques). En effet, les réseaux politiques peuvent être définis comme des « structures qui règlent les interactions des acteurs étatiques et sociétaux dans le processus de gouvernance » (Monpetit, 2003). Ils constituent « un ensemble de relations relativement stables, non hiérarchiques et interdépendantes, liant une variété d’acteurs qui partagent des intérêts communs au regard de la politique et qui échangent des ressources dans la poursuite de leurs intérêts partagés, chacun admettant que la coopération est le meilleur moyen d’atteindre les objectifs communs » (Börzel, 1997). En associant différents types d’acteurs et de multiples strates décisionnelles et fonctionnelles, les réseaux politiques constituent un outil organisationnel créateur de « passerelles » en vue d’améliorer l’efficacité de telles ou telles politiques. Ainsi, il apparaît clairement que ces réseaux, par les politiques qu’ils engendrent, accompagnent voire initient la mise en place des autres types de réseaux, dans un souci d’efficacité au service de l’intérêt général. Dès lors, ces réseaux peuvent jouer un rôle plus ou moins déterminant dans l’amélioration de la compétitivité des territoires. Toutefois, même si le réseau offre une réalité différente, selon l’angle d’analyse (économique, sociologique, territorial), il conserve des caractéristiques essentielles et invariables. Le concept de réseau met donc l’accent sur l’articulation des relations entre les éléments d’une organisation, bien davantage que sur la nature des éléments eux-mêmes (Assens, 2003). Les réseaux d’innovation et de coopération économique, objet de notre travail de recherche, se rapprochent de la définition des réseaux économiques. Ces derniers ne sont pas isolés et entretiennent des relations plus ou moins étroites avec les autres types de réseaux. La littérature parle ainsi de réseaux socio-économiques, technico économiques (Callon, 1991 ; Offner et Pumain, 1996) et politico-économiques. Les réseaux économiques disposent donc de dimensions sociales, techniques et politiques qu’il s’agira de prendre en compte et d’analyser en vue d’interroger la pertinence d’un type particulier de réseau économique sur la compétitivité territoriale. Avant de s’intéresser spécifiquement aux réseaux d’innovation et de coopération économique, il s’agit de comprendre comment la figure du réseau s’est imposée en économie territoriale.

Un concept qui trouve ses fondements dans la figure « classique » de la mise en réseau en économie… 

Cette démonstration doit nous permettre de comprendre les principes de fonctionnement d’un réseau économique, ce qui nous assurera par la suite une meilleure appréhension de la place des réseaux qui nous intéressent dans la typologie des réseaux économiques. La formalisation théorique des réseaux économiques et l’intérêt croissant que lui porte économistes et politiques résulte d’une évolution vers un nouveau paradigme : l’économie relationnelle. La première étape de cette évolution a été la prise en compte de l’importance de la mise en réseau en économie. Comme souvent dans ce champ, cette prise en compte était le fait d’observations empiriques au niveau micro-économique au sein des entreprises. La propagation de ce modèle dans l’organisation interne des entreprises ainsi que les résultats et le dynamisme engendrés ont poussé les chercheurs à s’interroger sur les avantages que pouvaient procurer cette organisation des firmes en réseau. Cette évolution a été analysée par P. Veltz comme la conséquence du passage, au sein des entreprises, à un modèle d’organisation post taylorien (Veltz, 1997). Ce modèle est caractérisé par :
– une remise en cause des concepts de productivité liés à la complexification des objectifs de la production ;
– la mutation de l’univers temporel des entreprises avec une augmentation croissante de la vitesse et de l’incertitude ;
– les nouvelles tendances dans l’organisation du travail et les structures d’organisation caractérisée par une intégration et une autonomie croissante et une crise des fonctions verticales et du modèle systémique.

Dans ce modèle, l’organisation en réseau permettrait la superposition plutôt que la juxtaposition des structures au sein de la firme (Veltz, 1995). Le réseau maillé et cellulaire s’impose ainsi comme l’alternative majeure aux structures pyramidales classiques. Sans revenir en détail sur les changements organisationnels liés au post taylorisme, la structure en réseau et ses propriétés correspondent parfaitement aux nouveaux enjeux systémiques et intégrationnels. Ces nouveaux enjeux ont d’ailleurs permis de mettre en évidence le rôle croissant des interactions non programmées dans la performance des entreprises.

La deuxième étape de la prise en compte de la place de la mise en réseau dans l’évolution de l’économie vers un nouveau paradigme, a été l’élargissement de l’analyse faite au niveau des entreprises à la mise en réseau inter-firmes. Cette évolution résulte de l’observation empirique d’une figure du réseau qui apparaît à des échelles très différentes. Ainsi, P. Veltz distingue quatre figures de réseaux économiques :
– l’organisation des très grandes firmes mondiales avec ces trois grands modèles : multinational, international et transnational (Bartlett et Ghoshal, 1989) ;
– la multiplication spectaculaire des accords inter-firmes dessinant ce que Michalet qualifie de firmes-réseaux (Michalet, 1988) ;
– l’organisation « solaire » des fournisseurs et des distributeurs autour d’une grande firme ; le réseau d’entreprises fonctionnant selon le principe du « partenariat de valeur ajoutée ». Ce modèle repose sur la coopération organisée d’un ensemble de petites ou moyennes entreprises indépendantes gérant un flux de biens ou de services le long d’une chaîne de valeur ajoutée. (cité dans Veltz, 1997) .

Cette conception des réseaux économiques, bien qu’élargie aux relations entre différents types d’entreprises, a cependant beaucoup évoluée. L’économie moderne a complexifié la donne, en termes de dépassement des barrières économiques et spatiales passées et d’évolution technologique. Elle nécessite la mise en œuvre de nouvelles collaborations. Ainsi, comme l’ont exprimé Johanson and Mattson en 1984 « the goals of many actors today cannot be achieved but through other actors. In other words, actors depend on their network partners for the realization of their goals. This implies a minimal mutual trust in relations. It means that actors have to recognize the goals of their partners”. On passe à une conception du réseau beaucoup plus englobante, qui associe l’ensemble des acteurs du monde économique d’un territoire, allant ainsi bien au-delà des simples relations inter entreprises. Ce sont les nouvelles formes de compétition qui obligent à réinventer ou à remobiliser des mécanismes coopératifs et intersubjectifs que le paradigme économique traditionnel est incapable de représenter et d’expliquer. Ainsi, dès les années 1990, la mise en place de réseaux économiques complexes de partage de la recherche et du développement de l’innovation en général apparaît comme une tendance lourde. Cette conception a d’ailleurs conduit certains chercheurs à considérer que « le réseau est une représentation des relations informelles qui se tissent dans l’économie et qui ne relèvent ni de la hiérarchie, ni du marché » (Veltz, 1997). Cette conception s’inscrit dans la mouvance des théoriciens de l’économie des réseaux et d’auteurs comme M. Castells qui voit dans le réseau et l’économie relationnelle un nouveau paradigme qu’il qualifie de société en réseaux.

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Table des matières

Introduction
I. Les réseaux d’innovation et de coopération économique
ou l’adaptation de la figure du Réseau au paradigme de l’économie relationnelle
A- Les réseaux d’innovation et de coopération économique : un type particulier de réseau économique
B- Un concept qui trouve ses fondements dans la figure « classique »
de la mise en réseau en économie…
C- … mais qui résulte de l’adaptation de cette figure au paradigme de l’économie relationnelle
II. La compétitivité territoriale ou l’enrichissement du concept de compétitivité par la notion de Territoire
A- Compétitivité : un concept aux déclinaisons multiples
De la compétitivité des entreprises à celle des territoires
B- Territoire(s) et compétitivité : entre concurrence des territoires et facteurs compétitifs
C- Quelle définition de la compétitivité territoriale ?
I. Les fondements théoriques de la pertinence du système
A- Le réseau d’innovation et de coopération économique comme facteur d’amélioration de la compétitivité de type productivité
B- La théorie du clsuter innovant de Porter : le réseau comme vecteur de compétitivité territoriale?
C- Problématisation : la figure du réseau et de la coopération qu’elle accueille comme piste théorique privilégiée d’amélioration de la compétitivité territoriale
II. De la théorie à la pratique : l’analyse des politiques publiques de promotion du système
A- Une transcription dans le champ des politiques publiques orientée autour
de la promotion des réseaux publics-privés à dimension locale
B- Des politiques publiques qui convergent vers le modèle du cluster
C- Problématisation : l’absence d’un modèle de vérification empirique de la diffusion des résultats obtenus par les pôles de compétitivité sur la compétitivité territoriale
I. Les fondements d’un tel modèle d’évaluation empirique
A- Une démarche d’évaluation in itinere de l’impact des pôles de compétitivité
B- Les difficultés inhérentes à une telle démarche d’évaluation
C- De la nécessité de la mobilisation d’indicateurs d’impact territorial
II. Discours de la méthode : un modèle qui s’articule autour de trois étapes
A- Principes et architecture globale du modèle
B- Déclinaison des trois étapes de la démarche
III. Clés de lecture et limites d’un tel modèle d’évaluation empirique
Conclusion
Bibliographie

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