Les principales motivations à devenir parents d’accueil

L’ampleur des situations de maltraitance des enfants au Québec

  En 2018-2019, 105 644 signalements ont été reçus au Québec, en vertu de la Loi sur la protection de la jeunesse (LPJ), pour des enfants potentiellement en situation de compromission, ce qui représente en moyenne 289 signalements par jour. Il s’agit d’une augmentation de 15,8 % des signalements reçus en comparaison avec ceux comptabilisés en 2016-2017 (Bilan annuel des directeurs CPEJ, 2019). De ce nombre, 41 530 signalements ont été retenus, afin d’évaluer si la sécurité ou le développement de l’enfant était compromis (Bilan annuel des directeurs CPEJ, 2019). Depuis l’année 2016-2017, les signalements traités et retenus ont augmenté de 15,8 % (Bilan annuel des directeurs CPEJ, 2019). Les signalements retenus concernent la négligence ou le risque sérieux de subir de la négligence (32,4 %), les mauvais traitements psychologiques (16,9 %), l’abus physique ou le risque sérieux d’être victime d’abus physique (32 %), les troubles de comportement sérieux (8,5 %), l’abus sexuel ou le risque sérieux d’être abusé sexuellement (10 %) et, finalement, l’abandon (0,2 %) (Bilan annuel des directeurs, CPEJ, 2019). Plus spécifiquement, dans la région du Saguenay–Lac-Saint-Jean, le nombre de signalements reçus par le Centre de protection de l’enfance et de la jeunesse (CPEJ) pour l’année 2018-2019 était de 4 794 (Bilan annuel des directeurs, CPEJ, 2019). Par contre, une diminution de 2,9 % des signalements retenus est constatée (1727), ce qui équivaut à 123 signalements de moins qu’en 2017-2018 (Bilan annuel des directeurs, CPEJ, 2019). Les signalements retenus pour la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean concernent la négligence ou le risque sérieux de subir de la négligence (35,1 %), l’abus physique ou le risque sérieux d’être victime d’abus physique (34,8 %), les mauvais traitements psychologiques (13,1%), l’abus sexuel ou le risque sérieux d’être abusé sexuellement (9,3 %), les troubles de comportement sérieux (7,5 %) et, finalement, l’abandon (0,1 %) (Bilan annuel des directeurs, CPEJ, 2019).

Les conséquences de la maltraitance chez les enfants

   Les conséquences de la maltraitance sur les enfants sont importantes en raison de leur grande vulnérabilité et du fait qu’ils dépendent des adultes pour répondre à leurs besoins (Observatoire des tout-petits, 2017). Ces conséquences, qui peuvent être observables à court et à long terme, touchent différents aspects du développement des enfants, tant sur les plans cognitif, physique, affectif, social, que comportemental. Différents paramètres permettent d’évaluer les gestes qui ont été commis ou omis envers un enfant, dont la gravité, la fréquence, la présence de plusieurs formes de violence (psychologique, sexuelle, physique, verbale et économique), la stabilité ou la chronicité, la prévisibilité et les conséquences observées (Chamberland, 2003; Perrin Miller et Perrin, 2007). La maltraitance envers les enfants entraine, tout d’abord, des conséquences sur leur développement cognitif. À court et à long terme, la maltraitance envers les enfants risque d’engendrer chez ceux-ci des problèmes de langage et des déficits en ce qui concerne les fonctions cognitives, qui influencent leurs apprentissages, leurs capacités d’attention et de mémorisation, de même que leur réussite scolaire (Clément et Dufour, 2019; Institut national de la santé publique Québec, 2018). Un dérèglement des systèmes biologiques de réponse au stress est aussi noté, à court et à long terme, chez les enfants maltraités (Institut national de la santé publique Québec, 2018;Lemelin et Tarabulsy, 2012). À court terme, une altération de la maturation du cerveau peut être observée et, à plus long terme, le jeune présente un plus grand risque de développer des troubles mentaux (Institut national de la santé publique Québec, 2018). En ce qui concerne le développement physique, différentes conséquences sont observées, à court et à long terme, en lien avec la maltraitance. Ainsi, les enfants maltraités sont plus nombreux à présenter des blessures physiques, des problèmes de développement cognitif, des troubles alimentaires, des maladies pulmonaires chroniques, des maladies cardiovasculaires, un syndrome du côlon irritable, ainsi qu’un trouble de l’attachement (Institut national de la santé publique Québec, 2018; Kolko, 2002; Lemelin et Tarabulsy, 2012).

Les motivations des parents d’accueil

   Les résultats de plusieurs recherches démontrent que la motivation la plus fréquente chez les parents de familles d’accueil est altruiste (Daniel, 2011; Diaz, 2017; MacGregor, Rodger, Cummings et Leschied, 2006). Ainsi, les parents d’accueil sont motivés par des sentiments d’empathie, d’amour et de générosité à l’égard des enfants (Isomäki, 2002), en plus de la volonté de leur offrir un environnement stable et aimant (Cole, 2005; Daniel, 2011; De Maeyers, Vanderfaeillie, Vanschoonlandt, Robberechts et VanHolen, 2014; Diaz, 2017; MacGregor et al., 2006). Ils souhaitent aider les enfants dans le besoin, qui proviennent de milieux difficiles ou qui n’ont pas de foyer stable (Andersson, 2001; Cole, 2005; Daniel, 2011; De Maeyers et al., 2014; Roger,Cummings et Leschied, 2006; Sebba, 2012). La joie et la satisfaction d’aimer et d’aider ces enfants, en plus de les voir grandir et s’épanouir, sont donc des motivations qui ressortent dans plusieurs recherches (Baum, Crase et Crase, 2001; Buehler, Cox, Cuddeback, 2003; Daniel, 2011; De Maeyers et al., 2014; Sebba, 2012). À ce sujet, MacGregor et al. (2006) soulignent que les gens heureux et satisfaits de leur vie sont davantage motivés par l’idée de devenir parents d’accueil, afin de partager leur bonheur avec les plus démunis.Ce désir d’aider son prochain peut parfois être influencé par les croyances religieuses de certains parents. En effet, plusieurs études mentionnent que la foi ainsi que l’église locale encouragent certains parents à devenir familles d’accueil (Baum et Crase, 2001; Diaz, 2017; Isomäki, 2002; MacGregor et al., 2006; Sebba, 2012). Audelà des convictions religieuses, certaines études révèlent que la décision de devenir parents d’accueil pourrait être motivée par une préoccupation sociale en lien avec la pénurie de familles d’accueil qui est parfois annoncée dans les médias (Baum et Crase,2001; Cole, 2005; Daniel 2011). En effet, le fait de recevoir de l’information concernant les besoins à combler à cet égard serait une motivation initiale chez plusieurs parents (Diaz, 2017; Sebba, 2012). En outre, plusieurs études révèlent que l’expérience personnelle des parents est un facteur prédominant dans leur désir de devenir famille d’accueil et, ainsi, d’offrir un milieu aimant à des enfants dans le besoin (Cole, 2005 ; Peake et Townsend, 2012 ; Rodger et al., 2006 ; Sebba, 2012). Ces expériences sont diverses et réfèrent, d’une part, au fait d’avoir grandi dans un foyer où les parents étaient famille d’accueil (De Maeyers et al., 2014; Diaz, 2017), ainsi que de connaître d’autresparents d’accueil ouencore des enfants qui y sont actuellement placés (Rodger, Cummings et Leschied, 2006). D’autre part, certains parents se disent motivés par le fait d’avoir eux-mêmes été négligés et abusés pendant leur enfance (De Maeyers et al., 2014; Diaz, 2017) ou d’avoir vécu en famille d’accueil pendant leur jeunesse (Sebba, 2012; Rodger et al., 2006).

Les principales motivations à devenir parents d’accueil

   Selon la théorie de l’autodétermination, plusieurs types de motivations peuvent être à l’origine du choix des parents de devenir familles d’accueil au programme Banque mixte. Ces motivations peuvent être regroupées en quatre principales catégories, c’est-à-dire le désir d’adopter un enfant et de fonder une famille, la compensation financière, les expériences vécues au cours de la jeunesse ou encore une préoccupation sociale. Ces motivations ne sont pas mutuellement exclusives et elles sont souvent nombreuses à guider la décision des parents. En effet, Isomäki (2002) mentionne que les facteurs qui motivent les parents à devenir familles d’accueil sont rarement orientés vers une seule motivation. À l’instar des écrits scientifiques sur la question, les motivations qui ressortent de cette recherche sont diversifiées et concernent le désir d’adopter un enfant et de fonder une famille, la compensation financière, les expériences vécues au cours de la jeunesse ou encore une préoccupation sociale par rapport aux enfants qui sont en situation de compromission (Andersson, 2011; Cole,2005; Diaz, 2017; Isomäki, 2002; MacGregor et al., 2006; Rodger et al., 2006; Sebba, 2012). Toutefois, alors que la motivation la plus fréquemment mentionnée pour devenir famille d’accueil dans les écrits scientifiques est qualifiée d’intrinsèque et altruiste, les principales motivations évoquées par les participants de la présente étude sontplutôt de nature extrinsèque.Plus spécifiquement, les répondants de cette étude partagent des motivations similaires en ce qui concerne leur décision de devenir familles d’accueil au programme Banque mixte. En effet, les parents ont, d’abord et avant tout, été majoritairement motivés par le désir d’adopter un enfant et de fonder une famille. Ce désir était lié à une incapacité à avoir des enfants biologiques, que ce soit en lien avec un problème de fertilité ou en raison de leur avancement en âge. Ce type de motivation réfère, selon la théorie de l’autodétermination, à une motivation extrinsèque de type régulationexterne, qui se définit comme une motivation instrumentale et contrôlée par descontingences agréables et désagréables (Deci et Ryan, 2008). Ce résultat corrobore plusieurs recherches antérieurement menées sur les familles d’accueil (Andersson, 2011; Cole, 2005; Diaz, 2017; Isomäki, 2002; MacGregor et al., 2006;Rodger et al., 2006; Sebba, 2012), qui soulignent que le fait de ne pas pouvoir avoir d’enfants biologiques ou le désir d’avoir d’autres enfants représente une motivation importante pour celles-ci. Également, ces études soulignent que les parents d’accueil ont le désir d’accueillir des enfants sur le long terme, avec la possibilité de les adopter. Par contre, peu d’écrits scientifiques abordent le désir de devenir famille d’accueil en lien avec l’avancement en âge des parents, alors que cette motivation semble particulièrement importante dans le cadre de la présente étude. L’une des raisons pouvant expliquer que le projet de fonder une famille soit la motivation qui prédominedans cette recherche est en lien avec le mandat particulier du programme Banque mixteet sa vocation adoptive (Châteauneuf, 2015). Les répondants se distinguent des familles d’accueil régulières, car ils souhaitent adopter un enfant, ce qui diffère des programmes destinés plus largement aux familles d’accueil et qui sont davantage documentés. En effet, peu de recherches ont été réalisées spécifiquement sur les familles inscrites au programme Banque mixte, qui sont susceptibles d’avoir des motivations particulières en lien avec l’adoption de l’enfant.

La relation d’attachement des parents et des enfants

   Les écrits scientifiques soulignent que la plupart des enfants qui sont placés en famille d’accueil en vertu de la LPJ ont vécu des expériences relationnelles traumatisantes pendant les premières années de leur vie, prenant notamment la forme de négligence et d’abus physiques (Châteauneuf, 2015; Paquette et al., 2019). D’ailleurs, l’un des objectifs du placement en famille d’accueil est de modifier lesschémas relationnels dysfonctionnels des enfants, afin qu’ils puissent faire l’expérience de soins parentaux adéquats, et ce, dans le but de favoriser la création d’un lien d’attachement sécurisant (Dubois-Comptois, Cyr, St-Onge et BeachesneSévigny, 2016). Dans une relation entre un enfant et son parent, le lien d’attachementde l’enfant se base, d’abord et avant tout, sur son besoin de sécurité et de protection (Prior et Glaser, 2010). Les échanges et les interactions vécus entre l’enfant et son parent biologique sont ainsi conservés dans la mémoire de l’enfant (Cyr, Euser, Bakermans-Kranenburg et Van Ijzendoorn, 2010 ; Paquette et al., 2019; Zaccagnino,Cussino, Preziosa, Veglia et Carassa, 2015). Les résultats présentés dans ce mémoire semblent indiquer que les comportements d’attachement insécurisant font peu à peu place à un attachement sécurisant chez les enfants adoptés à la suite d’un placement dans le cadre duprogramme Banque mixte. En début de placement, les parents d’accueil ont mentionné que leurs enfants présentaient des enjeux d’attachement, en raison de l’absence d’une figure d’attachement stable depuis leur naissance. Au début du placement, les répondants sont d’avis que les enfants ont vécu un choc, qu’ils ont exprimé de différentes façons, telles que la passivité, les manifestations d’hypervigilance, ainsi que le besoin constant de réconfort et d’affection. Avec le temps, les enfants se sonttoutefois adaptés à leur milieu d’accueil, dans lequel ils ont été en mesure de s’épanouir. Cette période d’adaptation, qui s’est étalée sur plusieurs mois, a permis à l’enfant de développer un sentiment de bien-être et de sécurité au sein de sa famille d’accueil. Peu à peu, les parents ont perçu un changement d’attitude ou de comportement chez l’enfant, qui leur a fait prendre conscience de la création d’un lien affectif avec ce dernier. Ainsi, le fait que l’enfant s’endorme dans les bras de personnes significatives, qu’il interagisse positivement avec sa fratrie ou qu’il recherche descontacts physiques avec son parent d’accueil illustre, aux yeux des parents interrogés,la création d’un lien d’attachement avec leur enfant. Bien qu’une amélioration du lien d’attachement soit constatée chez les répondants, certains parents mentionnent toutefois que le lien affectif avec leur enfant a été plus difficile à établir pendant la période du placement. Ainsi, l’enfant conservait une certaine réserve et demeurait timide dans ses contacts avec ses parents. Malgré le fait que peu de recherches abordent la question du développement du lien d’attachement pendant le placement, la théorie de l’attachement mentionne que pour un enfant, la figure d’attachement incarne une base de sécurité. Ainsi, par la proximité qu’il développe avec son parent d’accueil, il est possible de constater au fil du temps que l’enfant s’attache de plus en plus (Dugravier et Barbey-Mintz, 2015; Lemelin et Tarabulsy, 2012; Pierrehumbert, 2003).

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Table des matières

RÉSUMÉ
LISTE DES TABLEAUX
LISTE DES FIGURES
LISTE DES SIGLES
REMERCIEMENTS
INTRODUCTION
CHAPITRE 1 LA PROBLÉMATIQUE
1.1 L’ampleur des situations de maltraitance des enfants au Québec
1.2 Les conséquences de la maltraitance chez les enfants
1.3 Le placement des enfants victimes de maltraitance au Québec
1.4 La spécificité du programme Banque mixte
1.5 Les défis que rencontrent les parents qui adoptent par le biais du programme Banque mixte
1.6 La pertinence de ce mémoire.
CHAPITRE 2 LA RECENSION DES ÉCRITS
2.1 Les motivations des parents d’accueil
2.2 Les attentes comblées et non comblées des parents d’accueil
2.3.1 Les facteurs qui favorisent l’attachement sécurisant chez les enfants placés en famille d’accueil
2.3.2 Les facteurs qui nuisent au développement d’un attachement sécurisant chez les enfants placés en famille d’accueil
2.4 L’attachement chez les parents d’accueil
2.5 Les facteurs qui influencent le rôle des parents d’accueil
2.5.1 Les facteurs liés aux parents d’accueil
2.5.2 Les facteurs liés à l’enfant placé
2.5.3 Les facteurs liés à la famille biologique de l’enfant
2.5.4 Les facteurs familiaux liés au milieu d’accueil
2.5.5 Les facteurs liés au soutien disponible dans l’environnement
2.6 Les forces et les limites des recherches existantes
CHAPITRE 3 CADRE DE RÉFÉRENCE
3.1 La théorie de l’autodétermination
3.2 La théorie de l’attachement
3.3 Le modèle bioécologique de Bronfenbrenner
CHAPITRE 4 MÉTHODOLOGIE
4.1 Le but et les objectifs du mémoire
4.2 Le type de recherche privilégié
4.3 La population à l’étude
4.4 Le recrutement des participants
4.5 Les techniques de collecte des données
4.6 L’analyse des données
4.7 Les considérations éthiques
CHAPITRE 5 PRÉSENTATION DES RÉSULTATS
5.1 Les caractéristiques sociodémographiques des participants
5.2 Les caractéristiques liées au placement et à l’adoption
5.3 Les motivations à devenir parents d’accueil
5.3.1 Le désir d’adopter un enfant
5.3.2 Les motivations altruistes
5.3.3 Les expériences personnelles antérieures
5.3.4 Les compensations financières
5.4. Le point de vue des parents sur développement de la relation d’attachement avec l’enfant placé
5.4.1 Le développement de l’attachement chez l’enfant
5.4.2 Le développement de l’attachement chez les parents
5.4.3 Les facteurs qui favorisent la création du lien d’attachement
5.4.4 Les facteurs qui nuisent à la création du lien d’attachement
5.5 Le rôle des parents d’accueil et les facteurs associés
5.5.1 Le rôle des parents dans le cadre du programme Banque mixte
5.5.2 Les facteurs qui influencent l’exercice du rôle des parents d’accueil
5.6 Les recommandations formulées par les parents
5.6.1 L’accessibilité à des ressources et à des services
5.6.2 Le soutien reçu du CPEJ et du syndicat pour les familles d’accueil
5.6.3 La transmission d’informations pertinentes
CHAPITRE 6 DISCUSSION
6.1 Les principales motivations à devenir parents d’accueil
6.2 La relation d’attachement des parents et des enfants
6.3 Le rôle des parents et les facteurs associés
6.4 Les forces et les limites de ce mémoire
6.5 Les implications pour les recherches futures
CONCLUSION
RÉFÉRENCES
ANNEXE I
ANNEXE II
ANNEXE III
ANNEXE IV
ANNEXE V

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