Les objets liés à l’alimentation de l’Islande viking

Les Sagas Islandaises

              Le terme de saga désigne un genre littéraire. Il s’agit de récits en prose, qui parfois peuvent contenir des poèmes. Il existe différent types de sagas dont les distinctions se fondent majoritairement sur leurs thématiques ; parmi les plus connues d’entre-elles, il est possible de mentionner les sagas de rois, les sagas légendaires, les sagas d’évêques ou encore les sagas islandaises. Ces classifications ont commencé à être faites à la période médiévale et ont continué d’évoluer jusqu’à la période contemporaine. Tous ces textes traitent de l’Islande ainsi que de diverses régions de Scandinavie, voire parfois s’étendent à des espaces plus éloignés encore tels que le Vínland en Amérique ou encore Constantinople. La particularité des sagas n’est pourtant pas cette ouverture sur le monde mais le fait que l’immense majorité de ces textes ont été rédigés en Islande. C’est en grande partie pour cette raison que les sources de ce travail sont les « sagas des Islandais », islendingasögur ou encore « sagas de famille », puisqu’il s’agit d’Islandais traitant de l’Islande, ce qui permet une relative plus grande fiabilité. Elles relatent des événements qui se produisirent en Islande peu après sa colonisation, de la vie des premières générations de Scandinaves jusqu’aux environs de 1030. C’est d’ailleurs pour cela que les Islandais appellent la période de 930 à 1030 « l’âge des sagas ». Certaines de ces œuvres sont comparables à de véritables chroniques sur plusieurs générations comme Vatnsdæla saga ou Egils saga, d’autres se rapprochent plus de la biographie telles que Grettis saga et Gunnlaugs saga ; parfois même ces sagas peuvent couvrir des groupes plus complexes que la simple famille comme Njáls saga, mais la narration gravite toujours autour de personnages principaux. Mais ce que tous ces textes ont en commun, est qu’ils se concentrent sur les personnes. La plupart des protagonistes sont des natifs d’Islande, issus des familles des chefs de l’île. Les sagas sont un genre littéraire avec un fort intérêt pour la généalogie de ses personnages et en offre de longues descriptions, notamment dans le but d’exposer les relations personnelles entre les personnages. Leur style est réputé pour arborer un ton laconique et froid, sans pour autant prendre une forme de rapport, et ce, même si les détails et descriptions sont rares, cela est dû au dynamisme du récit qui comprend de nombreux rebonds et digressions. Ce type de narration est également souvent décrit comme faisant montre d’objectivité formelle. Le narrateur retranscrit le plus souvent les événements d’un point de vue indirect et ne semble de pas témoigner d’opinion. Des études du XXe siècle ont pourtant démontré le contraire et expliquent que le narrateur ne donne pas son point de vue directement mais semble parfois l’exprimer au travers des choix et actions de ses protagonistes. Les personnages sont souvent introduits brièvement par une ou deux phrases, qui décrivent généralement leur apparence et leur tempérament. Leurs pensées ne nous sont jamais communiquées et ce n’est que par leur propres mots et actions qu’ils peuvent être découverts. Ces personnages ne sont d’ailleurs pas montrés comme fixes et immuables mais comme étant en développement. Les sagas semblent fasciner par les thématiques d’ascensions et de chutes. Même si la plupart des protagonistes sont issus de niveaux sociaux élevés, ces œuvres restent connues pour le fait qu’elles s’intéressent plus à la vie des locaux et des personnes plus ordinaires que les grands rois de ces temps. Les sagas ne se concentrent pas sur une classe sociale mais font le portrait de personnages, et, à travers cela, donnent un aperçu de leur société. Il ne s’agit pas de hautes luttes politiques mais de luttes de pouvoir à plus petite échelle, entre familles. Ces œuvres témoignent d’ailleurs d’une réelle connaissance de la nature humaine. Les interactions entre les personnages sont très réalistes, et ce malgré le fait que certaines histoires peuvent contenir de forts éléments fantastiques comme des trolls ou des ogresses. Ces textes semblent d’ailleurs avoir été écrits contre tout type d’excès, tels que : la recherche personnelle (Egils sagas), l’ambition (Valla-Ljóts saga), la passion (Gunnlaugs sagas), voire même l’arbitraire (Hávarðar saga Ísfirðings, Eyrbyggja saga) ; les sagas ne prônent, non pas la privation, mais bien la modération (Heiðarvíga saga, Eyrbyggja saga), la tolérance et la patience (Hœnsa-Thóris saga, Reykdœla saga, Njáls saga). Même si la modération est un concept souvent associé au monde chrétien, cela semble pourtant avoir été une valeur déjà présente dans leur culture. Leur sens de la sagesse et de la justice n’était originairement, semble-t-il, pas si éloigné des valeurs chrétiennes. Mais Le mot d’ordre de la culture scandinave n’est pas « le bien et le mal » mais « le pragmatisme ». Ce qui fait qu’il est possible de voir dans certaines sagas des tensions, souvent symbolisées par des conflits générationnels, comme par exemple le père contre le fils. Les auteurs semblent d’ailleurs, témoigner d’une attitude assez positive à l’égard du passé païen de ces personnages, sans valoriser cet aspect ils ne semblent pas les condamner pour cela.

La cuisine

                        Peu de travaux archéologiques semblent s’intéresser à l’étude des rôles des diverses pièces une fois leur fonction déterminée. La plupart ne mentionnent même pas leur fonction, et ce qui la précise ; et offrent souvent peu de détails. Les fouilles de Hofstaðir de 1996-1997, signalent simplement un renfoncement dans le sol qui pourrait être interprété comme un espace de cuisine. Une fouille de long house du XIe -XIIe siècle à Sveigakot, montre la présence d’une annexe au fond du bâtiment dont l’usage était dédié à la cuisine et au stockage des vivres. Des ajouts de pièces se retrouvent sur des sites du X e -XIe siècle tels que Granastaðir, Grelutóttir, Hvítárholt, Skallakot et Sveigakot. Cet ajout à la skáli commence vers le Xe siècle et semble être une pratique nouvelle. Lorsque toutes ces pièces sont accessibles uniquement depuis la skáli, cela permet un certain contrôle de ses fonctions. La fouille de la skáli de Klaufanes est plus précise et offre un peu plus de détails que les autres. La forme du bâtiment permet de penser qu’il pourrait dater du Xe siècle. La taille intérieure de la skáli est de 17m de long sur 4,7m de largeur en son centre. Les murs extérieurs de la skáli étaient en tourbe. Le bâtiment était divisé en deux par un mur de pierre dans sa partie nord-est. Selon le directeur de la fouille, K. Eldjárn, ce mur divisait les fonctions de pièce principale (la skáli) et de cuisine ; mais aucune trace de porte n’a été trouvée pour cette pièce ni dans le mur de séparation, ni dans les murs extérieurs. La partie skáli possédait un long feu, les places pour s’asseoir se trouvaient le long des murs. Le sol était en terre avec une fine couche de cendre jaune et grise. Une sorte de foyer était près du coin sud-ouest de la partie cuisine, 50 cm de cendre recouvrait le sol. La fine épaisseur sur le sol de tout le bâtiment pourrait indiquer qu’il n’a été habité qu’un court moment. Dessin de la skáli de Klaufanes. Les travaux de K. Eldjárn sur ce bâtiment ont par la suite été critiqués. La fouille a probablement été grossière, et de ce fait les petits objets ont pu être manqués. Il ne semble pas qu’il y ait eu de fouille réelle du sol de la skáli ni de celui de la cuisine. Il semblerait que le mur de séparation avec la cuisine soit d’une seconde phase d’occupation et que durant un temps la maison longue était uniquement une skáli. Le foyer dans la partie cuisine montre également des signes évidents de reconstruction. Ce site mériterait probablement une nouvelle fouille. Pourtant cette description de cuisine est la plus aboutie que j’ai réussi à trouver. Un dernier détail qui n’a pas été abordé dans ces travaux, est la situation spatiale de la cuisine. Dans toutes les descriptions précédentes, il semblerait que ce soit un bâtiment de construction plus récente que la maison longue, mais qui fut construite accolée et connectée à cette dernière. Pourtant comme nous allons bientôt le voir, certains passages de sagas laissent à penser que pour certaines fermes, la cuisine pouvait être un bâtiment complètement indépendant et qu’il était donc nécessaire de passer par l’extérieur pour rejoindre la skáli. Les fouilles de Bona à Bredestad, qui se trouve en Suède et non en Islande, indiquent que la partie publique de la ferme était séparée des parties liées à l’agriculture, à l’artisanat quotidien et à la cuisine à « plus grande échelle ». Cette notion de « plus grande échelle » désigne probablement des activités de transformations des aliments, telles que le brassage, la fabrication de fromage, le séchage, le salage ou le fumage de la viande et des poissons ; et non pas la pratique de la cuisine pour la consommation journalière. Il n’est pas impossible que cette partition géographique des tâches alimentaires ait été reproduite en Islande durant les périodes viking et médiévale. Même si certaines sagas mentionnent la pratique du brassage aucun bâtiment spécifique à cet usage n’est mentionné. Cela n’est pas non plus le cas pour d’autres pratiques de transformation alimentaire citées plus haut. En revanche ces textes énoncent clairement des espaces désignés comme « cuisine ». Au cours de ma lecture des sagas des Islandais, j’ai rencontré trois termes pouvant être traduits par cuisine. Le plus évident est eldhús, qui peut se traduire littéralement par le bâtiment du feu. Il est employé huit fois se répartissant dans six sagas. Le terme de soðhús peut également désigner la cuisine en se traduisant littéralement par le « bâtiment pour bouillir ». Le verbe sjóða désigne à l’origine l’action de bouillir mais a fini par devenir le synonyme de cuisiner . Ce glissement sémantique montre l’importance de ce type de cuisson, qui devait être le plus employé quotidiennement. Pourtant dans les sagas des Islandais soðhús n’est employé qu’une fois. Le dernier mot pouvant être traduit pas cuisine, eldaskáli, est sémantiquement un peu plus ambivalent que les précédents. Ce mot pourrait se comprendre littéralement comme « la skáli des feux ». Skáli est un terme équivoque qui désigne généralement le bâtiment ou la pièce principale, aussi parfois appelée hall. Cet espace a une fonction qui pourrait être aujourd’hui comparée à un séjour ou une salle de réception. Mais skáli peut également parfois désigner une pièce ou un bâtiment dans son sens le plus simple. Le terme eldaskáli est mentionné cinq fois, réparties sur quatre sagas différentes, mais selon les contextes il peut être difficile de savoir s’il faut le traduire par cuisine ou par pièce principale. D’ailleurs les recherches archéologiques présentent toujours les pièces de cuisine comme des espaces ajoutés aux maisons longues. Il se peut donc qu’il y ait des cas où la cuisine ne se faisait pas dans un espace dédié mais directement dans la skáli. Ce qui pourrait être une explication possible parmi d’autres, pour mieux comprendre le terme d’eldaskáli. Dans la plupart des sagas il n’est jamais clairement précisé si la cuisine fait partie de la skáli, est rattachée à la skáli, ou si c’est un bâtiment complètement à part. Seul un passage, dans le chapitre 46 de la Saga d’Egill fils de Grím le chauve (Egils saga Skalla-Grímmssonar) semble indiquer clairement que la cuisine est séparée du bâtiment principal. À ce moment de la narration Egill décrit une scène à laquelle il assiste de l’extérieur : « il vit que les domestiques sortaient de la cuisine (eldaskála) avec des tranchoirs et les emportaient dans la salle principale (stofuna). Egill vit qu’il y avait un grand feu dans la cuisine (eldahúsinu) avec des chaudrons dessus. » Il est clair que pour aller d’un bâtiment à l’autre il est nécessaire de passer par l’extérieur. Cela montre que les deux bâtiments sont séparés. Il reste possible que ces deux édifices soient accolés l’un à l’autre, tout en ne communiquant pas de l’intérieur ; mais cela serait surprenant. Le fait que deux termes différents soient employés pour désigner la « cuisine » est étonnant. Cela pourrait être interprété comme la distinction de deux espaces différents ; mais il semble plus probable qu’ils désignent tous deux le même édifice. Il est possible que eldaskáli et eldhús aient été considérés comme de parfaits synonymes par l’auteur. Le chapitre 23 de la Saga des frères jurés (Fóstbræðra saga), pourrait également être perçu comme le témoignage d’une cuisine extérieure au lieu d’habitation : « Thormóðr marchait entre la salle principale (stufu) et la cuisine (eldhúss) ». Cette phrase tente d’exprimer une distance. Or si la cuisine et la salle principale étaient communicantes il ne serait réellement question que de franchir une porte ; tandis que si les deux bâtiments étaient espacés de quelques mètres, cela évoquerait mieux le concept de trajet. Mais tout cela ne reste que pure spéculation. Le chapitre 48 de la Saga de Njáll le brûlé (Brennu-Njáls saga) nous offre quelques indications de positionnement des bâtiments : « Au matin (…) les gens virent qu’il y avait beaucoup de dégâts. Un homme fut alors envoyé au thing pour le dire à Otkell, car il était au thing. Il prit stoïquement la nouvelle, en disant que cela fut causé par le fait que la cuisine (eldhúsit) était contigue à l’entrepôt (útibúrinu). Tout le monde pensa alors que c’était ce qui était arrivé. » Il est clairement exposé que la réserve est accolée à la cuisine, mais il est également possible d’émettre une supposition. Il est dit que la réserve a dû brûler à cause de sa proximité avec la cuisine et il est également dit que cette incendie à fait beaucoup de dégâts, mais il n’est pas précisé que le bâtiment principal, le lieu d’habitation, ait brûlé. Si cela avait été le cas, se serait un événement suffisamment important pour qu’il eût été précisé, et surtout rapporté à Otkell. Il n’est pas non plus décrit que les habitants ont tenté de stopper la propagation du feu. Il n’est donc pas insensé de penser que cet ensemble cuisine et entrepôt n’était pas rattaché au bâtiment principal ; d’autant plus que le préfixe út de útibúrinu , exprime bien cette notion d’extérieur. Il faut tout de même se rappeler que ces textes ont avant tout une vocation littéraire, et ne sont pas un rapport de gendarmerie. La déduction précédemment proposée est donc à considérer avec précaution. Le chapitre 9 de la Saga des combats sur la lande (Heiðarvíga saga) fournit pour sa part une courte description de cuisine : « La cuisine (eldahúsit) était arrangée de telle sorte qu’il y avait des cloisons et on pouvait marcher entre elles et les murs, derrière les hommes. Le bâtiment (húsinu) avait deux portes, une donnait sur l’extérieur et l’autre était une porte secrète. » Il est possible que cette cuisine soit un bâtiment à part entière comme un espace spécifique d’une pièce plus grande. Il est intéressant que les textes mentionnent des cloisons, car les travaux archéologiques n’en indiquent pas. L’interprétation la plus simple serait que les auteurs des sagas, ayant plusieurs siècles d’écart avec les histoires qu’elles rapportent, aient complètement inventé ce détail durant leur rédaction, ou que cela fut une modification induite par les transmissions orales successives. Pourtant, il semblerait très étrange que les Islandais de la période viking n’aient pas eu l’usage des cloisons, d’autant que leur mention est récurrente. Il serait plus logique de considérer que ces cloisons étaient faites dans des matériaux périssables qui ne nous sont pas parvenus ; ou encore que les archéologues ont bien trouvé des restes ou des traces de ces aménagements mais qu’ils ne les mentionnent pas car ils ne s’y sont pas intéressés. S’il y a une chose que les sagas tendent à montrer à propos des cuisines, c’est qu’il ne s’agit pas uniquement d’un endroit pour préparer les aliments mais également d’un lieu où l’on peut rester pour se détendre : La Saga d’Egill fils de Grím le chauve (Egils saga Skalla-Grímmssonar), chapitre 44 : « Lorsqu’ils arrivèrent à la cuisine (eldahúsit), ils trouvèrent beaucoup d’hommes allongés là. » La Saga des gens du Kjalarnes (Kjalnesinga saga), chapitre 7 : « Elle vint à la cuisine (eldhús) un jour. Là se trouvait Kolfiðr, son fils, étirant ses longues jambes. Elle dit : “À présent tous les jeunes hommes s’en vont pour jouer, mais tu es si apathique que tu restes près de la fosse à feu (eldgrófum), à désoler ta mère. Il serait mieux que tu sois mort plutôt que de connaître une telle honte dans sa famille. » La Saga de Gunnar le fou de Keldugnúp (Gunnars saga Keldugnúpsfífls), chapitre 1 : « Son frère était son opposé, il paressait dans la cuisine (eldaskála). » La Saga de Finnbogi le puissant (Finnboga saga ramma), chapitre 34 : « Il y avait un grand feu dans la cuisine (eldskálanum) et plusieurs hommes étaient assis là sur de longs bancs. » La Saga de Ref le rusé (Króka-Refs saga), chapitre 3 : « Elle alla ensuite dans la cuisine (eldaskála) pour voir Ref, son fils. » La Saga de Ref le rusé (Króka-Refs saga), chapitre 5 : « il donna à Ref ce bateau, celui que Ref avait eu pour se divertir dans la cuisine (eldaskálanum) » Ce n’est pas un endroit où l’on s’isole, la Saga d’Egill fils de Grím le chauve (Egils saga Skalla-Grímmssonar) et la Saga de Finnbogi le puissant (Finnboga saga ramma) tendent à montrer que cela peut même être un endroit de sociabilisation, avec des bancs pour s’y asseoir. Il est surprenant que cet espace de repos ne soit pas la skáli ; mais il est possible que ce soit un lieu de détente en parallèle de la skáli, ou qu’à certains moments, elle soit employée pour d’autres usages. Cet attrait pour la cuisine devait être dû à la proximité de nourritures et de boissons, mais également à la chaleur des feux. Il est même probable que ce devait être l’un des espaces les plus chauds sur toute la ferme. En revanche, il semblerait que rester longtemps en cuisine, sans y travailler, soit mal vu. Au mieux cela est perçu comme le signe d’un tempérament calme, au pire comme de la paresse ou de l’indolence. La Saga de Gunnar le fou de Keldugnúp (Gunnars saga Keldugnúpsfífls) exprime clairement l’idée de paresse ; et la Saga de Ref le rusé (Króka-Refs saga) montre même que cela peut être considéré comme une honte.Les sagas traitent des couches les plus élevées de la société, ce qui signifie que ces hommes devaient avoir plus de temps libre que les domestiques ou les esclaves, et pouvaient donc se permettre de ne rien faire en cuisine. Mais dans une société et un contexte géographique aussi rude, ne réellement rien faire sur le long terme devait être perçu négativement quelle que soit la couche sociale à laquelle une personne pouvait appartenir. Les jeunes hommes devaient probablement s’entraîner au combat, aller chasser ou participer à des activités plus ou moins sociales comme le commerce ou le jeu ; comme cela est décrit dans la Saga de Ref le rusé (Króka-Refs saga).

Le chaudron

                De tous les objets de cette étude le chaudron (avec le couteau) est de très loin l’objet le plus mentionné dans les sagas. Il est évoqué 46 fois réparties sur 14 sagas différentes. Pourtant son étude est très clairement délaissée par l’archéologie. De nombreuses fouilles ne s’intéressent pas du tout aux objets retrouvés et ne se concentrent que sur les fondations des fermes. Certains rapports mentionnent juste la présence d’artefacts; les plus précis donnent une liste d’objets retrouvés et leur nombre. Leur contexte n’est pratiquement jamais donné, ni leur possible datation, ni même une courte description. Ils ne font pas non plus vraiment l’objet d’études après la fouille. Il semble y avoir un surprenant silence sur ce sujet. Si des études archéologiques sur les objets alimentaires retrouvés en Islande existent, elles ne sont clairement pas mises en avant et ne semblent pas être accessibles de l’étranger. La seule information à laquelle j’ai pu avoir accès est que neuf chaudrons et d’autres types de vaisselle ont été retrouvés dans les fouilles de diverses tombes pré-chrétiennes en Islande. Trouvant cet exposé archéologique un peu court, j’ai décidé de me tourner vers les résultats archéologiques de la Norvège. Ce choix est justifié par le fait que la plupart des colons scandinaves d’Islande provenaient de cette région. Certaines études archéologiques tendent à montrer qu’il y avait effectivement une relative unité de biens matériels entre la Norvège et l’Islande. Mais là aussi, les résultats ne sont pas riches. Je me suis alors rappelée que sur toutes les reconstitutions de tombes riches telles que des tombes à bateau, il était souvent représenté des chaudrons au pied des défunts. Je me suis alors intéressée à ces fameuses tombes à bateau et notamment au cas de la tombe d’Oseberg. Cette dernière semble être la plus riche en matériel archéologique. Mais là encore les informations étaient difficiles à trouver. Que ce soit sur le site de l’université d’Oslo ou celui du musée d’histoire culturelle, rattaché à l’université d’Oslo, les seules découvertes de la tombe d’Oseberg mises en avant sont : le bateau lui-même, les têtes d’animaux en bois sculpté, le chariot, la luge, les textiles et les corps des deux femmes de la sépulture. Ce sont certes, des objets qui se trouvent dans un état de conservation extraordinaire, mais ce ne sont pas les seuls artefacts retrouvés dans cette tombe. Au premier abord rien sur le site ne montre la présence d’autres biens. C’est en tapant avec désespoir « chaudron viking » sur Google qu’il s’est avéré qu’il y avait effectivement un chaudron dans la tombe d’Oseberg, ainsi que quelques autres objets de cuisine. À partir de cette recherche il se trouve que le site du musée d’histoire culturelle offre quelques témoignages de la présence de ces objets. Dans le court article sur les deux femmes enterrées dans cette tombe est signalé la présence de « kitchen utensils ». Un PDF est également trouvable sur ce site qui liste tous les objets retrouvés dans cette tombe, sans aucune indication de contexte, de description ou de photos ; ce qui offre ce niveau de précision : « 3 iron pots », « 5 ladles » ou encore « 1 frying pan ». Cette liste semble témoigner d’une assez grande richesse d’objets retrouvés, mais à part sur ce PDF, ces artefacts semblent inexistants. Je n’ai trouvé aucun article accessible, ni même d’image pour la plupart de ces outils ; et ce, même sur le portail officiel, Unimusportalen, qui recense les photos d’objets archéologiques découverts en Norvège. Il faut d’ailleurs faire remarquer que cette base de données a une fâcheuse tendance à ne pas proposer de datation pour les objets qu’elle recense.

Pierre à chauffer

                Le chapitre 21 de la Saga des gens du Ljósavatn (Ljósvetninga saga), mentionne brièvement l’emploi de pierres de cuisine : « Et après cela, Guðmundr se redressa et fut alors amenée la nourriture. Le lait était chaud et des pierres (steinar) s’y trouvaient. Guðmundr dit alors : “Ce n’est pas chaud.” Thorlaug répondit : “Cela est étrange” et alla réchauffer les pierres (steinana). » Ce passage est explicite sur le fait que ces pierres étaient chauffées et servaient à réchauffer ou à maintenir au chaud du lait. Les pierres de cuisine comptaient très certainement parmi les objets du quotidien. Ces pierres devaient pouvoir résister à des chauffages et refroidissements répétés sans risque imminent de fracturation. Des études géologiques montrent que la plupart d’entre elles étaient constituées de deux types de roches : la stéatite et le schiste talc-amphibole riche en chlorite. En dehors de la Norvège, les pierres de cuisine se trouvent principalement dans la région de l’Atlantique Nord, comme par exemple en Islande, dans les Shetland ou encore aux îles Féroé. Exemple de pierre de cuisine retrouvée sur le site de Bryggen à Bergen en Norvège. Les pierres en stéatite étaient semble-t-il les plus courantes en Islande. En effet, la stéatite est une roche métamorphique, principalement composée de talc ; ce type de roche se trouve notamment dans les régions volcaniques. Les Scandinaves de la colonisation devaient ainsi très certainement en avoir à leur disposition. La plupart des pierres de cuisine qui ont été retrouvées sont plates, souvent de forme circulaire ou ovale, d’environ 25 à 30 cm de diamètre, et d’environ 1 cm d’épaisseur, mais certaines peuvent aller jusqu’à 60 cm de diamètre et 3 cm d’épaisseur. Elles pouvaient être utilisées pour cuire du pain ou chauffer d’autres aliments au-dessus du foyer. Les caractéristiques qui permettent d’identifier une pierre de cuisine, sont la présence de rainures ou de sillons incisés selon différents motifs, sur l’une ou les deux faces. Leur emploi semble avoir diminué après le XIVe siècle.

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Table des matières

Introduction
Contexte et situation de l’Islande
Chapitre I : Les sources 
A – Les Sagas Islandaises 
Les auteurs, leurs écrits et leurs langues
Dates et datations
Création et transmission
Les sagas : sources fiables ou récits imaginaires ?
B – Le corpus de textes 
B.1 – Les sagas
B.2 – Les dits
C – Extrais et passages des Sagas Islandaises
Chapitre II : Les objets 
A – Les Bâtiments 
A.1 – La cuisine
A.2 – Les bâtiments de stockage
B – Les objets de cuisine
B.1 – Le chaudron
B.2 – Autres objets de cuisine
B.2.1 – Pierre à chauffer
B.2.2 – Le moule à fromage
B.2.3 – Le billot
B.2.4 – L’absence de la vaisselle en stéatite
B.3 – La question des louches et des cuillères
B.4 – Petite mention du service : plats et bols
C- La coutellerie 
C.1 – Les couteaux
C.2 – L’outillage : les pierres à aiguiser
D – Les outils de stockage 
D.1 – Objets pour le stockage et le transport de liquides
D.1.1 – Les barils et fûts
D.1.2 – Les outres et flasques
D.2 – Objets pour le stockage et le transport des solides
D.2.1 – Les hottes et les paniers
D.2.2 – Les sacs
Conclusion générale
Annexe 1 – Lexique
Annexe 2 – Cartes
Annexe 3 – Parenthèse récréative
Bibliographie

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