Les moments du relevé : Décrire, Figurer, Représenter

Les moments du relevé : Décrire, Figurer, Représenter

En 1992, Jean-Paul Saint-Aubin définit le relevé comme le processus qui « conduit à dresser, par l’intermédiaire de la représentation, le constat daté de la forme effective du bâti, avec comme référence constante, l’objet : ses imperfections rendent compte de l’insuffisance des techniques, des outils et des hommes ; ses remaniements racontent son histoire et ses usages ; ses défaillances comme ses déformations en annoncent l’état sanitaire » (Saint Aubin, 1992).

Il apparaît clairement que le relevé ne se limite pas à la mémorisation des aspects géométriques de l’objet d’étude, mais bien à une sélection d’éléments significatifs au regard d’une préoccupation donnée. Autrement dit, le relevé peut être considéré comme un acte cognitif, un moment privilégié de connaissance du bâti reposant sur l’analyse des relations entre la forme, la géométrie, l’aspect, et le sens architectural. À ce titre, d’après Saint-Aubin, le processus du relevé comprend trois moments interreliés : décrire, figurer, représenter.

Décrire correspond à la saisie la plus exhaustive possible des données significatives de l’objet. Il s’agit d’une opération de mesure orientée vers la satisfaction d’une demande spécifique, d’une problématique guidant l’observation de l’objet. Il s’agit d’une phase relativement objective dans le sens où il s’agit essentiellement d’une opération de mesure d’éléments dont le nombre et la nature dépendent cependant des objectifs fixés.

Figurer vise à condenser l’objet d’étude en un assemblage de représentations simplifiées et à hiérarchiser les informations. Il s’agit d’une opération de traduction graphique qui introduit la nécessité d’établir une codification, une symbolique de rendu visant à compenser la perte d’information. Elle s’accompagne donc de la qualification des éléments figurés. Il s’agit d’une phase sémantique, plus subjective que la précédente.

Représenter, enfin, correspond à l’élaboration d’un document graphique intelligible et communicable. Cela passe par des prises de décisions profondément liées aux moments précédents, notamment le choix des dimensions de la représentation et de la densité d’informations à figurer, mais aussi des modalités de visualisation. Ce moment cristallise le dilemme hérité de la Renaissance, il implique un arbitrage difficile entre la préservation de la vision de l’objet dans ses propriétés perceptives (c’est-à-dire principalement la restitution de ce que l’œil voit), ou dans ses propriétés dimensionnelles et formelles.

Ces trois moments sont profondément liés étant donné que le choix des éléments à mesurer est influencé par l’assignation des éléments observés et leur hiérarchisation au regard de la demande initiale, et incidemment, par l’anticipation des modalités de figuration, et de représentation (Figure 4). Le relevé apparaît donc comme une démarche se situant à l’intersection d’un engagement cognitif et d’un processus de mémorisation objective. Il se caractérise alors principalement par deux éléments majeurs : le système d’analyse défini par l’utilisateur, c’est-à-dire le questionnement qui guide la démarche du relevé, et la précision de l’information acquise, c’est-à-dire sa densité et sa justesse.

Le relevé d’art pariétal 

Traditionnellement, en français le terme art pariétal désigne l’art des cavernes et des abris paléolithiques, art rupestre étant une dénomination plus large désignant les roches gravées ou peintes des périodes postglaciaires. Notons cependant que cette distinction n’existe pas en anglais, toutes les formes d’art sur support rocheux étant désignées par le terme rock art. S’il existe de nombreux sites d’art rupestre répartis dans le monde avec plus de 300 000 sites majoritairement répartis en Afrique et en Asie, les sites d’art pariétal, plus anciens, sont bien moins nombreux et concentrés en Europe (Geneste, 2006). On dénombre ainsi environ 350 sites d’art pariétal paléolithique. Ceux-ci sont principalement concentrés dans la région franco-cantabrique (nord de l’Espagne et sud de la France), avec 186 sites en France et 130 en Espagne .

Historiquement, le relevé d’art pariétal est une discipline plus tardive que le relevé du bâti, les premières grottes ornées préhistoriques ayant été découvertes au XIXe siècle. Comme nous le verrons dans les sections qui suivent, tous deux entretiennent cependant de nombreuses similarités. Comme dans le cas du relevé du patrimoine bâti, le relevé d’art pariétal est une opération qui consiste à la fois à extraire des informations de l’objet – une paroi ornée – et à les transmettre. Le terme renvoie donc, ici aussi, tant au processus qu’à son résultat. La démarche de l’observateur tient donc un rôle primordial, tout comme les modalités de restitutions choisies.

Les données de l’art pariétal ne sont pas directement accessibles, elles imposent un travail de déchiffrage pour en saisir la complexité. Aussi, le relevé, en tant que processus, constitue pour les préhistoriens une étape fondamentale de la recherche: à l’instar de la fouille pour l’archéologue, le relevé permet en premier lieu d’enregistrer les vestiges, et de servir de base au travail d’interprétation. Le relevé en tant que résultat permet quant à lui d’illustrer un propos scientifique, mais aussi, parce qu’il offre une représentation globale des motifs et de leur support, de dresser un état de la paroi permettant de contrôler son évolution et d’aider sa conservation.

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Table des matières

Introduction
Contexte général
Cas d’étude
Objectifs
Portées, limites, apports principaux
Structure du document
Note concernant l’objet d’expérimentation
Chapitre 1. Le relevé
1.1. Le relevé du bâti
1.1.1. Historique : de la représentation d’architecture au relevé du bâti
1.1.2. Les moments du relevé : Décrire, Figurer, Représenter
1.2. Le relevé d’art pariétal
1.2.1. Historique : vers une recherche d’exactitude
1.2.2. La complexité du relevé d’art pariétal
1.3. Bilan : Les exigences des méthodes de relevé
Chapitre 2. Le relevé numérique
2.1. Vers un changement de paradigme
2.2. Vers la numérisation massive de l’existant
2.2.1. Outils et méthodes d’acquisition 2D
2.2.2. Outils et méthodes d’acquisition 3D
2.2.3. Bilan des méthodes d’acquisition de données numériques
2.3. Extraction d’informations géométriques et visuelles
2.3.1. Traitement des données 2D
2.3.2. Traitement des données 3D
2.3.3. Bilan des méthodes d’extraction d’informations
2.4. Enrichissement sémantique de données numériques
2.4.1. Approches 2D
2.4.2. Approches 3D
2.4.3. Approches hybrides 2D/3D
2.4.4. Bilan des méthodes d’enrichissement sémantique
2.5. Bilan du relevé numérique : dispersion des données et rupture réel/virtuel
Chapitre 3. Les systèmes d’information et l’hybridation réel/virtuel dans le domaine du patrimoine
3.1. Systèmes d’information patrimoniaux
3.1.1. ArTaPOC
3.1.2. Approches basées sur l’utilisation de SIG
3.1.3. CHER-Ob
3.1.4. Agata
3.1.5. Netptune IS
3.1.6. NUBES
3.1.7. Aïoli
3.2. Bilan sur les systèmes d’informations patrimoniaux
3.3. Hybridation réel / virtuel
3.3.1. L’expérience de Brunelleschi
3.3.2. Le continuum Réel –Virtuel
3.3.3. Définitions
3.3.4. Technologies
3.3.5. Applications au patrimoine
3.3.6. Le suivi et le recalage
3.3.7. Bilan des méthodes de suivi
3.3.8. Les composantes applicatives d’un système de réalité augmentée
3.4. Bilan des méthodes d’hybridation
Conclusion

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