Les modalités de la contrebande d’ivoire dans le parc national de minkebe

Localisation de la zone d’étude

Le parc national de Minkébé est une aire protégée de 7 567 km², abritant encore au troisième trimestre de 2004 entre 17 000 et 26 800 éléphants de forêts (WCS 2005). Le parc, par sa localisation et son potentiel biologique et minier, constitue un espace convoité. En plus de la pression qu’exercent à ses alentours, les concessions forestières et minières, le parc national de Minkébé est en proie à de nombreuses activités illicites comme la prospection clandestine des alluvions aurifères ou l’exploitation illégale du bois. La concomitance de ces activités accroît la pression anthropique sur le parc et favorise la structuration d’un réseau de contrebande d’ivoire dans cette marge territoriale gabonaise.
Le Gabon est un pays d’Afrique centrale bordé à l’Ouest par l’océan Atlantique. Il est frontalier à la Guinée équatoriale au Nord-ouest, le Cameroun au Nord et le Congo sur ses façades Est et Sud. Drainé, selon l’axe Sud-est/ Est par le fleuve Ogooué, le pays est couvert à près de 80% de forêt et renferme 13% de la forêt tropicale du continent. La savane du Sud-ouest et les milieux de mangroves, quasi exclusivement sur la côte, restent des formations moins développées en superficie. Le Gabon a une superficie de 267 667 km² pour une population estimée à 1 687 673 habitants en 2014.
Sur le plan administratif, le pays compte 9 provinces, subdivisées elles-mêmes en 47 départements. La population est essentiellement localisée sur le littoral où se situent également les capitales politique et économique que sont respectivement Libreville et Port-Gentil. Les plus grandes provinces, en superficie, se trouvent dans la partie Nord-est du territoire : L’Ogooué Ivindo (46 075 km²) et le Woleu-Ntem (38 465 km²). Ces provinces ont respectivement pour chefs-lieux les villes de Makokou (18 708 habitants en 2012) et d’Oyem (42 556 habitants en 2012). Un simple calcul des densités de population dans ces deux centres urbains, 0.41 habitant/km² pour Makokou et 1.11 habitants/km² pour Oyem, renseigne sur le désert humain dont est victime le septentrion gabonais. L’absence de population est encore plus prononcée dans le Nord-est à cause de la contrainte forestière et des différentes modifications du peuplement par l’administration coloniale.
Le bloc forestier de Minkébé (33 000 km²) et son parc national (0°25’ et 2°25’ nord et 11°50 et 13°30 est) sont justement à cheval sur ces deux provinces. Le bloc est lui-même « limité par la route Lalara-Makokou au sud, la route Lalara-Minvoul à l’ouest, la rivière Ayina au nord (formant la frontière entre le Gabon et le Cameroun) et la rivière Ivindo à l’est » qui fait office de frontière naturelle entre le Gabon et Congo (Obame Ondo 2011). Si, en parlant de la contrebande de l’ivoire au Nord-est du Gabon, il est coutume dans la presse et certaines publications scientifiques de faire explicitement référence au parc national de Minkébé, nous élargirons notre étude au bloc forestier en entier. Cela s’explique d’abord par le fait que les animaux ignorent la notion de frontière si ce n’est celle biogéographique, donc liée à une variation des conditions abiotiques, un obstacle naturel dans le cas de chaines de montagne et de certains cours d’eau ou inhérente à un aménagement contraignant leur liberté de mouvement comme un barrage pourrait l’être pour des espèces aquatiques. En plus de cela, l’occupation humaine pérenne étant interdite à l’intérieur du parc, l’étude sociopolitique du phénomène se cantonnera à la population vivant à la périphérie du parc national de Minkébé (Fig. 2).
Voilà qui nous invite à ne pas cantonner l’étude du phénomène aux limites du parc mais à étendre notre réflexion à l’ensemble forestier de Minkébé. Notons que le parc est entouré, pour ce qui est de son territoire ne donnant pas sur les Etats voisins du Cameroun et du Congo, d’une zone tampon de 5 Km de largeur. La zone tampon est un espace géographique contiguë à un parc national. Elle fait partie de la zone périphérique du parc et à une fonction protectrice pour le parc et ce qu’il renferme (Fig. 3).

Pertinence de l’étude

L’étude de la contrebande d’ivoire dans le Parc national de Minkébé permet de considérer la gestion du patrimoine naturel comme un enjeu. Cet enjeu est d’autant plus prisant qu’il fait intervenir une grande variété d’acteurs dont l’Etat qui voit, en l’espèce, sa compétence limitée par des spécificités géographiques, administratives, structurelles et financières notables.
Le bloc forestier de Minkébé est une périphérie en marge des pôles politico-économiques du pays. Cette difficile intégration de Minkébé au territoire gabonais se conjugue avec la grande porosité des frontières pour favoriser la contrebande de l’ivoire dans un espace historiquement tourné vers les Etats voisins (Loungou 1999).
Ainsi, à défaut d’être approprié par l’Etat gabonais, le bloc s’est individualisé du reste du territoire, préservant de fait, la biodiversité que lui confère la pluralité des écosystèmes qu’il renferme. D’ailleurs, la mise en place d’un parc national semble arriver comme un énième supplétif à l’aménagement et à l’administration de cette marge territoriale convoité pour ces richesses fauniques, minières et en essences forestières. De même, ce qui apparait comme des conflits entre les organismes en charge de l’administration du Parc et les communautés villageois, semble participer à accroitre la distance entre la lutte contre la contrebande de l’ivoire et les populations concernées.

Notions et concepts

Pour comprendre la complexité que donne à voir la logique de la contrebande de l’ivoire prélevé à Minkébé, il conviendrait d’orienter notre étude autour de concepts et thématiques nous permettant de trouver des axes de réflexion nécessaires à la compréhension du sujet. Il s’agit des concepts de : contrebande, braconnage, criminalité environnementale, zone grise et aires protégées.

Contrebande et braconnage

La contrebande est une problématique inhérente aux questions se rapportant aux flux transfrontaliers. Le choix du terme « contrebande » fait ici référence à la présence de filières transétatiques de négoces de l’ivoire partant de la zone de prélèvement que serait Minkébé.
La contrebande est une contingence des marchés transétatiques illégaux. Elle désigne « le transport illégal de marchandises ou de personnes, en particulier au travers de frontières, ceci aux fins d’éviter de payer les taxes ou de faire entrer des produits interdits dans un pays ou, inversement, d’en faire sortir malgré l’interdit » (Verna 1993). Cette définition de Gérard Verna fait expressément référence au fait de sortir des marchandises malgré une interdiction et pointe le coté global de l’activité. En effet, l’ivoire est une denrée d’exportation au Gabon car le marché de local de l’ivoire au Gabon est inexistant. Le massif forestier de Minkébé s’inscrit donc en amont d’un circuit induisant un dépassement de frontières afin de satisfaire une demande située dans un autre Etat. C’est la globalisation des marchés criminels, qui s’appuie sur la mondialisation des flux. Aussi, à l’instar de n’importe quelle autre denrée ou marchandise, l’ivoire respecte les fondamentaux du libéralisme économique. Il existe de fait une demande ou un marché de consommation situé en Asie du Sud-est surfant sur l’émergence d’une classe moyenne avide de produits laissant paraitre une certaine ascension sociale car, jadis, hors de prix. D’un autre côté, l’offre trouve un terreau favorable au travers de « la pauvreté et aux insuffisances de la gouvernance dans les pays de l’aire de répartition de l’éléphant » (UICN, CITES, et TRAFFIC 2013).
Le circuit puise son caractère illégal dans le non-respect de réglementations nationales et d’accords internationaux ratifiés par les Etats et les territoires traversés par les contrebandiers sur lesquelles se trace la « route de l’ivoire » prélevé à Minkébé. Référons-nous d’abord à la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction qui interdit en son article III « tout commerce de spécimens d’une espèce inscrite à l’Annexe I ». Par « commerce », la Convention de Washington comprend : « l’exportation, la réexportation, l’importation et l’introduction en provenance de la mer » (CITES 1973). Au Gabon, le code forestier, relatif à la loi n°16-01 du 31 décembre 2001, interdit autant la chasse dans des espaces protégés, que sont les parcs nationaux, que la capture, la détention, le transport et la commercialisation d’espèces figurant à l’annexe I de la CITES comme l’est l’éléphant au Gabon. Dès lors, le négoce de l’ivoire prélevé au Gabon s’inscrit dans le champ de la criminalité environnementale.
Le franchissement de la frontière avec des produits interdits de négoce explique le choix du terme « contrebande » plutôt que celui de « trafic » largement diffusé par les médias et souvent remobilisé par la communauté scientifique pour comprendre le phénomène. Le trafic, de l’anglicisme « Traffic », lui-même de l’italien « traffico », fait référence au commerce illégal mais, de prime abord, ne me permettrait pas de faire apparaitre l’idée de marchandise exportée et non consommée sur place.

Méthodologie de l’enquête

La première phase de l’enquête fut axée sur une recherche bibliographique. Il s’agissait de consulter la bibliographie en rapport avec les thématiques que fait intervenir le sujet du mémoire et les concepts correspondants. Il était nécessaire de pouvoir balayer la littérature scientifique sur les questions relatives aux parcs nationaux, aux crimes et infractions sur la faune notamment le braconnage des éléphants, aux marchés transnationaux illégaux, aux zones grises ainsi qu’à la gestion des biens communs.
Une étude des média locaux et internationaux semblait ensuite nécessaire pour mieux appréhender les discours et les représentations liées au phénomène de la contrebande d’ivoire au Gabon. Je me suis à cet effet focalisé sur la presse écrite et les articles disponibles en ligne.
Ces organes de presse présentent l’intérêt de faire état des circonstances et des discours en rapport avec la problématique de ce mémoire de façon plus ou moins continue dans le temps. Seulement l’aspect général de leurs informations nécessitait un complément d’analyses. Aussi, ces données ont été traitées et commentées à partir des concepts présentés plus haut et en tenant compte de la part de subjectivité contenues dans leurs lignes éditoriales.
La seconde phase de notre recherche fait référence à la première partie de l’enquête de terrain effectuée entre du 7 mars au 27 juin 2016 au Gabon. Cette phase consistait en la réalisation d’entretiens. Il était question de discuter des hypothèses énoncées en conclusion du prémémoire de M1 avec des individus intervenant à divers niveaux dans la lutte contre la contrebande de l’ivoire. Ces entretiens, sollicités auprès des agents d’organismes étatiques et de représentants de la société civile locale et internationale avaient aussi pour but d’avoir accès à des données et informations de premier ordre difficilement disponible dans l’espace public.
Les rencontres étaient décidées sur la base de rendez-vous dans des lieux et à des moments retenus par la personne à interviewer. La plupart des entretiens ét ait effectué dans les lieux de travail de mes interlocuteurs.
Ces entretiens étaient effectués à partir des grilles d’entretien réalisées en fonction de l’organisme ou du corps administratif d’appartenance du sondé. Il était question d’interroger la personne source sur le cadre général de la contrebande de l’ivoire à Minkébé.

L’exploitation des matières premières autour du parc national de Minkébé

Sur l’ensemble de la superficie que couvre la forêt dense en Afrique centrale, 43% est exclusivement exploité à des fins économiques. Le bloc forestier de Minkébé n’échappe pas à cette logique. D’ailleurs, plus de 70% de la périphérie du parc national de Minkébé est déjà octroyé à des concessions forestières et minières. En dehors d’autres considérations qui peuvent découler de cette situation, l’explosion démographique que suggère l’implantation de ces activités, présente un réel risque d’augmentation du nombre de personnes impliquées dans le commerce illégal de l’ivoire.

L’exploitation forestière à Minkébé

L’Okoumé est étroitement associé à la forêt du Gabon où il constitue près de la moitié du volume de bois exploité (Edou 2006). Son exploitation et celle de bois dits divers reste un des principaux piliers de l’économie gabonaise.
Le code forestier en République gabonaise considère le parc national de Minkébé, à l’instar des autres parcs nationaux, comme une forêt domaniale classée appartenant au domaine forestier permanent de l’Etat. Ces aires classées au profit de la conservation de la biodiversité et des richesses naturelles, procèdent d’un régime différent des forêts domaniales productives consacrées à l’exploitation du bois par des opérateurs privés.
Cette distinction indique un souci du capital environnemental par l’établissement d’ilots de préservation dans des sites à fort potentiel écologique. Pourtant, l’occupation des surfaces exploitées à l’échelle du territoire ne cesse de progresser (Fig. 13). A titre d’exemple, la périphérie immédiate du parc national de Minkébé était, en 2011, déjà couverte à 60% par des concessions privées exploitation forestière et minière. Cette situation transforme les aires protégées en enclaves à animaux, qui, comme l’éléphant, ont pourtant tendance à parcourir d’importantes distances sans tenir compte des démarcations d’origines anthropiques ne pouvant endiguer leur progression. De même, ces concessions facilitent la pénétration anthropique dans la forêt en ouvrant de nombreuses pistes dans le cadre de leurs activités, augmentant ainsi l’accessibilité de la biodiversité forestière.
La mise en place de labels tels que la Certification de bonne gestion forestière ou du Forest stewardship council semblent être des outils garantissant « la protection et la préservation de l’environnement forestier » (Rougier 2013). De fait, « Le code forestier en vigueur a intégré ces nouvelles exigences, de façon à concilier l’exploitation du bois avec l’objectif global d’aménagement durable des forêts. [Ces] concessions sous aménagement durable sont soumises à un cahier des charges rigoureux » (Pourtier 2011). Aussi, en y souscrivant, ces opérateurs privés, à qui l’Etat octroie des concessions, offrent de se substituer à ce dernier dans la gestion durable des forêts et la conservation des espèces qui s’y trouvent.
Il serait néanmoins intéressant de se pencher sur le suivi par les autorités gabonaises des engagements pris par ces opérateurs. En effet, la responsabilité des exploitations forestières dans le braconnage des éléphants est patente. Que ce soit par laxisme ou en toute clairvoyance, de nombreux concessionnaires rendent accessible les zones où abondent des cohortes d’éléphants (Fig. 14). C’est ainsi que, par un grand nombre de pistes forestières aménagées dans des concessions, circulent de nombreux groupes de braconniers notamment pour le transport du butin.
L’accord de conversion de dettes pour le développement durable d’un montant de 6 559 570 000 FCFA signé par la France au bénéfice du Gabon et portant sur l’adoption du projet d’appui à la filière forêt bois dans le cadre de la lutte contre le trafic d’ivoire témoigne de l’importance que revêt la mise en place d’outils veillant à la strict utilisation des installations des compagnies forestières dans le cadre de leurs activités (Infosgabon 2015a). Par ailleurs, cet outil intervient dans le cadre d’un accord plus large signé le 11 juin 2004 par le Gabon et ses créanciers du Club de Paris aux bénéfices de projets dans les domaines de la protection et du développement de la forêt gabonaise. Il est d’autant plus important que la filière bois du Gabon semble difficile à règlementer du fait de l’opacité de la gestion dans certaines concessions forestières. L’anarchie, le clientélisme et la corruption qui gangrènent la filière du bois au Gabon suscitent la vigilance des organismes de conservation au Gabon. De fait, l’interception de pointes d’ivoire dissimulées dans des billes d’okoumés, prêtes à être chargées dans des ports, démontre l’implication de certains forestiers dans la contrebande de l’ivoire (Ribadeau Dumas 2014).
Les exploitations aux abords des zones tampons du parc de Minkébé sont des concessions forestières sous convention provisoire Aménagement-Exploitation-Transformation (CPAET) octroyées par l’Etat entre 1997 et 2008. Elles sont gérées par des groupes Malais (Rimbunan Hijau) et Chinois (HTG) (World Resources Institute 2009) (Fig.15). La destination asiatique de l’ivoire et les soupçons sur d’éventuels commanditaires et acheteurs asiatique d’ivoire au Cameroun comme au Gabon donneraient à penser que la prise de responsabilités de certains partenaires forestiers souhaitée par les autorités locales souffrirait de quelques abus. Le cas de la compagnie Bordamur en est la parfaite illustration (Fig. 16).

L’exploitation minière

Les richesses du sous-sol du bloc forestier de Minkébé restent une des principales causes de l’occupation humaine aux abords du parc. La présence d’alluvions aurifères dans les lits des nombreuses rivières que drainent le parc a été, avec l’ivoire, à la base de la notoriété du bloc forestier. De même, le projet d’exploitation de l’important gisement de Fer à Belinga suscite un réel intérêt auprès des autorités gabonaises bien que celles-ci se heurtent aux contestations de la société civile. Quoiqu’il en soit, l’interfluve entre les rivières Nouna et Sing a été volontairement retiré du périmètre du parc du fait de la prochaine exploitation d’un important gisement de fer s’y trouvant et de la prospection d’or débutée sur la chaine de montagne Minkébé dès 1945.
Pourtant, aujourd’hui encore, l’évaluation du potentiel minier de cet espace reste parcellaire.
Cela n’empêche pas les sites de prospection artisanale d’or de perdurer dans le bloc de Minkébé, ce, malgré les campagnes, menées par l’armée gabonaise, d’expulsion de migrants prospecteurs au motif de séjour irrégulier en territoire gabonais. En outre, les orpailleurs sont peu impliqués dans le braconnage des éléphants et la contrebande de l’ivoire du fait de l’exigence physique que leur impose leur labeur et de la rentabilité de l’or. Seulement, les campements miniers offrent des points de relais et de ravitaillement aux braconniers sévissant dans le bloc. La situation du plus important site d’orpaillage de l’interfluve des rivières Nouna et Sing, Minkébé chantier d’or, illustre bien cet état de fait.

Minkébé et ses éléphants

L’opacité qu’induit le couvert végétal du Bassin du Congo sur près de 2 700 000 Km² de surface rend les estimations sur le nombre d’éléphants peuplant le massif forestier sujets à de multiples contradictions dans la communauté scientifique. Ces incertitudes ne permettent pas d’établir l’impact réel de la contrebande sur la population des pachydermes. Malgré cela, et en dépit de ces débats, à la vue de l’origine des ivoires saisies par les brigades douanières, il ne fait aucun doute que l’éléphant de forêt, de son nom scientifique « Loxodonta cyclotis », fait aujourd’hui les frais des réseaux de contrebande d’ivoire.
Les forêts de Minkébé sont régulièrement identifiées comme possédant la plus importante population d’éléphants de forêts au monde. Aussi, la vague de braconnage qui déferle sur cette population réduit considérablement l’effectif de cette population. Seulement, il est délicat de prédire, nonobstant les informations lacunaires et désuètes sur l’effectif des éléphants de forêts, le devenir de cette espèce à court ou moyen terme. En effet, il est quasi impossible d’obtenir le chiffre réel de l’effectif des éléphants de Minkébé où d’avoir une estimation plus ou moins plausible sur leur nombre. Cela suggèrerait que la communauté scientifique possède des données quant au taux de reproduction actuel de cette population animale ainsi qu’un décompte précis du nombre de décès par braconnage ou par mort naturelle. Enfin, il s’agirait de ne pas négliger les mouvements migratoires de ces bêtes qui à cause de la pression anthropique pourraient se déplacer vers des espaces moins anxiogènes. Point n’est question de remettre en question la pression subit par les pachydermes à Minkébé où nous avons démontré dans la première phase de notre développement que les cadres historique, politique et social favorisaient le braconnage de l’éléphant pour la contrebande de l’ivoire. Seulement, en l’absence d’estimations se rapprochant au plus près de la réalité des faits dans cet espace précis, il serait difficile d’émettre autre chose que des hypothèses.
Néanmoins, le constat sur le terrain est indéniable. Les éléphants de forêt de Minkébé sont régulièrement la proie de braconniers. Le braconnage alimente les réseaux de contrebande de l’ivoire qui trouve preneur sur le marché de consommation asiatique. Là-bas, le prix de l’ivoire explose à la faveur de l’augmentation du niveau de vie, contribuant ainsi à l’enrichissement des contrebandiers et des nombreux intermédiaires de la filière.
Dans cette partie, nous nous intéresserons à la présence de l’éléphant dans les forêts de Minkébé. Pour ce faire, nous nous focaliserons sur les études sur les éléphants de Minkébé réalisées depuis les années 2000. Ensuite, nous réfléchirons à l’évolution du prix de l’ivoire dans l’espace régional de chalandise du massif de Minkébé.

Quelques généralités sur les éléphants de forêt à Minkébé

Les éléphants Cyclotis façonnent le paysage forestier par le plein exercice de leurs activités quotidiennes ou saisonnières. A titre d’exemple, ils créent des clairières en plein cœur de la forêt au bénéfice de toute la faune locale. La consommation de l’eau non-infiltrée, stagnant à la surface dans ces espaces dégagés, permet à la faune locale de subvenir à leurs besoins en sels minéraux et en calcium.
Les Cyclotis, amateurs de fruits, participent aussi à la dissémination d’essences ligneuses par le biais de la zoochorie. Ainsi, en parcourant d’importantes distances, l’éléphant participe, à l’extension du couvert forestier tout en maintenant la diversification du patrimoine biologique de la flore locale.
L’éléphant des forêts africaines concourt encore à la mise en place de pistes forestières qu’empruntent les villageois dans leur pratique de la forêt. Cependant, ces mêmes pistes sont utilisées par les braconniers pour pister les éléphants. En effet, le passage des éléphants dans un milieu aussi dense et fermé ne va pas sans laisser de traces comme l’écrivait Roland Pourtier dans sa monographie du Gabon : « La forêt permet la trace mais pas la carte» (Pourtier 1989).
D’ailleurs, « Les éléphants de forêt sont des animaux de grande taille qui ont des densités de populations faibles, qui parcourent de vastes zones (au moins 2300 km²) et qui peuvent faire preuve de variations saisonnières considérables dans les patterns de territoires individuels et dans la distribution de la population » (WCS 2005) (Blake 2002) .

Les éléphants dans le Parc national de Minkébé

La récurrence des chiffres est une spécificité du traitement médiatique de la contrebande de l’ivoire. L’importance de rappeler des données alarmistes est l’apanage des organes de conservation voulant interpeler une certaine opinion publique sur la nécessité d’une prise de conscience de l’enjeu que représente le commerce illégal de l’ivoire.
En effet, le combat de ces organisations se veut, à bien des égards, fondamentalement médiatique. La campagne de sensibilisation ne se limite pas à la population locale, mais s’internationalise par le canal des organes de presse internationaux. Cette vulgarisation présente des avantages certains pour la cause servie par ces ONG, notamment dans la mobilisation de l’opinion internationale, le recrutement de militants internationaux aux compétences techniques et scientifiques ou la quête de fonds auprès de philanthropes. Parfois, ce flux contribue plus à la notoriété de certains organismes ou au besoin propre à ce dernier dans le cadre de son action qu’à renseigner les usagers sur la réalité du phénomène. De fait, l’étude de cette campagne médiatique est aussi l’occasion de mettre en évidence les incohérences des chiffres avancés pour ce qui est des effectifs d’éléphants à Minkébé.
Par exemple, selon le Secrétaire exécutif de l’ANPN, le Pr. Lee White : « Au parc national de Minkébé́, c’est 50 éléphants par jour qui sont abattus par les braconniers» (Journal du Cameroun 2013). Ce ratio nous porte à 18 250 éléphants tués par an à Minkébé. Alors que dans le même temps, l’évaluation faite par la CITES, WWF et WCS en 2013 estimait à 11 000 éléphants tués de 2004 à 2012, soit sur 8 ans (ANPN, WCS, et WWF 2013). Cette exagération aurait pu être nuancée si dans les propos relayés par cet organe de presse il avait été question d’une période précise mais cela n’a pas été le cas. Dans, la même veine, la plupart des estimations sur la population d’éléphants de forêt rapportent des chiffres variant entre 41 000 et 50 000 éléphants à Minkébé. Pourtant, le rapport du programme MIKE dressé en 2005 par la CITES estimait à 20 000 le nombre de pachydermes que pourrait contenir le parc (MIKE, 2005).

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Table des matières
INTRODUCTION GENERALE 
Rappel et contexte
Localisation de la zone d’étude
Pertinence de l’étude
Notions et concepts
Méthodologie de l’enquête
Annonce du plan
1. LE PARC NATIONAL DE MINKEBE
1.1. Caractéristiques géographiques du parc national de Minkébé
1.2. Minkébé et ses éléphants
1.3. De la gestion du parc national de Minkébé
Conclusion de la première partie
2. LES MODALITES DE LA CONTREBANDE D’IVOIRE DANS LE PARC NATIONAL DE MINKEBE
2.1 Les facteurs de contingence de la contrebande d’ivoire dans le parc national de Minkébé
2.2. Les acteurs de la contrebande d’ivoire prélevé à Minkébé
2.3. La route de la contrebande de l’ivoire prélevé à Minkébé
Conclusion de la deuxième partie
CONCLUSION GENERALE 
TABLE DES FIGURES 
BIBLIOGRAPHIE 
TABLE DES MATIERES

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