Les figures mythologiques relatives à la création du monde

Les degrés et modes de reprise

L’objectif de cette deuxième partie sera d’analyser la façon dont chaque auteur se réapproprie le fond traditionnel que nous avons référencé dans la première partie. Après s’être penché sur les quatre romans, on remarque en effet qu’ils présentent tous des degrés et modes de reprise différents. Nous avons finalement classé ces modes de reprises en trois catégories. La première regroupe les éléments traditionnels directement réexploités par les auteurs et restant dans leur registre merveilleux initial. Le lecteur est ainsi à l’intérieur du mythe. Nous les avons nommées « reprises directes ». La deuxième catégorie comprend les reprises « intermédiaires », à savoir les éléments traditionnels réexploités mais appartenant plutôt à un registre fantastique ou réaliste-magique. Enfin, la troisième catégorie que nous avons dégagée contient les éléments traditionnels repris avec une mise à distance sur un mode réaliste. Nous l’avons nommée « distanciation ». Nous proposons donc ici un plan à progression logique, allant des reprises directes aux reprises intermédiaires, en terminant avec la distanciation.

La distanciation (mode réaliste)

Dans La Saga des Béothuks, pour commencer, les références aux récits et mythes traditionnels sont très peu nombreuses, ce qui indique d’emblée de la distanciation opérée par l’auteur vis à vis de ces mythes. Comme nous l’avons vu, le roman appartient au genre « récit historique », dont le principe est de raconter un fait historique sous une forme romancée mais réaliste. On comprend donc aisément que la tradition ne peut qu’apparaître sous une forme mise à distance. Bernard Assiniwi, comme nous l’avons vu, ne fait que trois références à la tradition. La première renvoie à Castor, issu d’un récit de la création bétohuk. Anin, alors qu’il s’apprête à faire le tour de la terre, se dit qu’il ne peut que revenir chez lui puisque Castor a fait la terre à l’image de sa maison : ronde. Bernard Assiniwi met donc en avant le lien des croyances de ses personnages avec leur connaissance du monde qui les entoure.

La deuxième référence est associée à Woasut. Il s’agit de Washi-Weuth, l’être de la nuit, que les Béothuks redoutent. Woasut éprouve la même peur de ce monstre que de voir Anin s’en aller au loin. Ici, l’auteur met plutôt l’accent sur les croyances populaires du peuple Béothuk. Dans ces deux cas, la tradition est distancée et utilisée dans une perspective quasi-ethnologique puisque nous, lecteurs du XXIe siècle, avons accès aux croyances de ces personnages disparus, tout en ayant conscience qu’il s’agit de leur spritualité à eux. Enfin, Kobshuneesamut, le Grand Créateur, est la troisième figure reprise mais en abondance. Il apparaît en effet à de très nombreuses reprises. Là où Castor fait partie de la Création du monde, de quelque chose d’ancien et d’éloigné et Washi-Weuth des croyances populaires, Kobshuneesamut, lui, s’inscrit dans la vie quotidienne des Béothuks.

Le Créateur n’est presque pas présent dans la partie du récit consacrée à Anin (p. 84, il est juste dit « Ainsi, avoir peur de Kobshuneesamut, le créateur, le très grand, n’est pas bien : cela dénote un manque de confiance en lui »), mais prend de l’importance au fur et à mesure que l’histoire avance. Alors qu’il est au départ perçu comme le protecteur (« Chaque participant s’en remettait personnellement à Kobshuneesamut, le créateur, et demandait sa protection pour le bien de la nation.266 »), à partir du moment où les colons exterminent le peuple béothuk, ces derniers commencent à s’inquiéter de son manque de réaction.

La colonisation explicite ou imagée

Dans cette première sous-partie, nous allons étudier la façon dont les auteurs abordent la question de la colonisation. De fait, même si tous la dénoncent, leurs procédés pour le faire sont assez diversifiés. Dans La Saga de Béothuks, la question de la colonisation constitue la trame principale du roman. L’histoire est racontée au moment même où les Béothuks sont massacrés, si bien que le lecteur assiste à chaque étape de leur extermination. Comme nous l’avons évoqué précédemment, le génocide des Béothuks est relaté avec un grand respect vis-à-vis de l’Histoire. Bernard Assiniwi a donc opté pour une narration explicite des faits et si l’on s’intéresse à la structure du roman, on constate qu’elle est mise en parallèle avec l’extermination.

On a en effet une transformation de l’écriture, le début étant centré sur un personnage, Anin, puis la suite constituée d’une succession de récits qui perdent de leur teneur romanesque pour aller vers le récit historique. Finalement, tout fonctionne selon un principe de réduction. Progressivement, on perd l’impression que tel personnage est dans un parcours initiatique. D’ailleurs, peut-on parler de personnages quand on n’a plus que des mémoires vivantes ? Ce changement de nature du personnage rend en effet le récit bien moins lié à la progression par l’aventure et les péripéties.

Le raccourcissement de la longueur de chacun des récits mime, quant à lui, l’épuisement et l’extermination. On relève également une perte en tension dans le récit, avec une convergence de presque tous les récits vers des issues de plus en plus tragiques, pour aboutir, à la toute fin, à une absence d’issue (ne plus se battre, se laisser mourir). Ensuite, la thématique récurrente du déséquilibre numérique entre les deux sexes, régulièrement articulée à la question de la polygamie et de la place des femmes, est liée aux conflits que connaissent les Béothuks dans leur Histoire mais un grand nombre de ces conflits (et des pertes masculines) est en fait directement lié aux invasions des Européens.

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Table des matières

Introduction générale
Première partie : le glissement de l’oral à l’écrit
Introduction
I.La question du genre : des appartenances multiples
A.Le genre romanesque
B.Le conte
C.Vers les récits traditionnels
II.Les récits et chants insérés
A.Les atanukan
B.Les tipatshimun
C.Les chants
III. Qui raconte ? La question du point de vue
A.Les narrateurs premiers
B.Les narrateurs « enchâssés
C.Le cas particulier de La Saga des Béothuks
IV.Une nouvelle forme d’oralité
A.La syntaxe
B.Le lexique
C.Des récits « sonores
Conclusion
Deuxième partie : entre réactualisation du fond traditionnel et invention
Introduction
I.La nature des reprises
A.Les récits mythologiques entiers
B.Les figures mythologiques relatives à la création du monde
C.Les figures de l’imaginaire traditionnel
D.Les lieux mythologiques
II.Les degrés et modes de reprise
A.Les reprises directes (mode merveilleux
B.Les reprises intermédiaires (mode fantastique
C.La distanciation (mode réaliste
III. L’invention
A.L’invention dérivée de la tradition
B.L’invention dérivée de l’Histoire
C.L’invention totale
Conclusion
Troisième partie : des romans aux multiples fonctions
Introduction
I.Le témoignage et la dénonciation
A.La colonisation explicite ou imagée
B.Le point de vue de l’Amérindien
C.L’idéalisation de la vie d’ « avant » et la critique de la vie d’ « après »
II.La question de l’identité
A.La perte progressive d’une culture
B.La quête identitaire
C.Vers une hybridité acceptée
III. Préservation, transmission et diffusion
A.L’insistance sur la transmission
B.Les références aux moeurs et coutumes traditionnels
C.La visée didactique
Conclusion
Conclusion générale

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