Les facteurs associés à la survenue de la folliculite fibrosante de la nuque

La folliculite fibrosante de la nuque (FFN), anciennement appelé « acné chéloïdienne de la nuque », est un processus inflammatoire chronique impliquant le follicule pileux de la nuque et du cuir chevelu occipital après un rasage excessif ; survenant presque exclusivement chez les hommes jeunes d’ascendance africaine ayant des cheveux crépus. Toutefois sa survenue chez les hommes à peau claire n’est pas exceptionnelle [25,10]. Il s’agit d’une maladie d’étiologie inconnue et représentant un motif courant de consultation médicale chez les patients de phototype VI tant en Afrique subsaharienne qu’en Europe, aux États Unis ou aux Antilles, variant entre 0,16% et 1,7% au cours du XXème siècle [26] causant 0,4% à 3,7% des dermatoses chez ces derniers [8,9,16]. Il n’existe pas d’argument en faveur d’une infection ni d’un caractère familial ou héréditaire. Le diagnostic est clinique évoluant grossièrement en trois stades, où ils coéxistent des lésions pustuleuses, papuleuses et papulo-nodulaires puis des plaques et des placards fibro-cicatriciels d’aspect chéloïdien. [15]. Cependant il ne faut pas la confondre avec les autres folliculites du cuir chevelu tels que : les chéloïdes post-traumatiques de la nuque, le mycétome dermatophytique et la folliculite décalvante de Quinquaud [15,22] . Bien que la folliculite fibrosante de la nuque ne mette pas en jeu le pronostic vital, la suppuration chronique entraine des préjudices esthétiques et psychologiques importants [31,19]. Son traitement est essentiellement médical reposant sur un arrêt temporaire ou définitif du rasage, une antibiothérapie par voie locale ou générale, des dermocorticoïdes et des injections intra lésionnelles de corticoïdes parfois associé à un traitement chirurgical. [14]. La chronicité de son évolution nécessite un traitement d’entretien indéfini. L’éducation est la clé de la prévention basée sur l’évitement des frottements et des coupes courtes, en particulier le long de la racine des cheveux postérieure. Les études en Afrique sont rares ; au Togo, l’étude réalisée par Saka.B portant sur les facteurs de risque associés aux folliculites fibrosantes de la nuque avait identifié trois facteurs favorisants à savoir le saignement lors de la coiffure, la fréquence des coiffures inférieure à une fois par semaine et la coupe de cheveux à ras [5]. Au Sénégal, une étude antérieurement réalisée en 2014 par Diallo et al. avait supposé qu’un facteur génétique semblerait être impliqué , mais la pathologie n’est pas spécialement associée à des antécédents familiaux de folliculite fibrosante de la nuque ni à la tendance personnelle à la formation de chéloïdes [21]. Aucune étude portant exclusivement sur les facteurs associés à la survenue de la folliculite de la nuque au Sénégal n’a été faite. Ainsi nous avons jugé opportun de faire ce présent travail dont l’objectif était de rechercher les facteurs associés à la survenue de la folliculite fiborsante de la nuque. Dans un premier temps nous allons définir notre méthodologie de recherche, ensuite nous présenterons nos résultats que nous discuterons avant d’apporter nos conclusions et formuler des recommandations.

DISCUSSION

Nous rapportons une étude portant sur les facteurs favorisants la survenue de folliculite fibrosante de la nuque rencontrée en consultation, avec un recueil prospectif des données sur une période de 5 mois, allant du 10 août 2020 au 31 décembre 2020, dans les différents services de Dermatologie-Vénéréologie de Dakar, au Sénégal.

– Apport de ce travail :
Il s’agirait à notre connaissance de la première étude au Sénégal qui s’intéresse aux facteurs favorisants la survenue de folliculite fibrosante de la nuque permettant d’élaborer une démarche diagnostique des différentes présentations cliniques rencontrées en consultation de dermatologie.

– Limites de l’étude :
– La situation épidémiologique particulière (COVID 19) avec une sur réduction de la fréquentation des patients envers les structures sanitaires.
– Les explorations paracliniques n’étaient pas exhaustives chez nos malades par faute de moyens.

Données sociodémographiques 

Fréquence 

La comparaison des résultats de différentes enquêtes suggère que c’est un motif de consultation plus fréquent aujourd’hui qu’il y’a un siècle, et plus important dans les pays industrialisés qu’en Afrique [4]. Ces disparités pourraient être liées à l’accroissement relatif des préoccupations esthétiques, le taux élevé de migration, le style de coiffure, le mode d’habillement, l’accès rapide aux soins et l’élévation du niveau socioculturel. Aux États Unis, en France (Guadeloupe) et au Bénin la folliculite fibrosante de la nuque représentait respectivement 0,45%, 0,7% et 0,7% de toutes les dermatoses affectant les personnes de phototypes VI (afro-américaines, afroantillaises et béninois) [29,20,2]. Tandis que dans notre étude, la fréquence moyenne hospitalière était de 6,85‰ ; cela s’explique notamment par la crise mondiale qui a engendrée une baisse fréquentation des structures sanitaires mais également de la courte durée de notre étude. Une prévalence plus élevée de 13,7% et 9,4% était notée chez les afro-antillais à Londres et par Salami et ses collègues [29,26].

Âge 

L’âge moyen de notre population d’étude était de 34,45 ans, ce qui rejoint une étude togolaise qui avaient rapporté un âge moyen de 34,9 ans dans leur population d’étude [5]. Toutefois, un âge moyen plus bas était noté dans des études faites aux États-Unis, du Bénin, du Nigéria, de la Côte d’Ivoire et de Diallo et al dont l’âge moyen était respectivement 33,3 ans, 31 ans, 29,9 ans ,31 ans et 29 ans [21,2,27,19,22]. Au Maghreb, notamment au Maroc une étude menée avait retrouvé un âge moyen plus élevé de 40 ans sur une série de 26 cas [31]. Ces données ont montré une variabilité d’âge des patients dans les différentes études qui était associée à un manque d’homogénéité dans les tranches d’âge, ce qui limitait la comparaison des données.

Sexe 

Un sexe exclusivement masculin avait été notée dans notre série ce qui corrobore avec les données des autres séries africaines, notamment au Benin, au Nigéria et en Côte d’Ivoire [27]. Cependant, au Maroc 92% des patients étaient de sexe masculin [31]. En effet, la prédilection de la folliculite fibrosante de la nuque chez les sujets d’ascendance africaine de phototype VI (annexe II) serait liée selon de nombreux auteurs, à la croissance oblique et au caractère crépus des cheveux, le rendant facilement incarnable après la coupe.

Antécédents

Dans notre étude, 3 de nos patients avaient un antécédent familial de folliculite fibrosante de la nuque (8,11%). Nos résultats concordent avec ceux retrouvés au Maroc [31]. Toutefois, aux États-Unis, une étude sur un échantillon de 6 patients avait identifié un antécédent familial chez un seul cas [21]. Tandis qu’au Cameroun, d’après une observation publiée, une femme âgée de 18 ans avait un antécédent familial de la folliculite fibrosante de la nuque [9].

Les aspects cliniques
La folliculite fibrosante de la nuque, est une pathologie chronique. Elle peut être assez grave, entrainant des préjudices esthétiques psychologiques importants et fonctionnels. En effet, selon Salami T. soixante pour cent des patients admettent penser constamment à leur lésion et quarante pour cent avouent avoir de mauvaises relations avec le sexe opposé en raison de la présence de la lésion. [7,27]. Dans notre étude, la maladie évoluait d’un an jusqu’à vingt-huit ans avec une durée moyenne de 6 ans. Ce résultat était moins élevé que ceux rapportés dans la littérature, notamment au Maroc (4 ans), Bénin (29 mois), Nigéria (15 mois) et au Togo (5ans) [31,2,27,5]. Dans notre série, l’utilisation de la tondeuse avait été retrouvé dans 94,6%, de lame de rasoir dans 5,4% des cas et aucun cas de coupe avec ciseaux n’avait été retrouvé ; cependant on note une discordance avec les résultats des études ivoirienne et nigérienne où la coupe des cheveux à ras avec la lame avait été retrouvé dans 79% et 10,7% des cas [24,27]. Néanmoins, d’autres facteurs favorisants avaient été retrouvés, tel que le port de casque notamment aux États-Unis, au Maroc et au Bénin [20,31,2]. La friction des cols des vêtements, le stress et des agents anticonvulsivants avaient été décrit au Bénin [2]. George et al. avaient constaté que 40% à 58% des patients avaient utilisés un peigne en bois ou en plastique. Ces enquêteurs avaient souligné que l’utilisation de ce type de peigne gratte mécaniquement la surface du cuir chevelu et pourrait ainsi être impliquée dans le développement des lésions de la folliculite fibrosante de la nuque [13]. Un taux moins élevé avait été retrouvé dans notre étude chez 11 de nos patients soit 29,73%. Le croisement entre l’utilisation de peigne et la présence de nodule avait montré une relation statistiquement significative (p < 0,001). De nombreux auteurs ont rapporté que les traumatismes locaux du cuir chevelu favorisent la constitution de lésions de folliculite fibrosante de la nuque. Par ailleurs, une prédisposition génétique pourrait expliquer l’atteinte de certaines personnes et pas d’autres. La localisation au niveau de la nuque n’est pas encore mise au clair. La peau de la nuque serait-elle plus sensible aux microtraumatismes plus que le reste du cuir chevelu ? Plus d’études sont nécessaires à établir afin de découvrir les particularités de la peau à ce niveau et leurs implications dans le processus physiopathologiques de la folliculite fibrosante de la nuque. Dans notre étude, le nombre de rasage variait entre une à cinq fois par mois, avec une moyenne de trois rasages par mois, soit 48,65% de nos patients, ce qui rejoint une étude togolaise qui avait retrouvé une fréquence de rasage de quatre fois par mois [5]. Le croisement entre le nombre de rasage par mois et le stade 3 de la folliculite fibrosante de la nuque avait montré une relation statistiquement significative (p < 0,027). La circonstance de découverte de la folliculite fibrosante de la nuque la plus retrouvée dans notre étude était la palpation des boutons, soit 51,35 % des cas. Le saignement lors du rasage était la circonstance de découverte la plus retrouvée dans une étude togolaise, soit 22,6% des cas. Le prurit était le symptôme le plus retrouvé chez nos patients dans 45,95 %. Nos résultats concordent avec des études marocaine et togolaise où le prurit avait été retrouvé dans 89% et 81,5%, respectivement. Nous avons noté un polymorphisme lésionnel avec une prédominance de lésions papuleuses dans 37 cas soit 100%, de nodules dans 32 cas soit 86,49 %, de cicatrices hypertrophiques dans 31 cas soit 83,78%. Des pustules avaient été notées dans 27 cas soit 72,98%, un érythème dans 2 cas soit 5,4% et une alopécie cicatricielle dans 2 cas soit 5,4 %. Le type des lésions dépend du stade de la maladie. Au stade du début, les patients avaient présenté des papulopustules centrées par un poils ; au stade secondaire, des papulo-nodules fibrocicatricielles. Une chéloïde de grande taille témoigne d’une longue durée d’évolution avant le traitement, se développant au fur et à mesure que la maladie devient chronique. Dans notre étude, la majorité des patients avaient été vus au stade 2 avec un taux de 62,16% ce qui corrobore avec une étude togolaise [5]. Ce taux était plus élevé dans une étude mené au Bénin avec 82.2% [2] et moins élevé au Maroc avec 57,7% [31]. L’atteinte de la région occipitale était plus fréquente chez 94,6 % (n=35) des patients et la région extra-occipitale dans 5,4% (n=2). Une surinfection a été notée dans 2 cas soit 5,4 %.

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Table des matières

INTRODUCTION
METHODOLOGIE
I. Objectifs de l’étude
II. Méthodologie
II.1. Type d’étude
II.2. Cadre d’étude
II.3. Population d’étude
II.4. Critères d’inclusion
II.5. Critères de non-inclusion
II.6. La technique de collecte
II.7. L’aspect éthique
II.8. La saisie et l’analyse des données
RESULTATS
III.1. Étude descriptive
III.1.1. Aspects épidémiologiques
III.1.1.1. Répartition selon le site de recrutement
III.1.1.2. Répartition en fonction de la fréquence hospitalière
III.1.1.3. Répartition selon le sexe
III.1.1.4. Répartition selon l’âge
III.1.1.5. Origine géographique
III.1.1.6. Ethnie
III.1.1.7. Répartition selon la profession
III.1.1.8. Répartition selon le niveau socio-économique
III.1.1.9. Répartition selon le statut matrimonial
III.1.2. Étude clinique descriptive
III.1.2.1. Le motif de consultation
III.1.2.2. La durée d’évolution
III.1.2.3. L’itinéraire thérapeutique
III.1.2.4. Antécédents et ou terrains
III.1.2.5. Habitudes et mode de vie
III.1.2.6. Les aspects cliniques
III.1.3. Recherche des tares associés
III.1.4. Recherche de retentissement psychologique
III.1.4. Les aspects thérapeutiques
III.2. Étude analytique
III.2.1. Relation entre type de rasage et les aspects cliniques
III.2.2. Relation entre le nombre de rasage et les stades cliniques de la folliculite fibrosante de la nuque
DISCUSSION
IV.1. Données sociodémographiques
IV.1.1. Fréquence
IV.1.2. Âge
IV.1.3. Sexe
IV.2. Les aspects cliniques
IV.3. Les tares associées
IV.4. Les aspects thérapeutiques
IV.5. Évolution
IV.6. Prévention
CONCLUSION ET RECOMMANDATIONS
REFERENCES
ANNEXES

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