Les enjeux de l’enseignement de l’oral à l’École

Les enjeux de l’enseignement de l’oral à l’École

La place de l’expression orale dans les programmes

Le travail des compétences orales a fait son grand retour dans les programmes de 2016. Alors qu’à l’école maternelle, le langage oral a toujours été le pivot, le cœur même des apprentissages, la place accordée au travail de l’oral aux cycles 2 et 3 a été longtemps réduite. Pendant plusieurs décennies, l’enseignement scolaire frontal, où le savoir était enseigné de manière descendante (ou « top-down » en anglais), a en effet considérablement réduit les temps d’échanges et d’expression à l’oral des élèves, ce qui a constitué un obstacle au développement de leurs compétences. L’Ecole élémentaire a de plus toujours eu pour priorité l’acquisition de la lecture et de l’écriture, comme le montre la permanence du discours sur l’illettrisme (C. Garcia Debanc et S. Plane, 2004). L’oral a dont été longtemps relégué au second plan, l’objectif principal demeurant le savoir lire et écrire par tous les élèves.

Pourtant, dans les programmes actuels, l’oral a retrouvé une place centrale et ce pour tous les cycles. Il est à la fois désigné comme un outil pour apprendre (parler pour apprendre) et comme un propre objet d’apprentissage (apprendre à parler). Dans leur ouvrage Comment enseigner l’oral à l’école primaire ?, les chercheuses C. Garcia-Debanc et S. Plane distinguent ainsi cinq fonctions de l’oral en classe :
– moyen d’expression
– moyen d’enseignement
– objet d’apprentissage
– moyen d’apprentissage
– objet d’enseignement

Les programmes préconisent désormais la construction et la mise en œuvre d’une diversité de situations pour mobiliser l’oral dans toutes ces différentes fonctions. Les enseignants de cycle 2 et de cycle 3 sont ainsi chargés de ne plus uniquement faire travailler les élèves à l’oral de manière transversale mais bien de travailler spécifiquement l’oral par la mise en œuvre de séances d’enseignement dédiées (B.O 2015). Ils ont à leur charge la construction et la mise en œuvre d’un enseignement explicite de l’oral.

L’objectif principal de cet enseignement en cycle 3 est la maîtrise du langage oral et des codes de communication, afin que les élèves puissent « présenter de façon claire et ordonnée des explications, des informations ou un point de vue, interagir de façon efficace et maitrisée dans un débat » (B.O 2015). Les principales compétences à travailler d’après les programmes pour « comprendre et s’exprimer à l’oral » sont :
– Écouter pour comprendre un message oral, un propos, un discours, un texte lu.
– Parler en prenant en compte son auditoire.
– Participer à des échanges dans des situations diversifiées.
– Adopter une attitude critique par rapport au langage produit.

L’expression orale comme indicateur de la réussite scolaire et sociale 

Si l’oral a retrouvé une place clé dans les programmes scolaires, c’est en partie pour répondre à l’évolution du monde dans lequel nous vivons et en particulier de nos techniques de communication. Le développement des compétences orales est aujourd’hui primordial et la maîtrise de ces compétences est indiscutablement considérée comme un indicateur de réussite à la fois scolaire et sociale.

La réforme du lycée et du baccalauréat, prévue pour 2021 par le Ministre de l’Education Nationale Jean-Michel Blanquer, prévoit notamment la mise en place d’une épreuve orale, nommée pour l’instant Grand Oral, qui compterait à priori pour 15 % de la note finale (Ministère de l’Education Nationale, 2019). Le Ministère de l’Education Nationale justifie la création de cette nouvelle épreuve du baccalauréat par le fait que « savoir s’exprimer dans un français correct est essentiel pour les études, pour la vie personnelle et professionnelle. Parce que l’aisance à l’oral constitue un marqueur social, il convient justement d’offrir à tous les élèves l’acquisition de cette compétence. ». La réussite scolaire des élèves sera donc de plus en plus liée à la maîtrise des compétences orales.

De plus, l’importance accrue de l’oral à l’école s’explique aussi par une crainte des pouvoirs publics face à l’évolution et la segmentation des langages oraux. Comme le soulignent C. Garcia-Debanc et S. Plane dans leur ouvrage, « il a en effet été constaté que les pratiques langagières orales deviennent le centre de toutes les attentions dans les moments où règnent des incertitudes ou des angoisses face à des changements de société. On pense ici aux phénomènes dits de ʺlangage des banlieuesʺ ou ʺlangage des jeunesʺ ».

Le retour de l’oral dans les programmes scolaires est donc également lié à un contexte idéologique, politique et social dans lequel l’École se donne pour objectif prioritaire l’enrichissement de la langue orale pour tous les élèves, quels que soient les niveaux de langue qu’ils mobilisent en dehors de l’école.
Si la réussite scolaire sera bientôt de plus en plus liée à la maîtrise du langage oral, les compétences orales et plus largement la maîtrise des codes de communication sont quant à elles déjà un gage pour s’intégrer socialement c’est-à-dire pour trouver sa place au sein de la société et parvenir à s’adapter aux différentes situations de la vie courante : en entretien d’embauche, au travail, en famille, en voyage, dans les commerces. C’est effectivement par leur aisance, leur rhétorique, leur lexique, la clarté de leur langage que nos élèves se démarqueront sur le marché du travail, qu’ils pourront travailler avec les outils et les médias numériques ou qu’ils pourront par exemple occuper des fonctions de modérateurs, de manager, postes qui requièrent une grande maîtrise des éléments de langage. C’est aussi leur aisance à l’oral qui leur permettra plus facilement de communiquer dans une langue étrangère, de voyager ou travailler à l’étranger et plus largement d’être performants en communication. Bien que la maîtrise de l’écrit reste encore très discriminante dans la société française, en raison notamment de l’importance accordée à l’orthographe, la maîtrise de l’oral se révèle aujourd’hui fondamentale ; la mondialisation, le développement des médias vidéo et des techniques de télécommunication privilégiant désormais très nettement une communication orale et souvent visuelle.

Les différentes compétences mises en jeu lors de l’expression orale 

Bien s’exprimer à l’oral met en jeu une grande diversité de compétences. La principale compétence mobilisée est la maîtrise de la langue française, de ses structures grammaticales, de ses manières de dire mais aussi de ses nuances lexicales et de ses intonations. Bien s’exprimer à l’oral, c’est avant tout formuler un message clair, intelligible et adapté à l’interlocuteur, en construisant des phrases correctes et qui ont du sens. Cependant lors de l’expression orale, d’autres compétences, souvent liées à la communication non verbale, sont aussi mobilisées. Il s’agit par exemple d’adapter la posture de son corps, d’adresser son regard, de marquer l’intonation par un changement du débit de parole (prendre son temps, apprécier les silences), et de gérer sa gestuelle pour appuyer le sens de ses propos (parler avec les mains par exemple). Développer la qualité de l’expression orale implique donc une large palette de compétences, dont certaines sortent du cadre de l’étude de la langue. Il est donc important pour le professeur des écoles de construire des séances d’enseignement qui font appel à différents modes d’expression et de communication afin que les élèves puissent travailler l’attitude et la gestuelle en accord et en appui de leurs discours.

Le point de vue des chercheurs sur l’enseignement de l’oral à l’école 

Si l’oral a retrouvé aujourd’hui une place centrale dans les programmes scolaires, cela fait aussi suite à la publication de nombreux travaux théoriques sur l’acquisition des compétences langagières orales et leurs conséquences sur l’acquisition des savoirs disciplinaires et le développement des élèves.

L’oral comme moyen de construction des savoirs disciplinaires
Comme le mentionne le psychologue et chercheur américain J.-S Bruner, « le langage est à la fois objet à construire et moyen d’acquérir d’autres savoirs ». Par les échanges oraux et la verbalisation, les élèves construisent leurs savoirs. Ils voient, vivent et agissent dans une situation donnée, ce qui leur permet de construire le sens des mots qu’ils emploient et qu’ils remobilisent. Le travail de l’oral favorise notamment la mémorisation et la compréhension dans toutes les disciplines.

Les objectifs d’enseignement ont très longtemps porté principalement sur l’écrit car l’oral était perçu comme la forme spontanée de communication de l’Homme et était donc opposé de fait à « l’acquis culturel » que représente l’écrit et qui nécessite un enseignement dédié et un soutien pédagogique. Pourtant, comme le souligne la professeure en sciences du langage S. Plane (Cahiers Pédagogiques, 2015), il ne faut pas penser « l’oral et l’écrit […] en termes de concurrence ou de soumission. L’un et l’autre sont des modes de production verbale qui exigent des efforts cognitifs, des acquisitions culturelles, une sensibilité à l’altérité, et qui jouent conjointement un rôle fondateur car ils sont les instruments de la pensée et de la communication […]. D’où la nécessité d’accorder à chacun d’eux une place éminente dans la classe ». La chercheuse insiste notamment sur le fait que, dans le cas de certaines situations d’échange construites pour amener les élèves à raisonner à l’oral et non uniquement pour restituer ou deviner ce que le professeur attend comme réponses, « la production verbale orale est sollicitée en tant que moyen d’affiner sa pensée ou comme moteur de la pensée ».

Le travail de l’oral à l’école n’a donc pas à se faire en opposition à l’écrit mais conjointement (C. Garcia-Debanc et S. Plane, 2004). Les élèves peuvent être amenés, à partir d’un débat ou de l’écoute d’un exposé, à rédiger un texte présentant leurs conclusions, ou bien à partir d’un travail de recherche à l’écrit, à présenter oralement leurs découvertes. Le travail des compétences orales permet ici de consolider l’écrit via l’acquisition progressive de formulations, de manières de dire et de lexique. Inversement, le travail de l’oral permet aussi de se détacher des caractéristiques propres de l’écrit et d’aider les élèves à se perfectionner dans les formes courantes d’oral et de valoriser la « variété et la richesse des oraux authentiques ».

L’oral comme moyen de construction de l’identité de l’élève

De nombreux chercheurs s’accordent sur le fait que travailler l’oral en classe concourt à la construction de l’identité des élèves. L’objectif d’un enseignement explicite de l’oral est ainsi, selon Gérard de Vecchi, maître de conférences en sciences de l’éducation, de passer de séances où le professeur se contente de « faire parler les élèves » à des séances où il les amène à « s’exprimer ». Comme le précise le sociologue A. Touraine, le travail oral en classe doit « aider l’enfant à affirmer ce qu’il est, à se découvrir au milieu des autres, à prendre connaissance de son identité, à développer une image de lui positive qui lui permettra d’entrer en relation avec les autres et de manier la langue nationale […] ce qui est la condition d’une vie en commun. » (Blé91, 2000).

Un des objectifs principaux du travail du langage oral est donc aussi la prise de confiance des élèves, qui gagnent en assurance et qui petit à petit personnalisent leurs propos, leurs propositions et parviennent à exprimer de manière individualisée leurs idées et à partager leurs émotions. Le langage oral, indiscutable marqueur social, est ainsi le vecteur d’une identité construite qui, dans la société française dans laquelle nous vivons, peut avoir un très fort impact sur notre vie personnelle et professionnelle, comme l’affirmait le sociologue P. Bourdieu dans son ouvrage Ce que parler veut dire (1982).

Si les instructions officielles ont acté l’importance pour les enseignants de porter leur attention sur le travail de l’oral, l’étape suivante concerne la construction et la mise œuvre de séances d’enseignement dédiées, prenant en compte les différentes fonctions de l’oral en classe. Parmi les différents dispositifs possibles, la pratique du théâtre à l’école peut être un outil motivant et structurant, qui contribue au développement des compétences orales verbales et non verbales des élèves.

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Table des matières

Introduction
I. Les enjeux de l’enseignement de l’oral à l’École
1.1 La place de l’expression orale dans les programmes
1.2 L’expression orale comme indicateur de la réussite scolaire et sociale
1.3 Les différentes compétences mises en jeu lors de l’expression orale
1.4 Le point de vue des chercheurs sur l’enseignement de l’oral à l’école
II. Le choix de la pratique du théâtre pour travailler l’expression orale
2.1 L’intérêt personnel et les expériences passées
2.2 Les besoins des élèves et le potentiel de la classe
2.3 Le point de vue des chercheurs sur la pratique du théâtre en classe
III. Le dispositif mis en place pour travailler les compétences orales durant l’année scolaire 2018-2019
3.1 Le choix de la pratique du théâtre sous forme d’ateliers
3.2 La construction d’une culture du théâtre
3.3 La question de l’évaluation des compétences orales
IV. L’évolution des compétences orales des élèves : suivi-évaluation, enseignements et pistes de réflexion
4.1 Les résultats de l’observation diagnostique
4.2 L’évolution des compétences orales des élèves
4.3 Les effets externes de la pratique du théâtre
4.4 Les enseignements et les pistes d’amélioration
Conclusion
Bibliographie
Annexes

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