Les enjeux de la coordination d’un événement culturel a l’échelle communautaire 

Coordonner les JEP à l’échelle communautaire : donner une lecture culturelle du territoire

Lors de la prise de compétence du Grand Lyon sur les JEP, deux possibilités d’action se sont présentées: « soit prendre en compte les 500 offres de toutes les communes, commune par commune — ce qui légitimait leurs actions, mais sans créer de plus value ; soit enclencher un travail susceptible de construire une vision culturelle du territoire ». C’est cette deuxième option qu’a pris le Grand Lyon, et que nous allons ici détailler. Faire découvrir le territoire et ses spécificités apparaît une condition préalable nécessaire pour construire un projet d’agglomération solide et collectif. En cela, la coordination des Journées européennes du patrimoineà l’échelle communautaire représente une occasion particulière pour porter à connaissance l’histoire et l’héritage de l’environnement proche. Permettre à la population de voir autrement les espaces qu’elle côtoie au quotidien le temps d’un week-end permet d’engager un récit d’agglomération autour de ce qui peut être désigné comme « l’esprit des lieux ».

Une lecture élargie du patrimoine

La lecture culturelle du Grand Lyon donnée lors desJEP se veut attentive à toutes les dimensions du patrimoine, en dépassant la vision traditionnelle du patrimoine bâti.

Comment la conception du patrimoine s’est étirée

Lors du débat « Le Patrimoine autrement dit ; construire de la valeur dans l’agglomération », organisé dans le cadre des 40 ans du Grand Lyon en décembre 2009, Nadine Gelas ouvre le propos en rappelant comment le Grand Lyon a été et est toujours confronté au patrimoine à travers les politiques qu’il conduit : « En fabriquant nos villes et nos agglos, le Grand Lyon modèle et construit le pa trimoine ».
La conception large du patrimoine portée par le Grand Lyon n’est cependant pas si commune. Pour beaucoup, le patrimoine et les JEP sont souvent liés « aux pierres » et aux monuments historiques. « C’est grâce à l’action des associations et port eurs du patrimoine que l’on a étiré la conception du patrimoine ; puis les collectivités et les institutions publiques ont permis de diffuser cette idée dans le grand pub lic »explique Michel Kneubuhler.
Cette dialectique entre attentes du public, impulsion des associations, et réponses des institutions se vérifie par exemple pour la prise en compte des espaces naturels parmi les éléments du patrimoine. Frédérique Rosche Rigon, directrice de la Fédération Rhône Alpes du Patrimoine Naturel (FRAPNA) évoque ainsi le cas du parc naturel de la Feyssine à proximité de Villeurbanne : « C’est la mobilisation des associations et des hab itants qui a permis d’adopter le parti pris de préserver l’espace natur el de la Feyssine, pour en faire un site à vocation pédagogique et éducative ».A l’intérieur du programme des JEP 2010, les offres liées à la découverte du patrimoine naturel occupent une place importante et sont fortement sollicitées par le public. De nombreuses animationssont ainsi proposées par la FRAPNA, la maison de l’Environnement, les associations La Pie Verte et Roch’Nature, le Syndicat Mixte du Rhône des Iles et des Lônes à Vernaison. Cette année, un partenariat s’est particulièrement développé avec le Grand Parc Miribel Jonage de Vaulx en Velin . Pour ce site, les JEP constituent une opportunité à saisir afin de révéler le potentiel offert par cet espace naturel, et valoriser ainsi l’image de l’Est lyonnais.
La même démonstration peut être reprise pour signifier la considération du patrimoine industriel par le Grand Lyon. Depuis plusieurs années, plusieurs entreprises jouent le jeu des JEP et font découvrir les coulisses de leur industrie : l’usine des eaux de Caluire, la centrale hydoélectrique de Cusset, le périphérique Nord, le centre de maintenance Sncf de Vénissieux, les ateliers Renault Trucks et l’ancienne usine Berliet. Cette année, l’ouverture exceptionnelle de l’ancienne usine TASE, sur le site du Carré de Soie entre Villeurbanne et Vaulx en Velin, témoigne tout à fait de l’ouverture des champs du patrimoine. La valeur de cette ancienne usine de fabrication industrielle de soie artificielle datant de 1925 vient d’une part de son architecture remarquable mais aussi de toute l’histoire industrielle qu’elle retrace : « C’est ici l’histoire des ouvriers immigrés au cours du XX ème siècle (russes, polonais, arméniens, hongrois, italiens, espagnols, maghrébins, portugai s), c’est l’histoire des gens qui ont habité dans les cités ouvrières, c’est la mémoire ouvrière et la vie de tout un quartier » affirme José Bérenguer, président de l’association du Cercle de la Soie rayonne.
Le patrimoine immatériel rentre donc lui aussi en ligne de compte dans la vision portée par le Grand Lyon. Xavier de la Selle, directeur du Rize – Centre mémoire et sociétés de Villeurbanne, évoque la dimension immatérielle du patrimoine comme « un ensemble de faits sociaux intimement liés aux consciences ident itaires d’un groupe vivant sur un territoire, qui renvoie à la fois à des représentations du pass é socialement partagées et à des identités présentes ». Pour les communes de l’agglomération qui peuventporter cette fausse idée « il n’y a pas de patrimoine dans ma commune », travailler autour du patrimoine immatériel peut permettre de donner un ancrage historique, territorial, un sentiment d’appartenance commune. L’exemple de l’ouverture de la maison « Chez Favier » à Vaulx en Velin illustre tout à fait cette évolution. Cette maison située en bord de la rivière Rize était initialement dévolue aux « guinguettes » des bords de rivière. Pour faire revivre ces guinguettes d’époque, le service culturel de la Mairie de Vaulx en Velin a organisé en 2009 un repas traditionnel avec animations musicales et exposition. Devant le succès de la manifestation, Nassredine Hassani, adjoint à la culture de Vaulx en Velin a souhaité renouveler l’expérience et proposer de nouvelles offres pour les JEP . Pour l’édition 2010, l’ancien château de Vaulx enVelin ouvrira ses portes. Le cas de cette commune est donc tout à fait emblématique de la manière dont la vision large du patrimoine portée par le Grand Lyon permet à chaque commune de trouver une porte d’entrée pour participer aux JEP.

Installer une réalité territoriale tangible

Ce qui nous intéresse ici pour répondre à notre problématique, c’est l’intérêt que représente cette vision large du patrimoine véhiculée lors des JEP au regard du projet territorial du Grand Lyon. Donner une lecture culturelle du territoire à l’échelle communautaire constitue un atout, en ce sens qu’elle donne au Grand Lyon un ancrage historique et culturel fort. Se référer au passé età l’héritage se révèle tout à fait pertinent pour apporter une conception multi-temporelle des actions à envisager sur l’agglomération . Cela permet de mettre en évidence certains éléments de la mémoire industrielle, géographique, historique, architecturale, qui peuvent ensuite guider l’agglomération dans ses choix stratégiques futurs. « Le discours contemporain du Grand Lyon se fabriqu e à partir du passé.
Il donne plus de pertinence et de proximité vis-à-v is du public local » confirme Michel Kneubuhler. Pour lui, « les bons usages des JEP viennent des collectivité s territoriales ». Ce sont elles qui ont vraiment compris la logique de la manifestation, et comment l’inclure dans leurs stratégies territoriales. Elles ont su en faire « un outil pour répondre aux attentes de la société, mettre en phase cette curiosité de la popu lation pour les questions de mémoire, d’histoire, du passé ».
Ainsi, choisir l’échelon communautaire pour coordonner les JEP donne l’occasion au Grand Lyon de dessiner un autre rapport au passé et au futur. En réactualisant les formes anciennes, il ne s’agit pas seulement de « vouloir naïvement faire resurgir le passé dans sa vérité originelle », mais aussi d’examiner « les modalités de mise en présent du passé ».

Une lecture vivante, pour « aller à la rencontre » du patrimoine

La lecture culturelle du territoire présentée lors des JEP doit néanmoins employer les outils adéquats pour être comprise et interprétée. Plusieurs éléments participent dès lors à en faire une lecture vivante, contribuant ainsi à instaurer du liant entre la population du Grand Lyon, public des JEP, et leur héritage commun.

« Voir le territoire autrement »

Parmi les éléments propices à la rencontre du territoire, il est important de rappeler que les JEP concernent avant tout le patrimoine de proximité. L’accès du public aux lieux de visite est donc facilité puisque le public est invité à découvrir sous un nouveau jour son environnement immédiat : 9 personnes sur dix sont domiciliées non loin du monument qu’elles visitent.
Par ailleurs, l’esprit de gratuité et de bénévolat compte fortement pour développer la rencontre entre le public et le patrimoine. Le faitde ne pas payer conduit à un rapport inédit entre les « objets du patrimoine » et le public : « Débarrassés de la contrainte budgétaire comme de la frustration de ne pas rentabiliser le p rix payé pour accéder aux monuments, nombre de visiteurs vivent la visite de façon beauc oup plus détendue ». Céline Cadieu évoque de même les JEP comme une ouverture exceptionnelle et gratuite des monuments historiques et notamment privés, dont l’intuition d’origine s’est muée en « week-end fêtes des initiatives en matière de patrimoine ».
Proximité et gratuité sont donc les deux éléments majeurs intéressant des visiteurs dits « occasionnels » ou « exceptionnels », qui prennentsouvent connaissance de l’événement au hasard ou à la dernière minute. Selon l’étude « Publics et usages des Journées européennes du patrimoine », ces visiteurs se disent guidés par la curiosité, la tentation de découvrir un « exotisme de proximité », comme une « incursion pour une fois dans un environnement en rupture avec les pratiques habituelles ».

Le rôle du médiateur et de l’action culturelle

Sans interactivité et intermédiaire, la rencontre avec le patrimoine ne peut se faire de manière naturelle. Lors des JEP, les visiteurs sontparticulièrement en attente d’une médiation de qualité. Nous l’avons entendu plusieurs fois au cours des échanges et contacts pris pour monter un projet : « Moi le patrimoine, il faut quel’on m’explique ». Les JEP constituent une occasion appropriée pour mener une action culturelle pouvant par la suite s’établir sur le plus long terme.
Cette action culturelle attache de l’importance à la dimension inédite et aux « performances particulières ». En effet, ce qui attire le visiteur ce jour là, c’est de visiter un lieu sous une forme inattendue, en créant des liens avec d’autres activités artistiques. Par exemple, la compagnie Komplex Kapharnaum propose des projets artistiques et plurimédias lors des JEP, pour faire découvrir un territoire et son contexte. La compagnie sollicite le public pour une déambulation dans le quartier en mutation de la Soie à Vaulx en Velin « où se croisent populations installées et nouveaux habitan ts, activités industrielles et commerciales avec le pôle du Carré de Soie et aspect patrimonial ». La balade est ponctuée par des « animations photos, musique, parcours avec des dan seurs, prises de sons… Les formes sont diverses et offrent autant de lectures de la ville » explique Maud Robert, coordinatrice du collectif Komplex Kapharnaum. La ville de Collonges au Mont d’or cherche également cette année à développer ces passerelles avec les activités artistiques, avec une après-midi « Rues en fête », faisant participer les habitants et les associations locales. Enfin, un autre exemple emblématique pour montrer comment le patrimoine peut être donné en lecture sous d’autres formes lors des JEP est celui des « Promenades Musicales » de l’Orchestre National de Lyon.
Pour la troisième année consécutive, l’Orchestre National de Lyon part à la rencontre du public pour des concerts en petites formations de musiciens, dans des endroits insolites. « Les musiciens quittent leur queue de pie, enfilent un T -shirt et des baskets » raconte Martine Essayan, responsable des publics de l’Auditorium deLyon. L’enjeu est donc double : rendre l’image de l’Orchestre national de Lyon plus accessible, et amener le public dans des sites patrimoniaux en exclusivité. Cette année, l’idée a été retenue d’organiser une série de concerts sur les berges du Rhône, mais aussi dans les forts militaires de l’agglomération – à Dardilly, à Feyzin, au Fort Saint-Jean et à la caserne Sergent Blandan à Lyon.
Par ailleurs, la médiation culturelle mise en place lors des JEP cherche à faciliter la rencontre avec le patrimoine du territoire en jouant sur le registre ludique, pédagogique, et éducatif. L’accent est mis sur les animations visant un public jeune et familial. Les propositions de balades en bateau illustrent cette volonté. L’Office de Tourisme et des Congrès du Grand Lyon organise ainsi des « Croisières Val de Saône » depuis le quai de la pêcherie à Lyon jusqu’à Collonges au Mont d’Or. Cette croisière incite à une découverte itinérante du « Patrimoine au fil de l’eau ». A Givors, au sud de l’agglomération, c’est à vélo que le patrimoine est donné en lecture. Des randonnées cyclistes familiales sont prévues cette année pour partir sur les traces de l’ancien canal de Givors, reliant la commune à Rive de Gier. Construit à la fin du XVIIIème siècle par François Zacharie, ce canal avait pour ambition de relier l’Atlantique à la Méditerranée. Les JEP sont enfin l’occasion de valoriser les projets menés dans le cadre du programme « Le Patrimoine etMoi », développé en partenariat avec les écoles maternelles et primaires.
Le dispositif de médiation culturelle apparaît donc indispensable pour que la lecture culturelle du territoire proposée lors des JEP prenne la forme d’une rencontre, d’un dialogue vivant avec le patrimoine.
Cette première partie aura donc montré comment les JEP représentent plus qu’une simple ouverture des sites patrimoniaux. Elles produisent une relation nouvelle et vivante avec le territoire de proximité. Par conséquent, coordonner les JEP à l’échelon communautaire s’inscrit dans une stratégie territoriale pertinente, visant à dessiner une réalité territoriale concrète, basée sur « l’esprit des lieux ».
Ceci étant, faire connaître le territoire n’est qu’un préalable avant de faire émerger une réelle appropriation de cet espace. Là aussi, on peut voir en la coordination des JEP à l’échelon communautaire peut être une plus-value pour avancer vers la construction d’une « culture partagée » du territoire, vers l’émergence d’un « territoire du nous ».

Coordonner les JEP à l’échelle communautaire : s’approprier un territoire et un héritage commun

L’appropriation de l’héritage du territoire concerne non seulement la population du Grand Lyon mais aussi les entités communales en tant que telles. En s’adressant simultanément à tous les grands lyonnais et en suscitant des coopérations entre acteurs locaux, les JEP contribuent à bâtir une stratégie de gouvernance métropolitaine fédératrice.

Faire émerger un sentiment de « vivre ensemble », un « rituel d’agglomération »

Le dispositif de médiation des JEP précédemment cité ne participe pas seulement à créer du lien entre les lieux du patrimoine et le public, mais aussi entre les sujets eux-mêmes : « Les Journées européennes du patrimoine contribuen t à décentrer la question du patrimoine de l’objet (le monument historique) aux sujets (le public) ».

Les JEP comme leviers d’intégration et de lien social

La découverte des sites emblématiques d’un territoire amorce une démarche d’intégration au sein de cet espace : mieux connaître son environnement proche permet de s’y sentir plus à l’aise. « C’est un réel levier pour mener des actions à l’é chelle du quartier, de la commune, lancer une dynamique d’intégration », affirme ainsi Michel Kneubuhler.
Plusieurs exemples d’animations témoignent de ce rôle rempli par les JEP. À Tassin-la-demilune, des « cafés-mémoire » sont organisés depuis deux ans, cherchant à créer un échange intergénérationnel pour retracer les souvenirs de la commune. De même en 2009, les animations variées et conviviales, mises en place par des associations et MJC dans le quartier de la Guillotière sur le thème du « Patrimoine co-construit par tous », correspondent également à l’idée de valoriser le patrimoine du quotidien des habitants, de leur histoire et la manière dont ils ont façonné la ville.
Par ailleurs, les JEP sont le moment de rappeler le caractère public du patrimoine : « deux jours durant il s’agit de restituer aux memb res d’une communauté des biens qui appartiennent à tous ».Les lieux de visite deviennent alors des lieux où l’on se croise entre amis, familles, voisins. Le fait de se retrouver nombreux et de manière simultanée à un même endroit, fait prendre conscience à chacun de l’importance de l’héritage commun. Ces lieux se transforment en espaces d’échange, de discussion, dans un contexte où les visiteurs se mélangent et où les distinctions sociales tendent à s’effacer. « Certains sites ne sont plus seulement des (hauts) lieux (chargés) d’histoire ma is aussi des (hauts) lieux d’assemblée (chargés alors de rassembler). La puissance symboli que du monument n’est alors plus la même et pourtant renvoie toujours, en définitive, à cette idée du patrimoine comme bien commun ».
Fédérer les habitants autour d’un héritage commun,c’est l’ambition portée notamment par les « Balades Urbaines ». Cette opération consiste en l’organisation de visites guidées un dimanche par mois dans les neuf arrondissements de Lyon tout au long de l’année. Les deux semestres portent chacun un thème différent, inauguré lors des JEP pour le semestre d’automne-hiver. L’objectif de ces visites régulières est de faire du visiteur un citoyen informé quant à l’histoire, l’évolution et la diversité de sa ville. Pour cela, des visites sont planifiées notamment dans les espaces urbains en mutation comme la Duchère, le Port Rambaud, la Confluence, Vaise.
C’est à partir du lien social créé par le rassemblement de nombreux visiteurs en un même lieu, que l’on peut considérer la coordination des JEP à l’échelon communautaire comme un facteur d’émergence d’identification collective.

Vers une identification à une entité territoriale?

« Ce temps commun de fréquentation du patrimoine fa it aussi de tous ces visiteurs des semblables, constituant alors – au moins provisoire ment – une forme de communauté dont les Journées marquent l’avènement – temporaire ? ». Ainsi, coordonner les JEP à l’échelon communautaire participe avec les autres grands événements d’agglomération à construire une sorte de « rituel d’agglomération, de conscience collective, de vie partagée, de vivre ensemble ».On peut s’interroger quant à la pérennité des sentiments dégagés lors des JEP.
Pourtant, selon Philippe Dujardin, la mise en valeur de l’héritage commun peut être pensée sur plusieurs décennies et « permettre aux générations suivantes de se situer dans le temps, dans un lignage, de construire une généalogie à par tir des lieux ». Pour Jacky Darne, viceprésident du Grand Lyon, ce type d’événement est essentiel et porteur pour la stratégie de l’agglomération, puisqu’il sensibilise à l’idée de « ne pas faire primer l’intérêt local par rapport à l’intérêt d’agglomération ». L’éveil d’un sentiment collectif rejoint d’ailleursune volonté globale du Grand Lyon de se définir comme une agglomération participative, fonctionnant principalement sur une logique de consultation et de concertation auprès des habitants, sur l’ensemble des grands projets menés par la communauté urbaine.
La remarque de Jean-Yves Latournerie, directeur général du Grand Lyon conclut tout à fait justement ce paragraphe : « La constitution de la culture collective du patri moine passe par les nouvelles compétences confiées au Grand Lyon sur les grands événements ». Par ailleurs, l’appropriation d’un héritage commun apparaît également être un facteur stimulant pour les entités territoriales elles-mêmes, se sentant faire partie d’une « communauté au destin commun.

Créer des réseaux d’alliance à l’échelle de la métropole

La métropole lyonnaise s’élargissant constamment, la stratégie de travail du Grand Lyon épouse un périmètre de plus en plus large, celui de la Région Urbaine Lyonnaise (RUL). Dans ce cadre, les JEP représentent une occasion àsaisir pour donner de la visibilité à cette échelle d’action. L’édition 2010 des JEP a ainsi vu se développer une coopération entre le Grand Lyon et deux autres agglomérations : Saint-Etienne Métropole et la Communauté d’Agglomération de la Porte de l’Isère (CAPI). Pourcette première coopération, l’idée est de «structurer les actions autour de sujets communs au x différents territoires, et de s’appuyer sur les outils de valorisation du patrimoine exista nts ». Une thématique de travail est alors apparue évidente pour les trois agglomérations, c’est celle de l’histoire de la soie et du textile.
Pour être en phase avec la thématique 2010 des JEP,les offres présentées dans le cadre de cette coopération sont articulées autour de la famille industrielle des Gillet. Ces offres font intervenir les musées existants sur le sujet dans chacune des agglomérations (musée de Bourgoin-Jallieu, musée d’art et d’industrie de Saint-Etienne, et à Lyon le musée des Tissus, la maison des Canuts, et l’association Soierie vivante). Par ailleurs, pour respecter le caractère « inédit » des JEP, la visite exceptionnelle de certains sites a été organisée sur l’ensemble des territoires (l’usine TASE au Carré de Soie à Vaulx en Velin, l’usine pensionnat de SchwartzMontrozier à Bourgoin Jallieu, et les usines Gillet à Saint-Chamond). Enfin, un circuit parcours reliant ces trois sites est proposé sur une journée durant le week-end des JEP.
Cet exemple illustre bien la capacité des JEP à faire naître des expériences de travail entre les différents échelons politiques territoriaux. Ceci étant, des limites et nuances ont pu être énoncées quant à la légitimité territoriale decette échelle d’action. Former des « régions urbaines » et trop s’étendre géographiquement peut représenter certains risques : conflits d’intérêt entre capitales régionales et régions, perte d’une légitimité souvent fondée sur l’attachement à un lieu . En se régionalisant, le pouvoir urbain peut avoir tendance à se banaliser et à devenir un pouvoir administratif comme un autre. « Plus le pouvoir s’étale plus il tend à devenir mou ».
L’enjeu de ce type de partenariats, nés autour du patrimoine, est de pouvoir acquérir une perspective de plus long terme, en créant par exemple des passerelles avec d’autres domaines, le tourisme notamment.

Etablir une stratégie touristique à partir du patri moine ?

S’approprier un élément du territoire commun pour engager une démarche patrimoine et tourisme à l’échelle de l’agglomération ou de lamétropole, c’est l’ambition portée depuis quelques années par le réseau des « Utopies Réalisées ». Cette expérience s’est engagée à partir de 2005 entre les agglomérations du Grand Lyon et de Saint-Etienne Métropole, avec pour objectif de prendre le tourisme et la valorisation du patrimoine comme «leviers pour affirmer l’identité du territoire de la RUL, pour r approcher deux agglomérations comme Lyon et Saint-Etienne ». Cette démarche s’est effectivement initiée dans un contexte où le tourisme était essentiellement tourné vers le tourisme d’affaires, et non vers le tourisme culturel. « Le tourisme est en champ en développement. (…) Un e chose est sûre, les deux agglomérations n’ont rien à perdre et tout à gagner à travailler ensemble ».C’est vers le patrimoine XXème siècle que les deux agglomérations se sont tournées, patrimoine fortement présent dans l’environnement urbain des deux territoires. La mise en réseau de cinq sites en particulier (quartier des Gratte-ciel à Villeurbanne, Cité des Etoiles à Givors, quartier des Etats-Unis à Lyon, couvent de la Tourette à Eveux, site Le Corbusier à Firminy) résulte d’une stratégie conjointe entre culture et tourisme : «C’est une expérience pilote qui montre comment une offre peut s’adapter aux deux contextes culturels et touristiques : chacun est arrivé autour de la table avec son message, on a bâ ti le produit à partir d’un fonds culturel scientifique (thèse réalisée par l’historien Gilles Ragot), puis on a étudié la manière d’en faire une offre touristique, en réalisant un test l ors des JEP en 2004 » raconte Catherine Romeyer. Cette année pour les JEP, les sites des Utopies Réalisées mettent l’accent sur les maires et architectes qui leurs sont liées, pour s’inscrire dans la thématique 2010 des personnages.

Le rapport de stage ou le pfe est un document d’analyse, de synthèse et d’évaluation de votre apprentissage, c’est pour cela rapport-gratuit.com propose le téléchargement des modèles complet de projet de fin d’étude, rapport de stage, mémoire, pfe, thèse, pour connaître la méthodologie à avoir et savoir comment construire les parties d’un projet de fin d’étude.

Table des matières
Sommaire 
Introduction 
Pourquoi ce stage ? Motivations et choix d’orientation
Où ce choix m’a-t-il amené : quand et avec qui ?
Problématisation et sujet d’analyse de ce mémoire professionnel
Partie I: Regards sur le territoire lyonnais
I. Portrait et particularités du site
1) Une histoire urbaine de plus de 2000 ans : continuité et évolutions
2) Lyon inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco : Le Site historique
II. Organisation politico-administrative du territoire
1) La Ville de Lyon
2) … En coopération avec les institutions administratives locales
a. La ville et l’agglomération : la Communauté Urbainede Lyon
b. La ville et le département : le Rhône
c. La ville et la région Rhône Alpes
d. Faire naître des synergies entre les villes : la Région Urbaine Lyonnaise
III. Zoom sur le paysage culturel local
1) La naissance de la politique culturelle à Lyon : une filiation entre art et industrie
2) L’émergence d’un foyer de création artistique dynamique
a. Un « catalogue » d’acteurs et d’équipements culturels
b. Une politique de soutien aux activités événementielles
c. Accompagner la scène artistique par une offre de formation de haut niveau
3) Un territoire d’expérimentations : « d’autres » politiques culturelles
a. Croiser culture et politique de la ville
b. Un nouveau rapport entre l’artiste et le public
c. Favoriser l’émergence de la création contemporaine
4) Mettre en œuvre la politique culturelle : Ressources humaines et financières
5) Nuances et contre-points
a. Fragilités conjoncturelles et structurelles
b. Les revers d’une politique culturelle contrastée
Partie II : L’expérience de stage a la Mission Sitehistorique 
I. La Mission Site historique : un service à double facette
1) La Mission Site historique et la valorisation du Site Unesco : un projet culturel
transversal de la Direction des Affaires Culturelles
a. Contexte de création
b. Les exigences requises par l’Unesco
c. Les actions mises en place pour y répondre
d. Evolutions des exigences Unesco et des perspectivesde travail
e. Un service inscrit au cœur de réseaux nationaux et internationaux
2) La mission Site historique et la coordination des JEP : un service détaché du Grand Lyon
a. Mise en perspective historique
b. Les JEP à Lyon : « glissement » de regard sur la notion de patrimoine
c. Transfert de compétences et coordination partagée
II. L’expérience de stage menée à la Mission Site historique
1) Prendre connaissance des acteurs et des enjeux des JEP
a. La logique et l’esprit de la manifestation
b. Les caractéristiques du public
c. Le réseau d’acteurs locaux mobilisé
2) Concevoir : le choix d’une thématique fédératrice
a. Partager les points de vue des acteurs
b. Concilier les exigences divergentes
3) Prospecter, solliciter, impulser des initiatives : animer un réseau
a. De la thématique à l’offre : trouver des lieux « ressources »
b. Inviter l’ensemble des communes à participer
4) La mise en communication du programme : privilégierla lisibilité et l’accessibilité
a. Objectifs généraux
b. Les « kits » communication et signalétique proposésaux communes
c. Le programme papier : réalisation, diffusion et affichage
d. Les innovations mises en place pour le site Internet
e. Les « fiches visite »
f. Les opérations menées vis-à-vis de la presse
5) Mission particulière : Conception d’une exposition à l’Hôtel de Ville
a. Naissance du projet
b. Déroulé de l’expérience
Conclusion de l’expérience de stage
Partie III : Les enjeux de la coordination d’un événement culturel a l’échelle communautaire 
Introduction
Constats et questionnements
Quelques définitions : stratégie, territoire, leviers du pouvoir urbain
Problématique et axes de réflexion
I. Coordonner les JEP à l’échelle communautaire : donner une lecture culturelle du territoire
1) Une lecture élargie du patrimoine
a. Comment la conception du patrimoine s’est étirée
b. Installer une réalité territoriale tangible
2) Une lecture vivante, pour « aller à la rencontre » du patrimoine
a. « Voir le territoire autrement »
b. Le rôle du médiateur et de l’action culturelle
II. Coordonner les JEP à l’échelle communautaire : s’approprier un territoire et un héritage commun
1) Faire émerger un sentiment de « vivre ensemble », un « rituel d’agglomération »
a. Les JEP comme leviers d’intégration et de lien social
b. Vers une identification à une entité territoriale?
2) Contribuer à un « maillage du territoire » stratégique et pertinent
a. Créer une dynamique d’action partagée par l’ensemble des 57 communes
b. Créer des réseaux d’alliance à l’échelle de la métropole
c. Etablir une stratégie touristique à partir du patrimoine ?
Conclusion du mémoire
Bibliographie
Ouvrages
Articles
Travaux Universitaires 
Rapports 
Sites Internet
Table des matières 

Rapport PFE, mémoire et thèse PDFTélécharger le rapport complet

Télécharger aussi :

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.