Les effets de la politique de résorption: mobilité résidentielle et différenciation territoriale 

La mise sur agenda de la question des bidonvilles parallèlement au développement des migrations algériennes

Entre l’émergence des bidonvilles au milieu des années 1950 et l’institutionnalisation d’une politique spécifique à partir de la loi Debré de 1964, un « itinéraire institutionnel », selon les termes de Michel Marié, a permis la construction progressive d’une intervention pour résorber les bidonvilles en l’absence d’arsenal législatif.
La mise sur agenda de la problématique des bidonvilles s’ancre dans la prise en compte progressive par la puissance publique de la problématique plus globale du logement des travailleurs algériens et de leurs familles. Dans le passé, la question du logement des migrants relève d’abord d’initiatives privées et notamment patronales, complétées assez modestement par des mesures d’assistance des services de la préfecture, départementaux, municipaux ou encore par des œuvres caritatives.
Dans les dix premières années d’immédiat après guerre, l’intervention pour le logement des Algériens reste faible et se base principalement sur la mobilisation d’acteurs privés, à travers des incitations des pouvoirs publics. Ces premières mesures sont toutefois importantes car elles apportent des réponses à des situations dramatiques, mais sont surtout à l’origine de la structuration d’un paysage d’acteurs locaux, publics et privés, que nous retrouverons dans le cadre des opérations de résorption du bidonville des Buers. Face à l’accélération des migrations algériennes vers la métropole et à l’échec des mesures mises en place pour répondre à la problématique du logement des travailleurs algériens , la puissance publique va finalement se saisir véritablement de cette question en se dotant d’outils spécifiques. Un tournant s’opère alors : la question des bidonvilles, bien que présente tout au long des années 1950, s’institutionnalise et devient un objet politique.

Prémices d’une intervention en direction du logement des travailleurs algériens

Différentes initiatives vont être mises en œuvre pour répondre à la problématique du logement des travailleurs algériens et de leurs familles après la Seconde Guerre Mondiale. L’action publique en matière de logement des migrants, traversée par une oscillation entre impératifs d’assistance et d’ordre publique, repose alors essentiellement sur la mobilisation d’acteurs privés. Progressivement, une structure administrative spécialisée va se mettre en place au sein de la Préfecture du Rhône, pour organiser l’action sociale à destination des travailleurs algériens. En outre, indépendamment de l’intervention publique, le champ associatif généraliste va se saisir de cette question.

L’action sociale à destination des Algériens, entre impératifs d’assistance et d’ordre public

Le logement des travailleurs algériens n’est pas l’objet d’une politique particulière dans l’après guerre. Des interventions, impulsées par la puissance publique n’existent qu’en filigrane, par le biais d’incitations visant à mobiliser les employeurs et à inciter la création d’associations spécialisées pour l’hébergement des Nord-africains.
La mobilisation des acteurs privés : les entreprises et les associations spécialisées Dès 1948, la charge de l’assistance sociale aux travailleurs nord-africains a été partagée entre le Ministère de l’Intérieur, pour ce qui est du logement des indigents et le Ministère du Travail et de la Sécurité Sociale , concernant le logement des travailleurs salariés.
L’intervention en direction des travailleurs salariés consistent surtout à mettre en oeuvrent des mesures d’incitations auprès des employeurs pourqu’ils étendent leurs efforts pour loger les ouvriers en cantonnements d’entreprises ou qu’ils se groupent pour réaliser des logements communs à plusieurs entreprises (cantonnements interentreprises) pour le personnel nord-africain. En outre, les Préfets sont invités à susciter la création d’associations spécialisées dans l’hébergement des travailleurs algériens. Peu à peu, le périmètre de l’action gouvernementale s’étend et va s’intéresser plus globalement aux « problèmes posés par l’emploi et la main d’œuvre originaire d’Afrique du Nord et [de] promouvoir toutes les mesures propres à améliorer les conditions d’existence des travailleurs nord-africains».
L’association de la Maison de l’Afrique du Nord, créée en 1951 à Lyon est un exemple d’associations spécialisées dans le logement des travailleurs musulmans , à but exclusivement social mais sous contrôlede l’administration. De même, le centre d’hébergement nord-africain de laPart Dieu, premier lieu d’accueil des célibataires algériens entre 1946 et 1965, doté d’une capacité de 1600 lits a ainsi été créé en 1946, dans les anciennes écuries de la caserne de la Part Dieu, sur l’initiative du Préfet de l’époque, M. Grégoire, et suite à la demande de différentes associations. En 1948, l’association lyonnaise pour l’hébergement des Nord-africains (ALHNA) est créée pour gérer le centre.
Malgré une séparation, à priori stricte entre le Ministère de l’Intérieur et du Ministère du Travail et de la Sécurité Sociale, les initiatives du Ministère de l’Intérieur vont rapidement dépasser son cadre de compétence au détriment du Ministère du Travail et de la Sécurité Sociale, qui voit ses crédits relatifs aux affaires algériennes diminuer. Cette concurrence interministérielle illustre une oscillation permanente du contenu de l’action sociale à destination des Français musulmans d’Algérie, entre impératifs d’assistance et de surveillance. Une nouvelle structuration administrative, traversée par cette même dichotomie, va alors être mise en place pour gérer l’action sociale à destination de la population algérienne.

Une nouvelle architecture administrative pour l’action sociale

La prédominance de la problématique de l’ordre publique s’illustre par la création en 1952, du Service des Affaires Musulmanes , source importante d’archivespour ce mémoire, rattaché au cabinet du Ministère de l’Intérieur. Il s’ancre dans la lignée du Service des Affaires Indigènes Nord Africaines (SAINA) crée en 1934 au sein de la Préfecture du Rhône. Des administrateurs des Services Civils de l’Algérie sont mis à la disposition des Préfets en qualité de conseillers techniques. Si dans un premier temps, les compétences des conseillers techniques se limitent aux questions sociales, à savoir l’organisation de « l’assistance morale, matérielle et sociale des nord-africains ». En 1958, les prérogatives sont élargies à l’ensemble des questions relatives aux Nord-africains en métropole, en mettant l’accent sur le domaine politique et de l’information policière. Ils seront aussi des acteurs importants des politiques de résorption des bidonvilles.
Les conseillers techniques ont avant tout une mission de conseils et de coordination auprès des services administratifs et des organismes privés (dont les associations) oeuvrant en faveur des personnes originaires d’Algérie, sans pour autant se substituer à ces différents organismes.
L’autorité préfectorale, en lienavec les services départementaux de l’Etat, a ainsi la charge d’impulser et de coordonner l’action entre différents acteurs : Conseil Général, Municipalités, organismes sociaux privés pour à la fois créer une offre d’hébergements spécialisés et améliorer l’offre existante (respect de la législation sur les garnis par exemple). A travers la construction de foyers et la structuration du Service des Affaires Musulmanes se pérennise une gestion spécifique de l’immigration algérienne, les foyers étant réservés exclusivement aux travailleurs nord-africains.
En outre, le champ associatif caritatif généraliste n’est pas totalement absent de cette problématique et développe lui aussi des réponses spécifiques à destination des travailleurs algériens.

Des associations généralistes oeuvrant pour le logement des algériens : une réponse à la marge

La naissance d’associations généralistes autour de laquestion des sans logis, comme le foyer Notre Dame des sans abris (FNDSA), l’Armée du Salut, ou encore le Comité lyonnais de secours aux sans logis et aux sans abris (suite à l’appel del’Abbé Pierre en 1954) est révélatrice des carences de l’Etat pour répondre à l’urgence des besoins de logement.
Dans ces organismes, l’accueil est inconditionnelet les Algériens sanslogis sont d’abord accueillis dans des centres d’accueil généralistes. Par la suite, un certain « tri » s’opère et des solutions d’accueil ségrégatives sont envisagées : « Aidez nous à ouvrir de petits dortoirs pour nord africains comme ceux que nous avons organisés Montée d’Allouche et rue Smith. Il faut un local et quelques bonnes volontés. Nous ne pouvons pas prendre tous les nordafricains qui se présentent rue Dumoulin. Ils rempliraient le Foyer et il n’y aurait plus de place pour les autres, pour les vieux de chez nous qui risquent de mourir de froid dans la rue. Comme le Foyer a été construit pour ces derniers, nous n’accepterons les Nord-africains que dans une certaine proportion, ½, 3/5 au plus. Et au bout d’un mois, il faut les renvoyer pour faire de la place » .En effet, dès 1952, un centre d’hébergement pour Nord-africains est ouvert par le FNDSA dans la Montée d’Allouche . Ces différentes initiatives privées spécifiques pour les Nord-africains resteront toutefois à la marge quantitativement et ces derniers seront aussi accueillis dans des foyers « classiques ».
L’attention se focalise alors sur la problématique du logement en général, sans pour autant se concentrer précisément sur les bidonvilles, ou seulement par le biais d’interventions ponctuelles : pendant les hivers 1954 et 1956, des couvertures ont été distribuées ainsi que des appareils de chauffage dans les bidonvilles ; ou encore, les compagnons bâtisseurs sont venus réparer des cabanes…
Les associations caritatives interviennent en effet auprès d’individus,comme des palliatifs dans des situations d’urgence, sans avoir les moyens d’agir à une échelle plus large.

Faiblesse de l’intervention publique et absence de dispositions pour les familles

Malgré ces différentes initiatives, les capacités d’hébergement, générées par la puissance publique ou d’initiatives strictement privées, augmentent trop faiblement par rapport à l’afflux de travailleurs algériens. En 1951 , sur 5 489 travailleurs nord africains dans l’agglomération lyonnaise, 26% sont hébergés dans des foyers ou par les employeurs (814). En 1954 , sur 10 200 travailleurs salariés, 3370 travailleursalgériens (33%) sont hébergés par leurs employeurs ou dans des foyers d’initiativespubliques gérés par des associations nordafricaines : le centre de la Part Dieu géré par l’association lyonnaise pour l’hébergement des nord-africains, le centre de la Doua géré par l’association de la Maison de l’Afrique du Nord et le centre de Gerland géré par association lyonnaise pour l’hébergement des Nord-africains de Lyon-Gerland . Deux tiers des travailleurs algériens sont donc logés par leurs propres moyens, et plus de 80% au regard de l’ensemble de la population nord-africaine (comprenant donc les « non travailleurs »). En 1955, un tiers dela population nord-africaine vit en effet dans des hôtels, des meublés, des garnis, des locaux impropres à l’habitation, ou encore des bidonvilles.
Le développement de foyers cache aussi une autre réalité qui va à l’encontre de la vision gouvernementale d’une immigration algérienne provisoire composée d’hommes seuls.
L’immigration algérienne est aussi familiale et s’accélère particulièrement à partir du milieu des années 1950 dans le contexte de la guerre d’Algérie. Faute de structures adéquates, ces familles ont recours à l’habitat précaire et insalubre. En effet, le logement des familles algériennes semble à priori exclu des dispositifs de gestion officiels qui se concentrent sur les travailleurs algériens salariés, intégrés à l’économie nationale. En 1955, Mme Massenet, membre du conseil d’administration de la Maisonde l’Afrique du Nord et épouse du Préfet de l’époque, interpelle les pouvoirs publics pour qu’ils s’attachent à ce « dossier de la peur ».
Le constat d’échec de ses dispositifs, le début de la Guerre d’Algérie en 1954 et la prolifération des bidonvilles aux abords des centres urbains poussent alors les pouvoirs publics, et tout particulièrement le Ministère de l’Intérieur, à placer « le problème social de l’hébergement des travailleurs algériens résidant en France [est] au premier plan des préoccupations du Gouvernement» marquant ainsi un tournant dans l’institutionnalisation d’une politique du logement en direction des Algériens par la création d’outils spécifiques.

Construire une politique du logement pour les travailleurs et les familles algériennes : la Sonacotral et le Fonds d’Action

Sociale (F.A.S)

Le contexte de guerre d’Algérie va cristalliser en 1956 l’attention des pouvoirs publics sur les conditions de vie des travailleurs algériens enmétropole, et notammentdans les bidonvilles.
Le bidonville est alors érigé en objet politique, au croisement d’une imbrication d’enjeux. La Sonacotral, organisme de construction de logements pour les travailleursalgériens et leurs familles, et le F.A.S, un fonds social finançant l’action sociale à destination de la population algérienne, sont créés. Ils deviennent alors les outils privilégiés pour répondre à la problématique du logement, mais aussi résorber les bidonvilles.

La Sonacotral et le F.A.S , des logiques d’actions multiples

La création de la Sonacotral, Société nationale de construction de logements pour les travailleurs algériens et leurs familles, par laloi du 4 août 1956, est l’un des outils majeurs de l’intervention publique sur la question du logement des travailleurs algériens. Portée par le Ministère de l’Intérieur, cette société d’économie mixte a pour objet « le financement, la construction, l’aménagement de locaux d’habitation destinés aux Français musulmans originaires d’Algérie venus travailler en métropole et à leurs familles ». Sa création inaugure ainsi une grande période de construction de foyers de travailleurs et de cités de transit.
Dans sa thèse, Marc Bernardot identifie plusieurs types delogiques d’actions qui ont motivées la création de la Sonacotral. La dimension d’ordre publiqueest prégnante comme l’illustre le fait que le projet soit issu duMinistère de l’Intérieur. L’amélioration des conditions de vie des travailleursalgériens dans un contexte deGuerre d’Algérie devient en effet une priorité. La prolifération des bidonvilles aux abords des centres urbains apparaît alors comme une menace. Ces occupations illégales, dans lesquels les habitants auraient une vie supposée en vase clos, font alors craindre l’émergence d’un « deuxième front », d’un vivier de revendications nationalistes. En outre, renouant avec des considérations morales et hygiénistes présentes autour du logement ouvrier au XIXe siècle, le bidonville est aussi associé à une idée de déperdition morale, dedanger ainsi qu’à la maladie. La dimension solidariste par le constat de conditions d’habitat des travailleurs algériens inacceptables est aussi présente, mais elle apparaît intimement liée aux priorités économiques et à la nécessité d’élargir les capacités d’accueil des travailleurs. En outre, l’urbanisation croissante des villes et la nécessité de dégager des terrains fonciers pour construire placent les bidonvilles au centre des préoccupations gouvernementales.
L’importante politique, des foyers collectifs et des cités de transit pour les familles, développée par la Sonacotral, à partir de 1956, est donc inséparable de la question de la résorption des bidonvilles.
Parallèlement à la création de la Sonacotral, répondant pour beaucoup à des logiques d’encadrement et d’ordre public, la mise en place d’une délégation à l’action sociale pour les français musulmans d’Algérie sous l’égide de Michel Massenet, rattachée à la présidence du Conseil, marque la volonté de dissocier l’action sociale des logiques de maintien de l’ordre. L’outil principal de cette délégation est le fonds d’action sociale pour les travailleurs musulmans d’Algérie en métropole et pour leurs familles (F.A.S) créé dans le cadre du Plan de Constantine en 1958. Le F.A.S est financé en grande partie par le système national d’allocations familiales : une grande partie des familles de travailleurs algériens, résidant en Algérie n’ont perçu qu’une partie de leurs allocations familiales dégageant ainsi un excédent de 60 millions de francs entre 1946 et 1956 . Ce fonds est destiné à « promouvoir une action sociale familiale en faveur des salariés travaillant en France métropolitaine dans les professions visées par le régime algérien d’allocations familiales et dont les enfants résident en Algérie » . Les financements du F.A.S s’orientent alors particulièrement vers le soutien à la construction de foyers et de cité de transit pour les travailleurs et les familles algériennes.
La création de la Sonacotral et du FAS marquedonc l’émergence d’outils qui structurent peu à peu une politique pour le logement des travailleurs algériens et de leurs familles, étroitement liée aux problèmes des bidonvilles.

Des outils pour la résorption des bidonvilles

Dans un contexte de guerre d’Algérie, le bidonville devient alors un objet politique qui requiert des mesures spécifiques. Dotée de nouveaux outils, la Sonacotral et le FAS, l’intervention publique, alors quasiinexistante, se transforme pour laisser place à une action coordonnée.
« Nous avons trouvé pour accomplir cet effort gigantesque, par rapport à nos moyens, un autre concours encore plus important que celui de la Mairie, c’est celui de la Préfecture et du Ministère de l’Intérieur. Par l’intermédiaire de M. Georges Martin, attaché au Cabinet du Préfet et M. Michel Massenet dans le Fonds d’Action Sociale de Paris qui s’occupe de la Sonacotral du logement des travailleurs musulmans, la Préfecture va s’intéresser vivement à l’assainissement des bidonvilles de Lyon, car ceux-ci étaient, pour plus de la moitié, habités par des Nord-africains» nous rapporte au début des années 1960, Gabriel Rosset, président du foyer Notre Dame des sans abris.
En mars 1959, le gouvernement donne l’ordre de mettre en place un plan de liquidation des bidonvilles chargé de résoudre cette question avant l’année 1961 . Ce plan de liquidation, qui se soldera néanmoins par un échec, s’appuie particulièrement sur la Sonacotral et le F.A.S.
La même année, la Sonacotral devient l’instrument privilégié de résorption des bidonvilles à travers la construction de foyers . L’action de la Sonacotral avait d’abord été mise en difficultés par les réticences de municipalités à laconstruction de foyers de travailleurs sur leur territoire. En 1959, pour faire face à ces obstacles et récupérer des terrains, la Sonacotral va proposer aux municipalités de résorber leurs sites bidonvillisés, devenant ainsi un acteur central des opérations de résorption des baraques.
La Sonacotral va aussi s’intéresser au logement des familles algériennes. En effet, « si la Sonacotral a consacré ses premiers efforts à la construction de logements destinés aux travailleurs vivant en célibataire, qui étaient les plus défavorisés, elle se préoccupe aussi de trouver une solution au problème angoissant des familles résidant dans les bidonvilles».
Des cités de transit, logement transitoire pour les familles doublé d’une action sociale, vont être édifiées. Parallèlement, des filiales Hlm, la Logirel dans l’agglomération lyonnaise, vont être créées à partir des années 1960 offrant ainsi des solutions durables aux familles algériennes.

Construction d’une politique de résorption : l’exemple du bidonville des Buers

Erigé en objet politique, le bidonville devient unespace problématique qui retient l’attention des pouvoirs publics. Des processus de régulation sont alors mis en place, à travers l’identification d’acteurs administratifs et la définition d’outils spécifiques, pour résorber les bidonvilles. Si ces différents éléments définis au niveaunational esquissent les contours d’une intervention publique, il est intéressant de s’interroger plus précisément sur le contenu et le sens des opérations d’évacuation déclinées au niveau local : qui sont les acteurs en présence et comment interviennent-ils ? Comment supprime-t-on concrètement un bidonville ? Quels dispositifs sont mis en place à l’adresse des populations pour penser leur relogement ? Comme nous l’avons vu dans la première partie, la mise sur agenda des bidonvilles est traversée par différentes logiques que nous allons retrouver dans les différentes étapes de la résorption.
Ainsi, dans un premier chapitre, nous nous intéresserons à l’opération « anti-bidonvilles et d’assainissement des îlots insalubres » mise en place en 1958 dans l’agglomération lyonnaise, basée sur un principe de relogement préalable, en portant une attention particulière aux acteurs intervenant dans la résorption. Dans un second chapitre, nous reviendrons sur les étapes et la méthodologie utilisées pour évacuer les Buers. Enfin, un troisième chapitre sera consacré aux solutions de relogement envisagées, qui organisent une gestion de l’immigration algérienne, et plus largement des sans logis, par un habitat spécialisé.

L’opération dite « anti-bidonvilles et d’assainissement des îlots insalubres» à partir de 1958 dans l’agglomération lyonnaise

« C’est ainsi qu’allait commencer pour nous, en1960, la période des grandes opérations de résorption des bidonvilles avec uneaide accrue de la Mairie, du Conseil Général et du Fonds de l’Action sociale» nous rapporte le Foyer Notre Dame des Sans Abris dans un article daté de 1974, publié dans sa revue l’Arche sous l’arc-en-ciel.
La « période des grandes opérations de résorption des bidonvilles » commence en réalité deux ans plus tôt. Consécutivement aux orientations prises au niveau national, une opération dite « anti-bidonvilles et d’assainissement des îlots insalubres» est lancée par la Préfecture du Rhône dès le 1 Janvier 1958. Cette vaste intervention permet la résorption d’une quinzaine de baraquements dans l’agglomération lyonnaise avant la date de promulgation de la loi Debré sur les bidonvilles en décembre 1964.

Présentation des acteurs locaux mobilisés dans la résorption du bidonville des Buers

L’action sociale à destination des travailleurs « nord-africains », comme nous avons analysé dans la première partie, n’est pas nouvelle et repose sur une étroite collaboration entre acteurs publics et acteurs associatifs.
La priorité donnée à la résorption des bidonvilles à partir de 1958 réaffirme le rôle de ces acteurs locaux, issus d’initiatives privées ou publiques. Ces derniers concourent fortement au développement d’une offre de relogement, aux côtés de la Sonacotral et s’ancrent dans une relation partenariale ambivalente avec les pouvoirs publics.
Le foyer Notre Dame des sans abris, le Comitélyonnais de secours d’urgence aux sans logis et mal logés, la Maison de l’Afrique du Nord, et le Pact , que nous allons présenter par la suite, sont des acteurs centraux de larésorption du bidonville des Buers.

Des jeux d’acteurs : entre partenariat et contrôle

En février 1958, dans son rapport mensuel au Ministère de l’Intérieur , Georges Martin, conseiller technique pour les affaires musulmanes, définit les associations comme « les instruments de l’action sociale entreprise en faveur des travailleurs algériens», il ajoute qu’ « il convient néanmoins d’exercer sur les associations privées, un tutelle financière technique souple mais efficace pour contrôler leurs activités». Cet encadrement passe, au niveau national, par l’octroi ou non des subventions provenant du Ministère del’Intérieur ou encore du Fonds d’action sociale (F.A.S). D’autres sources de financement au niveau local sont aussi mobilisées. Elles proviennent essentiellement du Conseil Général du Rhône et des Municipalités. L’intervention publique sur les bidonvilles passe donc par un subtil partenariat avec les associations qui ont un rôle à la fois de partenaires mais aussi de délégataires de l’action des pouvoirs publics.

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Table des matières
INTRODUCTION 
PARTIE I: Recomposition et prise en compte par les pouvoirs publics des bidonvilles dans l’agglomération lyonnaise à la fin des années 1950
Chapitre I. Le bidonville : un objet à la croisée des politiques du logement et des politiques migratoires
I. Villeurbanne, une intervention municipaleen faveur du logement social, insuffisante pour contrecarrer la crise du logement au sortir de la Seconde Guerre Mondiale
1. Une tradition d’urbanisme social développée dans l’entre deux guerres
2. Le Plan Courant : relance et diversification de la production de logement
II. Les immigrés aux portes du logement
1. L’essor des migrations algériennes dans le Rhône à l’heure des Trente Glorieuses
2. Des formes d’habitats précaires : du garnis au bidonville
Chapitre II. Le bidonville des Buers au cœur de l’agglomération lyonnaise 
I. Le temps des bidonvilles (1950-1970)
1. Panorama des bidonvilles en France
2. Les bidonvilles de l’agglomération lyonnaise
II. Le bidonville des Buers
1. Genèse du bidonville des Buers
2. Vivre au bidonville au temps de laGuerre d’Algérie
Chapitre III. La mise sur agenda de la question des bidonvilles parallèlement au développement des migrations algériennes 
I. Prémices d’une intervention en direction du logement des travailleurs algériens
1. L’action sociale à destination des Algériens, entre impératifs d’assistance et d’ordre public
2. Des associations généralistes oeuvrant pourle logement des algériens : une réponse à la marg
3. Faiblesse de l’intervention publique et absence de dispositions pour les familles
II. Construire une politique du logement pour les travailleurs et les familles algériennes : la Sonacotral et le Fonds d’Action Sociale (F.A.S)
1. La Sonacotral et le F.A.S, des logiques d’actions multiples
2. Des outils pour la résorption des bidonvilles
PARTIE II : Construction d’une politique de résorption : l’exemple du bidonville des Buers
Chapitre 1. L’opération dite « anti-bidonvilles et d’assainissement des îlots insalubres» à partir de 1958 dans l’agglomérationlyonnaise
I. Le relogement comme préalable à la résorption : enjeux et conséquences
II. Présentation des acteurs locaux mobilisés dans la résorption du bidonville des Buers
1. Des jeux d’acteurs : entre partenariat et contrôle
2. Les associations au front sur le bidonville des Buers
Chapitre II. Les étapes du processus de résorption du bidonville des Buers
I. Des temps d’intervention différenciés
1. Expulser les travailleurs vivant encélibataire
2. Expulser les familles
II. Les étapes d’une opération de résorption
1. Préparer l’opération de résorption
2. Destruction du bidonville et mesures préventives
Chapitre III : Le relogement : le foyer de travailleurs et la cité de transit 
I. Une politique de foyer pour les travailleurs vivant en célibataire
II. Penser le relogement des familles
1. Un nouveau paradigme : le logement des « inadaptés »
2. Deux exemples d’habitat transitoire et éducatif
III. Des résistances à l’édification des foyers d’hébergement et des cités de transit
PARTIE III : Les effets de la politique de résorption: mobilité résidentielle et différenciation territoriale 
Chapitre 1. Mobilité résidentielle : entre mobilité choisie et mobilité subie 
I. L’importante mobilité à destination du bidonville de Buers:un obstacle à la politique de résorption
II. Développement de stratégies à la marge de la procédure officielle
1. Circulation entre les bidonvilles : des Buers au bidonville de la Boulangère
2. Mobilisation collective au 55 chemin des Buers
Chapitre II. Le relogement en cités de transit : une solution temporaire vers le logement social ? 
I. Sortir du transit : les difficultés d’accès au logement social
1. L’allongement de la durée du transit
2. Des obstacles à la sortie du transit età l’entrée en logement Hlm
II. La cité de transit : permanence d’un segment d’habitat spécifique
1. La cité de transit comme « définition territoriale » particulière
2. Accentuation de la différenciation sociale et spatiale
CONCLUSION
ANNEXES 
Annexe 1 : Liste des sigles utilisés
Annexe 2 : Il n’y a plus de bidonvilles à Lyon…mais deux problèmes restent à résoudre : les garnis nord-africains et le logement des travailleurs étrangers, article paru dans le Progrès, 30 juillet 1964
Annexe 3 : Photographies de la cité Arc-en-ciel de Vaux en Velin et des bungalows de la Feyssine.
BIBLIOGRAPHIE
RESUME

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