LES DISCOURS POLITIQUES AU SENEGAL

LES NOTIONS DE COHERENCE ET DE COHESION

    S’inscrivant dans les champs de la sémantique, de la pragmatique, de l’analyse conversationnelle, de la linguistique de l’énonciation, l’étude de la cohérence et de la cohésion a beaucoup préoccupé les structuralistes, qui y voient un élément important pour l’évolution de la linguistique textuelle. En effet, pour « éviter que les arguments ne s’amoncellent sans aucun critère logique et que le discours ne soit par conséquent vacillant, dépourvu de direction et de cohérence » (1999 : page 109), ou qu’il se métamorphose « en coq à l’âne » Oswald Ducrot, Dire et ne pas dire, 1972 : page 87, le texte doit former un tissu d’éléments linguistiques constituant un ensemble construit, composé et uni. Définie dans le Petit Robert comme étant le « rapport étroit d’idées qui s’accordent entre elles », la cohérence engloberait à nos yeux plusieurs dimensions ; syntaxique, communicative, et pragmatique. D’abord, L’auteur doit s’assurer que les marques linguistiques, dans leurs relations intratextuelles fassent l’objet d’un enchainement harmonieux ; ensuite, il faut que le discours qui y est produit émane d’une instance sociale (émetteur), à l’intention d’une autre instance de même nature (récepteur) ; et enfin, l’auteur doit être animé d’une intention manifeste de produire un message, tout en s’attendant à une réaction immédiate de la part de son destinataire. Cela voudrait dire qu’il ne suffirait pas pour épuiser le sens de la notion de cohérence, de se focaliser que sur le cotexte, même si au premier abord, celui-ci semble y représenter l’élément de base. Le contexte de production du message est donc indispensable, pour réunir les procédés définitoires à partir desquels, on peut distinguer la cohérence de ce qu’elle n’est pas. Etudier la cohérence d’un texte, c’est établir une parfaite singularité entre le texte et son contexte, en faisant appel à la fois aux propriétés formelles, sémantiques, et cognitives. « La cohérence renvoie aux propriétés du texte ou du discours qui assurent son interprétabilité. Il n’est pas nécessaire, pour qu’un texte soit cohérent, que ses propriétés formelles indiquent explicitement les relations entre énoncés » Moeschler Jacques et Anne Reboul, Dictionnaire encyclopédique de pragmatique, 1994 : page 463. Considéré comme le produit fini de l’énonciation, l’énoncé ainsi conçu doit orienter le lecteur, en lui permettant de se projeter à l’acte d’énonciation, par le biais de la deixis et de la modalisation. L’énonciateur ne peut négliger cet effort, consistant à s’impliquer dans son énoncé, s’il est animé par le souci d’obtenir une réaction de la part de son destinataire. L’étude de la cohérence s’articule donc autour d’une double dimension ; la dimension énonciative et la dimension pragmatique. La cohérence du discours est ce qui permet de l’interpréter. Elle renvoie à la fois à deux fonctions essentielles du langage : la fonction de représentation (le langage permet de décrire et de se représenter le monde), et la fonction d’action (le langage permet d’agir et d’interagir avec autrui par le biais des actes de langage) (Nuchèze et Coleta, Guide terminologique pour l’analyse du discours, 2002). La cohésion quant à elle, s’instaure par le biais d’un système de reprises anaphoriques, qui renouvèle le texte en le faisant progresser vers la fin. Elle est souvent considérée comme relevant de la structure interne du texte. Autrement dit, elle désigne « l’ensemble des moyens linguistiques qui assurent les liens intra – et inter phrastiques » Jaubert Anna, Cohésion et cohérence : étapes et relais pour l’interprétation, 2005 : page 4. N’ayant rapport qu’avec le cotexte, et ne se limitant qu’aux propriétés syntaxiques, la cohésion ne devrait aucunement être confondue à la cohérence. Pour étudier la cohésion, il faut, comme le rappelle la démarche pédagogique de Charolles, « examiner le moindre texte écrit ou la moindre transcription de l’oral pour relever toutes sortes d’expressions indiquant que tel ou tel segment doit être relié de telle ou telle façon à tel ou tel autre » Charolles, Cohésion, cohérence et pertinence du discours, 1995 : page 1. L’examen d’un texte ou d’une transcription permet souvent de « dresser un inventaire raisonné et exhaustif des différents systèmes de marques de cohésion » (1995 : page 1), qui seuls rendent compréhensibles les relations entre les énoncés, et la différence entre les notions de cohérence et de cohésion. Pour Mathilde Salles (2006) comme pour de nombreux autres chercheurs, la différence entre ces deux notions relève d’un « consensus » ; consensus qui se vérifie fort aisément dans les dictionnaires spécialisés. « Ceux-ci relient, en effet, régulièrement la cohérence à l’interprétabilité du texte ou du discours et la cohésion aux moyens linguistiques (anaphores, répétitions, ellipses, connecteurs, etc.) qui permettent d’assurer lien et continuité » Salles Mathilde, Cohésioncohérence : accords et désaccords, 2006 : page 2, introd. Ce que semble défendre Mathilde Salles à travers ses réflexions, c’est que la cohésion est loin d’être un baromètre pour mesurer la cohérence des textes, mais peut parfois constituer un facteur d’incohérence quand elle fait défaut. Le pair cohérence-cohésion relève donc d’une dialectique, puisque les deux notions semblent à la fois complémentaires et antagonistes. Pour Maria Chuy et Fabienne Rondelli (2010), la cohésion et la cohérence sont plus complémentaires qu’antagonistes. En effet, les marques cohésives favorisent souvent une bonne interprétation du texte, tout en conférant à l’auteur des capacités à pouvoir maintenir sa cohérence au plus haut niveau (Chuy Maria et Fabienne Rondelli, Traitement des contraintes linguistiques et cognitives dans la construction de la cohérence textuelle, 2010). Dans tous les cas, les notions de cohérence et de cohésion constituent une logique dans laquelle l’argumentateur est contraint à s’inscrire, pour poser des énoncés construits, unis et interprétables. Mais pour qu’un texte réponde à la fois aux exigences de cohésion et de cohérence, il nous semble indispensable que son auteur aille puiser dans le système linguistique, des éléments de liaison qu’on appelle souvent connecteurs.

LE DISCOURS POLITIQUE ET LA RHETORIQUE

    S’inscrivant dans une logique de conquête de pouvoir, et inclus dans un dispositif communicationnel qui est orienté au service d’un enjeu de pouvoir (Charaudeau Patrick, pathos et discours politique, 2008), le discours politique est considéré depuis son apparition dans la Grèce classique, comme un art de convaincre ou de persuader la cité dans le but de la gérer de son mieux. Dans l’époque aristotélicienne, le délibératif était le genre le plus sollicité lorsqu’il était question de débattre sur les affaires publiques. Dans un contexte qui était marqué par l’expansion de la rhétorique, l’utilisation de celle-ci devenait inéluctable. Dès lors, pour prendre la parole en public, tout en espérant l’adhésion des auditeurs aux thèses qu’on présentait à leur assentiment ; il fallait d’abord occuper un rang social élevé, et avoir le charisme qui seyait (ethos) ; ensuite, maitriser la langue afin de fournir dans son discours une configuration propre à la séquence argumentative (logos) ; et enfin, manifester un certain attachement avec son auditoire (pathos) ; activité qui revenait à utiliser la rhétorique au service de l’argumentation politique. La rhétorique et le discours politique semblent donc intimement liés. En effet, Peu d’auteurs se sont penchés sur le discours politique, sans pour autant tenir compte du phénomène grandissant des passions au sein des discours politiques. En orientant ses réflexions vers l’enjeu de persuasion dans le discours politique, Charaudeau (2005) reprend Cicéron (1966), Perelman (1970), puis Plantin (1990), pour dévoiler la place centrale qu’occupent les passions dans l’argumentation politique. Deux types de raisonnement constituent l’essentiel de ses travaux ; le raisonnement « éthique » et le raisonnement « pragmatique » Charaudeau Patrick, Quand l’argumentation n’est que visée persuasive, l’exemple du discours politique, 2005 : page 32. Le raisonnement éthique est un raisonnement qui va dans le sens, de développer des croyances relatives à l’idéologie qu’on revendique, et qu’on veuille faire croire aux masses. Autrement dit, le raisonnement éthique « vise à faire adhérer les individus à une idée simple qui devrait constituer le principe de leur adhésion au projet politique qui leur est proposé » (2005 : page 32). Le raisonnement éthique ne se résume pas pour autant à l’image incarnée par le locuteur politique, mais prend celle-ci comme point de départ. Le raisonnement pragmatique quant à lui, est celui dit subversif, c’est-à-dire celui qui est destiné à pousser l’auditoire à agir dans le sens voulu par l’argumentateur politique (2005). Prenant le débat électoral comme genre de prédilection, Gilles Gauthier y révèle une argumentation stratégique fort importante. En effet, le débat électoral se présente le plus souvent sous forme de « duel au cours duquel les opposants cherchent tout autant à faire prévaloir leur point de vue qu’à discréditer celui de l’adversaire », Gauthier Gilles, L’argumentation stratégique dans la communication politique : le débat télévisé l’allier Bertrand, 1990 : page 115. Tout cela, implique une argumentation plus passionnelle que rationnelle, une argumentation qui est tourné vers des tentatives de séduction (1990), et où on se préoccupe le plus du charisme de l’orateur, que du programme électoral qu’il veuille mettre en exécution. Il est clair, que cet « agir sur l’autre » qui caractérise le débat électoral, a poussé Gilles Gauthier (1990) à s’intéresser à la magie des arguments ad hominem, qui consistent en une attaque de face, mettant en contradiction la personne de l’orateur avec les valeurs idéologiques qu’il défend.

LES ENJEUX DEMOCRATIQUES

    Fragilisées par l’autocratie du régime libéral pendant douze années de dictature, les institutions sénégalaises étaient presque au bord de la rupture, avant l’arrivée de la seconde alternance au pouvoir. Affecté par des caprices de vieillesse, et influencé par des militants qui risquaient d’être inculpés pour enrichissement illicite, le Président Wade voulut forcer le destin. Considérant que son premier mandat était acquis sous la constitution de 1963, le Pape du Sopi trouva légitime de briguer un troisième mandat. Polémique ! Malgré la pression qu’exerçaient l’opposition et l’opinion internationale, le conseil constitutionnel finit par trancher en sa faveur, en lui validant une participation à la prochaine élection présidentielle. Une des règles fondamentales qui régissaient la forme gouvernementale sénégalaise fut violée, aux yeux de certains observateurs. Les évènements préélectoraux furent alors marqués par un climat de tension, car les soulèvements populaires avaient été réprimés dans le sang. A Dakar, La Place de l’Obélisque fut le lieu privilégié des jeunes du mouvement « y’en a marre », le mouvement du 23 juin, plus connu sous le nom de M 23. Ce mouvement était dirigé par le journaliste Fadel Barro et les rappeurs de Keur Gui. Déchainés par la fureur, et soutenus par les leaders politiques de l’opposition ; à l’image de Cheikh Bamba Dieye, le leader du FSDBJ, Ibrahima Fall, Idrissa Seck, et d’autres cadors de l’arène politique, ils s’adonnent au rapport de force pour sonner le glas du cycle infernal de l’instabilité institutionnelle. En plus de la candidature controversée de Wade, les membres de l’opposition étaient contre la rupture unilatérale du consensus autour du bulletin unique, et le découpage administratif. Parmi les candidats de l’opposition, Macky Sall fut le seul à avoir opté pour une posture pacifique, en faisant profil bas. Une stratégie qui fut payante, car c’est lui qui sera élu quatrième Président de la République du Sénégal, à l’issue d’un second tour catastrophique pour le Président sortant. Dès son accession à la souveraineté internationale, Le Président Sall se crée un slogan, « la patrie avant le parti ». Ce slogan traduisait une volonté manifeste de refonder les institutions, de stabiliser le système politique de façon sobre et vertueuse, et en même temps de veiller à l’amélioration des conditions de vie des populations sans aucune forme d’abus de pouvoir. Partageant la même « vision » que le chef de l’Etat, Mouhammed Dion devra veiller à cette volonté de faire prévaloir les intérêts du peuple sur ceux du parti. Ces intérêts sont défendus par le parlement qui incarne ici la souveraineté populaire, et qui donne à cette déclaration de politique générale un enjeu démocratique incommensurable.

LA REALISATION ENONCIATIVE DE L’ETHOS DE DION

    « Monsieur le Président de l’assemblée nationale, Honorables députés. En me présentant devant cette auguste assemblée, j’éprouve un profond sentiment de fierté. La fierté de vivre dans un pays où l’enracinement de la culture démocratique, permet à tous moments un dialogue fécond, entre les pouvoirs exécutif et législatif. La fréquentation assidue de ce lieu au cours des années 2007 et 2008, m’a permis de conforter la haute idée que je me suis toujours faite de cette institution, et de la noble mission que vous y exercez avec dévouement au nom du peuple » Mouhamed Dion reflète ici l’image d’un homme d’Etat qui respecte le cadre institutionnel dans lequel il effectue sa prise de parole. Le qualificatif « auguste » à valeur axiologique, lui permet de l’apprécier à sa juste valeur. Les emplois alternés du « je » et du « vous » font de lui une personnalité qui accepte cette séparation des pouvoirs, et le principe démocratique qui prévaut sur les intérêts personnels. Les appréciations d’ordre éthique comme « noble » et « avec dévouement », font de lui un ministre animé de rigueur et de conviction. « Vous comprenez donc mon émotion et ma fierté, ici investi de la confiance du Président de la République, son excellence Monsieur Macky Sall, pour décliner sa vision du développement économique et social de notre pays, et en même temps sacrifier à une tradition républicaine bâtie autour d’un idéal, servir notre peuple. Oui nous avons choisi de vivre en République, et donc d’être au service de notre peuple ! Servir notre peuple, c’est avant tout faire le choix de veiller sur ses intérêts, c’est œuvrer à réaliser ses aspirations, c’est travailler à réaliser ses attentes, et à traduire son rêve en une réalité quotidienne. Servir notre peuple, c’est faire le choix d’exalter la vertu de combattre l’injustice, de protéger les plus faibles, de promouvoir la démocratie, la transparence et l’équité » La redondance du groupe verbal « servir notre peuple » n’est pas fortuit ; il traduit l’image d’un patriote voué à la cause sociale. Les procédés définitoires qu’il utilise pour délimiter le sens du slogan « servir notre peuple », sont déjà encrés dans la mémoire collective, mais ils lui permettent de montrer qu’il est conscient des « aspirations » et des « attentes » du peuple sénégalais. Il fait de « la vertu de combattre l’injustice » une valeur partagée, auquelle il invite ses compatriotes pour leur offrir l’image d’un idéaliste épris de justice. Le « nous » est celui d’un unificateur. « Le chef de l’Etat m’a honoré de sa confiance, en me confiant la mission de conduire le gouvernement, chargé de réaliser ses ambitions pour le Sénégal. Je me ferai un devoir de le servir avec loyauté et fidélité, pour par un engagement sans réserve et sans limites, avec toute l’équipe gouvernementale à mes côtés » Ici, les emplois de la première personne révèlent l’image d’un premier ministre responsable et autoritaire, qui rappelle à l’auditoire son nouvel statut. Par le biais de l’acte promissif « je me ferai », il exprime son sens de l’engagement qu’il compte respecter « avec loyauté et fidélité ». L’emploi du futur montre qu’il est ambitieux et conscient de l’horizon d’attente. « Cette exaltante mission qui vaut tous les sacrifices nous impose un devoir de dialogue, un devoir de partage, mais également un devoir de transparence. Nous sommes donc venus partager avec vous Monsieur le Président, honorables députés, avec nos compatriotes d’ici et de la diaspora, une grande et généreuse ambition pour le Sénégal, une ambition bâtie autour d’une vision qui transcende les générations »

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Table des matières

INTRODUCTION
CHAPITRE I : PROBLEMATIQUE DE LA RECHERCHE
1-1- LES QUESTIONS DE RECHERCHE
1-2- LES HYPOTHESES
1-3- LES OBJECTIFS
1-4- LA METHODOLOGIE
1-4-1- LA METHODOLOGIE DE LA RECHERCHE
1-4-2-LA METHODOLOGIE DE L’ANALYSE ET DE L’INTERPRETATION DES DONNEES
1-5- LA REVUE DE LITTERATURE
CHAPITRE II : THEORIES SUR L’ARGUMENTATION ET LE DISCOURS POLITIQUE
2-1- LE CADRE THEORIQUE ET CONCEPTUEL
2-1-1-QUELQUES THEORIES RELATIVES A NOTRE OBJET D’ETUDE
2-1-2- DES CONCEPTS OPERATOIRES
2-2-2- LES CONNECTEURS
2-3- LE POIDS DES STRATEGIES DE L’ARGUMENTATION
2-4- LES ARGUMENTS
2-5- UN TYPE DE DISCOURS : LE DISCOURS POLITIQUE
2-5-1- LA NOTION DE DISCOURS POLITIQUE
2-5-2- LE DISCOURS POLITIQUE ET LA RHETORIQUE
CHAPITRE III : ARGUMENTATION ET ENJEUX DISCURSIFS DANS LA DECLARATION DE POLITIQUE GENERALE DE DION
3-1- LES ENJEUX DISCURSIFS
3-1-1- LES ENJEUX SOCIO-POLITIQUES
3-1-2- LES ENJEUX DEMOCRATIQUES
3-1-3- LES ENJEUX DIPLOMATIQUES
3-2- LES CONDITIONS DE POSSIBILITE DISCURSIVES
3- 3- LES POSITIONS ET LES POSTURES DE QUELQUES ENONCIATEURS
CONCLUSION
BIBLIOGRAPHIE

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