Les difficultés de maîtriser l’internationalisation d’un modèle spécifique et imparfait 

Le fossé culturel et l’internationalisation

Les think tanks sont nés en Angleterre puis se sont rapidement développés aux ÉtatsUnis, et ont pris une place plus importante là-bas que dans le système britannique. Ceci est dû à plusieurs facteurs favorables à leur développement. Premièrement, le système politique américain constitue « un environnement fertile pour l’établissement des think tanks » nous dit Diane Stone.
L’auteure explique par sa revue de la littérature américaine sur le sujet que les think tanks sont bien considérés comme des organisations politiques propres aux États -Unis.
Avec son étude des travaux de Carol Weiss qui a distingué cinq raisons pour ceci, Diane Stone démontre rapidement en quoi les think tanks se trouvent être des produits du système américain. La fragmentation du système gouvernemental, à laquelle s’ajoute la faiblesse des partis politiques, l’interconnexion et la complexité des problèmes à gérer par les politiques publiques, la perméabilité de la bureaucratie, et enfin l’ouverture du système américain aux sources extérieures de conseil font des think tanks des purs produits du système américain.
Cet ancrage dans la culture politique américaine donne aux think tanks l’avantage de maîtriser l’influence au sein du système politique des États-Unis, et leur a permis de monter en puissance au fil des années. Cependant, avec l’arrivée de la mondialisation et la globalisation des problèmes à gérer par les politiques publiques, il s’est avéré que l’interconnexion a poussé les think tanks à s’adapter à cette nouvelle donne. Tout comme les acteurs industriels, culturels, économiques, les think tanks ont aussi dû s’ouvrir au reste du monde, pour continuer à conseiller des politiques publiques qui s’internationalisaient de façon croissante.
Mais en tant qu’objets politiques hybrides et typiques du système américain, il apparaît évident que la réception et la perception de leur arrivée dans des systèmes politiques différents de ce dernier et non habitués à ce genre d’organismes a pu parfois être tumultueuse.
Qu’il s’agisse de l’exportation du modèle avec la création de think tanks « locaux » ou l’ouverture de filiales de think tanks américains dans d’autres pays, les init iateurs de ces projets ont rencontré des obstacles. En cause notamment, les différences culturelles – au sens large d’organisation générale de la société, fruit des traditions et de l’histoire du pays – qui existent entre les systèmes politiques anglo-saxons et les autres. Même si l’on parle aujourd’hui de « l’Occident », il n’en est pas moins vrai que déjà seulement entre l’Europe et les États-Unis existent d’énormes différences de fonctionnement et d’organisation de la vie politique.
Ainsi, la diffusion du modèle des think tanks à l’extérieur des États-Unis a amené à de nouveaux questionnements et réflexions. Il paraît en effet incontournable dans ce contexte de se demander si ce modèle typiquement américain est adaptable à d’autres pays, à d’autres sociétés. En outre, ses transformations sont-elles dues à l’évolution générale du monde vers la globalisation ou est-elle le fruit d’une mutation davantage exceptionnelle ?
Les différences entre les modèles de société et l’organisation politique aux États-Unis et dans le reste du monde sont nombreuses, qu’il s’agisse de l’Europe ou des pays émergents. Pour des raisons évidentes de situation géographique et de connaissances personnelles et académiques, nous nous appuierons dans ce mémoire particulièrement sur les différences avec l’Europe. Celles ci nous ont permis de supposer l’existence d’un véritable fossé culturel – cultural gap – entre les États-Unis et le reste du monde.
Premièrement, nous étudierons en quoi les think tanks sont les véritables produits de la société américaine et l’impact de la mondialisation sur leur évolution et leur développement.
Nous verrons notamment que leur internationalisation et transnationalisation ont été motivées par leur nature même pour certains – les think tanks d’affaires internationales qui traitent de la politique étrangère comme Carnegie – et surtout par la mondialisation.
Deuxièmement, il paraît intéressant de s’interroger sur l’impact des différences culturelles dans cette internationalisation des think tanks : ce modèle est-il toujours pertinent dans un contexte d’exportation à une société très différente de celle des États-Unis et qui a déjà ses propres codes ? Nous verrons que si les perceptions et l’étiquette collée aux think tanks à cause de leur origine et leurs spécificités peut être un frein, l’adéquation du modèle lui-même n’est pas toujours évident de par ses propres limite notamment.
Enfin, nous nous interrogerons sur les limites de cette internationalisation, est-ce que la diffusion du modèle des think tanks peut permettre de réduire le fossé culturel et ainsi servir l’internationalisation et la réponse à la globalisation des enjeux politiques ? Puisque les think tanks ont pour rôle premier d’apporter des solutions et des idées pour les politiques publiqu es, comme celles-ci sont forcées de s’internationaliser depuis les deux dernières décennies, il apparaît évident qu’elles vont avoir besoin de réponses globales elles aussi. Dans ce contexte, qui de plus qualifié qu’un think tank international pour remplir cette mission ? Nous verrons que ce crédo n’est pourtant pas toujours évident car l’internationalisation, même bien réalisée, n’est en fait pas toujours suffisante pour permettre l’efficacité et la pertinence des think tanks.

Carnegie

Considéré comme le « plus vieux think tank d’affaires internationales aux ÉtatsUnis », la fondation Carnegie pour la paix internationale (Carnegie Endowment for Internationale Peace) a été aussi un des premiers à s’internationaliser. Mc Gann et Sabatani parlent ainsi du « premier think tank multinational ».
Les raisons qui ont poussé ses responsables à lancer ce qu’ils ont appelé la « Vision Globale » ont bien sûr un lien avec les phénomènes évoqués précédemment – la globalisation des enjeux économiques, politiques et culturels. Néanmoins, il est vrai que cette volonté de se tourner vers l’international faisait dès sa création partie des ambitions du renommé think tank de politique étrangère, fondé en 1910 à Washington par l’industriel Andrew Carnegie dans le but de « précipiter l’abolition de la guerre, le plus abominable fléau qui pèse sur notre civilisation ».

Méthodologie

Sources utilisées

Les sources utilisée pour ce mémoire sont de plusieurs natures, de façon à apporter de la documentation variée et à soutenir l’argumentation à travers des illustrations et exemples concrets. La théorisation du sujet a été permise grâce aux ouvrages spécialisés et articles de recherche présents dans la bibliographie. En outre, des articles de journaux et de magazines spécialisés ont servi à apporter des éléments plus récents à l’argumentation. Enfin, l’utilisation d’entretiens, de compte-rendu de réunions ou encore de discussions informelles pour corroborer ou développer les points abordés dans ce mémoire ont constitué une partie importante des sources.

Stage

Ce mémoire est un mémoire professionnel, basé sur l’expérience de stage de fin d’étude suivi dans le cadre du Master Intégrations et Mutations en Méditerranée et au Moyen-Orient à Sciences Po Grenoble. Ce stage de cinq mois et demi au sein de Carnegie Europe, la succursale de CEIP à Bruxelles, en tant que stagiaire recherche a permis la collection d’informations et la réflexion sur le sujet, ainsi que la création d’une perspective assez unique, qui permet l’élaboration d’un mémoire à la fois avec le regard extérieur de l’étudiante en sciences politiques, et intérieur de la stagiaire.
Bien que cette expérience de stage soit un avantage pour l’élaboration d’un mémoire professionnel, elle peut également être un handicap pour la bonne élaboration du mémoire. Dans la rédaction d’un tel travail de recherche, il est nécessaire d’avoir un œil relativement distant et critique sur l’objet étudié. Cependant, lorsque l’on est partie prenante de celui-ci, la distance devient difficile à avoir, et l’objectivité s’en trouve forcément biaisée. Il faut donc avoir conscience de ce risque avant d’entamer le travail d’analyse et de réflexion.
Enfin, le dernier risque de biais dont il faut avoir conscience est celui de l’orientation « géographique » de la réflexion. Car il est difficile de traiter de l’exportation d’un modèle américain et des « chocs culturels » rencontrés par celui-ci dans les sociétés où il cherche à s’implanter sans orienter la réflexion vers les différences culturelles avec son propre pays. En effet, même si l’objectif de la démonstration présentée dans ce mémoire est de comprendre les caractéristiques et la pertinence ou non de l’internationalisation du modèle des think tanks, le traitement du sujet, surtout lorsque l’on parle des différences culturelles et de perception de ces différences, est forcément orienté en fonction du pays d’origine. Ainsi, il est certainement vrai que certains points et conclusions tirés dans ce mémoire seront souvent orientés par le mode de pensée français des politiques publiques et des relations internationales, ainsi que par les déterminations culturelles françaises.

Origine et internationalisation des think tanks : entre les États-Unis et la globalisation du monde

Les think tanks sont une forme d’organisation politique particulière née il y a maintenant un peu plus d’un siècle dans un contexte qui lui a donné sa forme hybride et malléable. Dynamisée par les grands évènements qui ont secoué le monde au cours du XX e siècle, la création de ces laboratoires d’idées a vu son apogée autour des années 1970 et 1980.
Les phénomènes qui ont forgé ses spécificités et ses évolutions méritent d’être détaille pour comprendre comment ce modèle a su devenir si prégnant, voire incontournable dans la société étasunienne, et pourquoi son exportation est presque parue évidente. Comme l’explique James Mc Gann dans son article du Washington Post “For Think tanks, it’s either innovate or die”, « L’essor [des think tanks] a été entraîné et défini par la mondialisation, la montée en puissance de la société civile, la complexité croissante des problèmes politiques et une demande nouvelle d’analyse précise et concise. ».

Les think tanks, objets politiques non identifiés  « made in the United States »

Lorsque l’on cherche à étudier l’origine des think tanks et leur évolution, il apparaît incontournable de passer par l’étude de leur lieu de naissance : la société américaine du début du XXe siècle. Le tout premier think tank, la Fabian Society, a certes été créé en 1884 au Royaume-Uni, mais le développement de ces organisations a été le plus important aux ÉtatsUnis où douze think tanks furent fondés entre 1907 et 1931, contre seulement trois au Royaume-Uni sur la même période. Les spécialistes de cette forme d’organisation politique attribuent au climat politique, économique et social des États-Unis l’origine de ses caractéristiques principales. Pour James Mc Gann, professeur à la prestigieuse Université de Pennsylvanie où il est directeur du programme « Think tanks et société civile », qui fait donc référence dans le domaine, l’origine de la culture des think tanks aux États-Unis est fortement liée aux traditions de philanthropie d’entreprise (« corporate philathropy ») de l’ère progressive américaine, à la distinction forte entre les branches législatives et exécutives du gouvernement, à la faiblesse des partis politiques, à l’implication du secteur public en faveur des valeurs d’ouverture et d’indépendance, et à la propension du public et de ses représentants élus de faire confiance au secteur privé pour assister et interagir avec le gouvernement.
Dans ce chapitre, pour démontrer la prégnance du système américain sur le façonnement et l’origine des think tanks, nous nous baserons donc en grande partie sur cette explication, cherchant à détailler chaque point particulier qui caractérise et distingue le système des ÉtatsUnis.

Le système étasunien : des caractéristiques uniques

Que l’on parle des caractéristiques dans le domaine économique, social, culturel ou politique, il est indéniable que les États-Unis conservent un particularisme très fort. Ceci est dû à plusieurs facteurs, et notamment à l’histoire du pays et de sa population, ainsi qu’à ses particularités géographiques (sa très grande taille notamment et sa situation géographique éloignée de l’Europe). Celles qui nous intéressent ici sont surtout de type politique et économique, même si bien sûr on ne peut parler d’organisation et d’histoire politique et économique sans prendre également en compte les caractéristiques sociales et culturelles.

Un système politique fragmenté avec des « points d’accès » nombreux

Martin Michelot affirme que la diversité des think tanks « reflète l’ouverture du système politique et législatif américain ».
A ce titre, celui-ci possède plusieurs particularités qui le distinguent des autres systèmes, et notamment des systèmes européens, qui s’ils sont divers, sont pour la plupart organisés institutionnellement en régimes dits parlementaires. Aux ÉtatsUnis, il s’agit d’un régime particulier, et que l’on définit d’ailleurs souvent dans le droit constitutionnel en prenant l’exemple des États-Unis : il s’agit du régime présidentiel.
Le régime présidentiel institué par la Constitution des États-Unis de 1787 met en place une séparation stricte des pouvoirs. Comme son nom l’indique, on considère que l’organe le plus important dans ce régime est le Président. Le gouvernement lui, n’est pas responsable devant le Parlement, mais il est cependant limité par des systèmes de « checks and balances » (poids et contrepoids) où les deux branches peuvent se freiner l’une l’autre. Le Président est le principal initiateur des lois, et est donc une cible importante pour les acteurs qui cherchent à influencer l’initiative législative. Le Congrès a également, en tant que pouvoir législatif, la capacité de proposer des bills (projets de loi). Ainsi, le système présidentiel permet aux deux branches d’avoir l’initiative législative. Il faut noter que la politique étrangère, très sujette aux tentatives d’influence des think tanks, a elle un caractère particulier. Martin Michelot affirme que « Dans ce domaine, l’autorité du Président est quasi incontestée, et le Congrès ne lui oppose généralement de résistance que si l’opinion publique s’exprime clairement contre les orientations choisies par le Président. »
A cause de cette séparation stricte et du système électoral, il est également vrai qu’aucun des deux principaux partis – le parti Démocrate et le parti Républicain – n’a été à la fois à la tête de l’exécutif et du législatif depuis plusieurs décennies, ce qui selon Diane Stone a « nourri la demande en contenu intellectuel des deux côtés ».
L’auteure y ajoute la fragmentation des branches exécutive et législative elles-mêmes qui, avec la multiplication des agences dans la première et des comités et sous-comités dans la seconde, a aussi suscité de la demande favorable à l’émergence de l’expertise privée. Enfin, le dernier niveau de fragmentation du système se situe évidemment dans la nature fédérale des États-Unis. La division entre l’État fédéral et les gouvernements fédéraux multiplie encore le nombre de « portes d’entrée » et de publics en demande pour les laboratoires d’idées.
Les partis politiques aux États-Unis sont loin d’avoir la force qu’ils peuvent avoir dans les autres pays et systèmes, ce qui constitue encore une fois un facteur favorable à l’influence extérieure sur les dynamiques politiques. Martin Michelot affirme qu’en conséquence, « [les législateurs] sont beaucoup moins sujets à la discipline partisane qui est de mise dans les systèmes parlementaires européens, et donc sont plus réceptifs aux sollicitations des think tanks ».
De plus, leur puissance moindre ne les a pas conduits à développer des outils propres pour produire de la recherche politique appliquée et ainsi formuler scientifiquement leurs projets et propositions. Un vide que les think tanks ont donc pu aisément remplir.
Enfin, la faiblesse des partis politiques, qui s’accompagne de celle des autres organisations, comme les syndicats ou les associations censées défendre les intérêts de la société civile, a également pour conséquence de laisser un vide là où se jouent habituellement les « négociations avec le gouvernement sur les politiques publiques » nous dit Diane Stone.

La perméabilité de l’administration américaine et le phénomène de la « porte à tambour »

Aux États-Unis, La plupart des hauts fonctionnaires et exécutants de politique publique ne sont eux-mêmes souvent pas issus du milieu politique. Cette autre spécificité du système américain permet donc aux think tanks de se former en sorte de « viviers d’intellectuels » potentiellement nommables à des hautes fonctions. Alain Faupin explique qu’ils sont des « réservoirs de capacités et de talents politiques » car il n’y a pas de fonctionnaires formés spécialement pour les plus hautes sphères ; à la place on pratique la « relève en masse ».
Cette dynamique particulière consiste en un rituel bien défini, comme l’expliquent Boucher et Royo : « à chaque changement de président, les échelons les plus élevés de l’administration américaine, jusqu’à cinq niveaux en dessous du cabinet présidentiel, sont complètement renouvelés, ce qui représente entre 4000 et 5000 postes. »
Un système que l’on appelé la porte à tambour (« revolving door »), dont est entre autres issu Barack Obama, qui faisait partie avant sa carrière politique du Center for American Progress. Même si initialement ce système n’est pas volontaire et qu’il est une conséquence du fait que l’on se retrouve relégué dans les think tanks si son parti perd les élections, Alain Faupin résume parfaitement un des avantages de ce mécanisme : « Les penseurs sont à leur place, l’exécutif à la sienne. Et, de temps en temps, ils échangent leur place afin d’éviter de verser dans l’idéologie ou l’abstraction. »
Un autre avantage réside dans l’établissement des think tanks comme des endroits où l’on se rencontre, et où « les décideurs […] retrouvant chercheurs et anciens collègues, […] peuvent s’exprimer librement et ‘off the record’ »
Cette proximité permet aussi aux boîtes à idées de jouer un rôle de médiateur, notamment dans les initiatives de type diplomatie parallèle.
On se rend ainsi compte que l’orientation politique a tout de même une importance et que les think tanks ne sont donc pas réellement neutres politiquement, ni objectifs et éloignés des idéologies. Enfin, Martin Michelot affirme que « C’est ce système politique américain très ouvert, et cette co-dépendance qui s’est installée entre les centres de recherche et les administrations présidentielles qui font qu’il existe aujourd’hui une telle variété dans le monde des think tanks.».

La conception américaine de l’indépendance et la culture de la philanthropie

Le dernier aspect du système américain qui a favorisé l’expansion des think tanks au XX e siècle est la prégnance du secteur privé et avec elle le développement de la philanthropie. D’abord, le caractère libéral de la société américaine est central dans l’explication de l’origine des think tanks. Boucher et Royo affirment en effet que si les think tanks sont nés aux ÉtatsUnis et au Royaume Uni c’est parce que ce sont des « sociétés éprises de libéralisme et de démocratie. Baignant dans le culte du débat public et de l’implication active des associations privées dans la vie publique ».
Ils y ajoutent également l’importance de la privatisation de franges importantes de la société, donc du monde universitaire. La tradition de l’individualisme, très forte encore aujourd’hui aux États-Unis, avec la tendance à considérer qu’il faut compter uniquement sur soi-même a également une grande importance. En effet, les mythes du « do it youself » et du « self-made man » ont permis à la société civile et aux acteurs privés de prendre une place très importante, face notamment à un État en retrait et peu impliqué dans la vie sociale et économique. Cette dynamique a aussi fortement favorisé la naissance d’un environnement intellectuel privé.
La question de l’indépendance vis-à-vis de l’État est toutefois un impératif et un questionnement que se posent les think tanks selon Mc Gann et Sabatani : « comment accéder à l’indépendance et la garder pour qu’ils puissent dire ‘la vérité au pouvoir’ ».
En revanche, si l’indépendance semble être un critère pour certains think tanks, elle ne l’est pas pour tous, puisqu’il existe des think tanks qui assument leur lien avec des partis politiques ou encore de fonctionner uniquement par des études sur contrat avec l’Administration centrale.
Pour Diane Stone et Andrew Denham, l’indépendance est un concept « qui doit être traité avec flexibilité » car les think tanks ont besoin des gouvernements pour les soutenir, ils essaient donc « de trouver un certain équilibre entre la dépendance au gouvernement et la totale isolation par rapport à lui. ».
Ensuite, l’existence des think tanks est permise par la philanthropie, phénomène dont l’apparition aux États-Unis dans son aspect moderne est attribuée à Andrew Carnegie qui, en investissant sa fortune – environ 350 millions de dollars – dans des œuvres de charité et sociales – construction de bibliothèques, universités, fondations – est considéré comme le premier philanthrope. Si tous les grands monothéismes prônent l’aide à autrui, la philanthropie qui émerge aux États-Unis au début du XXe siècle est particulièrement liée au protestantisme, qui y est alors la religion majoritaire. En effet, on retrouve dans celle-ci le mépris du luxe et la valorisation du travail ainsi que de l’aide aux plus démunis. En cela, les personnes très riches qui décident de consacrer une grande partie de leur fortune aux œuvres sociales et de charité sont parfaitement en phase avec les préceptes de la foi protestante.
Alexandre Lambelet explique aussi que l’origine de la philanthropie est liée à l’idée que l’investissement dans la recherche indépendante était nécessaire au bon fonctionnement de la vie politique. Plus précisément, il affirme que « La philanthropie s’est construite sur la professionnalisation de la charité et sur l’idée que les problèmes sociaux ne doivent pas être résolus à travers des conflits politiques, parce qu’ils peuvent l’être par l’application des connaissances des sciences sociales et de l’expertise.» Pour lui, « Faire de la philanthropie, c’est d’abord et avant tout faire de la politique (publique) autrement, proposer une manière de penser la pratique politique différente de la politique conventionnelle. » défendant l’idée que les philanthropes « luttent simultanément pour une autre conception du politique. ».
Dans son ouvrage Comparative Think Tanks, Politics and Public Policy , James Mc Gann définit la culture philanthropique comme référant à « la structure légale, fiscale et organisationnelles qui rend le soutien privé et indépendant pour les organisations non gouvernementales possible ».
Car la philanthropie ne peut exister que si le cadre dans lequel elle veut se développer y est adapté. Diane Stone et Andrew Denham affirment que le financement des organisations à but non lucratif, permis par un cadre fiscal favorable pour ce genre d’investissement, a fortement poussé à la création de think tanks.
Il ne faut pas non plus verser dans la naïveté en imaginant que les grandes fortunes souhaitent investir dans des œuvres de bienfaisance uniquement par conviction et de manière désintéressée, encore moins s’ils ont à y perdre. Ainsi, la mise en place d’un environnement fiscal favorable aux dons est nécessaire.

Des OPNI, objets politiques non identifiés

Qu’est-ce qu’un think tank ? C’est une question à laquelle il paraît impossible de répondre simplement, comme a l’a déjà vu dans l’introduction de ce mémoire. Mais la question peutêtre plus pertinente serait plutôt : Qu’est-ce qu’un bon think tank ? En effet, dès leur apparition, les think tanks ont tout de suite rencontré des difficultés et se sont révélés apporter avec eux des défis. Mais pour revenir à l’essentiel, il sera important de garder à l’esprit tout au long de ce mémoire que les think tanks sont guidés par un impératif, une cible dominante : celui de la qualité. La qualité du travail produit – qu’il s’agisse des publications ou des stratégies d’influence – doit en effet être un leitmotiv pour permettre à l’organisme de se faire une place et de prospérer. C’est la qualité de son travail qui lui permettra en effet d’avoir une réputation et ainsi d’être reconnu sur le « marché des idées ». Cet objectif de qualité est assez vague et s’atteint difficilement, mais il est possible de distinguer des critères qui permettent de s’en approcher. Nous tenterons de distinguer et d’étudier ceux-ci, et particulièrement ceux en rapport avec leur exportation.

Rassembler, rapprocher, conseiller et orienter

La fonction première d’un think tank n’est ni la recherche traditionnelle de base, la recherche appliquée ou le développement – même si ces trois objets font partie de leurs activités, mais d’agir comme un pont entre la connaissance et le pouvoir, et entre la science et le législateur, dans des domaines d’intérêt très larges.
Les chercheurs qui étudient les think tanks considèrent, à l’instar de Martin Michelot, que la définition de leur mission est liée à la nécessité d’établir un lien entre recherche, expertise et gouvernants. Une mission que les think tanks ont rempli de différentes manières et avec plus ou moins de succès. Pour James Mc Gann en tout cas, les think tanks possèdent l’avantage considérable d’avoir une perspective distanciée et d’avoir le recul que les décideurs ne peuvent avoir, trop pris dans l’urgence et l’impératif de résultat. La liberté dont jouissent les think tanks et leur absence de responsabilité leur permet d’être également plus audacieux dans leurs propositions et recommandations. Ainsi, les think tanks seraient « plus orientées vers le futur que les fonctionnaires qui font de la recherche au sein des gouvernements, qui travaillent dans un environnement où les efforts de propositions créatives sont rarement récompensés. ».
L’avantage du think tank « indépendant » du pouvoir politique est de lui permettre de la sorte de participer à la manière dont sont gérées les politiques publiques avec une liberté et donc une objectivité précieuse, jusqu’à, comme l’affirme Martin Michelot, « [participer] de manière très importante à la définition de l’intérêt général, un rôle traditionnellement dévolu aux institutions de l’État ».

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Table des matières

Partie 1 : Origine et internationalisation des think tanks : entre les États-Unis et la globalisation du monde
Chapitre 1 : Les think tanks, objets politiques non identifiés « made in the United States »
1. Le système étasunien : des caractéristiques uniques
2. Des OPNI, objets politiques non identifiés
Chapitre 2 : la diffusion d’un modèle original dynamisée par la mondialisation
1. La mondialisation des idées
2. La diffusion du modèle des think tanks à l’international
Partie 2 : Les difficultés de maîtriser l’internationalisation d’un modèle spécifique et imparfait 
Chapitre 3 : l’exportation du modèle des think tanks à l’épreuve des différences culturelles entre les États-Unis et le reste du monde
1. La perception de l’exportation du modèle des think tanks
2. Des systèmes très différents pas toujours adaptés à ce modèle
Chapitre 4 : le modèle des think tanks est-il vraiment pertinent ? 
1. Influence et démocratie : les think tanks sont-ils toujours des agents du pluralisme ?
2. Une mission mise en péril par l’impératif du court terme et de la visibilité
Partie 3 : L’internationalisation des think tanks suffit-elle à l’accomplissement de leur mission ? 
Chapitre 5 : Quels sont les intérêts de l’internationalisation des think tanks ?
1. L’exemple de Carnegie Endowment for International Peace: un think tank internationalisé
2. La transnationalisation : vers une adoption du modèle des think tanks en dehors des ÉtatsUnis ?
Chapitre 6 : une internationalisation utile mais insuffisante 
1. Un succès mitigé : l’internationalisation ne résout pas tout
2. Carnegie et l’internationalisation : un atout lié à la nature spécifique du think tank

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