Les croyances traditionnelles

Les rites funéraires que l’on retrouve en pays sakalava , en tant que symbole d’existence, permettent aux vivants d’honorer leurs membres de famille, de faciliter le passage de ceux-ci vers l’autre monde et aux défunts de sentir le dernier moment sur terre, dans le monde visible en sortant par la porte de bois pour entrer à la porte de pierre . Ce passage du bois à la pierre , du bonheur au malheur , de la lumière à l’ombre , du visible à l’invisible , constitue la base et le fondement de la thanatologie et de la culture sakalava car il signifie à la fois le début et la fin , le bien et le mal , l’existence et l’absence, la naissance et la mort. Les rites funéraires sakalava du Boeny, à l’instar des diverses identités culturelles régionales et locales à Madagascar, sont à cheval sur l’ensemble systémique de la structure sociale globale pour pérenniser et l’identité culturelle sakalava et l’identité culturelle malgache.

LES CROYANCES TRADITIONNELLES

Les gens habitant dans les coins les plus reculés de la campagne et aux confins fonds de la brousse, préfèrent garder leur religion traditionnelle plutôt que de se convertir au christianisme qui condamne cette religion et ses pratiques.Les traditionalistes croient en la vertu de leurs ancêtres comme les chrétiens en leur Dieu. D’une façon générale, la religion constitue un tout indivisible, formé d’un système complexe, d’imaginaire, de mythes, de dogmes, de rites et de cérémonies. Il en résulte deux catégories de phénomènes religieux : croyances et rites. Les croyances sont un mode et un système de représentation collective. Les croyances constituent une adhésion de tout homme à une idée ou un objet, à une puissance, un divin sur lesquels se construisent les représentations. En quelque sorte, c’est à la fois un état de sentiment (émotion) et un acte de volonté (action). Religions et croyances ont un lien étroit avec la vie au quotidien. Dans ce chapitre consacré aux croyances traditionnelles, nous exposons Zanahary : Dieu, Razana : ancêtres et la fonction du sacré : hasina. La réflexion sur le sacré (hasina) a été marquée par les travaux de DURKHEIM E. sur les rites sacrés et les rites profanes, sur le naturel et le surnaturel.

Zanahary : Dieu

Définition

A propos de Zanahary, Andriananahary, et Andriamanitra, qui désignent les êtres divins en malgache, Otto Christian Dahl écrit : « Ces mots peuvent se référer à toutes les déités du panthéon malgache et sont alors des noms communs. Quelques fois, on les emploie aussi pour caractériser les ancêtres morts qui occupent une position divine ». Ces désignations divines appliquées aux ancêtres sont donc employées comme noms communs. Mais les ancêtres n’y ont droit que si les vivants accomplissent les rites funéraires et post-funéraires indispensables. A contrario, il n’est pas nécessaire d’être mort pour être ancêtre, des personnes possédant des connaissances ou des pouvoirs extraordinaires peuvent être considérées comme ancêtres vivants.

C’est pourquoi, lors d’un enterrement, la distribution des morceaux du bœuf tué à cette occasion ne s’apparente ni à un holocauste, ni à une offrande, mais manifeste la participation de chacun à la vie communautaire. C’est un signe d’appartenance. Ce n’est qu’après six mois ou un an qu’on offrira un holocauste aux mânes des ancêtres. Lorsque ces mêmes noms sont employés comme des noms propres, alors ils désignent l’ETRE SUPREME. La question qui vient à l’esprit est la suivante : pourquoi donner trois noms différents à l’ETRE SUPREME? D’après O.C. Dahl, chacun des noms met l’accent sur l’un ou l’autre attribut de l’ETRE SUPREME. Ainsi Zanahary indique le Dieu Créateur, Andriananahary montre sa supériorité sur tous les dieux (« Seigneur Créateur»).La signification d’Andriamanitra, qui veut dire le « Seigneur Parfumé », peut être comprise de deux façons : il est le Seigneur auquel on offre un holocauste odoriférant – et à Lui seul –, ou bien il est le Seigneur imputrescible, éternel. Quand le riz est cuit et qu’on prolonge la cuisson sans brûler le riz, l’odeur particulière qui s’en dégage est appelée manitra.

Ces trois noms utilisés dans la religion ancestrale malgache ont été repris par les missionnaires venus à Madagascar qui les ont donnés au Dieu des chrétiens, utilisés comme noms propres. Par exemple, là où la Bible française (T.O.B) traduit : « Dieu, le Seigneur » Josué 22 :22, la Bible malgache (version protestante) a utilisé Andriananahary. De même, au Psaumes 50 :1, « Le Dieu des dieux, le Seigneur », la version malgache donne Andriamanitra Andriananahary. En passant en revue les proverbes qui parlent de Dieu, il est difficile de savoir si les attributs et qualités qu’ils véhiculent sont issus de la religion ancestrale ou influencés par le christianisme. Par exemple, Aza ny lohasa mangina no jerena fa Andriamanitra ao antampon’ny loha – « Ne regardez pas la vallée silencieuse mais Dieu qui est au dessus de votre tête » (Même si vous vous sentez seul, Dieu est là). Est-ce une production de la sagesse malgache ou une traduction de la religion chrétienne en proverbe ? Il en est de même pour le refrain de l’hymne national malgache quand nous chantons : Tahionao ry Zanahary, ity nosindrazanay ity – « Bénis, ô Zanahary, cette île de nos ancêtres ». En revanche, dans les hymnes et cantiques, le doute n’est pas permis, c’est au Dieu des Chrétiens que l’on s’adresse quand on invoque Zanahary. On peut donc dire que les chrétiens, en reprenant les noms des anciennes divinités, s’adressent à Dieu au malgache.

On peut ajouter que la religion ancestrale qui postule l’existence de l’âme et de la vie après la mort facilite l’adhésion des Malgaches à la foi chrétienne sans doute davantage que pour des français formés par les Lumières. Ce point d’attache peut être considéré comme une pierre d’attente que la révélation chrétienne doit ensuite compléter. D’ailleurs, il reste beaucoup à faire pour éclaircir les positions respectives de la Bible et de la religion traditionnelle sur la mort. Les luthériens qui encouragent leurs pasteurs à participer aux famadihana pour y prêcher l’Evangile, ou même que les catholiques, plus tolérants à cet égard. Si les croyances en la magie ou en la sorcellerie sont aussi ancrées que celles en la religion, c’est néanmoins dans la religion que se sont explicitées le plus les croyances en des mythes plus ou moins développés. En tant que récit fondateur, le mythe énonce dans un langage imagé les bases du credo d’un peuple quant à ses dieux, quant à l’origine de certains faits troublants dans le monde, comme la vie et la mort, et quant aux rapports de l’homme avec le sacré.

Zanahary lahy, Zanahary vavy

Dans la croyance traditionnelle sakalava, le terme de Zanahary est associé au couple des êtres, à savoir : Zanahary lahy et le Zanahary vavy c’est-à-dire le créateur masculin et le créateur féminin ou la créatrice : déesse.Il en est de même pour la religion chrétienne monothéiste lorsqu’elle évoque la Trinité (le Père, le Fils et le Saint Esprit). Si l’on se réfère au concept de la parenté, ce dieu et cette déesse prennent la place des parents et sont donc liés par une « alliance matrimoniale » en quelque sorte. Comme tous les couples dans une quelconque société, le Zanahary lahy et le Zanahary vavy sont soumis à la règle de l’hérédité et vont assurer la reproduction de génération en génération.Certains ajoutent encore le terme de zanaka Zanahary comme le fils issu de cette relation. Les Sakalava ont l’habitude de s’adresser au Zanahary lahy quand il s’agit des problèmes d’ordre général (argent, santé, relation sociale, etc.) et au Zanahary vavy lorsqu’il est question des thèmes liés au ménage (relation familiale, stérilité, polygamie, violences conjugales, etc.). Il est à signaler que l’on ne se tourne que très rarement au zanaka Zanahary ; précisément, quand on a affaire aux maladies graves des enfants.

Autres faciès de Zanahary

Il existe différentes figures de Zanahary autres que celles que nous avons déjà énoncées dans le précédent paragraphe. Primo, les Zanahary correspondant aux quatre points cardinaux, qui ont pour fonction de veiller sur les habitants de chaque point cardinal. Il y a ainsi le Zanahary avaratra( dieu qui se trouve au Nord ),le Zanahary atsimo (celui qui est au Sud), ensuite le Zanahary andrefana (celui de l’Ouest), et enfin , le Zanahary antsinanana ( celui qui est à l’Est ). Secundo, on a le Zanahary ambony et le Zanahary ambany, respectivement celui de la région supérieure et celui de la région inférieure.Le Zanahary ambony, est le dieu que l’on ne voit mais qu’on croit supérieur par rapport au Zanahary ambany. Ce dernier manifeste parfois des signes extérieurement visibles, mais via son infériorité, il ne peut pas effectuer quoi que ce soit sans l’autorisation du Zanahary ambony. Dans chaque institution, il y a l’ordre hiérarchique à respecter : c’est aussi le cas dans ce concept de Zanahary.

Tertio, il y a le Zanahary masoandro littéralement le dieu soleil, celui à qui on prie dans certaines religions animistes .Il nous semble aussi opportun de parler de Zanahary voay : dieu caïman, celui qui est le père de ceux qui ont choisi de mourir dans la mer pour s’échapper de l’esclavage à l’époque coloniale. JAOVELO-DZAO R. avance encore les concepts de dieu trine ou les trois dieux, les sept créateurs de l’homme, les sept /huit hypostases divines.

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Table des matières

INTRODUCTION
PREMIERE PARTIE: THANATOLOGIE ET CULTURE SAKALAVA
CHAP.I : LES CROYANCES TRADITIONNELLES
1.1. Zanahary : Dieu
1.2. Razana : ancêtre
1.3. La fonction du sacré : hasina
CHAP. II.TROMBA
2.1. Définition et évolution de la pratique du tromba
2.2. Typologie et objets cérémoniels du tromba
2.3. Fady : tabous ou interdits
CHAP III. DIVINATION, ASTROLOGIE ET SORCELLERIE
3.1. Le sikidy
3.2. Le Fanaraham-bintana ou fanandroana
3.3. La sorcellerie
DEUXIEME PARTIE : RITES FUNERAIRES : PRATIQUES IDENTITAIRES DANS LE « BOENY »
CHAP. IV. EXEMPLES DES PRATIQUES IDENTITAIRES MALGACHES
4.1. Lanonana
4.2. Famadihana
4.3. Fanompoa be
4.4. Rasa harena
4.5. Tsangan-tsaina
4.6. Fitampoha
4.7. Dika vohitra
4.8. Havoria
4.9. Ati-damba
CHAP V. ELEMENTS DETERMINANTS DE LA REPRODUCTION SOCIALE
5.1. Triangle Bezavo –Betsioko –Mahabo
5.2. Branches dynastiques : Bemazava – Bemihisatra
5.3. Conflits de pouvoirs royaux
CHAP.VI : LES RITES FUNERAIRES SAKALAVA
6.1. Conception de la mort chez les Sakalava
6.2. Funérailles populaires
6.3. Funérailles royales.
6.4. Trois étapes des rites funéraires.
TROISIEME PARTIE : CHANGEMENT DES FONCTIONS DES RITES FUNERAIRES SAKALAVA
CHAP VII: CONFLITS ENTRE MODERNITE ET IDENTITE LOCALE
7.1. Adhésion à la modernité et pratique syncrétique
7.2. Relation éducation – tradition
7.3. Accommodation statutaire et complaisance idéologico-religieuse des masses
CHAP.VIII: STATUT DE LEADERSHIP POPULAIRE ET DE L’ESSENCE ROYALE
8.1 Volonté de pérennisation
8.2. Dimension interculturalitaire
8.3. Synthèse des rites et individuation des rapports sociaux
CHAP.IX: JEUX INTERACTIFS AVEC LA MONDIALISATION
9.1 Pratique moderne et conservatisme identitaire
9.2 Identité véritable de l’universalité
9.3 Logique d’intégration des Malgaches à la mondialisation
CONCLUSION

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