Les châteaux de Kerguéhennec et Loyat origines, transformations et problématiques d’avenir

Le choix de l’architecte commun, Olivier Delourme

Olivier Delourme est né vers 1660 dans une famille originaire de Loyat, où il a résidé pendant la plus grande partie de son enfance dans la métairie de Kerpiton jusqu’en 1685. Son père s’appelait Jean, sa mère Françoise Launay. Ils appartenaient l’un et l’autre à la petite bourgeoisie rurale qui avait fourni durant des siècles, presque sans interruption, dans la paroisse de Loyat, prêtres et officiers de justice ou robins.
A l’instar de deux de ses frères plus jeunes, Jean, sieur de Kerpiton, surnommé le cadet, et Mathurin, Olivier embrassa tôt la carrière de maçon et fut rapidement reconnu comme « Maître- Maçon », en raison de prédispositions certaines pour ce métier. Mais il ne s’arrêta pas là et dès 1685 vint s’installer à Vannes en qualité d’architecte. L’exil du parlement de Bretagne de Rennes à Vannes suite à la décision royale par lettre patente du 18 septembre 1675 , et les besoins considérables en nouveaux logements qui en découlèrent, peuvent aisément expliquer la montée du jeune architecte dans cette ville, où il acquit d’emblée une excellente réputation, notamment pour la construction d’hôtels urbains. Ses deux frères Jean et Mathurin le suivirent bientôt et ne manquèrent pas de travailler souvent en famille sur les principaux chantiers confiés à Olivier.
Après le retour du parlement à Rennes, Olivier Delourme ne parut aucunement tenté de le suivre et il demeura à Vannes pour le reste de ses jours. Il y était en effet accaparé par de multiples activités. Il se consacra non seulement à l’architecture civile, mais aussi à la construction ou à la réfection d’édifices religieux : nef et clocher de Saint-Gildas de Rhuys, église du Mené avec la Retraite et de Saint Patern à Vannes, plan de la tour de l’église de Ploërmel, cloître et bâtiments de l’abbaye de Prières, ainsi qu’aux travaux publics sur les quais du Port de Vannes Outre l’architecture pour laquelle il fut reconnu bientôt Maître Architecte, il exerçait en effet concurremment les fonctions d’entrepreneur, de négociant ( principalement en bois et matériaux de construction), voire plus épisodiquement d’armateur et même d’écrivain. Selon M. Etienne Martin, il aurait en effet rédigé un traité d’architecture, dont le manuscrit n’a pu être retrouvé. Cette assertion demeure donc hypothétique.
L’abondance et la qualité de ses correspondances avec la famille de Coëtlogon, heureusement conservées parmi les archives du château de Loyat, peuvent en tout cas tenir lieu à la fois de traité d’architecture et de théorie de l’aménagement paysager et des parcs et jardins, rédigés dans un style direct et imagé permettant la comparaison, toutes proportions gardées, avec la complicité ayant existé entre Le Nôtre et Louis XIV.
Il prit à bail l’hôtel de la place du Marché-au-seigle ( 1692), qu’il venait de construire pour M. Renouard de Villayer, conseiller du parlement et l’habita pendant toute sa vie. En 1695, il épousait Jeanne Caillot, fille d’un maître architecte renommé. Elle lui donna treize enfants dont la plupart moururent en bas âge, quatre seulement, deux filles et deux fils lui ayant survécu.
Selon le chanoine Pierre-Marie Martin, la famille de MM Maxime et Henri de Freslon, qu’il connaissait au début des années 1950 à Ploërmel descendait en ligne directe d’Olivier Delourme et de son second fils Charles, par leur grand-mère paternelle qui était une Delourme. De mon côté, j’ai pu établir les grandes lignes de la succession de sa fille Anne- Jeanne qui épousa Jean-François- Stanislas Dondel du Faouédic, fils du premier président au présidial de Vannes. Elle aboutit notamment en ligne directe à la famille Lamour de Caslou, longtemps propriétaire du château du Parc Anger, à Redon.
La succession de son autre fille Claude-Danielle, qui a épousé vers 1730 M. du Clos Bossard reste à établir précisément. Peut-être ces pistes familiales permettront-elles un jour de retrouver les archives d’Olivier Delourme qui sont demeurées introuvables à ce jour en ce qui concerne notamment la construction du château de Kerguéhennec , entre 1703 et 1729. 34 ? C’est du moins mon voeu très cher.
Il ressort en tout cas de ces liens familiaux, que très rapidement Olivier Delourme fut admis dans la meilleure société vannetaise, pour laquelle il dessinait les plans de ses nouveaux hôtels urbains et présidait à leur construction, ses enfants devenant même des partis enviés en vue d’unions familiales, en raison de la grande fortune accumulée progressivement par le chef de famille.
Il n’est pas étonnant dans ces conditions que la renommée acquise par Olivier Delourme, à la fois en architecture civile, en architecture religieuse et en aménagements urbains ait conduit les Coëtlogon à lui confier la construction de leur nouveau château à Loyat, le précédent menaçant ruine, et les Hogguer la « restauration » du château de Kerguéhennec tout nouvellement acquis avec son important domaine rural et forestier, en 1703.
Pour les Coëtlogon, l’origine loyataise de l’architecte vannetais fut certainement un argument complémentaire pour orienter leur choix vers lui, comme d’ailleurs pour la tour de l’Eglise de Ploërmel et semble t’il également pour la restauration de l’église de Loyat. Pour les Hogguer, il est très vraisemblable qu’ils aient demandé conseil à ce sujet à leurs « amis Coëtlogon ».
Par la suite, des liens amicaux et d’intérêts très étroits devaient se développer entre les deux familles.
Il reste à savoir lequel des deux chantiers a été décidé le premier. Pour Kerguéhennec de nombreux observateurs mentionnent la date de 1710. Mais je n’ai pu obtenir aucune preuve précise à ce sujet, et il est possible que cette convergence d’opinions provienne elle-même d’une même source erronée.
Pour Loyat, après de nombreuses hésitations sur l’opportunité ou non de « restaurer » le vieux château, ou alternativement d’en construire un nouveau de toutes pièces, la construction n’aurait commencé qu’en 1713 par les deux pavillons de la cour d’honneur, la première pierre du corps de logis lui-même ayant été posée le 9 mai 1718. Mais les nombreuses correspondances à ce sujet entre la famille de Coëtlogon et Olivier Delourme conservées dans les archives de Loyat sont antérieures d’au moins dix ans.
Une lettre de 1707 d’Olivier Delourme mentionne pour la première fois de façon certaine son passage à Kerguéhennec, ce qui n’était pas courant, compte-tenu de ses multiples autres occupations à Vannes même et dans la partie littorale environnante d’une part, de la longueur des déplacements à cheval principalement à l’époque d’autre part, et enfin d’un état de santé précaire auquel il est fait plusieurs fois référence dans ses correspondances.
Un de ses courriers évoque même en termes fort crus les « émorroides » dont il souffre et qui l’ont empêché durablement de monter à cheval pour se rendre sur ses différents chantiers en cours.
Sur la base de ces documents d’archives, il est donc permis de conclure que les travaux de « restauration » de Kerguéhennec ont commencé sous la direction d’Olivier Delourme avant même 1707, et donc entre 1703 et 1707, et que pour la construction du nouveau château de Loyat, la famille de Coëtlogon, d’abord préoccupée surtout par la « restauration » du vieux château où elle résidait épisodiquement depuis son acquisition dans un état menaçant ruine comparable à celui de  Kerguéhennec, et où elle continua à séjourner pendant toute la durée de construction du château actuel, commença à discuter de plans possibles avec Olivier Delourme et d’autres contacts à Paris et à la Cour de Versailles, mais aussi à Saint-Malo, dès le tout début du dix-huitième siècle.
Les travaux de Kerguéhennec, sans doute moins importants que ceux de Loyat, et bénéficiant d’un financement assuré en raison de l’immense fortune de la famille Hogguer à cette époque, furent probablement achevés en quelques années seulement, alors que ceux de Loyat étaient encore loin d’être terminés lors de la mort subite d’Olivier Delourme en 1729, qui précéda de peu celle du Maréchal de Coëtlogon en 1730 et celle de Daniel Hogguer en 1731.

Le déroulement des travaux

En l’absence – peut-être provisoire – des archives personnelles d’Olivier Delourme, des éléments intéressants concernant Kerguéhennec sont disponibles au service départemental des archives du Morbihan, dans l’ancien fonds du château de Kerguéhennec, plus particulièrement dans le lot 223, qui comporte de nombreuses correspondances entre la famille Hogguer et son correspondant à Rennes, M. Bodin, procureur aux Etats de Bretagne ; ce dernier semble avoir joué un rôle majeur dans l’acquisition en 1703 par les frères Hogguer et leur cousin de Reding du domaine de Kerguéhennec et de nombreuses terres environnantes.
Il est intéressant de noter la rapide ascension sociale en France à cette époque des frères Hogguer, de nationalité suisse, descendants d’une puissante famille bourgeoise originaire de Saint- Gall, les Hoegger branche de Sebastian, dont plusieurs membres s’élevèrent à de hautes situations diplomatiques ou militaires aux dix-huitième et dix-neuvième siècles, non seulement en France, mais aussi en Hollande, Suède et Russie.
D’après les appellations utilisées par les mêmes signataires des lettres conservées aux archives départementales du Morbihan, au cours de cette période de 17 ans, relativement brève par rapport à l’histoire architecturale du château de Kerguéhennec, parfois orthographié à l’époque « querghéennec », les premières lettres datées de 1704 et expédiées le plus souvent de Paris ou de Lyon, sont simplement signées « Hogguer », ou « les frères Hogguer » ; les suivantes « Hogguer de Bignan », puis « de Bignan », enfin « comte de Bignan », l’ascension sociale de cette branche de la famille Hogguer, au sein de la noblesse française, ayant même culminé vers 1720 avec l’auto-appellation de marquis du Garo.
Il n’en demeure pas moins que les frères Hogguer concernés, Laurent, mais surtout Daniel, résident pratiquement en permanence à Paris, où leurs importantes affaires les retiennent. Daniel évoque son premier séjour à Kerguéhennec dans une lettre datée seulement de 1710. Les lettres échangées avec Bodin entre eux mêmes et leurs intendants successifs, qui ont pu être retrouvées ( Blanchard, puis Lestang, semble-t-il ), évoquent surtout des affaires judiciaires relatives à leurs acquisitions en terre bretonne ou des procès de voisinage.
Lanouée. Le commanditaire ou ses employés insistent dans leurs commandes sur les qualités requises des bois à livrer. Certaines livraisons sont refusées faute d’atteindre les critères de qualité ainsi fixés. En retour, les marchands de bois se plaignent auprès du Vicomte de l’attitude tâtillonne de ses représentants venus inspecter les lots sur place avant leur enlèvement. Malgré toutes ces précautions, le bois rendu à Loyat, où il devait achever de sécher avant de pouvoir être utilisé de façon optimale pour la construction, présentait certains défauts. René de Coëtlogon s’en ouvre à son architecte, qui lui donne les conseils suivants dans une lettre écrite le 26 mars 1720, sur les poutres et poutrelles équarries depuis longtemps.Une grande partie d’entre elles laissérent tomber leur aubour en poussière. Un grattage découvrit le coeur qui n’avait pas séché et par suite était rempli d’humidité. L’air pénétrant dans les fentes du bois le fit fendre et crever.
Le remède, Delourme l’indique : « Que les charpentiers, écrit-t-il à M. de Coëtlogon, enlèvent des poutres et des poutrelles le moins de bois possible, en laissant deux bons pouces de défourni dans les arêtes ; on y poussera des larderons afin de supprimer cette difformité. Au moment du travail il faut couvrir les fausses équarries de bouse de vache ou d’argile et sceller de même les bouts de poutres à mesure qu’on les coupe pour intercepter le passage de l’air. Si l’on avait pris ces précautions, fentes et crevasses ne se fussent pas produites. Evitez surtout, ajoute Delourme, l’emploi tranché, c’est à dire dont le fil est coupé par un défaut ».

LES PROPRIETAIRES SUCCESSIFS

Introduction : Une histoire mouvementée à l’image de la succession heurtée des époques.
Sans remonter au déluge, les deux sites de Kerguéhennec et Loyat ont de très longue date été le siège d’importants domaines, souvent dispersés sur de nombreuses paroisses plus ou moins proches, en fonction notamment des apports aux patrimoines familiaux concernés par les dots des épouses.
Concernant Kerguéhennec, il semble très probable que l’acquisition par les frères Hogguer de cet important domaine boisé, et des forêts environnantes de la famille de Kermeno du Garo, en 1703, ait été surtout dicté par le souci d’effectuer un placement foncier lucratif et nettement moins risqué que les opérations financières et commerciales auxquelles ils étaient accoutumés par ailleurs et qui avaient contribué à la création rapide de leur immense fortune à la fin du siècle de Louis XIV.
Le lien éventuel avec l’installation de la Compagnie des Indes à Lorient, dans laquelle ils auraient été personnellement impliqués n’a pas pu être établi de sources d’archives certaines, malgré les allégations à ce sujet répétées dans plusieurs ouvrages consultés. De même je n’ai pas pu établir à ce jour de quelconques liens de la famille Hogguer avec les finances des Etats de Bretagne, au cours du premier quart du dix-huitième siècle.
Dans les archives les concernant conservées au service départemental des archives du Morbihan, ce sont Vannes et Nantes, et non Lorient, qui reviennent régulièrement dans les correspondances conservées entre les Hogguer et M. Bodin à Rennes.
Peu après, les Hogguer de Bignan sont rattrapés par les désastres financiers de la fin du règne de Louis XIV, malgré le soutien personnel que leur accorde Madame de Maintenon, et plus encore sous la Régence, après la mort de Louis XIV. Cela n’empêche pas leur frère Jean-Jacques d’acquérir en 1715 le domaine de Coppet en Suisse et de le restaurer à grands frais.
Les années 1720, marquées notamment par la faillite de Law, achèvent de porter des coups fatals à la fortune familiale et suite au décès de Daniel Hogguer en 1731, le domaine de Kerguéhennec est vendu par ses héritiers à Louis Auguste de Rohan-Chabot, cousin et futur successeur du Cinquième Duc de Rohan. afin d’apurer une partie des dettes accumulées par les financiers faillis.
Ainsi, en moins d’une trentaine d’années, le domaine de Kerguéhennec a-t-il été le témoin de l’enrichissement accéléré d’une famille de négociants et financiers internationaux, avec des ramifications multiples tant en France que dans les pays européens voisins. Le château lui-même entièrement restauré par les soins d’Olivier Delourme, en quelques années seulement, grâce à la puissante fortune familiale, demeurait l’expression de cette richesse rapidement acquise. Mais le déclin de celle-ci en moins d’une génération allait entraîner la fin de l’épisode Hogguer en Bretagne, même si les générations suivantes de la famille eurent de nouveau de nombreuses occasions de s’illustrer sur d’autres scènes européennes, au cours des décennies suivantes.
Pour le domaine de Loyat, les possessions de la famille de Coëtlogon de Méjusseaume, branche cadette d’une famille d’ancienne noblesse bretonne, remontant au sire de Coëtlogon, époux en 1180 d’Agnès de Derval, ayant pour fière devise : « De tout temps Coëtlogon »., remontaient à 1676, date de son acquisition de ses précédents propriétaires, Charles de Volvire de Ruffec, comte du Bois de la Roche et Anne de Cadillac son épouse, par Louis de Coëtlogon et Marguerite Auvril, son épouse.
Cette maison a produit entre autres personnages remarquables : Olivier, chevalier de l’hermine en 1454, président aux comptes en 1462; Robert, abbé de Saint-Méen en 1443, décédé en 1492 ; Gilles, chambellan du duc François II en 1479 ; des gentilshommes de la chambre des rois Charles
IX et Henri IV ; Guy, abbé de Saint-Jean-des-Prez, puis de Paimpont, décédé en 1472 ; Michel, abbé de Lanténac et de Geneston en 1537 ; Gilles, abbé de Saint- Jean-des-Prez, décédé en 1506 ; trois conseillers au parlement de 1619 à 1703 ; un évêque de Cornouaille, décédé en 1709, Mgr. François de Coëtlogon, célébré par Jean de La Fontaine dans sa fable « le charretier embourbé », un abbé de Bégard, évêque de Saint-Brieuc puis de Tournay, décédé en 1707, un abbé de Saint Mesmie au diocèse de Chalons en 1730 ; une abbesse de Moutons au diocèse d’Avranches en 1770 ; un maréchal de France, vice-amiral et chevalier des ordres, décédé en 1730 ; un lieutenant général des armées du roi en 1748 ; deux membres admis aux honneurs de la Cour en 1781 et 1784.
La branche aînée a porté par alliance en 1643 le marquisat de Coëtlogon dans la branche cadette de Méjusseaume, ce qui explique que les armes figurant au fronton du château de Loyat, remontées au dix-neuvième siècle, qui sont celles de René de Coëtlogon à gauche, et de son épouse et cousine, Anne Auvril de la Roche à droite, soient surmontées d’une couronne de marquis.
Parmi les personnages remarquables précédemment cités par Potier de Courcy, figurent de multiples ecclésiastiques de haut rang. L’évêque de Quimper et le vice-amiral, élevé à la dignité de maréchal la veille de sa mort en 1730, à la demande de ses neveux reconnaissants, étaient tous deux les oncles directs de René-Charles- Elisabeth. Ils jouèrent tous deux un rôle éminent à ses côtés dans le dessin du domaine de Loyat et la construction du nouveau château, le premier grâce à l’expérience acquise dans les jardins en terrasse du domaine de Lanniron, résidence des évêques de Cornouaille au début du dix-huitième siècle, le second grâce à ses incessantes largesses, pour le financement des travaux tant intérieurs qu’extérieurs du Domaine de Loyat.
Par opposition à la trajectoire fulgurante mais fort brève de la famille Hogguer à Kerguéhennec, – moins de trente ans – , celle des Coëtlogon à Loyat a duré plus d’un siècle, de 1676 à 1792, et s’est étendue sur trois générations, avant de s’éteindre en même temps que le règne de Louis XVI. Elle a donc traversé trois périodes caractéristiques de la fin du Grand siècle et du siècle des Lumières :la fin du règne de Louis XIV jusqu’en 1715 et la Régence de Philippe d’Orléans de 1715 à 1723 ; le règne de Louis XV de 1723 à 1774 ; enfin le règne de Louis XVI, roi de France jusqu’en 1791, puis roi des Français en 1791 et 1792, avant de mourir guillotiné en 1793.
Entre temps, le dernier représentant mâle de la branche des Coëtlogon de Loyat Louis Emmanuel de Coëtlogon disparaissait le 17 février 1792, noyé dans le grand étang du château. Les circonstances exactes de ce terrible accident ( ou de cet assassinat ?) sont restées non élucidées à ce jour…

Chronologie comparée et éléments de généalogie

Une chronologie comparée de l’histoire de Kerguéhennec et de Loyat au cours de cette période d’un peu plus d’un siècle, en la situant dans la biographie d’Olivier Delourme d’une part, mais aussi de l’histoire de France et de Bretagne d’autre part, peut être brossée à grands traits pour mieux appréhender l’étude historique des deux châteaux et de leurs domaines. 1660 est l’année de naissance supposée d’Olivier Delourme à Loyat. C’est aussi le début du règne absolu de Louis XIV, qui s’affranchit de la Régence d’Anne d’Autriche en 1661. La même année, Nicolas Fouquet est arrêté à Nantes.
En 1662, Louis XIV et Le Nôtre débutent le grand chantier d’aménagement des jardins et du parc de Versailles, après le succès des jardins de Vaux-le-Vicomte pour Fouquet.
En 1669, le duc de Chaulmes est nommé Gouverneur de la Bretagne. Il conservera cette charge durant vingt cinq ans.
En 1671, l’Académie d’Architecture est fondée par Colbert. Cette institution prestigieuse définit les règles de l’architecture en France, établissant une hiérarchie des valeurs, des normes qui sont diffusées par des publications des cours.1675 marque le début de l’exil du Parlement de Bretagne à Vannes, suite à la révolte du « papier timbré », au cours de laquelle M. de Coëtlogon, gouverneur de la ville de Rennes, à la tête de la milice bourgeoise et de quelques gentilshommes, réussit à disperser les émeutiers Cet exil durera jusqu’en 1689 et se traduira par une frénésie de nouvelles constructions dans la ville de Vannes.
Peu après, Louis de Coëtlogon, père de René- Charles- Elisabeth, et frère de François ( futur évêque de Quimper) et Alain-Emmanuel, ( futur vice-amiral puis maréchal), achète en 1676 le domaine de Loyat à son précédent éphémère propriétaire, Charles de Volvire de Ruffec.
En 1685, Olivier Delourme « monte » à Vannes, attiré par les multiples besoins en constructions rendues nécessaires par l’établissement temporaire du Parlement de Bretagne dans cette ville. Il ne cessera pas d’y résider jusqu’à son décès subit en 1729. 1685 marque également un tournant dans l’histoire du règne de Louis XIV avec la révocation de l’Edit de Nantes par l’Edit de Fontainebleau, considéré par de nombreux observateurs comme une des plus grandes erreurs politiques de son règne.

La succession des propriétaires

La chronologie comparée et les éléments de généalogie évoqués ci-dessus pour la fin du Grand siècle et le siècle des Lumières s’insèrent eux-mêmes dans une histoire des deux domaines et de leurs propriétaires successifs beaucoup plus longue, à la fois avant Louis XIV et après Louis XVI, jusqu’à ce jour. Les uns les ont obtenus par héritage, les autres les ont acquis par contrats d’achat ou par adjudication judiciaire. Les uns se sont ruinés à les restaurer et à les entretenir, les autres les ont laissé tomber en ruines.
Leur liste est connue grâce aux historiens locaux qui ont pu l’établir à différentes époques et à la consultation des archives concernant les deux domaines. Dans les deux cas, les mémorialistes parviennent à remonter au début du quatorzième siècle, même si quelques imprécisions ou inexactitudes peuvent entâcher les énumérations, surtout pour les périodes les plus reculées dans le temps à Loyat. Pour Kerguéhennec, le plus ancien propriétaire connu est en 1300 Josselin de Bignan, époux de Jeanne Le Sénéchal, fille d’ Olivier II Le Sénéchal.
En 1330, sa fille, Marie de Bignan, le porte par mariage à Guy IV de Molac, fils de Guy III de Molac ; en 1350 son fils Guy V de Molac, époux de Jeanne de Pestivien, fille de Jean et de Constance de Rostrenen, en hérite ; de même qu’en 1375, son fils Guy VI de Molac, époux de Blanche de Rochefort.
En 1412, sa fille Aliette de Molac le porte par mariage à Olivier III de la Chapelle, fils d’Olivier II et de Marie de Derval. La même année leur fils Olivier IV de la Chapelle- Molac, époux de Catherine Malor, fille de Jean et Jeanne des Brieux, en hérite ; puis leur fils Guyon de la Chapelle-Molac, époux de Béatrice de Penhoët, fille de Jean et de Jeanne du Périer. En 1426, son fils Jean I de la Chapelle-Molac, époux de Marguerite de Malestroit, dame de la Muce, en hérite, de même qu’avant 1455 leur fils Jean II de la Chapelle-Molac, puis son frère Alain de la Chapelle-Molac, époux en premières noces de Beatrix de Chevery et en deuxièmes noces de Louise de Malestroit, fille de Jean de Malestroit, seigneur de Mesanger et de Perronelle de la Sorraye.
Il faut signaler ici une petite erreur de ce généalogiste, malgré son sens aigu de la précision et sa minutie scientifique, puisque la famille Huchet a possédé la vicomté de Loyat par acquisition, non pas « après » les Coëtlogon, mais avant eux. La famille Le Vicomte n’est pas mentionnée dans le nobiliaire et armorial de Bretagne de Potier de Courcy. Pour le chanoine Pierre-Marie Martin, la famille Le Vicomte aurait possédé le domaine de Loyat durant trois générations jusqu’à un Jean Le Vicomte, vivant en 1326. Ce dernier étant décédé sans hoirs, Loyat serait alors revenu via sa tante Jeanne Le Vicomte, ayant épousé avant 1326 Payen de Fontenay, fils aîné de Thomas, à leur fils Olivier de Fontenay, décédé en 1337 75 Sa veuve, Agathe de Tinténiac, décédée vers 1348, aurait épousé en deuxièmes noces Robert de Beaumanoir, qui serait devenu ainsi un éphémère vicomte de Loyat (?).
A la suite d’Olivier de Fontenay, son fils Thomas, époux de Marie de Pledran hérite de la vicomté de Loyat. Il décéde en 1379, puis son fils Amaury , époux de Jeanne Le Noir en premières noces et de Jeanne Levayer en deuxièmes noces en hérite, enfin Thomas son petit fils, époux de Jeanne de Rostrenen décédé sans postérité, la vicomté passe à la famille d’Acigné, via sa soeur, Jeanne de Fontenay, qui épouse Jean I d’Acigné le 31 mai 1408.Elle restera dans la famille d’Acigné un siècle et demi jusqu’en 1563, date à laquelle elle est vendue par Jean VI d’Acigné, en même temps que le Crévy à Guillaume Quelleneuc, qui meurt peu après en 1563 ou 1564. La fille aînée de Guillaume Quelleneuc, Roberte, épouse de Pierre Rogier; sieur de la Pérouse, hérite alors du Crévy, tandis que sa fille cadette Françoise, épouse de Bertrand Picaud, hérite de Loyat. Leur fils Guillaume Picaud épouse Suzanne Le Prestre en 1585 et décède en 1608 peu après son épouse décédée en 1607, sans enfant. La propriété passe alors à la soeur de Guillaume, Jeanne, qui avait épousé avant 1600 Olivier Le Provost. Leur fille Suzanne épouse le 18 juin 1621 Pierre Botherel ( décédé le 21 juin 1651). Elle meurt le 26 octobre 1670. Ils vendent la vicomté de Loyat, encore connue sous le nom de Pandonnet, à Gilles Huchet de la Bédoyère le 31 octobre 1647.
Telle est donc brièvement résumée, et avec l’indication des incertitudes et imprécisions la concernant, la liste des propriétaires successifs des domaines de Kerguéhennec et Loyat jusqu’au siècle des Lumières et donc jusqu’à la construction des châteaux actuels. Les informations sur les châteaux ou manoirs ayant très probablement précédé ceux-ci sur ces domaines sont rares et fort peu explicites. En l’état actuel des connaissances et faute de recherches archéologiques appropriées, rien ne permet d’affirmer que les premières constructions datant du treizième siècle pour Kerguéhennec, voire du douzième siècle pour Loyat, aient été érigées sur les sites mêmes des châteaux actuels.
Ainsi, quand le Marquis de Bellevue, dans son Histoire de Ploërmel, évoque à la fin du dix-neuvième siècle le château de Loyat « se mirant dans les eaux du Lac au Duc », est-il permis de penser qu’il s’agit d’une figure littéraire courante à l’époque de la rédaction de cet ouvrage, ou au contraire d’une précision bien venue, auquel cas le site du château mentionné dès le douzième siècle dans la paroisse du même nom, ne serait pas celui du château actuel, mais un autre à proximité immédiate du Lac au Duc, peut-être au lieu-dit Lézonnet en Loyat, sur la berge même du Lac, où des vestiges de souterrains fortifiés demeurent aujourd’hui à proximité de constructions plus récentes échelonnées entre le seizième et le dix-neuvième siècles.
Une autre hypothèse pour l’implantation du premier château, qui s’appelait « Pentavoët», serait à proximité du village de Penhouët en Loyat, plus proche de l’Etang au Duc d’environ deux kilomètres à vol d’oiseau. ( soit trois kilomètres à un endroit dominant l’Etang de quelques dizaines de mètres, contre cinq kilomètres et une altitude d’un peu plus de cent mètres pour le château actuel).
Pour le deuxième château de Loyat, construit très probablement vers 1500 par la veuve de Jean II d’Acigné, Béatrix de Rostrenen, et connu sous le nom de Pandonnet, il est établi qu’il se trouvait dans le prolongement ouest du château actuel, et que c’était l’édifice menaçant ruine acquis par les Coëtlogon en 1676.
Le nouveau propriétaire fut Béziers, notaire à Rennes, bailleur de fonds des anciens maîtres, châtelain éphémère, notaire véreux, diton85… Bientôt convaincu de folle enchère, le domaine fut remis en vente par adjudication le jeudi 5 mars 1885, après conversion de saisie immobilière, par le ministère de Maître Grandjean, notaire à Ploërmel. La grande affiche publicitaire annonçant la nouvelle adjudication du Château et dépendances, les décrivait ainsi :« pavillons, cours, pelouses, jardins, bâtiments d’exploitation, terres de labour, prairies, futaies, bois taillis, pâtures, étangs et landes, constituant la terre de LOYAT, sise en la commune de Loyat et par extension en la commune de Taupont, tels que ces biens sont jouis et exploités par M. Béziers et ses fermiers désignés comme il suit » ; elle attira l’attention de M. Léon Auguste Delprat, lieutenant de vaisseau en retraite, alors propriétaire dans l’Oise et en Normandie, de passage à Ploërmel, en route pour le Finistère Sud, où il se proposait d’acquérir le château du Hénant, alors disponible à la vente sur l’Aven. M. Delprat, alla donc visiter le domaine de Loyat, fut conquis par les lieux pourtant assez éloignés du littoral finistérien et malgré le très mauvais état d’entretien du château, décida d’enchérir à cette adjudication. La contenance totale de la terre de Loyat ainsi mise en vente était de deux cent quatre-vingt hectares, soixante douze ares et soixante huit centiares, répartis en cinq lots : 1er lot : le château de Loyat, étangs, bois et terres réservées plus la ferme de la porte et son cheptel. Pour une contenance totale de 189ha97a42ca, mis à prix à 100.000 francs. 2ème lot : la ferme de Kerboclion et son cheptel pour une contenance totale de 64ha33a28ca, mis à prix 40.000 francs. 3ème lot : la ferme de Léthéan,pour une contenance totale de 18ha76a06ca, mis à prix 6.000 francs. 4ème lot : la pâture de la Rochelle ( ancien étang du même nom), contenant 1ha33a98ca, joignant du nord à la route de Guilliers et du midi à la propriété, Madame Jalu et autres.

La situation actuelle des deux monuments

Le domaine de Kerguéhennec est donc aujourd’hui propriété du département du Morbihan, qui a consenti à y faire exécuter d’importants travaux de restauration et d’aménagement dès le début des années 1975, dans la perspective de son ouverture au public et de l’installation d’activités culturelles et de formation pouvant bénéficier à l’ensemble de la collectivité.
Après quelques questionnements d’opportunité au sein même du Conseil Général, puis au niveau du Ministère chargé de la culture, le château, ses communs et son site ont été classés Monument Historique en 1988.
La collection de sculptures contemporainesrésentée au domaine constitue un des rares exemples de Parc de Sculptures en France.91 Denys Zacharopoulos, le premier directeur du Centre d’Art de Kerguéhennec commente ainsi sa création : « Dès 1986, à l’initiative de Françoise Chatel, la collaboration entre la DRAC et le FRAC Bretagne, la commande publique du Ministère de la Culture et le FNAC, la collection s’articule autour d’oeuvres pour la plupart conçues pour le lieu même. Elle forme aujourd’hui un lieu approprié aux expressions artistiques qui, depuis le milieu des années soixante, renouent avec l’espace, le lieu, le site et ses histoires, le milieu social, les pratiques et les matières de la vie quotidienne, l’expérience des êtres et des choses. Les oeuvres de la collection questionnent la forme, la fonction et le statut de l’oeuvre d’art confrontant le lieu et le site à la sensibilité contemporaine. La complexité de ces questions, des histoires qui les génèrent et des parties qui constituent physiquement et moralement le Domaine de Kerguéhennec, forment, depuis 1992, un projet global de développement et de recherche de la spécificité tant du lieu que de la création contemporaine animée par une Direction Artistique.

LES MODIFICATIONS APPORTEES AU FIL DES TEMPS

La partie précédente a énuméré la longue liste des propriétaires connus ou supposés des châteaux de Kerguéhennec et Loyat depuis leur origine jusqu’à aujourd’hui, en tentant de la rapprocher pour la période de la fin du Grand siècle et du siècle des Lumières de quelques faits historiques importants de l’histoire de la Bretagne et de la France.
Les actuels châteaux de Kerguéhennec et Loyat portent en effet avant tout la marque de cette époque et c’est en cette qualité qu’ils ont été jugés dignes l’un et l’autre, à quarante ans d’intervalle, de figurer parmi les édifices civils classés Monument Historique. Mais, comme souvent dans les vieilles demeures, les bâtiments actuels et leurs abords sont le résultat de transformations successives apportées avec plus ou moins d’ampleur et de bonheur par chacune des générations qui les ont occupés. Les transformations apportées au début du dix-huitième siècle par les Hogguer à Kerguéhennec et par les Coëtlogon à Loyat ont certes été radicales, la « restauration » de Kerguéhennec par Olivier Delourme s’étant avérée presque aussi complète que la « reconstruction » pure et simple de Loyat, dont l’ancien château du seizième siècle fut rasé sans laisser de trace visible à l’oeil nu, une fois le nouveau achevé, vers la fin des années 1730, selon toutes probabilités.96 Seules des fouilles archéologiques poussées permettraient de déterminer l’emplacement exact des anciens châteaux de Loyat et Kerguéhennec ayant précédé les actuels. Mais celles-ci ne paraissent pas prioritaires par rapport aux lourds programmes de gros travaux qui attendent encore les deux Monuments.

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Table des matières

INTRODUCTION
PLAN 
PREMIERE PARTIE Les châteaux et leurs domaines 
A ) Analyse architecturale comparée
B ) Le choix de l’architecte :Olivier Delourme
C ) Le déroulement des travaux
DEUXIEME PARTIE Les propriétaires successifs 
A ) Chronologie comparée
B ) La succession des propriétaires
C ) La situation actuelle des deux monuments
TROISIEME PARTIE Les modifications apportées au fil des temps 
A ) Les immeubles bâtis
B ) Les décors intérieurs
C ) Les jardins et les parcs
CONCLUSION : Perspectives d’avenir 
SOURCES 
BIBLIOGRAPHIE

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