L’effet de la consommation de passage sur le développement et l’intégration métropolitaine des territoires en Ile-de-France

82% est la part de mon budget de consommation dépensée hors de mon département de résidence au cours des douze derniers mois – charges fixes (loyers, impôts…) et e-commerce exclus ! Si mes séjours touristiques dimensionnent en partie ce budget, mes pratiques ordinaires de consommation en constituent la majeure partie. Repas sur mon lieu de travail, loisirs, spectacles, shopping récréatif en sont les motifs les plus récurrents. Certes, ma situation résidentielle est singulière: mon domicile est situé aux frontières de trois départements et je travaille dans un quatrième. Pour singulière que soit ma situation, mes pratiques de consommation le sont moins. En effet, dans le cadre du quotidien des Franciliens, un déplacement de consommation sur cinq est motivé par un acte de consommation courante réalisé hors du département de résidence des personnes qui portent ces consommations. Sur l’année, cette pratique motive l’équivalent de 552 millions de déplacements . Les consommations réalisées en dehors de nos territoires de résidence (commune, intercommunalité, département…), et ce, sans occasionner de nuitée sur place, est ce que nous nommons la « consommation de passage ».

Les occasions sont nombreuses pour qu’une personne soit, le temps d’un instant, un consommateur de passage. D’une part, les pratiques de consommation s’ancrent sur des lieux de vie variés qui ne se résument pas au seul lieu du domicile ; elles s’expriment aussi sur les lieux de résidence de la famille et des amis, de scolarisation des enfants ou encore sur le ou les lieux de réalisation de l’activité professionnelle. Tous ces lieux, pouvant ou non se situer en dehors du territoire de résidence, constituent autant d’endroits à proximité desquels peut être effectué un acte de consommation de passage. « Manger sur le pouce » à midi près de son travail (Monnet, 2010), faire des courses d’approvisionnement sur le trajet de retour au domicile avant de récupérer les enfants à l’école (Hani, 2009), réaliser des achats festifs de dernière minute à quelques centaines de mètres de chez les amis-hôtes, en constituent des exemples fréquents. D’autre part, les situations et lieux de transit sont devenus des endroits privilégiés de la consommation de passage (Michaud Trevinal et Cliquet, 2002 ; Sabatier et al., 2007 ; Boquet et al., 2010) : la collation achetée en gare, les produits duty-free acquis à l’aéroport ou à bord de l’avion, les courses effectuées sur les aires d’autoroute… Enfin, si l’offre de consommation à destination des ménages se localise et s’organise au plus près de sa clientèle (Berry et Marchand, 1971 ; Aubert et al., 2014), il existe cependant des biens et services rares – au regard de l’existence de seuils de rentabilité minimale et d’une hiérarchie spatiale des services et équipements commerciaux (Beaujeu-Garnier et Delobez, 1977 ; Metton et al., 1984 ; Delage, 2012), ou au regard de la présence de ressources spécifiques et non transférables (MerenneSchoumaker, 2003 ; Glaeser, 2011). Ainsi, l’acquisition d’un meuble, se rendre au cinéma ou pratiquer le surf peuvent être autant d’activités nécessitant une sortie du territoire de résidence sans nécessiter de nuitée à destination.

Le commerce a toujours été reconnu comme une fonction structurante de la ville et de son dynamisme (Beaujeu-Garnier et Chabot, 1963 ; Berry, 1971 ; Desse, 2001 ; Delaporte et al., 2012 ; Delage, 2012), voire d’en être le principal levier de développement (Weber, 1921). L’évolution des aptitudes à la mobilité, caractérisée par une croissance généralisée de la vitesse de déplacement au cours des trente dernières années, a exacerbé la concurrence territoriale relative à la localisation de cette fonction économique. De ce fait, le « commerce » est devenu un sujet sensible pour les élus locaux responsable du fonctionnement et du rayonnement de leurs territoires : lutte contre le retrait de l’offre globale de services pour les territoires ruraux, préservation des densités commerciales face à la concurrence périphérique pour les centres urbains, souci de conserver l’emploi local et de contrôler l’usage de la ressource foncière pour les territoires périurbains (Constans-Martigny et Ruault, 2012), font partie des inquiétudes nourries sur cette fonction économique. Ces dernières traduisent la tension qui frappe les territoires à l’heure où toute captation de dépenses est importante et nécessaire pour animer et sauvegarder l’activité économique locale et le peuplement du territoire.

Les territoires et leur quête de développement

Des luttes de pouvoir s’engagent entre les hommes afin d’obtenir l’autorité sur l’environnement qui les entoure : en ce sens, le territoire constitue une expression de cette lutte. Pour autant les hommes ne se contentent pas de s’approprier l’espace géographique, ils y projettent également leurs attentes et y définissent des perspectives de développement. Or, dans un monde où les systèmes économiques s’interpénètrent de plus en plus, l’intégration des espaces les uns aux autres a transformé les manières d’être et de faire des acteurs territoriaux.

Le territoire comme « technologie politique »

La définition du territoire en sciences sociales fait l’objet d’inépuisables débats en France (Lacour 1996 ; Méo 1998 ; Moine 2006 ; Fournier 2007 ; Vanier 2009). Depuis le début du 21e siècle, une littérature abondante vient discuter pêle-mêle de l’existence de « dynamiques territoriales », d’une « économie territoriale », d’une « ressource territoriale » ou encore de « gouvernances territoriales ». La popularité du concept et de ses déclinaisons ont même conduit à la formation en 2010 d’un collège international des sciences du territoire (CIST) en vue d’organiser un nouveau champ disciplinaire. En 2013, à l’occasion d’un séminaire de la DATAR9 , Bernard Pecqueur, pour qui le territoire constitue un objet d’étude privilégié depuis près de 30 ans, concédait pourtant ne jamais en voir véritablement vu un de ses yeux. Il faut reconnaître que la question sémantique n’est de toute évidence pas tranchée.

Qu’est-ce qu’un territoire ? On peut y rechercher un espace vécu, de nature mouvante, ou faire référence aux frontières instituées des découpages administratifs (Lacour 1964 ; Méo 1998 ; Pecqueur 2005 ; Vanier 2010). Il peut également être petit et de proximité, à l’image du quartier, ou vaste et éloigné comme la communauté européenne (Baudelle et al. 2011). L’appartenance d’un individu à un territoire ne serait en outre pas exclusive mais ouverte à la multiterritorialité (Munoz, 2004). De surcroît, il embrasserait une nature symbolique et identitaire (Méo, 1998) qui rend possible son abstraction sous la forme de territoires virtuels (Galland 1999 ; Bertacchini 2003).

« Des territoires sont en construction, ils ne sont pas bornés ou, tout au moins, leurs frontières sont souples et mouvantes, ils se définissent et se structurent progressivement sans qu’il soit possible encore de les identifier et encore moins de les gouverner. » (Bertacchini 2003, p.2)

Le développement des territoires comme horizon politique

En considérant les territoires comme des technologies politiques, il faut comprendre qu’à contexte et objectif communs, ils ne partagent ni les mêmes connaissances ni les mêmes savoirfaire. En outre, les ressources qu’ils sont susceptibles de valoriser ne sont pas équivalentes ni en quantité ni en qualité, certaines d’entre elles par ailleurs ne sont pas identifiées ; de plus la compétence des acteurs territoriaux pour les valoriser est elle-même inégale. En définitive, la nature des difficultés et des attentes qui se font entendre varie d’un territoire à un autre ; or les acteurs locaux disposent du pouvoir et de la légitimité pour y apporter des réponses spécifiques à chacun.

« Il ne s’agit pas seulement de marquer, de construire des territoires, mais de les développer. » (Jean 2006, p.466)

Dès lors qu’on accepte la définition du territoire en tant que technologie politique, il est possible de définir le développement territorial comme un état de convergence des indicateurs territoriaux avec une situation socio-économique projetée politiquement. Le développement territorial prend en ce sens la forme d’un processus, dont on saisit l’état d’avancement, au regard d’indicateurs territoriaux, et comparativement à un état initial jugé insatisfaisant. Il y aurait alors autant de développements possibles que d’horizons politiques à atteindre. Ceci expliquerait que la « croissance », en tant que progression de la création locale de richesses, ne soit ni une condition suffisante (Baudelle et al. 2011), ni une condition obligatoire (Talandier 2007 ; Davezies 2007), pour qu’un territoire se développe.

En France, la question du développement est longtemps demeurée une prérogative d’État au titre de l’aménagement du territoire. Les programmes d’action régionale mis en place en 1955 visaient à spatialiser la planification économique nationale. En 1964, les membres des premières Commissions de Développement Économique Régional (CODER), qui épaulaient le préfet de Région, étaient en grande partie désignés par l’État. Le sous-développement d’une région se caractérisait alors par un retard de modernisation du tissu économique, un déficit de croissance, un solde migratoire négatif, ou encore un revenu par habitant en dessous de la moyenne nationale (Chiva 1958 ; Gravier 1958). Les actions à destination des régions se sont en retour orientées vers le soutien du développement industriel, de la modernisation agricole et de tout ce qui pouvait concourir au rééquilibrage productif du territoire national. L’approche est spatiale, avec des régions supports de spécialisations économiques. À l’époque, l’horizon politique est porté par l’État et non par les régions en tant que territoire.

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Table des matières

INTRODUCTION GENERALE
– CHAPITRE 1 –
Le suivi des flux de richesses, un enjeu pour le développement territorial
– CHAPITRE 2 –
La consommation de passage, un objet d’étude pour l’économie territoriale
– CHAPITRE 3 –
La métropole francilienne, contexte propice à la consommation de passage
– CHAPITRE 4 –
Mesure de la consommation de passage dans une approche circulaire de l’économie
– CHAPITRE 5 –
Consommation de passage et transferts interdépartementaux de richesses
– CHAPITRE 6 –
La consommation de passage, l’économie présentielle au service de l’intégration métropolitaine ?
– CHAPITRE CONCLUSIF –
Des implications politiques et économiques à la reconnaissance de la consommation de passage
ANNEXES
BIBLIOGRAPHIE
TABLES
TABLE DES MATIERES

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