Le Vietnam et l’élevage de porc

Le Vietnam et l’élevage de porc

Caractéristiques et problématiques de la zone d’intervention de VSF

VSF intervient au Nord-Vietnam dans la Province de Phu Tho, districts de Thanh Ba, Ha Hoa et Yen Lap. La Province de Phu Tho se situe à environ 80 km à l’ouest de Hanoi et occupe une position de “transition” entre 2 parties distinctes du Nord Vietnam : la “zone de plaine” jusqu’à NgheAn et la “zone montagneuse” aux frontières de la Chine et du Laos. Ainsi, on trouve dans la province des zones de plaines situées au sud-est principalement, proche de la grande ville de Viet Tri et des infrastructures (Viet tri, Phu To, Phong Chau, Tam Thanh) ; et des zones plus montagneuses (jusqu’à 1310 mètres d’altitude) à l’ouest (Yen Lap et Thanh Son qui sont les deux districts les plus montagneux). A noter que la superficie de Thanh Son et Yen Lap (zone d’intervention actuelle de VSF) correspond quasiment à la moitié de la superficie totale de la province. Comme nous l’avons vu plus haut , les services techniques provinciaux de Phu Tho mènent des actions visant à l’intensification de l’élevage dans les districts situés à l’extrême ouest de la province , alors que les zones montagneuses et défavorisées telles que les districts de Yen Lap et Thanh Son, où l’élevage est surtout familial et où les infrastructures sont peu développées ne peuvent accueillir ce type de projet.
Ainsi, VSF a choisi d’intervenir dans les zones montagneuses de Phu Tho, où l’élevage de type familial n’est pas soutenu par les politiques gouvernementales (pas de fermes d’état de sélection dans les districts) et les infrastructures peu développées (peu de routes goudronnées à l’intérieur des deux districts de Thanh Son et Yen Lap).

Les travaux de VSF au Nord Vietnam : Historique et état actuel

VSF intervient dans le nord du Vietnam depuis 1997 en appui aux activités “Elevage et Santé animale” du Programme Fleuve Rouge, coopération franco-vietnamienne entre le GRET (Groupe de Recherche et d’Echanges Technologiques) et le VASI (Vietnam Agriculture Science Institute) dans les districts de Thanh Ba et Ha hoa, Province de Phu Tho.
VSF travaille sur le terrain avec le Programme Fleuve Rouge sur trois axes principaux :
– Capitaliser sur les associations et boutiques vétérinaires (“tu thuocs”) et appui à leur autonomisation
– Renforcement de la collaboration entre les Agents Vétérinaires Villageois (AVV) et le Station Vétérinaire de District (SVD) : Volet Organisation des Services de Santé Animale (OSSA)
– Appui à l’élevage de truies Mong Caï: Volet Production Locale de Porcelets (PLP)
Dans le cadre de ces activités dans les districts de Thanh Ba et Ha Hoa, VSF a collaboré étroitement avec les services vétérinaires publics : les Stations Vétérinaires de District et le Sous Département Vétérinaire Provincial de Phu Tho. Dès les premiers échanges, ce dernier a sollicité VSF pour envisager la mise en place d’actions du même type dans les districts de Thanh Son et de Yen Lap, qui sont les deux districts les plus défavorisés de la province.
Un nouveau projet (indépendant du Programme Fleuve Rouge), intitulé “Montagnes de Phu Tho” a vu le jour et a été officialisé en octobre 2001 par un accord de partenariat entre VSF et le SVD qui court jusqu’au 31 décembre 2003.
Les objectifs du projet “Montagnes de Phu Tho” pour 2001 et 2002 sont :
– Expérimenter des actions de développement de l’élevage dans quelques communes pilotes (choisies pour leur caractère représentatif) de chacun des deux districts. C’est le volet PLP, qui consiste en un accompagnement à la mise en place d’ateliers naissage en truies Mong Caïchez les éleveurs. L’accompagnement est réalisé a deux niveaux : au niveau technique via des formations aux éleveurs et aux AVV (responsables du suivi des truies) et un accompagnement dans l’approvisionnement en cochettes ; au niveau financier via des prêts aux éleveurs par le biais de l’association française Zebunet.
– Renforcer le fonctionnement et l’efficacité du réseau de santé animale de chaque district, notamment les liens entre les éleveurs et les AVV, d’une part, et les liens entre les AVV et les Stations Vétérinaires. C’est le volet OSSA, qui a démarré la mise en place d’un réseau d’épidémio surveillance sur les deux districts en avril 2002 avec la venue d’une stagiaire vétérinaire Française (Nancy Dal Fovo).
– Analyser la situation actuelle de l’élevage en mettant en place des moyens de diagnostic (collecte des données statistiques des communes, enquêtes sur les systèmes d’élevage). C’est le volet Etudes des systèmes d’élevage qui a débuté en janvier 2002 et auquel nous avons pris part.

L’élevage et les services à l’élevage

L’élevage de porc est le plus important en nombre de tête et est en progression depuis 5 ans, viennent ensuite les buffles et les bovins, dont les cheptels ont tendance à se maintenir, voir à diminuer en ce qui concerne les bovins. L’élevage de chèvres est peu développé, l’élevage de volailles relativement stable et omniprésent. En ce qui concerne les porcs, le nombre de truies reste faible et le district est fortement importateur de porcelets.
L’élevage de porcs se développe de façon plus importante autour du chef lieu Yen Lap, tandis que les élevages de buffles et bovins se concentrent dans les zones de montagne.
Le district autoconsomme pratiquement toute la viande de porc, de buffle et de vache qu’il produit. Il n’y a pas d’exportations de ces denrées. Les volailles par contre font l’objet d’exportations hors des frontières du district.
Il n’y a pas d’ abattoir public dans le district, il n’ existe que des abatteurs privés et donc peu de contrôles efficaces des viandes (assurés par les vétérinaires privés sur les marchés).
Il n’existe pas de politique publique d’amélioration des races à Yen Lap (seul le projet de VSF rempli cette fonction). Les races sont essentiellement locales. Les saillies sont naturelles pour toutes les espèces, il n’y a plus de service d’insémination au niveau du district actuellement (celui-ci a été arrêté il y a deux ans).
Les services à l’élevage sont représentés par :
– la Station de Vulgarisation du district, relayée dans les communes par des vulgarisateurs, chargés de la formation aux éleveurs et la diffusion de nouvelles techniques dans les domaines de l’agriculture et de l’élevage. Un entretien avec le vulgarisateur de la commune de Xuan An, a fait apparaître que la plupart des formations dispensées concernent les cultures , des formations sur l’élevage s’organisent en moyenne une fois par an.
– La Station Vétérinaire du district, service public, et les Praticiens Vétérinaires Villageois, service privé, mais dont certains dépendent de la Station Vétérinaire, le “praticiens responsables”. Les rôles d’une SVD (Station Vétérinaire de District ) sont officiellement la réalisation du diagnostic clinique, la prophylaxie par vaccination, le contrôle des maladies (épidémiologie), la mise en quarantaine des animaux, l’inspection sanitaire des produits d’origine animale, le contrôle des médicaments vétérinaires (Dal Fovo, 2002). Dans la pratique, il s’avère que la seule activité est l’organisation des campagnes bisannuelles de vaccination des animaux.
– Les praticiens villageois privés travaillent au diagnostic, au soin aux animaux, à la vente de médicaments, les “praticiens responsables”, en plus de cette activité classique, sont responsables de la formation aux éleveurs et sont les relais avec le SVD en ce qui concerne l’épidémio surveillance (rédaction mensuelle d’un bulletin remis au SVD).
Comme le note Dal Fovo N. dans son rapport, le niveau de formation des praticiens est très variable (de 3 semaines à deux ans de formation), ce qui rend la qualité des services rendus dans les communes assez inégale.

Approfondissement des connaissances sur l’élevage porcin dans la commune de Xuan An

Une enquête chez 30 éleveurs sur les logiques et les pratiques de l’élevage porcin

Nous avons décidé de refaire des enquêtes chez 30 éleveurs.
L’échantillonnage a été raisonné d’après les premiers résultats et nous sommes retournés voir uniquement des éleveurs déjà enquêtés pour lesquels nous avions déjà certaines informations. Nous avons en premier lieu choisi tous les éleveurs de truies (naisseurs et naisseurs-engraisseurs), car une préoccupation importante de VSF est de mieux connaître l’activité naissage de la région. Pour les engraisseurs, nous avons pris comme critères :La localisation géographique (nous avons choisi des éleveurs dans les deux zones : montagne et plaine et dans les villages “pauvres” : Dan, Hon et “plus riches” : An Lac, An Tho) ; l’âge de l’éleveur ( nous avons choisi des éleveurs dans toutes les tranches d’âge : moins de 30 ans, entre 30 et 45 ans, plus de 45 ans) ; la taille du cheptel de porcs (nombre de porcs élevés par an).
Nous avions donc à enquêter 17 engraisseurs purs, 4 naisseurs purs et 9 naisseurs-engraisseurs.
Une fiche par éleveur a été sortie d’après les analyses des premières enquêtes sur le logiciel Access, comprenant les informations importantes : situation de famille, niveau de vie, âge, emprunt…., développement des cultures (surfaces, productions…), développement des élevages et de l’élevage de porc, performance des ateliers porcs…
Des “Guides d’entretien”  ont été élaborées avec la collaboration de Phuong (interprète) et l’avis de Patrice Gautier et de Vincent Porphyre, pour chaque type d’éleveur : Engraisseur, Naisseurengraisseur, Naisseur pur.

La théorie des “systèmes de production” : un guide pour une typologie des éleveurs

la représentation schématique d’un système de production (d’après Jouve P., 1992) et des principales composantes à prendre en compte : la famille, les moyens de production (main d’œuvre, capital, terre …), les objectifs du chef de familles, le système d’élevage, le système de culture, les productions, les relations avec l’extérieur (marché, activités extra-agricoles …). Ce schéma nous a beaucoup aidé à réfléchir lors du traitement des données de la deuxième enquête et notamment à choisir les critères principaux pour établir une typologie des éleveurs .

Des différences d’usage entre la zone de montagne et la plaine

Comme on peut le voir sur la carte de la commune, les surfaces de terres cultivables sont plus vastes au centre de la commune. De plus, ce sont des terrains plats, irrigués correctement (pour la plupart) pour deux saisons de riz (retenues d’eau et pompage). Dans la montagne, les surfaces de cultures vivrières sont plus réduites et les périmètres irrigués moins importants.
Depuis 5 ans, on assiste à une augmentation de la productivité de certaines cultures grâce à l’introduction de nouvelles variétés, notamment de riz et de maïs. Cependant ces variétés sont surtout cultivées en plaine, peu d’agriculteurs de la montagne les ont adopté. De plus, les terres de la montagne sont facilement érodées à la saison des pluies et desséchées en été, tandis que les terres de plaine sont mieux irriguées.
Ainsi, on remarque une différence dans les rendements de culture du riz entre la plaine et la montagne Les rendements des cultures varient également en fonction du niveau économique des familles et de la quantité et qualité des intrants utilisés (semences, engrais, pesticides…) : 124 kg / Sao pour le riz d’octobre en moyenne chez les familles pauvres contre 148 kg / Sao pour le riz d’octobre chez les familles riches en moyenne.
Les jardins peuvent être assez importants dans l’économie familiale, permettent une diversification agricole intéressante et peuvent être source d’alimentation pour l’élevage de porcs (thé, fruits, patate douce, soja, légumes, liseron d’eau …). Ces surfaces sont plus importantes en plaine qu’en montagne et chez les familles à niveau de vie élevé.
En montagne et sur les collines, beaucoup de familles exploitent la forêt. A noter que la superficie des collines et de forêt occupe actuellement environ de 55 % du total des terres de la commune. Deux modes d’exploitation sont possibles :
– soit les éleveurs sont responsables de la protection de la forêt naturelle que l’Etat leur a confié, ils reçoivent 40 000 VND par hectare par an (ce qui est très faible).
– Soit ils peuvent exploiter le bois des plantations aménagées par l’Etat (cannelle, eucalyptus, aliboufier). Cette exploitation se fait suivant les essences, tous les 10 à 20 ans et les revenus donc très irréguliers. L’installation de plants sylvicoles de valeur a débuté il y à 5 ans environ et les effets sur les revenus des familles ne se fait pas encore sentir (le secteur de la sylviculture ne représente que 12,5 % du total du secteur agricole en terme de revenus).
Cette politique du gouvernement de confier les forêt aux éleveurs a permis un ralentissement de la pratique de défrichi-brûlis qui appauvrissait le milieu.

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Table des matières

Introduction
Partie 1 . Présentation du contexte de l’étude
1.1 Le Vietnam et l’élevage de porc
1.1.1 Le Vietnam : géographie, population, situation économique et politique actuelle
a-Un pays au relief et au climat variés
b-Une population dense, en pleine croissance, essentiellement agricole
c-Deux zones agricoles très développées
d-Une histoire mouvementée, une libéralisation récente, une croissance spectaculaire
e-Conséquences : un secteur agricole désorganisé et des inégalités accrues
1.1.2 L’élevage du porc au Vietnam
a- Un élevage important et en pleine croissance
b- Des objectifs tournés vers l’exportation : un programme national pour l’élevage
c-Organisation de l’élevage sur le territoire
1.2 Les activités de Vétérinaires Sans Frontières au Nord Vietnam
1.2.1 Caractéristiques et problématiques de la zone d’intervention de VSF
1.2.2 Les travaux de VSF au Nord Vietnam : Historique et état actuel
1.3.La zone d’étude du volet “Etude des sytèmes d’élevage” : le district de Yen Lap
1.3.1 Géographie, population, infrastructures, niveau de vie
1.3.2 L’agriculture
1.3.3 L’élevage et les services à l’élevage
Partie 2. Les objectifs de l’étude et la méthodologie
2.1 Les objectifs : Un diagnostic dans l’action pour une validation et une amélioration des projets de VSF
2.2 La méthodologie : Un travail d’équipe franco-vietnamien
2.2.1 Une collaboration VSF – CIRAD – UAH
2.2.2 Des enquêtes “systèmes d’élevage” dans deux communes
a- Objectif des enquêtes
b- Organisation et méthode de travail
c- Traitement des données et rapport : La théorie des “systèmes d’élevage” : un guide pour  l’analyse des premières enquêtes
2.2.3 Approfondissement des connaissances sur l’élevage porcin dans la commune de Xuan An
a- Objectifs de cette phase
b- Une enquête chez 30 éleveurs sur les logiques et les pratiques de l’élevage porcin
c- La thèorie des “systèmes de production” : un guide pour une typologie des éleveurs
Partie 3. Résultats dans la commune de Xuan An et discussion 
3.1 Le territoire, le habitants, les conditions socio-économiques de la commune
3.1.1 Les caractéristiques et l’occupation du territoire
a- Deux zones très distinctes : la plaine et la montagne
b-Une population importante répartie inégalement
3.1.2 Les caractéristiques de la population et les conditions socio-économiques de la commune
a- Une population jeune, agricole, au niveau de vie bas
b-De gros efforts de l’Etat pour l’amélioration des infrastructures
c-Organisation administrative et structures de soutien à la culture et à l’élevage
3.2 L’exploitation du sol : les cultures
3.2.1 Une surface de terres agricoles restreinte
3.2.2 Des différences d’usage entre la zone de montagne et la plaine
3.3 Structure des élevages à Xuan An
3.3.1 Les volailles
a-Les poules
b-Les canards
3.3.2 Les buffles et les bovins
a-Les buffles
b-Les bovins
3.3.3 Les porcs
3.4 Eléments de typologie des éleveurs de porcs à Xuan An : compréhension des logiques, contraintes et besoins de chaque groupe
3.4.1 Les critères retenus pour notre typologie
3.4.2 Typologie des éleveurs
a-Typologie des éleveurs “engraisseurs purs”
b-Facteurs determinant le développement de l’élevage de porcs dans les exploitations
c-Typologie des naisseurs et des naisseurs-engraisseurs
3.5 Discussion : des propositions pour les actions futures de VSF 
3.5.1 Confirmation des hypothèses à l’origine du projet PLP
3.5.2 Savoir choisir les “éleveurs cibles”
3.5.3 Discussion sur la méthode et reflexions pour un diagnostic rapide pré-projet
3.5.4 D’autres pistes de travail
Conclusion

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