Le soulevé pelvien selon la méthode Neurac™ et le maintien postural

Le contrôle moteur de la région lombo-pelvienne

L’enjeu du contrôle moteur de la région lombo-pelvienne est de grande importance. Cette région sert à la locomotion et au contrôle de la colonne vertébrale dans des environnements variés et des interactions complexes entre des forces internes et externes. L’enjeu est d’autant plus compliqué par le fait que, sans muscles, la colonne, le bassin et le tronc sont intrinsèquement instables (Lucas & Bresler, 1961 ; Panjabi, 1992).
Le tronc est composé de deux couches de muscles, une profonde et une superficielle. Selon Bergmark (1989), la couche profonde est principalement composée du transverse de l’abdomen (TrA), des multifides (MF) et des intertransverses (IT) connus sous le nom des muscles locaux. Les muscles paraspinaux, c’est-à-dire les érecteurs spinaux (ES) et le carré des lombes (CL) forment la partie musculaire plus superficielle et postérieure du tronc, tandis que le droit de l’abdomen, les obliques externes (DE) et les obliques internes (DI) forment, pour leurs parts, la couche musculaire plus superficielle et antérieure du tronc. Cet auteur affmne que le CL, les ES, le droit de l’abdomen, et les DE sont aussi appelés des muscles globaux (Bergmark, 1989). Bien que les muscles globaux participent à actionner et mobiliser le tronc, ils sont aussi utiles à la stabilisation de ce dernier (Danneels et al., 2001). Bergmark (1989) affirme même que les ES sont les muscles du dos les plus importants pour l’équilibre de la colonne vertébrale et pour la stabilisation du tronc. Quant à eux, les muscles locaux, donc le TrA, les MF et les IT, en se cocontractant, servent principalement à la stabilisation du tronc et ils sont d’ailleurs attachés à la colonne vertébrale (Bergmark, 1989). Pour sa part, la stabilisation latérale du rachis est essentiellement déterminée par les IT, le CL et des ES (Bergmark, 1989). Un autre muscle important est le diaphragme puisqu’ il sert à augmenter la pression intra-abdominale travaillant de concert avec le plancher pelvien pour la stabilité du tronc. D’ ailleurs, le plancher pelvien est souvent conjointement activé avec la contraction du transverse de l’abdomen (Akuthota, Ferreiro, Moore, & Fredericson, 2008). Effectivement, la contraction simultanée du diaphragme, des muscles du plancher pelvien et des abdominaux est requise afm d’augmenter la pression intra-abdominale. De fait, cette synergie mène à une diminution de la charge des muscles de la colonne vertébrale permettant une stabilité rehaussée du tronc (Cholewicki, Juluru, & McGill, 1999). Tous les muscles du tronc sont ainsi requis pour la stabilité et le contrôle de la colonne vertébrale (Panjabi, 1992) et il est clair que la stabilité dépend de l’interaction harmonieuse entre les muscles globaux et locaux (Bergmark, 1989; McGill, Grenier, Kavcic, & Cholewicki, 2003). En effet, le MF, en position anatomique, est le muscle qui fournit le plus de contrôle faisant en sorte que lorsqu’il est blessé, la stabilité segmentaire est fragilisée (Wilke, Wolf, Claes, Arand, & Wiesend, 1995). En effet, Wilke et coll. (1995) poursuivent en affirmant que parmi les mécanismes répertoriés dans la littérature contribuant au contrôle moteur, donc à la stabilité du tronc, on trouve le tonus musculaire géré par les fuseaux neuromusculaires gammas. Ces auteurs ajoutent que la cocontraction des muscles antagonistes produit une force opposée au mouvement requis stabilisant l’équilibre musculaire (Wilke et al., 1995). Chez les patients sains, cette cocontraction s’effectue au moment précis, recrutant les muscles adéquats pour maximiser le contrôle moteur, donc l’équilibre musculaire.
En plus du contrôle sensorimoteur du MF et du tonus musculaire environnant, le contrôle postural est un autre mécanisme procurant de la stabilité au niveau du tronc.
Celui-ci fait partie du contrôle moteur et il est aussi un facteur de protection pour les structures de la région lombo-pelvienne déjà mentionnées. Ce contrôle postural se fait donc par l’entremise de plusieurs systèmes, dont le système visuel ou vestibulaire, mais dans le cadre de ce mémoire, le système proprioceptif nous intéresse davantage.
La proprioception et le contrôle moteur sont liés à deux niveaux selon Riemann et coll. (2002). Tout d’abord, selon ces auteurs, la proprioception renseigne les programmes moteurs sur l’environnement externe leurs permettant de s’ajuster aux perturbations inattendues (Riemann & Lephart, 2002). Ceux-ci poursuivent en affirmant que le système proprioceptif est le système fournissant l’information le plus rapidement avec la plus grande précision en vue d’apporter des ajustements aux stratégies motrices.
Le second niveau concerne la planification et la modification des mouvements générés de manière consciente. Le système proprioceptif est le plus approprié pour fournir l’information sur le positionnement et le mouvement segmentaire permettant au système sensorimoteur d’avoir l’information complète avant la commande motrice (Riemann & Lephart, 2002). Assurément, le corps humain a la capacité intrinsèque d’être renseigné sur l’activité musculaire, le niveau de contraction et le positionnement des muscles et des membres contribuant à l’exécution précise des mouvements. Ces renseignements sont transmis par les mécanorécepteurs, notamment les fuseaux neuromusculaires, les organes tendineux de Golgi et les récepteurs articulaires. Le bas seuil d’ activation de ces trois types de récepteurs permet de détecter des changements minimes dans le positionnement des membres, et ainsi, de déclencher des processus de modification pour s’adapter à cesdits changements (Purves et aL, 2014).
Les fuseaux neuromusculaires font partie de l’unité motrice. Ils se retrouvent dans les fibres musculaires striées. Leurs fibres intrafusales comprennent les neurones spinaux spécialisés appelés motoneurones gammas. Le travail principal de ces motoneurones est d’envoyer des afférences par une voie précise de la moelle épinière en vue de permettre un traitement inconscient et conscient des paramètres mentionnés.
Malgré les voies directes d’analyse de la proprioception, plusieurs autres sens contribuent à préciser les renseignements fournis par ces mécanorécepteurs, notamment la vision, le système vestibulaire, l’audition et le toucher (Purves et aL, 2014). Les fuseaux neuromusculaires sont présents dans tous les muscles squelettiques, mais leur densité varie selon la fonction du muscle dans lequel ils se retrouvent. Effectivement, il y a une plus grande densité de fuseaux neuromusculaires dans les muscles locaux et stabilisateurs compte tenu de la précision requise du mouvement à accomplir par ces derniers. Les muscles globaux, quant à eux, ont une moins grande densité de fuseaux neuromusculaires (Purves et al., 2014).
Dans une méta-analyse menée par Hoyan Tong et colL (2017) portant sur la proprioception, deux méthodes d’évaluation de la proprioception sont recensées. La première méthode est la tâche de repositionnement d’une articulation (joint reposition sense) qui évalue la capacité du patient à reproduire un mouvement. Une tâche est préalablement présentée par l’entremise d’une rétroaction visuelle, verbale et/ou kinesthésique (positionnement manuel) et le patient doit ensuite reproduire le mouvement démontré. Le résultat de ce test est donc l’écart entre le mouvement demandé et le mouvement reproduit. La seconde méthode d’ évaluation est le seuil de détection d’un mouvement passif. Cette méthode d’ évaluation consiste à placer la colonne lombaire du patient dans des positions déterminées par des dispositifs spécifiques qui mobilisent le segment à des vitesses constantes. La résultante est de déterminer le seuil auquel le patient aura remarqué un mouvement.

Les troubles musculo-squelettiques

Michel (2012) mentionne qu’entre 1998 et 2007, au Québec, le nombre de cas de troubles musculo-squelettiques (TMS) déclarés et remboursés par la Commission de la santé et de la sécurité du travail du Québec (CSST) a varié entre 36 842 et 51 940 annuellement. Cela représente, parmi les travailleurs, en moyenne, 35% de toutes lésions déclarées et remboursées par la CSST (Michel et al., 2012). Toujours pendant cette même période, les TMS ont causé, en moyenne, 2 431 486 jours de travail remboursés annuellement (Michel et al., 2012). En 2004, au Québec, ils représentaient un montant de 650 millions de dollars en indemnisations versées et réparties sur quelque 40000 travailleurs de tous secteurs confondus (Généreux, Provençal, Mérineau, & Larouche, 2006). Dans son portrait national des TMS 1998-2007, l’Institut national de santé publique décrit les TMS comme étant: « … un ensemble de symptômes et de lésions inflammatoires ou dégénératives concernant les segments corporels suivant: le cou, le dos, les membres supérieurs et les membres inférieurs (Michel et al., 2012) ».
Les TMS sont très diversifiés selon les structures atteintes. Les tendons, les muscles, les ligaments, les disques intervertébraux et les structures nerveuses sont des éléments du corps pouvant être affectés. Les névralgies, les bursites, les épicondylites, les tendinites, les synovites, les claquages et les entorses musculaires, l’arthrose et les myalgies, notamment la lombalgie, sont des exemples, parmi tant d’ autres, de TMS (Gauthy, 2007). De 1998 à 2007, il a été recensé que plus de la moitié des TMS, soit 52,2 %, furent des blessures au dos. De ce pourcentage, 69% de ces douleurs étaient localisées au niveau lombaire (Michel et al., 2012). Les TMS peuvent arriver de façon traumatique, mais ils se développent souvent progressivement, résultant fréquemment en une incapacité d’adaptation et de réparation des structures (Vézina, 2011). Les TMS sont associés à des douleurs et à des limitations fonctionnelles et la population adulte est la plus affectée (Gauthy, 2007). On peut souvent reconnaître les TMS par la présence de deux symptômes; soit la douleur et la perte de fonction motrice (Michel et al., 2012; Vézina, 2011). La perte de fonction réfère à la diminution des capacités physiques dans les activités quotidiennes ou de travail, ou à la limitation de performances personnelles comparées à celles d’une personne saine du même genre et du même âge (Porterfield & DeRosa, 1991). Pour sa part, la douleur est décrite et est mise en relation avec le contrôle moteur dans la prochaine section.

Le contrôle moteur et la douleur

Tout d’abord, la douleur mène souvent à un changement au niveau du contrôle moteur et elle peut communément être décrite comme étant une sensation subjective et déplaisante apparaissant dans une région donnée du corps (Latash, 2008). Elle est également considérée comme étant un mécanisme de défense du corps humain, servant à l’avertir des dangers éventuels (Latash, 2008). Pour sa part l’International Association for the Study of Pain (IASP) défmit la douleur comme une expérience sensorielle et émotionnelle désagréable, associée à des lésions tissulaires réelles ou potentielles, ou décrite en termes de telles lésions (Bonica, 1979).
Appliquée au contrôle moteur, Lund et coll. (1991) ont démontré qu’en présence de douleur, la production de la force, la vitesse de contraction ainsi que l’amplitude de mouvement des membres affectés sont souvent réduites (Lund, Donga, Widmer, & Stohler, 1991). Ces derniers suggèrent que le changement des stratégies motrices est une adaptation protectrice normale produite par le corps (Lund et al., 1991). Hodges et Moseley (2003), pour leur part, suggèrent qu’il est possible que la douleur et la peur de la douleur mènent à une modification du contrôle moteur (Hodges & Moseley, 2003).
Arendt-Nielsen et Graven-Nielsen (2008) abondent dans le même sens que les auteurs ci-haut mentionnés puisque ceux-ci affIrment que l’adaptation fonctionnelle développée par la douleur musculaire peut également impliquer une activité motrice accrue, reflétant ainsi des changements dans la coordination musculaire, et donc, des changements dans la stratégie motrice. Ces derniers rapportent également que la douleur musculaire provoque des modifications dans la coordination lors d’ exercices dynamiques et que les interactions entre la douleur musculaire et le contrôle moteur dépendent de la tâche désirée (Arendt-Niel sen & Graven-Nielsen, 2008). Une diminution de l’activité musculaire, causée par une baisse de l’amplitude de mouvement, ainsi qu’une force réduite sont rapportées dans le but de protéger les muscles douloureux (Arendt-Nielsen & Graven-Nielsen, 2008). Plus récemment, Hodges (2011) mentionne que le contrôle musculaire est affecté par la douleur puisque le mouvement et la douleur sont intimement liés. Il ajoute qu’en situation de douleur aigüe, le système moteur permet au système nerveux de répondre, de supprimer ou de réduire une menace possible aux tissus environnants. Si le système nerveux juge qu’une situation peut être nuisible, le comportement mécanique sera modifié afin de supprimer la menace et ainsi réduire le potentiel de douleur ou même de blessure. Lors d’une situation de douleur chronique, la réponse motrice peut être moins significative, moins précise ou même non nécessaire puisque la menace aux tissus est moins importante que les facteurs physiologiques et psychologiques qui influencent la perception de la douleur (Hodges, 2011).
Peu importe le type de douleur, qu’elle soit soudaine ou chronique, ou peu importe la stimulation nociceptive, de nouvelles stratégies motrices seront élaborées par le système nerveux en vue de protéger la région douloureuse (Hodges & Moseley, 2003; van Dieën, Selen, & Cholewicki, 2003). Plusieurs modèles ont été proposés dans la littérature afin d’illustrer et d’expliquer les différentes adaptations du contrôle moteur dans les épisodes de douleur, qu’ils soient chroniques ou aigus. Dans le cadre de ce mémoire, le modèle retenant plus particulièrement l’attention est celui proposé par Hodges (2011), puisqu’ il semble être plus intégratif des composantes des autres modèles.

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Table des matières

RÉSUMÉ
TABLE DES MATIÈRES 
LISTE DES TABLEAUX 
LISTE DES FIGURES 
LISTE DES ABRÉViATIONS
REMERCIEMENTS
CHAPITRE 1
INTRODUCTION 
La variabilité motrice
Le mouvement
Le contrôle moteur
Le contrôle moteur de la région lombo-pelvienne
Les troubles musculo-squelettiques
Le contrôle moteur et la douleur
La douleur et la région lombo-pelvienne
Les exercices en suspension, la vibration et la douleur
La méthode Neurac™
CHAPITRE II 
OBJECTIF ET HYPOTHÈSES
Objectif
Hypothèses
CHAPITRE III 
MÉTHODOLOGIE
Participants
Procédures et questionnaires
L’échelle visuelle analogique
Fear-avoidance belief questionnaire
L’échelle de kinésiophobie de Tampa
Le questionnaire Oswestry
Le protocole Neurac'”‘ et le protocole d’expérimentation
Le soulevé pelvien selon la méthode Neurac™ et le maintien postural
L’électromyographie
La préparation de la peau
Le type d’électrodes
Les emplacements des électrodes
La vibration
Les analyses de données
Les analyses statistiques
CHAPITRE IV 
RÉSULTATS
Caractéristiques des participants
Analyse des résultats
Niveau d’activation musculaire
Le soulevé pelvien
Le maintien postural
Synchro nisme intermusculaire
CHAPITRE V
DISCUSSION 
Retour sur les objectifs
Retour sur les hypothèses
Relation entre les exercices en suspension, la vibration et le niveau d’activation musculaire
Relation entre la tendance retrouvée dans le synchronisme intermusculaire, le contrôle moteur et la combinaison des exercices en suspension et la vibration
Limites de l’étude
CHAPITRE VI 
CONCLUSION 
LISTE DES RÉFÉRENCES 
ANNEXES 
REDCORD STIMULA’M (RECORD AS, STAUB0, NORWAY) 
ÉLECTRODES BIPOLAIRES SANS FILS DELSYS MODEL TRIGNO™ WIRELESS SYSTEM (DELSYS INC, BOSTON, MA, USA

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