Le rôle des bibliothèques dans la promotion de la diversité éditoriale

Le poids de l’édition littéraire dans l’édition française

L’édition littéraire connaît le même schéma de concentration que celui cité auparavant pour définir les corps de l’édition. La situation nous est résumée en 2006 par l’ouvrage « L’édition littéraire aujourd’hui » : « Un monde dominé par deux grands groupes [le groupe Editis et le groupe Hachette], suivi de quelques groupes de moyenne importance (Gallimard, Le Seuil, Flammarion, Albin Michel) et d’une myriade de petites structures éclatées (dont certaines portées par un puissant capital qui leur a permis de se développer comme La Martinière ou Actes Sud) »43. En complément, Le Seuil a été racheté par le Groupe La Martinière en 2004 et Flammarion par Gallimard en 2012.

De ce fait, la concentration des éditions s’est accrue depuis la publication de l’ouvrage. En outre, la littérature est le secteur éditorial le plus important en termes de chiffre d’affaires et du nombre de publications. Cependant, la part détenue par la littérature a baissé depuis les années 1970. Un article de l’éditeur Alain Grund nous l’apprend en 1980 : « La littérature générale, qui représentait 30,9 % du CA global de l’édition en 1970, ne représente plus en 1978 que 24,7 % ». En 2002, la littérature générale représentait seulement 19,2 % du chiffre d’affaires global de l’édition 44. Cependant, cette baisse n’a pas perduré puisqu’en 2012 les romans représentent 24 % du chiffre d’affaires global de l’édition (voir le tableau n° 1). Outre les romans, le tableau ci-dessous expose le secteur « Théâtre et poésie » qui constitue également un pan de la littérature.

En tout, la littérature, représente 24,2 % du chiffre d’affaires de l’édition en 2012. Elle est suivie loin derrière par le secteur « Loisirs, vie pratique, tourisme, régionalisme » qui comptabilise 14 % du chiffre d’affaires global de l’édition. Nous pouvons donc en déduire que la littérature et, plus précisément les romans restent un point fort, si ce n’est le point fort, de l’édition.

Les années 1980 : un intérêt discret pour le sujet

Les années 1980 sont plutôt discrètes sur le thème des acquisitions et de la valorisation des petites et moyennes maisons d’édition. Nous pouvons malgré tout citer une journée d’étude intitulée « L’édition aujourd’hui, l’édition demain » en mai 1980. Cette journée montre un intérêt pour les nouveaux éditeurs car un carrefour leur est consacré.

Par ailleurs, un parallèle est souligné entre petits éditeurs et bibliothécaires : « des points communs entre les bibliothécaires et ces artisans qui, comme eux, connaissent leurs lecteurs, se préoccupent de leurs goûts et de leurs besoins sans tomber pour autant dans la facilité et la vulgarité »66. Ainsi, la recherche de la qualité est une caractéristique conjointe. Ceci montre l’engouement des bibliothécaires devant ces petites structures.

Cependant, le carrefour évoque également l’impuissance des bibliothécaires d’aider financièrement ces éditeurs : « Ils sentent bien qu’ils pourraient jouer un rôle dans la promotion des jeunes maisons d’édition mais lorsque celles-ci ont surtout une vocation régionale, il leur est difficile de tout acquérir »67. Ainsi, les bibliothèques sont restreintes dans leur possibilité de soutenir l’édition. A l’inverse, un témoignage expose une volonté de s’attacher strictement aux demandes du public pour faire venir un public plus diversifié.

En 1987, Georgette Rappaport nous propose le résultat d’une enquête sur les jeunes travailleurs en bibliothèques. Pour les faire venir, la bibliothèque devrait avoir une « offre de lecture qui devrait être semblable à celle des librairies de grande surface et des clubs de livres par correspondance »68. Ceci sous-entend de proposer une offre très consensuelle à l’image des « librairies de grande surface » afin qu’un public de jeunes travailleurs se retrouve dans les choix de la bibliothèque. Ainsi, ces deux exemples montrent deux positions différentes chez les professionnels : un proche des petits éditeurs et d’une offre éditoriale diversifiée et un autre proche des publics. Les deux coexistent dans les années 1980.

La théorie de la biblio-diversité

Au milieu des années 2000, un terme fait son apparition : la bibliodiversité. En 2008, la revue Bibliothèque(s) y consacre un numéro entier. Un des articles du dossier nous en donne une définition : « la production et la diffusion vers les plus larges populations de la diversité et du pluralisme des créations intellectuelles et artistiques qui trouvent forme dans un livre et qui ont besoin de temps et de médiation pour rencontrer leurs lecteurs »89. Autrement dit, la bibliodiversité est la volonté de réaliser et de promouvoir toutes les formes de productions éditoriales. Au travers du dossier, nous pouvons donc voir que le terme est nouveau mais fait référence à un concept ancien. Nous retrouvons la volonté d’acquérir et de mettre en valeur des ouvrages originaux et inconnus du public. Jean-Gabriel Cosculluela, bibliothécaire à la Bibliothèque Départementale de Prêt de l’Ardèche, met en avant la mission des bibliothécaires de « donner une visibilité autre, accrue à des titres qui n’ont plus toute leur place dans une concentration -diffusion, distribution, médiatisation- extrême n’abandonnant qu’une marge étroite à de très nombreux autres titres qui, sans public ni lectorat, n’ont de fait qu’une existence inutilement potentielle »90. Ainsi, l’auteur souhaite que les bibliothèques rendent visibles ce qui est invisible pour le public. Il réaffirme le rôle de prescripteur du bibliothécaire qui saura discerner au sein de la production les livres de qualité « dans ce marché-là, il nous revient d’aller faire nos courses et d’être des agents de goût, de refuser une culture intensive de produits hâtivement standardisés et fades ».

De plus, les bibliothèques sont toujours perçues comme des endroits qui ont la particularité du temps : « les bibliothèques leur donnent du temps, leur assurent la possibilité d’une appropriation lente face à la rotation de plus en plus rapide des stocks »92. Dans cette mesure, ce nouveau terme donne un nouveau souffle à des idées longuement discutées au cours des années 1990 sur la place des bibliothèques dans la promotion de la diversité éditoriale et, plus spécifiquement, du travail de qualité de petites et moyennes maisons d’édition. En outre, la bibliodiversité met en avant l’idée que chaque membre de la chaîne du livre est primordial pour la survie de l’autre. Ainsi, un article93 du dossier sur la bibliodiversité de Bibliothèque(s) souligne la place des librairies indépendantes pour la visibilité des petites et moyennes maisons d’édition.

Ce texte concerne les librairies Jeunesse. Néanmoins, il est intéressant de noter ces conclusions car elles peuvent très certainement s’appliquer à la littérature adulte. L’article repose sur une étude des éditeurs présents dans les catalogues de la FNAC et des espaces culturels de Leclerc d’un côté et de librairies Jeunesse indépendantes de l’autre. L’auteure montre de manière flagrante les différences entre les deux. Les librairies indépendantes sont beaucoup plus impliquées dans la promotion de la diversité éditoriale. Ainsi, les librairies indépendantes semblent avoir une place primordiale pour la pérennité des petites et moyennes maisons d’édition. Cette vision est également soulignée dans le livre d’Olivier Bessard-Banquy « L’édition littéraire aujourd’hui » mais de manière très macabre « il est à craindre que toujours plus de libraires mettent la clé sous la porte entraînant dans leur chute des éditeurs et des auteurs pareillement essentiels à la respiration des lettres et des idées »94. Il souligne les menaces qui pèsent sur les librairies et, a fortiori, sur les petits et moyens éditeurs.

Par ailleurs, la bibliodiversité reprend le terme biodiversité utilisé pour désigner la préservation de la diversité des espèces vivantes en s’attachant cette fois-ci aux livres. Cette idée de préservation met en évidence l’inquiétude grandissante concernant la vitalité du livre et du circuit de ce dernier. Des titres d’articles provenant du numéro consacré à la bibliodiversité tels que : « Le livre, une espèce en danger ? »95 prouvent cette angoisse. Tout ceci donne l’impression que la peur de la disparition de l’écosystème que représente la chaîne du livre s’est accentuée car la situation globale de l’édition s’est dégradée.

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Table des matières

INTRODUCTION
PARTIE 1 : HISTORIOGRAPHIE
1 Panorama de l’édition française
1.1. L’édition française et ses mutations
1.1.1. Des évolutions dans l’édition
1.1.2. Critique de ces changements par les bibliothécaires
1.1.3. La dualité de l’édition française
1.1.4. L’abondance de la production
1.2. Zoom sur l’édition littéraire
1.2.1. Le poids de l’édition littéraire dans l’édition française
1.2.2. L’importance des petites et moyennes maisons d’édition dans la création littéraire
2 Le rôle des bibliothèques dans la promotion de la diversité éditoriale
2.1. Les acquisitions en bibliothèque : une question d’équilibre
2.1.1. Les années 1980 : un intérêt discret pour le sujet
2.1.2. Affluence du sujet dans les années 1990 : vers un militantisme
2.1.3. La pluralité des discours dans les années 2000
2.2. Les animations en lien avec la promotion de la diversité éditoriale
2.2.1. La place primordiale de l’animation
2.2.2. Les types d’animations proposées autour de la promotion de la diversité éditoriale
2.3. Les partenaires des bibliothèques pour la promotion de la diversité éditoriale
2.3.1. La place des autorités publiques
2.3.2. Le partenariat libraire-bibliothécaire
2.3.3. Les associations littéraires
3 La situation effective dans les bibliothèques municipales
3.1. Une comparaison dépréciative avec le secteur jeunesse
3.2. Une situation sur le terrain difficile à mesurer
PARTIE 2 : BIBLIOGRAPHIE ET SOURCES
1 Bibliographie
Ouvrages
Revues
BBF
Bulletin d’informations de l’ABF
Bibliothèque(s)
Livres Hebdo
2 Sources
Bibliothèque municipale d’Angers. Archives internes (médiathèque Toussaint)
PARTIE 3 : ÉTUDE DE CAS : LES BIBLIOTHÈQUES MUNICIPALES D’ANGERS
1 Les acquisitions
1.1. Les politiques d’acquisition pour les collections littéraires
1.1.1. Les fondements de la politique d’acquisition de la médiathèque Toussaint
1.1.2. Le décalage entre la médiathèque Toussaint et les bibliothèques de quartier
1.2. Analyse du catalogue
1.2.1. Les modalités de l’analyse
1.2.2. Les résultats de l’enquête
2 Les animations au service de la promotion de la diversité éditoriale
2.1. Les années 1980 : un intérêt difficile à mesurer
2.2. La place hégémonique de l’animation littéraire dans les années 1990
2.2.1. Présentation des animations phares des années 1990
2.2.2. Le contenu des animations
2.2.3. Le rôle de promotion de la diversité éditoriale
2.2.4. Le public des animations
2.2.5. L’impact des animations sur les collections
2.3. La diversification des années 2000
2.3.1. La fin des animations Dits de la poésie et Dits et nouvelles au milieu des années 2000
2.3.2. Le Prix de la Nouvelle d’Angers
2.3.3. Le Prix des Lecteurs Angevins
2.3.4. La résidence d’écriture
2.3.5. Les animations proposées dans les bibliothèques de quartier
2.3.6. La diversification des animations
2.4. La primauté des partenariats dans les animations littéraires
2.4.1. Les associations littéraires
2.4.2. Les libraires
2.4.3. Les partenariats entre bibliothèques
3 Changement dans la perception du rôle des bibliothécaires
3.1. Le tournant du milieu des années 2000
3.1.1. La voie militante de la fin des années 1990 et début des années 2000
3.1.2. La césure dans les aspirations des bibliothèques et du Chant des mots
3.2. Les nouvelles attributions dans le rôle des bibliothécaires
3.2.1. Une mission parmi tant d’autres
3.2.2. Le lecteur au coeur des préoccupations
CONCLUSION

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