Le rôle de la différenciation dans le développement du goût de la lecture

Analyse et interprétation des résultats

A l’aide des tableaux précédents, nous avons remarqué deux phénomènes:
– entre 2000 et 2009, le taux d’élèves qui lisent par plaisir a diminué.
– il existe une corrélation positive entre la lecture plaisir et la compréhension de l’écrit.
Nous allons maintenant interpréter ces deux observations.
Tout d’abord, dans la majorité des pays de l’OCDE (Organisation de Coopération et de Développement Économique, composée de 34 pays) et plus précisément en France, le taux d’élèves qui lisent par plaisir a diminué. Ceci peut être expliqué par une évolution de notre société. En effet, aujourd’hui, les élèves de 15 ans ont de nombreux loisirs autres que la lecture. Dans le meilleur des cas, ils pratiquent une activité physique et sportive puisque l’un des slogans de notre société est le suivant: «Pratiquer régulièrement une activité physique et sportive pour être en bonne santé». Néanmoins, ce n’est pas dû à cette pratique que les élèves lisent moins par plaisir. Pour développer le goût pour la lecture, il faut lire régulièrement. Or, aujourd’hui, nous pouvons supposer que les loisirs préférés des jeunes français sont les jeux vidéos et les réseaux sociaux. Par conséquent, ils ne lisent plus ou beaucoup moins. L’acte de lecture est considéré comme une activité scolaire et non une activité «loisir». En 2000, les élèves de 15 ans, pendant qu’ils étaient à l’école primaire (années 90), les jeux vidéos étaient peu présents dans leur vie et les réseaux sociaux n’existaient pas encore. Par conséquent, la lecture pouvait être un des loisirs de ces élèves. En revanche, pour les élèves de 15 ans en 2009, les jeux vidéos et les réseaux sociaux ont été très présents dès leur plus jeune âge. En effet, selon une étude, en 1999, seulement 20% de la population 11 ans – 64 ans jouait aux jeux vidéos contre 55% en 2013. Ainsi, les élèves jouent plus et en conséquence lisent moins, ce qui peut expliquer la diminution du taux d’élèves qui lisent par plaisir. En effet, comme nous avons vu précédemment, afin de développer la lecture plaisir, il faut lire régulièrement.
Cependant, nous ne pouvons pas expliquer l’écart entre les filles et les garçons puisque malgré les préjugés, aujourd’hui, il y a presque autant de filles qui jouent que de garçons. De même, nous pouvons nous demander pourquoi l’écart entre les élèves issus de milieux aisés et ceux issus de milieux défavorisés a augmenté alors que ces derniers ont peut être moins accès à toutes ces techniques. Nous pouvons alors supposer qu’il y a une augmentation d’élèves qui appartiennent à des familles non francophones. Ainsi, l’obstacle de la langue française peut expliquer le fait que les élèves ne développent pas le goût de la lecture. Ceci peut donc expliquer l’augmentation observée.
Malheureusement, ce phénomène risque d’être amplifié dans les années à venir à cause de l’actualité mondiale.
Ensuite, nous pouvons réfléchir sur l’existence d’une corrélation positive entre la lecture plaisir et la compréhension de l’écrit. En effet, les élèves n’ayant pas le goût pour la lecture ont des scores plus faibles en compréhension de l’écrit. Nous pouvons expliquer ceci par le fait que l’élève lit très peu. Par conséquent, le décodage n’est pas automatisé et il est alors en difficulté pour comprendre. Nous parlons alors de surcharge cognitive: l’élève ne peut simultanément décoder et comprendre.5 De plus, l’activité de compréhension est liée à l’étendue du lexique d’un élève. Ce lexique s’accroît au cours de l’activité lecture. Ainsi, ceux qui lisent plus, ont moins de difficultés à se confronter à de nouveaux textes puisqu’ils acquièrent plus de vocabulaire.
Pour conclure cette partie, nous pouvons supposer qu’il est primordial pour la réussite de tous les élèves de développer le goût de la lecture. En effet, la lecture plaisir est un des facteurs de réussite scolaire d’une part mais aussi de réussite dans le milieu professionnel par la suite d’autre part. L’activité de lecture donne accès à de nombreux apprentissages, et à une certaine culture. Cependant, il existe de nombreux obstacles au développement du goût pour la lecture tels que le décodage ou le traitement lexical. Nous chercherons dans les parties suivantes comment surmonter ces difficultés afin de développer le goût de la lecture chez l’ensemble des élèves.

Le rôle de la différenciation dans le développement du goût de la lecture

Dans cette seconde partie, nous allons mettre en évidence que nous pouvons développer le goût pour la lecture à l’aide de la différenciation de l’enseignement.
Dans une premier temps, nous étudierons deux obstacles au développement de la lecture plaisir observés précédemment: le décodage et le lexique. Dans un second temps, nous proposerons des exemples de différenciation de l’enseignement lors d’une séance de lecture.

Deux obstacles nuisent à la compréhension de l’écrit

Afin de développer le goût pour la lecture, les élèves doivent progresser dans l’une des deux compétences du savoir-lire: la compréhension. En effet, s’ils comprennent ce qu’ils lisent, ils peuvent plus facilement apprécier leur lecture. Cependant, les élèves peuvent être confronter à deux difficultés: le décodage (l’autre compétence du savoir-lire) et le traitement lexical.
Tout d’abord, nous pouvons nous intéresser à l’hypothèse d’efficience verbale de Charles Perfetti 1985. Selon lui, le niveau de décodage et celui de la compréhension sont fortement liés.6 En effet, un élève ayant des difficultés pour décoder a également des difficultés pour comprendre. Par conséquent, nous pouvons supposer que le décodage est un obstacle à la compréhension et donc au développement de la lecture plaisir. De plus, cette hypothèse est soutenue par la théorie de la surcharge cognitive. Il y a surcharge cognitive lorsque notre cerveau doit exécuter deux tâches simultanément comme par exemple répondre au téléphone en conduisant. L’une des deux tâches est alors lésée par rapport à l’autre ou les deux tâches ne sont pas exécutées correctement. Pour un élève débutant en lecture, son cerveau doit décoder et comprendre en même temps. Or, comprendre signifie que sa mémoire de travail retient puis identifie tous les mots qu’il décode lors de la lecture d’un texte. L’élève est alors en surcharge cognitive et la compréhension est lésée par rapport au décodage. Par conséquent, la non automatisation du décodage explique le fait que l’élève ne développe pas le goût pour la lecture. Néanmoins, nous avons précédemment lu dans «Donner le goût de lire» de Christian POSLANIEC (édition Sorbier, 1990) que c’est la pratique de la lecture qui permet d’automatiser le décodage.
Cependant, la difficulté de décoder n’est pas le seul obstacle à la compréhension et donc au développement de la lecture plaisir. Selon, N. Yuill et J. Oakhill (1991), certains élèves décodent sans difficulté mais ils en ont pour comprendre.7 Ainsi, ils ont des difficultés dans la compréhension de l’écrit alors qu’ils ont automatisé le décodage. Cette difficulté peut être expliquée par un obstacle lexical. Lors de la lecture, l’élève décode le mot, le reconnaît et accède à sa signification. Cette dernière étape peut mettre en difficulté l’élève s’il ne connaît pas la signification du mot. Ainsi, le traitement lexical est également un obstacle à la compréhension d’un texte et donc au développement de la lecture plaisir. Mais, la lecture permet l’acquisition du vocabulaire. En effet, nous pouvons parler de l’effet Matthieu de Stanovich (1986): plus les élèves lisent, plus ils acquièrent du vocabulaire, plus ils améliorent leur compréhension ce qui leur permet de continuer à développer leur lexique…
Nous venons donc de mettre en évidence deux «cercles vicieux»: celui du décodage et celui du traitement lexical. Il faut lire pour automatiser le décodage et pour développer le lexique alors que ces deux derniers sont des obstacles à la compréhension de l’écrit et donc au développement de la lecture plaisir chez les élèves.

La différenciation de l’enseignement

Le professeur doit différencier son enseignement. En effet, selon le référentiel des compétences des métiers du professorat et de l’éducation (paru en 2013), le professeur doit «construire, mettre en oeuvre et animer des situations d’enseignement et d’apprentissage prenant en compte la diversité des élèves.» Pour l’apprentissage de la lecture, la différenciation de l’enseignement doit permettre d’une part d’automatiser le décodage et d’autre part de développer la compréhension de l’écrit et donc l’acquisition du vocabulaire.
Tout d’abord, afin de développer la compréhension de l’écrit pour les élèves qui ont des difficultés de décodage, il est possible de leur offrir la lecture. Par exemple, en début d’année, lors d’une séance de lecture / compréhension dans une classe de CE2, les élèves lecteurs lisent silencieusement leur texte pendant que le professeur offre cette lecture aux élèves qui n’ont pas automatisé le décodage. Par conséquent, ces derniers peuvent travailler la compréhension du texte et également acquérir du vocabulaire sans être mis en difficulté par le décodage.
Pendant la lecture offerte, ils devront suivre le texte avec leur doigt et le professeur peut leur demander à tout moment de montrer le mot qu’il vient de lire. Lorsque la phase de lecture est terminée, l’ensemble des élèves de la classe travaillent sur la compréhension du texte et du lexique. Puis, plus tard dans l’année, il est possible de demander aux élèves en difficulté de lire le premier paragraphe et le reste du texte sera lu à voix haute par les autres camarades qui sont bons décodeurs. Ceci permet alors de développer chez l’ensemble des élèves de la classe la compétence suivante: «Lire avec aisance (silencieusement, à haute voix) un texte». Au fur et à mesure de l’année, les élèves en difficulté devront lire de plus en plus (un paragraphe, puis deux, puis trois…). Cette progression est possible puisque le décodage est travaillé avec les élèves en difficulté lors des activités pédagogiques complémentaires (APC) en commençant par des phrases (consignes par exemple) puis des textes simples et courts. Cette différenciation permet donc de développer d’une part le décodage et d’autre part la compréhension de l’écrit et l’acquisition du vocabulaire lors des séances de lecture / compréhension grâce à une lecture offerte par le professeur ou les élèves décodeurs.
Par conséquent, la lecture plaisir peut être développer même pour les élèves qui ont des difficultés dans le décodage en début d’année de CE2.
Ensuite, afin de répondre à la diversité du lexique de nos élèves, il est possible de proposer différents textes. Par exemple, lors d’une séance sur le conte ayant pour objectif de dégager le schéma narratif du conte, il est possible de proposer deux contes de niveaux différents ou deux versions d’un même conte. En effet, il existe des contes avec différentes versions comme «Le petit chaperon rouge» de Charles Perrault et «Le petit chaperon rouge» des frères Grimm. Ainsi, tous les élèves pourront alors travailler sur leur compréhension du texte sans être confrontés à l’obstacle du traitement lexical. Néanmoins, lors de ces séances, l’acquisition du vocabulaire n’est pas optimisée puisque ces textes ne permettent pas aux élèves d’améliorer leur lexique. Nous pouvons alors proposer une autre situation d’apprentissage. Par exemple, le professeur propose une lecture qui n’est pas accessible à tous.
Des élèves seront dans un premier temps en échec, mais leurs camarades les aideront pour comprendre ce texte et acquérir du vocabulaire. Il est alors possible de mettre en place une forme de tutorat. De plus, ils pourront chercher des mots dans le dictionnaire ce qui permet de développer la compétence «savoir utiliser un dictionnaire.» Cette séance de lecture permet aux élèves de développer leur vocabulaire ce qui améliore leur compréhension de l’écrit ce qui peut donc développer leur goût pour la lecture.

Quelques pistes pour développer le goût de la lecture

Dans cette dernière partie, nous allons proposer quelques pistes afin de développer la lecture plaisir dès le plus jeune âge. Nous allons également mettre en évidence le rôle majeur des parents puisque ces outils sont utilisés à l’école maternelle puis à l’école élémentaire mais doivent être également utilisés en dehors du temps scolaire.

La lecture offerte

Dès leur plus jeune âge, il faut offrir la lecture aux enfants. En effet, pour savoir lire, il faut décoder et comprendre. L’acquisition du décodage débute au Cours Préparatoire (ou dès la grande section, en dernière année de maternelle) mais il est conseillé de lire des histoires adaptées à l’âge des enfants bien plus tôt. Ces lectures permettront aux enfants d’acquérir du vocabulaire simple dans un premier temps puis plus compliqué par la suite et de développer la compréhension de la langue. De même, la lecture offerte développe chez les jeunes enfants le goût pour les contes, les histoires…. Plus ils entendent des histoires, plus ils en demandent. Ainsi, les jeunes élèves développent la compréhension avant le décodage. Cependant, malgré l’apprentissage du décodage à partir du CP, il est nécessaire de continuer à offrir la lecture aux enfants. En effet, nous avons précédemment observé que le décodage pouvait être un frein à la compréhension de l’écrit et donc au développement de la lecture plaisir. Ainsi, afin de développer le vocabulaire des élèves plus âgés (6 à 10 ans), et donc améliorer leur compréhension de l’écrit, il est nécessaire de continuer à leur offrir des histoires, des contes.
Cet outil doit permettre de développer la lecture plaisir puisque les enfants ne sont pas confrontés aux obstacles étudiés précédemment.
Aujourd’hui, cet outil est très fréquemment utilisé en maternelle et nous le retrouvons également tout au long de l’école élémentaire. En revanche, dans le cadre familial, nous pouvons supposer que la lecture offerte aux enfants diminue (voire disparaît) à partir de 6 / 7 ans et varie selon les familles et les milieux sociaux Par conséquent, cela peut accentuer les inégalités entre les élèves puisque plus un enfant écoute des histoires, plus il acquiert du vocabulaire, plus il améliore sa compréhension de l’écrit et donc plus il développe un goût pour la lecture. Ainsi, les parents ont un rôle majeur dans le développement de la lecture plaisir de leur enfant.

Raconter un livre lu (annexe 1)

Afin de développer la lecture plaisir, il est possible de proposer aux élèves de raconter l’histoire d’un livre lu. Par exemple, pendant les vacances, ils doivent lire un livre au choix et à la rentrée ils racontent leur histoire à l’ensemble de leurs camarades. Puis, à la fin, ils expliquent pourquoi ils ont aimé ou non le livre qu’ils ont lu. Ils ont donc un objectif pour leur lecture (raconter ce qu’ils ont lu) et à la suite de leur exposé, d’autres élèves peuvent être motivés pour lire cette histoire. Il est alors possible que les élèves se prêtent les livres entre eux ce qui permet de développer une certaine coopération entre les élèves de la classe. Ainsi, cet outil permet de développer la lecture plaisir chez le lecteur mais aussi chez les auditeurs.

L’organisation d’un rallye lecture (annexe 2)

Afin de développer le goût pour la lecture, il est possible d’organiser un rallye lecture.
C’est une activité d’autonomie puisque les élèves lisent seuls lorsqu’ils ont terminé leur travail.
Au fond de la classe, il y a une trentaine de livres à disposition des élèves. Il existe 3 niveaux de livre afin de répondre aux difficultés de chaque élève. En effet, les livres de niveau 1 sont assez courts et le vocabulaire ne peut pas mettre en difficulté les élèves tandis que les livres de niveau 3 sont plus longs et le vocabulaire est plus compliqué. Les ouvrages de niveau 2 sont de niveau intermédiaire. Pour chaque livre, un questionnaire (exemple en annexe 2) est disponible également au fond de la classe. Les élèves doivent choisir un livre, le lire, puis répondre à un questionnaire sans l’aide du livre. Après correction, les résultats sont affichés sous forme de tableau au fond de la classe. A la fin de chaque période, il y a deux classements: l’élève qui a lu le plus de livres et celui qui a obtenu le plus de points. Avec l’aide de la coopérative de la classe, il est possible d’offrir un livre aux trois premiers de chaque classement. Un rallye lecture est organisé à chaque période de l’année. Nous pouvons alors varier les genres (contes, romans policiers, romans fantastiques,…) ou les thèmes (les monstres, les sorcières, les loups, les pirates,…). Chaque rallye lecture a pour objectif de développer la compréhension de l’écrit, ce qui améliore le vocabulaire des élèves et donc développe la lecture plaisir chez l’ensemble des élèves de la classe. De plus, c’est un outil qui peut être mis en place dès le CE1 avec des livres accessibles aux élèves puisqu’il y a des niveaux différents. Grâce à ces rallyes lecture, les élèves ont accès à de nombreux livres ce qui est un facteur important pour développer le plaisir de lire.

La visite d’une bibliothèque

Aujourd’hui, notre école prône l’égalité des chances. Cela signifie que tout enfant doit avoir accès à l’instruction mais avoir également les mêmes chances de réussite scolaire et professionnelle par la suite. Or, si nous nous référons aux enquêtes PISA étudiées précédemment, les résultats varient en fonction du milieu dont sont issus les élèves. Il existe donc de nombreuses différences entre les élèves issus d’un milieu social aisé et ceux issus d’un milieu social défavorisé. Si nous ne nous concentrons que sur la lecture et le développement de la lecture plaisir, certains élèves ont accès à des nombreux livres chez eux tandis que d’autres en ont sûrement très peu . Il est donc important de réduire cet écart majeur.

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Table des matières
INTRODUCTION 
PARTIE I: Comparaison et analyse des enquêtes PISA
1. Les résultats des enquêtes PISA (2000 et 2009)
2. Analyse et interprétation des résultats
PARTIE II: Le rôle de la différenciation dans le développement du goût de la lecture
1. Deux obstacles nuisent à la compréhension de l’écrit
2. La différenciation de l’enseignement
PARTIE III: Quelques pistes pour développer le goût de la lecture
1. La lecture offerte
2. Raconter un livre lu
3. L’organisation d’un rallye lecture
4. La visite d’une bibliothèque
CONCLUSION 
Bibliographie
Annexes

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