Le réalisme scientifique et la description classique du monde

Le réalisme scientifique et la description classique du monde 

Les thèses du réalisme scientifique 

Dans ce qui suit, nous allons expliciter quatre thèses permettant de définir une position que nous nommerons « réalisme scientifique ». Nous supposerons que celles-ci sont communément acceptées – même si ce n’est que de manière tacite – par les spécialistes de la mécanique quantique favorables à une interprétation réaliste. La première thèse concerne la question de l’existence du monde :

Thèse 1 : Le monde existe en soi, c’est-à-dire indépendamment du fait que nous existions ou non et que nous le connaissions ou non. Cette thèse revient à soutenir que l’existence même du monde n’est pas le fruit de notre imagination. Elle caractérise ce que nous pouvons appeler un « réalisme minimal », puisqu’elle ne dit encore rien sur le monde tel qu’il est constitué. Ce dernier point fait l’objet de la seconde thèse :

Thèse 2 : Le monde, considéré en lui-même, est constitué d’un ensemble d’éléments qui possèdent certaines propriétés et qui interagissent suivant certaines lois. Il est question ici du monde « considéré en lui-même », par opposition au monde « tel que nous nous le représentons ». Suivant cette seconde thèse, si le monde se compose de certains éléments, qui possèdent certaines propriétés et qui interagissent suivant certaines lois, cela relève uniquement du monde tel qu’il est en lui-même et non de la manière dont nous pouvons éventuellement nous le représenter. La troisième thèse porte sur la conception de la connaissance :

Thèse 3 : Connaître le monde consiste à établir une représentation adéquate du monde tel qu’il est en lui-même. L’expression « représentation du monde » renvoie à l’idée selon laquelle nous construisons dans notre esprit une copie du monde qui nous fait face, une copie qui peut prendre la forme d’une idée ou d’un ensemble d’idées, et dont le support symbolique peut être un mot, une proposition ou un modèle théorique. Précisons qu’une représentation adéquate du monde correspond à une représentation qui est parfaitement isomorphe au monde tel qu’il est en luimême. On peut dire également, dans le cas d’une représentation adéquate, qu’il existe une « correspondance biunivoque » entre, d’un côté, les éléments du monde, leurs propriétés et les lois qui régissent leur interaction et, de l’autre, leurs représentants symboliques respectifs. Une telle conception de la connaissance peut être qualifiée de « représentationnaliste » . Les partisans d’une position de type réaliste font habituellement usage de la notion de vérité. Donnons une définition précise de cette notion dans le cadre du réalisme scientifique : une théorie (ou une proposition) sur le monde est vraie si et seulement si elle offre une représentation adéquate du monde tel qu’il est en lui-même. La vérité est ici conçue comme une propriété non épistémique, indépendante des moyens de connaissance dont nous pouvons disposer à une époque donnée. Il est supposé que la valeur de vérité d’une théorie (ou d’une proposition) est fixée exclusivement par l’état physique du monde en soi. Enfin, la quatrième thèse concerne l’acceptation des théories que les scientifiques élaborent :

Thèse 4 : Les théories acceptées par la communauté des scientifiques sont vraies (ou approximativement vraies). Suivant cette thèse, il convient de prendre au sérieux les théories sur lesquelles s’accordent les scientifiques : celles-ci sont censées offrir une représentation adéquate du monde tel qu’il est en lui-même. Le fait que certaines théories, acceptées à une époque de l’histoire, se voient réfutées et remplacées par d’autres théories, à une époque ultérieure, peut jeter le doute sur la croyance en la vérité de ces théories. C’est en raison de ce doute que certains partisans d’une position réaliste préfèrent employer l’expression «approximativement vraies ». Selon eux, la science converge de manière progressive vers la vérité . Si une théorie offre une représentation adéquate du monde tel qu’il est en lui-même, alors a fortiori elle offre une représentation adéquate de la partie du monde que nous observons dans l’expérience. Ainsi, le réalisme scientifique, tel que nous venons de le définir, apporte une explication au succès de certaines théories sur le plan expérimental : si une théorie permet de prédire ce qui se produit lors d’une expérience, c’est parce que cette théorie est vraie – ou approximativement vraie –, autrement dit, c’est parce qu’elle offre une représentation adéquate – ou approximativement adéquate – du monde.

L’actuel et le possible selon le réalisme scientifique 

Quelle définition de l’actuel convient-il d’associer à la position du réalisme scientifique ? En philosophie, avons-nous indiqué au début de l’Introduction, l’actuel se conçoit habituellement comme ce qui, à un instant donné, existe effectivement. Dans le cadre du réalisme scientifique, cette conception se voit investie d’une charge ontologique : l’actuel est ce qui, à un instant donné, existe effectivement en soi, c’est-à-dire indépendamment de nous et de nos moyens de connaissance. Nous emploierons l’expression « actuel ontologique » pour nous référer à cette définition.

Qu’en est-il de la conception du possible pouvant être associée au réalisme scientifique ? Considérons uniquement le possible défini en rapport à l’actuel, en l’occurrence à l’actuel ontologique . Le recours à la notion du possible peut se justifier lorsque nous avons une connaissance incomplète de ce qui est actuel à un instant donné . Le possible se comprend alors comme le reflet de notre ignorance. Il se peut, par exemple, que l’état de notre connaissance nous autorise à affirmer qu’un certain événement est peut-être survenu (ou qu’un objet possède peut-être une certaine propriété) à un instant donné, mais ne nous permet pas d’affirmer que cet événement est effectivement survenu (resp. que cette propriété est actuelle) à cet instant. L’événement sera considéré seulement comme « possible ». D’après cette première acception :

a. « L’événement e est possible à l’instant t. » signifie que « Eu égard à notre connaissance incomplète de ce qui est actuel à l’instant t, l’événement e est peut-être survenu à cet instant t. »

Nous parlerons, dans ce cas, du « possible épistémique », étant donné que ce possible se rapporte à l’état de notre connaissance. Soulignons que la conception épistémique du possible n’est pas l’apanage du seul réalisme scientifique. Cette conception peut convenir également à une position anti-réaliste (i.e. kantienne, pragmatiste, etc.), à condition toutefois que l’actuel, auquel se rapporte le possible, soit entendu en un sens non ontologique. La notion du possible est parfois invoquée dans une autre situation, pour dire qu’un événement va peut-être survenir en vertu d’un processus physique qui est intrinsèquement indéterministe (ou intrinsèquement stochastique). Il est alors supposé que l’incertitude quant à la survenue de l’événement relève, non pas de l’état de notre connaissance, mais du caractère indéterministe de certains processus physiques considérés en eux-mêmes. Nous proposons d’employer l’expression « possible ontologique » pour désigner le possible qui est conçu comme le reflet de cet indéterminisme . Suivant cette seconde acception :

b. « L’événement e est possible à l’instant t. » signifie que « En vertu d’un processus indéterministe, l’événement e deviendra peut-être actuel à l’instant t. » .

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Table des matières

Introduction
PREMIÈRE PARTIE : L’APPROCHE RÉALISTE
Chapitre 1 – Possible, actuel et événement selon le réalisme scientifique
1.1 Introduction
1.2 Le réalisme scientifique et la description classique du monde
1.3 Vers une ontologie d’événements
1.4 Ontologies basées sur l’analyse du langage de la vie quotidienne
1.5 Objections à l’encontre d’une ontologie d’événements
1.6 Conclusion
Chapitre 2 – La mécanique quantique standard et le problème de la mesure
2.1 Introduction
2.2 La mécanique quantique standard
2.3 La description de la mesure suivant l’interprétation standard
2.4 La description quantique de la mesure
2.5 La théorie de la décohérence
2.6 Le problème de la mesure
2.7 Conclusion
Chapitre 3 – Les images du monde tirées de la mécanique quantique
3.1 Introduction
3.2 L’interprétation de Bohr
3.3 Les interprétations en termes de potentialités
3.4 La théorie GRW
3.5 La théorie EEQT
3.6 La mécanique bohmienne
3.7 Les interprétations modales
3.8 Les interprétations everettiennes
3.9 L’interprétation en termes de corrélations
3.10 Conclusion
SECONDE PARTIE : L’APPROCHE PRAGMATISTE
Chapitre 4 – La constitution de l’actuel
4.1 Introduction
4.2 De l’événement vécu à l’événement physique
4.3 Est-il possible d’isoler dans la connaissance expérimentale en physique un contenu qui soit indépendant de nos moyens de connaissance ?
4.4 Les intérêts déterminants de l’activité de recherche en physique
4.5 Une explication pragmatiste de l’accord intersubjectif
4.6 L’actuel en mécanique quantique
4.7 Le caractère contextuel de l’actuel
4.8 Conclusion
Chapitre 5 – Une justification pragmatiste de la mécanique quantique
5.1 Introduction
5.2 Pourquoi la mécanique quantique est-elle probabiliste ?
5.3 Deux tentatives de dérivation de la mécanique quantique
5.4 Définitions pragmatiques
5.5 Les fonctions pragmatiques
5.6 Le formalisme des espaces de Hilbert
5.7 Le produit tensoriel
5.8 L’équation de Schrödinger
5.9 L’opérateur densité
5.10 Le postulat de projection
5.11 Conclusion
Chapitre 6 – Le problème de la mesure revisité
6.1 Introduction
6.2 Prédiction théorique et constat du résultat de mesure
6.3 Physique classique ou logique classique ?
6.4 Des probabilités irréductibles aux probabilités réductibles
6.5 La dissolution du problème de la mesure
6.6 Conclusion
Conclusion

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