Le processus de radicalisation au prisme d’internet

« Que répondre à un homme qui vous dit qu’il aime mieux obéir à Dieu qu’aux hommes, et qui, en conséquence, est sûr de mériter le ciel en vous égorgeant ? » . L’actualité de ces mots contraste avec l’époque de son auteur. Voltaire, dès 1764, évoque la radicalisation des esprits au travers d’un article consacré au fanatisme. Le fanatique est « incorruptible : si pour une idée il tue, il peut tout aussi bien se faire tuer pour elle ; dans les deux cas, tyran ou martyr, c’est un monstre » juge Emile M. Cioran en 1949. A l’époque, nul attentat contre deux tours jumelles surplombant l’Amérique, les journalistes irrévérencieux ne risquaient pas leurs vies pour deux coups de crayons et les amateurs de music-hall ne craignaient pas d’assister aux concerts de leurs artistes préférés. Le fanatique était pourtant déjà là, l’individu radicalisé a toujours existé, sous une autre appellation, mais sous le couvert d’une même finalité : massacrer « au nom de la religion vraie, du nationalisme légitime, de la politique idoine, de l’idéologie juste ; bref au nom du combat contre la vérité de l’autre » .

LE PROCESSUS DE RADICALISATION AU PRISME D’INTERNET

« Il ne peut y avoir aucune explication qui vaille car expliquer, c’est déjà vouloir un peu excuser. Rien ne peut expliquer que l’on tue dans une salle de concert »  a déclaré Manuel Valls, premier ministre, le 9 janvier 2015. Toutefois, comment combattre un phénomène inexplicable ? Afin de lutter contre la radicalisation qui envenime l’esprit de tant de citoyens, il est indispensable de connaître les mécanismes à l’origine de ces basculements idéologiques. En apparence, la radicalisation est plurielle, « il existe autant de radicalisations que d’individus, (…), on ne se radicalise pas de la même manière à Dakar, à Montréal ou à Paris » . Cependant, l’analyse plus approfondie du phénomène soulignent les éléments communs à chaque radicalisé. Suivant Benjamin Ducol, « derrière tout processus de radicalisation, il existe un terreau fertile qui rend certains individus plus (pré)disposés que d’autres às’engager sur le chemin de la radicalisation » .

Des études récentes éclairent ce processus. Au travers des travaux de David Thomson  ou de la Mission de Recherche Droit et Justice , on comprend qu’il n’existe pas de profil type de radicalisé mais que des éléments récurrents émergent, des caractéristiques similaires à chaque radicalisation. L’écueil principal de ces études tient au nombre d’individus interrogés : une vingtaine pour David Thomson contre treize pour l’équipe de chercheurs menée par Xavier Crettiez. D’autres études plus importantes apportent une vision plus globale sur le phénomène. Celle menée par Marc Hecker a ceci d’intéressant qu’elle se plonge sur le passé de 137 individus condamnés pour des faits de terrorisme . Ces recherches démontrent un élément commun à tout basculement idéologique : chaque radicalisé a suivi un long parcours ponctué d’histoires et croyances différentes.

Tout aussi remarquable, le CPRMV, le centre canadien de prévention de la radicalisation, a conçu un schéma destiné à expliquer ce processus de basculement. D’apparence complexe, il décrit comment un individu ou un groupe d’individu peut être mené à l’extrémisme violent. Toutefois, un seul élément ne peut expliquer le basculement dans la radicalité, « ce processus est plutôt le résultat d’une convergence entre un parcours individuel, un système de croyances justifiant le recours à la violence » et un réseau autour de lui, qu’il soit réel avec des amis, des connaissances, sa famille, ou virtuel. Ce schéma éclaire sur les mécanismes de radicalisation afin de comprendre pourquoi certains individus sont plus mobilisables que d’autres et comment ils en viennent à entrer en contact avec des sphères de radicalisation.

Les fragilités humaines : socle du processus de radicalisation

Pour comprendre le processus de radicalisation, le site du journal LeFigaro a publié une vidéo en juillet 2016. Celle-ci imagine la radicalisation d’un individu fictif au prisme du schéma imaginé par le CPRMV. Celui-ci vit dans un pays démocratique égalitaire, telle la France, qui prône le « vivre ensemble ». Il est confronté à une « société en mouvement » ponctuée de guerres, conflits internationaux. Il s’informe, suit l’actualité politiques, les réformes mises en place, économiques comme sociales. Mais il ne se retrouve pas dans cette société, il ressent un sentiment de stigmatisation, de frustration, d’injustice. En situation d’échec, il remet en question cette promesse du vivre-ensemble (Section 1) et va tenter de trouver des réponses autour de lui .

Un « malaise social, politique ou économique », préalable à la radicalisation

Actuellement, l’environnement qui nous entoure est source d’angoisses pour d’innombrables hommes et femmes. La France n’est pas en guerre contre ses voisins, les conditions de vie aujourd’hui et celles des siècles précédents sont incomparables. Toutefois, la société contemporaine développe des maux nouveaux : individualisme, peur, conflits. Pour certains, l’intégration avec le monde environnant est difficile. Selon le lieu où l’on pousse son premier cri et où l’on grandit, on ne se développe pas de la même manière. Certains jeunes enfants, adolescents sont battus, brimés, humiliés par leur famille, par des inconnus croisés chaque jour dans la rue. Pour d’autres, l’exclusion sera davantage économique : incapacité à trouver un emploi, gagner de l’argent, vivre décemment. L’isolement peut également être en lien avec une forme de stigmatisation, de discrimination.

Aujourd’hui, les sources de mal-être sont considérables et ce phénomène est d’autant plus accentué avec l’apparition d’Internet. Celui-ci constitue une avancée technologique colossale. Toutefois, il crée également un monde virtuel angoissant, dangereux. Le web se fait le relais d’actualités parfois alarmantes, il peut participer à la destruction de quelqu’un par le harcèlement, le vol de données, la diffusion d’informations mensongères.

Dès lors, de nombreux facteurs concourent à la fracture créée entre certains individus et leur environnement. Cette vision des choses a été théorisée par le CPRMV qui a distingué différentes sources de mal-être : des « circonstances sociopolitiques » (§1) comme « socioaffectives » (§2) qui altèrent la perception du monde, qui créent une forme de « malaise social, politique ou économique » .

Les origines du malaise : des « circonstances sociopolitiques » 

Les individus qui s’engagent dans un processus de radicalisation évoquent fréquemment le rôle des institutions, de l’Etat à plusieurs égards. D’une part, des radicalisés soulignent l’inaction des représentants du peuple face à des enjeux humains mondiaux, des situations politiques où l’Etat français devrait intervenir (A). D’autre part, quelques-uns accusent les politiques de ne pas respecter leurs engagements quant aux citoyens français, voire de stigmatiser une partie de la population par leur communication (B).

Un malaise provoqué par l’inaction de l’Etat à l’étranger 

Les massacres perpétrés par Bachar El-Assad en Syrie à l’encontre de sa propre population attisent la haine de nombreux hommes et femmes qui justifient leur radicalisation par ce conflit. Le désir de lutter contre les injustices, les boucheries humaines à travers le monde constitue une source non-négligeable d’engagement. Au cours des entretiens menés par la Mission de Recherche Droit et Justice en avril 2017, un dénommé Elie confirme que son engagement découle de sa vision du monde et de la géopolitique. « Si on regarde le travail qui a été fait par les Nations unies, on regarde toutes ces populations qui se font massacrer, il n’y a pas d’agissement. (…) Il faut savoir que Total était là-bas. Il y avait aussi Lafarge. Donc la France cherche aussi après son butin comme au Sahel… et le Bénin, le Sénégal, le Niger, la Centrafrique, le Cameroun… C’est le petit jardin du Français. Il ne faut pas le toucher » . D’autres radicalisés, plus loin dans l’étude, jugent le soutien français au régime syrien outrancier et scandaleux. Dès lors, ils se sentent en décalage dans un Etat qui ne réagit pas face à des situations violentes, aux injustices dans d’autres pays du monde. Ces enjeux ne se limitent pas à la radicalisation djihadiste. En effet, ils se retrouvent dans d’autres conflits, locaux, tel celui des basques de l’ETA. L’étude d’avril 2017 met en lumière Aitzol qui justifie son engagement par ce qu’il appelle un « réveil »  suite aux problèmes sociaux et politiques vécus au Pays basque espagnol. Interrogé plus loin, Mikel confie avoir réagi à l’oppression des basques, aux mouvements de répression dans les villages, une injustice .

Outre cette frustration quant à l’inaction de l’Etat à l’étranger, quelques radicalisés évoquent leur malaise quant aux engagements de l’Etat à l’égard de leurs propres citoyens, notamment ceux qui sont d’origine étrangère.

Un malaise provoqué par les échecs des politiques publiques

Lors de l’étude d’avril 2017, un individu interrogé se plaint de « l’attitude des élus » à l’égard de certaines communautés. Un autre dénonce l’imposture de la démocratie alors que selon lui, « la liberté d’expression n’existe pas » tout comme « les libertés individuelles » . Au-delà, nombreux sont ceux qui dénoncent des discriminations, le sentiment d’être traité comme un « sous-citoyen » , stigmatisé au travers de l’image du quartier où il vit. Selon Thomas Kirszbaun , sociologue, chercheur associé à l’Institut des Sciences sociales du Politique, les discours politiques portent une responsabilité particulière dans l’idée d’une « disqualification des quartiers non-blancs ». Il prend l’exemple de Jean-Pierre Chevènement, ancien maire, sénateur et ministre, qui déclarait en aout 2016 qu’il « y a à Saint-Denis, par exemple, 135 nationalités, mais il y en a une qui a quasiment disparu » . Thomas Kirszbaun interprète cette déclaration comme l’idée selon laquelle les « blancs » ont vocation à être majoritaire en tous points du territoire français, toute autre situation étant perçue par l’opinion comme une anomalie.

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Table des matières

INTRODUCTION GENERALE
PARTIE 1 : LE PROCESSUS DE RADICALISATION AU PRISME D’INTERNET
CHAPITRE 1 / LES FRAGILITES HUMAINES : SOCLE DU PROCESSUS DE RADICALISATION
Section 1 : Un « malaise social, politique ou économique », préalable à la radicalisation
Section 2 : Un « malaise social, politique ou économique », source d’exposition à des milieux radicaux
CHAPITRE 2 : LE PROCESSUS D’ENDOCTRINEMENT AU PRISME D’INTERNET
Section 1/ Les « cadres de cognition » : analyse psychologique du processus de radicalisation
Section 2/ La manipulation de l’esprit par les groupes terroristes : approche pratique du mécanisme de radicalisation
PARTIE II- LA PREVENTION ET LA LUTTE CONTRE LA RADICALISATION EN LIGNE
CHAPITRE 1 : LA REPONSE JUDICIAIRE A LA RADICALISATION EN LIGNE
Section 1/ Les infractions terroristes relatives à la radicalisation en ligne
Section 2/ La procédure applicable aux infractions terroristes
CHAPITRE 2 : LA REPONSE EXTRAJUDICIAIRE A LA RADICALISATION EN LIGNE
Section 1/ Le rôle des acteurs publics : entre mécanismes de détection et de prévention
Section 2/ Le rôle des acteurs privés : la coopération des hébergeurs en ligne en dépit d’une absence de responsabilité
CONCLUSION GENERALE
BIBLIOGRAPHIE

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