Le monde de la profession en mutation

Le monde du travail traverse une crise de sens caractérisée par les demandes non satisfaites des travailleurs de gagner de J’autonomie et du contrôle sur les finalités et l’environnement de leur travail. Cette crise s’explique, en partie, par la montée en puissance de l’économie des services et de la multitude des travailleurs spécialisés qu’elle exige  , elle se fait aussi sentir au niveau de la santé et du bien-être du travailleur, mais elle a une dimension éthique en ce qu’elle conduit vers une remise en question des principes, des valeurs et des normes qui auparavant donnaient un sens au travail et guidaient l’action du travailleur. D’une perspective moderniste – axée, d’une part, sur l’autonomie, le savoir et l’autorité (pouvoir) que confère le travail et, d’autre part, sur des identités dictées par le statut (son corps de métier, son expertise, sa profession) du travailleur -, le monde actuel du travail s’orienterait vers une perspective postmodemiste dans laquelle l’identité du travail et les valeurs qui y sont rattachées deviennent l’objet de discussion et de négociation  permanentes entre le travailleur et autrui (le client, le bénéficiaire de service, etc.) ou entre lui et le monde sur lequel il agit . Les causes de la crise sont multiples et je l’aborderai , ici, sous l’angle éthique, c’est-à-dire la réflexion sur l’agir humain dans son rapport avec les valeurs qu’il porte et les responsabilités qu’il engage.

Crise de sens dans les lieux de travail: Perspectives théoriques 

Nous avons repris dans ce chapitre l’idée de la crise du travail comme crise de sens, à ce titre nous rejoignons les écrits de spécialistes des éthiques professionnelles, comme G. A. Legault, P. Fortin, A. Lacroix, R. Roy, et L. Brabant. Cependant, notre définition du travail, et le travailleur auquel nous nous référons dans ce mémoire, ne se limüent pas aux « professionnels », au sens de la loi, mais s’étend à tous les travailleurs dont le travail conduit à une relation privilégiée à autrui. Dans cette perspective, nous défendons l’idée d’ une extension à tous les travailleurs des valeurs souvent réservées, à tort ou à raison, aux seuls professionnels (autonomie, pouvoir, savoir), qu’il soit notaire ou bien plombier. La crise du travail n’est donc pas un luxe, elle concerne l’ouvrier tout comme le notaire.

G. A. Legault utilise l’expression d’un professionnalisme sans profession pour décrire ce qu’ il perçoit comme l’avènement d’un monde du travail dans lequel les frontières entre le professionnel, au sens légal de l’Office des professions du Québec, et toute personne ayant un métier, au sens commun, sont de plus en plus floues. Et pourquoi cette proposition? C’est que les milieux de travail sous l’emprise des normes administratives, juridiques et déontologiques dans une société axée sur les droits des individus réduisent les travailleurs à devenir des individus techniciens et doivent se prémunir contre les revendications et les poursuites des consommateurs, ce que nous avons vu dans la section précédente. Cette façon de travailler crée une crise de sens, un manque de motivation et d’engagement de la part des travailleurs, un individualisme et une inclinaison à gérer par résultats ainsi qu’une perte d’identité au travail. Or, dans un tel désordre, tous les travailleurs sont sur le même pied d’égalité.

 » Le développement de l’économie de service, dans la foulée de la reconnaissance des nouvelles professions, a eu pour effet de généraliser l’attente de professionnalisme à toutes les relations de service. Qu’il s’agisse du plombier, du garagiste, de celles et de ceux qui entretiennent la maison ou le jardin, la question de la confiance se pose. Il n’est pas étonnant dès lors que, pour différentes pratiques, certains aient créé des codes d’éthique dans lesquels ils garantissent la qualité de leur service et fixent l’engagement à l’excellence . »

Je crois qu’effectivement cette idée du professionnalisme sans profession répond à la nécessité de convergence des services vers l’excellence, vers la satisfaction du client par un travail planifié, exécuté et consenti par tous. Cependant, comme les auteurs nous l’indiquent, les directions ont créé des codes d’éthique, mais ne sont-elles pas allées un peu trop loin dans cette initiative en inscrivant elles-mêmes les valeurs directives dans un code qui s’adresse à tout le personnel? On limite ainsi la capacité de réfléchir et d’agir par soi même, ce qui n’est pas sans effet sur la motivation , l’engagement au travail, la productivité et la santé des travailleurs.

Les auteurs, dans leur réflexion sur le professionnalisme sans profession, ajoutent que cette crise de productivité « a permis de comprendre que nos entreprises et nos organisations sont en crise de sens: sens du travail et sens de la vie dans l’organisation. Or cette crise de sens se manifeste clairement dans le mode de gestion qui a dominé et qui domine encore nos structures organisationnelles  ». Cette crise de sens, comme nous le verrons un peu plus loin dans cette recherche est maintenue par une gestion de l’entreprise qui , au fil des ans, ne se modifie pas au même rythme que la société.

Dès lors, la question des valeurs partagées au travail et celle de la gestion du travail sont bien peu prises en compte dans les milieux de travail. C’est pourquoi ,  » [ .. . ] nous assistons à l’élargissement de la demande éthique jadis considérée comme une dimension fondamentale des professions. En effet, pourquoi l’éthique serait-elle exclusivement réservée aux professions? Dès l’instant où l’on considère davantage les conséquences des gestions posées dans la relation de service que la nature du jugement impliqué, on constate que les personnes peuvent effectivement subir des conséquences négatives souvent fort importantes pour elles ou pour les autres lorsque le service n’est pas accompli avec conscience ou lorsque le prestataire succombe au conflit d’intérêts. [ … ] Dans la mesure où toute relation de service crée un rapport de dépendance [ … ] On comprend en ce sens que l’idéal éthique du professionnalisme soit exigé de toute relation de service  » .

À la lueur de cet idéal éthique du professionnalisme, nous comprenons donc à quel point cette réflexion du professionnalisme sans profession s’inscrit dans l’idée d’une éthique professionnelle partagée entre tous les travailleurs, et non seulement réservée aux membres d’un ordre professionnelle. Le professionnalisme sans profession est selon moi un paradigme rassembleur qui crée une reconnaissance égalitaire entre tous les travailleurs, et elle offre les fondements d’ une nouvelle conception de l’organisation du travail.

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Table des matières

INTRODUCTION
CHAPITRE 1 : LE MONDE DE LA PROFESSION EN MUTATION
1.1 Contexte de la problématique
1.2 Crise de sens dans les lieux de travail: Perspectives théoriques
1.3 Délibération éthique
1.4 Crise généralisée de l’identité
1.5 Éthique et organisation
1.6 Conclusion
CHAPITRE 2 : PROFESSIONNALISME ET GESTION 
ORGANISATIONNELLE: DU TAYLORISME AU COOPÉRATONNISME
2.1 Taylorisme
2.2 Fordisme
2.3 Toyotisme
2.4 Coopérationisme
2.5 Conclusion
CHAPITRE 3: RÉFLEXIONS SUR L’ORGANISATION DU
TRAVAIL POST -INDUSTRIELLE
3.1 Éthique responsable dans l’entreprise
3.2 Éthique communicationnelle
3.3 Éthique et organisation du travail
3.4 Effets positifs, enjeux et limites d’une organisation de travail
post-industrielle
3.5 Conclusion
CHAPITRE 4: ÉTUDE DE L’ORGANISATION
DE TRAVAIL CHEZ CASCADES INC.
4.1 Présentation
4.2 Professionnalisme, identité et dialogue
4.3 Enjeux actuels et futurs
4.4 Conclusion
CONCLUSION GÉNÉRALE

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