Le magasin et la réception des lots de plantes médicinales

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L’IMRA et les plantes médicinales

Rôle central de la botanique à l’IMRA

En 1958, le Professeur Albert Rakoto RATSIMAMANGA a fondé l’IMRA ou Institut Malgache de Recherches Appliquées (rebaptisé Fondation Albert et Suzanne Rakoto Ratsimamanga en 2012) dans le but de contribuer à l’amélioration des conditions de vie sanitaire et sociale de ses concitoyens (Puri et al., 2010). La plupart des recherches menées au sein de l’institut sont basées sur l’utilisation des plantes médicinales connues de la médecine traditionnelle. Le déroulement des activités de l’IMRA est assuré par deux branches dépendantes : le département de botanique et les différents laboratoires. Le département de botanique est géré par des ethnobotanistes qui collectent des informations sur les plantes et leurs usages dans la pharmacopée traditionnelle. Ce département propose aux autres laboratoires des plantes médicinales dont les vertus doivent être vérifiées par des tests pharmacologiques.

L’IMRA et la Soamadina

Les activités des différents laboratoires existant à l’IMRA sont complémentaires et correspondent, en général, aux grands axes thérapeutiques de l’institut. Les tests d’activité biologique sont assurés par les laboratoires de criblage. En cas de résultats positifs, c’est le laboratoire de phytochimie qui est chargé d’extraire et de purifier la molécule active (Figure1). La détermination de la structure moléculaire des composés actifs extraits des plantes est souvent effectuée en collaboration avec des instituts à l’étranger. Afin d’avoir une autorisation de mise sur le marché (AMM), les molécules ainsi purifiées et déterminées doivent passer par des tests cliniques effectués par des médecins de l’institut. Les résultats de recherches de l’IMRA sont valorisés par la Soamadina sous forme de phytomédicaments. Actuellement, certains produits clés de la Soamadina (Produits Masy®) ont reçu une autorisation de mise sur le marché et sont commercialisés sur le marché national comme l’antidiabétique Madeglucyl®, le détoxifiant Madetoxyl®, l’antitussif Madetussyl® et l’antilithiatique Ody Vato®. Seul Madeglucyl® est disponible sur le marché international sous différents noms comme Glucanol Forte® (Puri et al., 2010).

Filière d’approvisionnement en « plantes médicinales »

La récolte de plantes médicinales, entrant dans la formulation des phytomédicaments fabriqués par la Soamadina,est assurée en grande partie par des paysans habitant aux environs d’Avarabohitra-Itaosy. Certaines plantes sont collectées dans des zones rurales plus éloignées à cause de leur répartition géographique. Dans ce cas, l’intervention de quelques intermédiaires entre les récolteurs et les collecteurs est fréquente. Les plantes récoltées sont rassemblées et stockées dans le magasin de la Soamadina. Pour la majorité des plantes utilisées, c’est aux magasiniers qu’incombe la tâche de sécher et de conserver les lots de plantes juste récoltées avant de les mettre à la disposition de l’usine de fabrication de phytomédicaments. Les plantes comme Centella asiatica, Drosera ramantacea, Aphloia theiformis et Catharanthus lanceus font exception à cette règle à cause de l’éloignement de leur site de récolte. Dans leur cas, le séchage préalable par les paysans récolteurs est indispensable pour éviter une dégradation de la qualité du lot.
La récolte se situe en amont du processus de fabrication des phytomédicaments (Figure 2). Elle constitue, par conséquent, une étape déterminante pour la qualité de ces derniers. Les traitements post-récoltes et stockage adéquats sont aussi nécessaires pour assurer la qualité de la matière première végétale.

Normes de qualité établis pour les plantes médicinales

L’UICN (Union mondiale pour la nature), le WWF (World Wildlife Fund), TRAFFIC (The Wildlife Trade Monitoring Network), le BfN (Agence Fédérale Allemande pour la Nature) et le MPSG (Medicinal Plant Specialist Group/ UICN) ont collaboré pour la création de l’ISSCMAP (International Standard for Sustainable Wild Collection of Medicinal and Aromatic Plants) (Leaman et Salvador, 2005). L’ISSC-MAP définit les principes et critères qui peuvent être appliqués pour la gestion durable des espèces de plantes médicinales et aromatiques dans leur écosystème. Afin d’assurer la qualité des récoltes et des produits collectés, un guide sur les bonnes pratiques de récolte et sur la certification des collecteurs de plantes médicinales a été développé (MPSG, 2007).
Les normes sur la qualité des plantes médicinales et aromatiques récoltées, élaborées dans l’ISSC-MAP exigent :
une récolte de l’espèce exacte qui nécessite une identification soigneuse en utilisant des herbiers comme référence. Ceci a pour but d’améliorer la qualité et l’efficacité du matériel végétal brut récolté et d’éliminer les risques de toxicité et d’effets antagonistes ;
des lots dépourvus d’adultération et non mélangés à d’autres espèces non souhaitées ;
une absence de contaminations par des microbes ou desagents chimiques ; des sites de récolte non contaminés par des substances toxiques (pesticides, fongicides, batteries usées, …) ;
des récoltes effectuées pendant la période optimale pour chaque espèce afin d’assurer l’efficacité thérapeutique des constituants actifs ;
des normes relatives aux caractères morpho-métriques de chaque organe et de chaque espèce car l’efficacité thérapeutique optimale des constituants actifsvarie suivant chaque espèce (organes jeunes, organes âgés) ;
un séchage et un stockage adéquats qui ne dégradent pas les constituants actifs pour chaque espèce. De plus, il faut :
fournir aux récolteurs certifiés les outils nécessaires pour la récolte ;
tenir compte de la pérennité des ressources en plantes médicinales sauvages ;
développer la connaissance des plantes médicinales (noms et utilisations) des récolteurs par les companies collecteurs.

Facteurs susceptibles d’affecter la qualité des plantes médicinales récoltées

Plusieurs facteurs sont susceptibles d’affecter la qualité des lots de plantes récoltées tels que les caractéristiques démographiques des récolteurs, leur connaissance botanique, et les caractéristiques écologiques des sites de récolte.

Paramètres démographiques

Des paramètres comme l’âge, le genre, le niveau d’éducation, l’expérience et les fonctions des récolteurs sont des facteurs pouvant influencer la qualité des plantes collectées. Les connaissances botaniques peuvent aussi varier en fonction de ces paramètres qui pourraient avoir un impact sur la qualité des lots de plantes médicinales récoltées.

Connaissance botanique

La connaissance botanique peut se traduire par l’aptitude d’une personne à identifier des plantes et par ses connaissances individuelles sur leurs utilisations (Caldwell, 2007).
La recherche en sciences sociales dépend en grande partie des mesures, de l’analyseet de l’interprétation des données numériques etnonnumériques. Les méthodes de recherche quantitatives mettent l’accent sur les approches statistiques alors que les méthodes qualitatives sont basées sur l’analyse du contenu, l’analyse comparative, la théorie ancrée (selon laquelle la théorie se crée à partir des données de la recherche, les chercheurs peuvent et doivent développer de la théorie à partir de données de terrain) et sur l’interprétation (Strauss, 1990). Les méthodes quantitatives mettent l’accent sur des mesures objectives et sur l’analyse numérique des données recueillies par le biais des sondages ou des questionnaires alors que la recherche qualitative est axée surla compréhension des phénomènes sociaux à travers des interviews et des commentaires personnels (www.coursework4you.co. uk/sprtdis18.htm). Lors des deux dernières décennies, les méthodes ethnobotaniques quantitatives sont devenues les plus usitées pour évaluer les niveaux de distribution et de rétention de connaissance des plantes autochtones dans les sociétés traditionnelles (Voeks et Leony, 2004).
Des interviewsin situ faites le long des circuits ou à travers les forêts et des interviews ex situ utilisant des branches de plantes fraîches ou « pile sort » (Davis and Yost, 1983), des herbiers (Vandebroek, 2003) ou des photographies (Alexiades, 1996) comme outils de référence sont des méthodes permettant d’évaluer les connaissances botaniques. Selon Thomas et al. (2007), l’utilisation des photographies lors des interviews ex situ est la plus économique et la plus avantageuse. En effet, l’utilisation de planches d’herbier ne reproduit généralement pas fidèlement toutes les caractéristiques du spécimen comme la couleur.

Paramètres écologiques

L’utilisation des résultats des relevés écologiques reste encore très rare lors de l’élaboration des plans de gestion des filières de plantes médicinales destinées à la fabrication de phytomédicaments. Or, l’industrialisation et l’urbanisation favorisent l’épandage de divers polluants dans l’écosystème dont les métaux lourds. Les plantes médicinales ramassées à proximité des centres industriels ou avoisinant des voies routiers pourraient donc être dangéreuse pour les patients (Ewers et al., 1991) car beaucoup de plantes ont la capacité d’accumuler ces éléments. Aussi, la connaissance des facteurs spécifiques du milieu (composition floristique, structure de la végétation) dans lequel vit la plante pourrait être déterminante pour la qualité des récoltes et la pérennité de l’activité de récolte.

Facteurs susceptibles d’affecter la quantité des plantes médicinales récoltées

Beaucoup d’espèces sauvages ont des difficultés à se régénérer. Parfois, la collecte pourrait atteindre des proportions importantes ou certaines méthodes de récoltes peuvent perturber la reproduction ou la croissance de certaines plantes (Ticktin, 2004) d’où l’intérêt d’étudier la capacité de régénération de chaque espèce cible. En effet, pour bien gérer les ressources en plantes médicinales et aromatiques sauvages, il faut tenir compte : (1) du taux de régénération de l’espèce, (2) du statut écologique et de conservation de l’espèce, (3) des modalités de récolteet (4) de la préservation de l’habitat.

Caractérisation démographiques des récolteurs

L’analyse du profil des collecteurs s’estfocalisée sur les points suivants : le genre, l’âge, le niveau d’éducation (nombre d’années d’études), l’expérience (nombre d’années de pratique de la cueillette de plantes médicinales) et l’activité principale (en dehors de la récolte de plantes). D’autres informations sur les conditions de vie et l’hygiène comme l’accès à l’eau potable, l’existence de latrines et l’accès à l’information ont été aussi recueillies.
Les cueilleurs ont été questionnés également sur leur perception de l’activité de récolte de plantes médicinales : satisfaction par rapport aux prix d’achat imposés par les collecteurs et l’importance de l’activité de récolte par rapport aux autres sources de revenu familial.

Caractérisation écologiques des espèces cibles et des sites de récoltes

Les sites de récolte des douze plantes étudiées appartiennent à différents types de communauté végétale, par conséquent, chaque site a été caractérisé par rapport à la végétation, la composition floristique et la salubrité. Pour chacune des espèces, la hauteur relative, le recouvrement relatif, la densité, la capacité de régénération,et le type biologique ont été déterminés. Enfin, les coordonnées géographiques ont été enregistrées afin d’établir les cartes des sites de récolte de plantes médicinales.

Composition floristique des sites de récolte

L’inventaire floristique est effectué le long d’un transect de 4m de large et dont la longueur varie entre 20 et 50m selon une méthode adaptée de celle de Duvignaud (1946). Brièvement, une ligne de transect est tracée, parallèle à la ligne de la grande pente et perpendiculaire à la mer. Une bande est installée en tirant parallèlement deux ficelles, à une distance de 2m, de part et d’autre de la ligne de transect (Figure 3). Cette bande est subdivisée en carrés élémentaires juxtaposés de 4 x 4m à l’intérieur desquels les espèces rencontrées sont inventoriées et les noms scientifique et/ou vernaculaire sont notés dans une fiche de relevés.

Le magasin et la réception des lots de plantes médicinales

Le magasin est un grand bâtiment, dans lequel se trouve un endroit réservé à la réception des lots de plantes, un lieu pour entreposerlesclayettes utilisées pour le séchageet le tri etplusieurs salles réservées au stockage des lots avant leur utilisation par l’usine de transformation en phytomédicaments.
Les responsabilités du magasinier et de son équipe sont la réception des lots de plantes, le paiement des récolteurs, la transmission aux récolteurs des besoins du magasin en plantes, la communication des normes de qualité aux récolteurs, le séchage, l’emballage et le stockage du matériel botanique. Le transport des plantes médicinales vers le magasin est effectué par les récolteurs eux-mêmes.
Les magasiniers qui se sont succédés à la Soamadina ont été embauchés grâce à un ou plusieurs membres de leur famille y travaillant déjà. Ils ont une bonne connaissance des plantes utilisées et de leurs vertus médicinales respectives. Ils ont acquis des connaissances botaniques supplémentaires concernant les noms scientifiques des plantes et leurs utilisations. Plus particulièrement, ils ont été formés sur le traitement délicat des lots de plantes fraîches. La Soamadina effectue, elle-même, les traitements post-récoltes du matériel végétal pour s’assurer d’une qualité optimale. Ces magasiniers disent avoir partagé leurs connaissances et expériences acquises à leurs familles qui se soignent avec les plantes médicinales ainsi qu’aux récolteurs qui assurent l’approvisionnement de la Soamadina.

Profils des paysans cueilleurs de plantes médicinales

Caractéristiques démographiques

La cueillette est un travail où la mixité entre les deux genres est réelle. Au total, 59,3% des récolteurs enquêtés sont des femmes alors que 40,7% sont des hommes. Néanmoins, l’équilibre entre les deux genres dépend de l’espèce végétale récoltée. Les récolteurs de Drosera ramantacea à Beorana (8/10) et de Centella asiatica à Mangoro (10/10) sont en majorité des femmes alors que ceux de Catharanthus lanceus à Ambohimanambola (12/12) et de Aphloia theiformis à Mangoro (8/8) sont des hommes. Les récolteurs qui travaillent dans la Commune rurale d’Itaosy sont surtout des femmes (17/19). Ces dernières travaillent, surtout, à partir de l’âge de la première maternité. Les récolteurs sont répartis dans les différentes classes d’âge allant d’enfants de bas âge (6-12ans) en passant par les adolescents (13-18ans), aux pères et mères de famille et les personnes du troisième âge. L’âge moyen des récolteurs est de 30ans (Tableau 4).
Les récolteurs résident en majorité dans les banlieues d’Antananarivo (Commune Rurale d’Itaosy et d’Ambohimanambola) exceptés les récolteurs de Drosera ramantacea à Beorana et ceux de Centella asiatica et de Aphloia theiformis à Mangoro (Tableau 4).

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Table des matières

INTRODUCTION
GENERALITES
I. Le concept de « qualité »
I. 1. Définition
I. 2. La qualité des plantes médicinales récoltées
II. L’IMRA et les plantes médicinales
II. 1. Rôle central de la botanique à l’IMRA
II. 2. L’IMRA et la Soamadina
II. 3. Filière d’approvisionnement en « plantes médicinales »
III. Normes de qualité établis pour les plantes médicinales
IV. Facteurs susceptibles d’affecter la qualité des plantes médicinales récoltées
IV. 1.Paramètres démographiques
IV. 2.Connaissance botanique
IV. 3.Paramètres écologiques
V. Facteurs susceptibles d’affecter la quantité des plantes médicinales récoltées
MATERIELS ET METHODES
I. Matériel végétal
II. Evaluation des facteurs ethnobotaniques, démographiques et sociaux
II. 1. Evaluation des connaissances botaniques
II. 2. Caractérisation démographiques des récolteurs
III. Caractérisation écologiques des espèces cibles et des sites de récoltes
III. 1. Composition floristique des sites de récolte
III. 2. Densité des espèces cibles
III. 3. Hauteur relative des espèces cibles
III. 4. Recouvrement relatif des espèces ciblesSS
III. 5. Régénération naturelle spécifique
IV. Evaluation de la qualité des lots collectés
V. Evaluation de la toxicité des contaminants
VI. Analyses statistiques
VII. Caractérisation de l’adultération des lots
VIII. Situation actuelle des filières d’approvisionnement en plantes médicinales
RESULTATS
I. Le magasin et la réception des lots de plantes médicinales
II. Profils des paysans cueilleurs de plantes médicinales
II. 1. Caractéristiques démographiques
II. 2. Caractéristiques sociales et économiques
II. 3. Niveau d’éducation
III. Connaissances botaniques des paysans cueilleurs
III. 1. Transfert de connaissances
III. 2. Capacité d’identification des plantes
III. 3. Connaissances des vertus médicinales des plantes
IV. Caractérisation écologique des sites de récolte de plantes médicinales
IV.1. Caractérisation de l’habitat
IV.2. Composition floristique des sites de récolte de plantes médicinales
IV.3. Densité de la population
IV.4. Hauteur et recouvrement relatifs des espèces cibles
IV.5. Régénération naturelle spécifique
V. Organisation de la collecte
V.1. Calendrier de récolte
V.2. Formation des paysans cueilleurs
V.3. Rémunération des cueilleurs
VI. Qualité des plantes médicinales livrées par les récolteurs à la société Soamadina
VII. Influences des facteurs démographiques et écologiques sur la qualité des plantes collectées
a. Variation du taux de contamination par d’autres espèces indésirables
b. Variation du taux d’organes non souhaités
c. Variation du taux d’impuretés
VIII. Toxicité potentielle des espèces végétales contaminant les lots de matière première destinés à la fabrication de phytomédicaments
IX. Situation actuelle des filières d’approvisionnement en plantes médicinales
DISCUSSION
CONCLUSION ET RECOMMANDATIONS
REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES

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