Le futur, un inconnu porteur de craintes

Le futur, un inconnu porteur de craintes 

Dans cette première partie nous reprendrons notre première hypoth èse qui indique que les représentations associées au futur en façonnent la crainte. Afin de valider ou invalider cette hypothèse, nous utiliserons des références bibliographiques ext ernes, la matière provenant de nos entretiens ainsi que le document produit suite aux ateliers de d esign fiction proposés au séminaire des managers de la direction des sinistres de la MAIF. Nous bro sserons un portrait de trois représentations du futur que nous avons trouvé saillantes : une r eprésentation associée au progrès technologique et à la crainte qu’il peut engendrer, un e représentation basée sur la notion d’effondrement et les comportements qui en découlent. Enfin nou s étudierons la matière proposée par la science-fiction et nous verrons en quoi elle nous donne à voir une vision du futur rétrécie.

Progrès et technologies : une certaine vision du futur 

La première représentation que nous allons étudier est celle du progrès technologique. Nous verrons en quoi les grands acteurs économiques de notre monde contemporain, les GAFAM et les BATX, engendrent une vision de l’avenir basée sur le progrès te chnologique puis nous verrons en quoi ces représentations influent sur des craintes d’un dépassement par la technologie.

GAFAM et BATX : capitaliser sur les opportunités technologiques à tout prix 

Quand nous entendons parler des représentations du futur, un im aginaire d’envergure semble se détacher et prendre place à la fois dans les représentat ions mais également dans le débat public : celui du pouvoir des GAFAM et BATX. L’acronyme GAFAM signifie Google, Amazon, Facebook, Apple et Microsoft soit les cinq entreprises t echnologiques les plus puissantes du monde. L’acronyme BATX signifie Baidu, Ali Baba, Tencent et Xiaomi soit les quatre entreprises asiatiques, majoritairement chinoises, qui contrôlent le marché et les interactions en Asie . À elles neuf, ces entreprises représentent u n tel pouvoir d’influence,  de production de services et de produits qu’elles en deviennent hégémoniques. Leur offre de produits et services est telle qu’elle en induit une c ertaine façon de consommer et voir le monde. Par exemple, Google a développé un algorithme per mettant de retoucher automatiquement les photos pour les rendre plus esthétiques selon leurs critères encourageant ainsi une vision standard de ce qu’est une belle pho to influant petit à petit sur l’oeil des utilisateurs. Les technologies développées par ces grands groupes s’introduisent  dans nos quotidiens et leur permettent d’améliorer la pertinenc e de leur offres par la collecte massive de données personnelles .  En développant par exemple les voitures autonomes, la discussi on en réalité virtuelle ou encore le paiement par selfie, ces entreprises dessinent petit à petit le paysage d’un futur technologique et tourné vers une vision de progrès et de croissa nce économique. Evgeny Morozov, chercheur et écrivain américain parle de «solutionnisme technologique » une  forme d’excroissance poussant les grandes entreprises tec hnologiques à avoir une «foi totale dans la capacité de la technologie à offrir une solution à tous les pr oblèmes, qu’ils soient triviaux, sociétaux ou métaphysiques». Ces entreprises fou rnissent donc une offre et une vision de l’avenir basée sur leurs propres représentations, au jourd’hui dans l’impossibilité d’imaginer un monde sans internet .  A cette vision s’ajoute un pouvoir financier comparable à certai ns pays. À titre de comparaison la capitalisation boursière des grandes firmes comme A lphabet (plus de 810 milliards de dollars ) ou Amazon ( plus de 878 milliards de dollars ) re présentent plus que le   PIB de pays comme la Suisse, la Belgique ou la Turquie . Leur pouv oir économique est tel  que dans une société capitaliste, ces entreprises en deviennen t des acteurs politiques et influents sur l’opinion et les décisions. La rédaction du magazine U sbek & Rica va plus loin en imaginant même l’indépendance de ces entreprises-état arguant là leur pouvoir politique aussi fort que les états : «Les choses s’accélèrent sous le second mandat de Donald Trump. Dès sa réélection, la Californie entama son processus de sécession et devint indépendante en quelques années. Les principaux ambassadeurs auprès des G AFA avalisèrent rapidement cette prise d’indépendance ». Ainsi ces entreprise s deviennent des références  dans certains domaines comme le compile Usbek & Rica «Facebook se retrouve malgré lui responsable de la fiabilité de l’information , Uber a donné son nom à un phénomène économique au cœur des débats politiques, Apple défend la vie privée contre les agences gouvernementales et Tesla veut mener la transition énergétique que les Etats rechignent à lancer ».

Ces grands acteurs qui façonnent le présent par les produits e t services qu’ils proposent et les vendent à grande échelle induisent également une certaine vision du futur, corrélée à internet et à l’accélération des échanges et des interactions, sans limite. La remise en cause régulière de leur principes éthiques ainsi que leur propensi on à vouloir s’accaparer tous les marchés pose la question du futur qu’elles engendrent suivan t une logique de progrès technologique inéluctable. Les GAFAM, acteurs clés de notre monde économique et sociétal a ctuel, proposent des futurs selon leur propre conception, nécessairement orientée par leur économie, du fait de leur statut d’entreprise. Questionner ces choix est donc un enjeu fondamental.

Technologies et robotisation exponentielle : opportunité ou menace pour le s métiers ? (étude lors d’un atelier design fiction à la MAIF) 

Cette vision de la technologie comme d’une nécessité à atteindre, ca r possible, n’est pas sans rappeler le principe de la loi de Moore, selon laquelle la pui ssance des ordinateurs augmente de façon exponentielle et double tous les dix-huit mois. Bien que des entreprises comme Intel mettent les moyens pour y parvenir, cette loi ne se vérifie pas toujours. Cependant l’état d’esprit qu’elle suggère est celui de suivr e les potentiels technologiques et de les mettre en oeuvre comme s’ils ne dépendaient pas d’humains pou r les appliquer. Cette vision d’un futur technologique de fait donne à voir une visio n de l’avenir peuplée d’intelligence artificielle et de robotique imitant les humains. C’est une vision du futur qui a été très présente lors des atelier s de design fiction réalisés lors du séminaire des managers de la filière sinistre à Nice en novembre 2018. À la suite de ce séminaire, nous avons constitué un document d’analyse et de synthèse des scénarios produits pour en tirer des conclusions. Voici la capture d’écrans du résumé des grandes thématiques abordées par les participants via la production de leurs scénarios.

D’un point de vue plus sensible, nous pouvons témoigner d’un e forme d’angoisse lors de ces ateliers de la part des participants, et ce notamment sur la vis ion d’un futur qui n’est pas unifiée. Cette observation fait écho à une remarque de Nicol as Minvielle lors de notre entretien «Les gens ont besoin de comprendre demain, tout le mon de a peur, […] tant qu’on a pas de réponses à ça, les gens vont continuer à se poser des questions quant à demain». Dans le document de synthèse du séminaire de Nice, nous remarquons un premier pendant sur le fait que dans les représentations de la robotique par les participants aux ateliers, les robots comblent les besoins humains et sont parfois mêmes perçus comme des surhommes sans défaut.

Cependant, on observe par la suite un transfert total des défauts hu mains vers les robots, cela n’est pas sans rappeler la tendance très médiatisée de fa ire des robots humanoïdes, qui nous ressemblent. Il est assez paradoxal d’imaginer la roboti que comme ayant les défauts associés à notre humanité et cela rappelle les biais qui se retrouvent aujourd’hui dans certaines intelligences artificielles qui « reflètent les système s de représentation de leurs  concepteurs ». Nous constatons ensuite que les scénarios rela tent des histoires où l’humain doit adopter des stratégies de contrôle pour ne plus ê tre sous l’emprise des robots, devenus majoritaires ou prescripteurs.

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Table des matières

Introduction
1. Le futur, un inconnu porteur de craintes
1.1 Progrès et technologies : une certaine vision du futur
1.1.1 GAFAM et BATX : capitaliser sur les opportunités technologiques à tout prix
1.1.2 Technologies et robotisation exponentielle : opportun ité ou menace pour les métiers ?(étude lors d’un atelier design fiction à la MAIF)
1.2 Un futur caractérisé par l’effondrement
1.2.1 Au croisement des courbes : L’effondrement annoncé
1.2.2 Stratégie d’évitement et réassurance face à l’effondrement
1.3 Des représentations du futur pauvres
1.3.1 Des lieux communs du futur diffusés par la science-fiction
1.3.2 Une représentation du futur rétrécie
2. Le design fiction pour panser les craintes et inverser la tendance
2.1 Créer le débat pour co-construire demain
2.1.1 Faire réagir par le vraisemblable
2.1.2 Parier sur l’intelligence collective
2.1.3 Proposer des mondes préférables
2.2 Entre opportunisme et faire-valoir : le cas des ateliers d e design fiction en entreprise
2.2.1 Le design fiction pour construire des stratégies d’entreprise
2.2.2 Parler autrement des craintes associées au futur et au pr ésent : des ateliers catharsis ?
2.2.3 Design fiction en entreprise : une «parenthèse enchantée ?»
2.3 Risque de «Design fiction washing»
2.3.1 Design thinking et design fiction, même combat ?
2.3.2 Design fiction, est-ce encore du design ?
3. Les récits de fiction : outils de mobilisation ?
3.1 Diégétiser le monde pour le comprendre, un pouvoir social
3.1.1 Représentations du monde par la mise en récit : de la myth ologie grecque au récit social
3.1.2 Investir dans l’immatériel pour le maintien de l’ordre social
3.2 Repenser les imaginaires du futur pour mieux l’appréhender
3.3.1 Changer le paradigme des représentations du futur : de Black Mirror à Bright Mirror
3.3.2 Parier sur l’imaginaire pour changer le monde
Conclusion
Références bibliographiques
Annexes

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