L’architecture et le contrôle social

Le contrôle social

Selon R. Boudon et F. Bourricaud (1983), le contrôle social « est l’ensemble des ressources matérielles et symboliques dont dispose une société pour assurer la conformité du comportement de ses membres à un ensemble de règles et de principes prescrits et sanctionnés. » (Boudon R. et al., 1983). Le contrôle social est un concept large. Il peut se réaliser de plusieurs manières, mais toujours dans le but de faire respecter les règles prescrites par des lois écrites ou simplement des normes définies par la société. Il est mis en place dans un but sécuritaire des citoyens. Par différents moyens, le contrôle social tente de résister à la criminalité, notamment par le respect des normes sociales (Ibid., 1983).
Le criminologue canadien M. Cusson résume les théories sur le contrôle social en cinq points (Cusson M., 1983):
Tout le monde peut potentiellement commettre un crime, car l’homme est un être de désir et le crime peut résoudre des problèmes facilement ;
Les individus de la société sont mis sous pression de sorte qu’ils respectent les règles imposées par la société afin d’anéantir les pulsions criminelles ;
Pour lui, le contrôle social est « l’ensemble des moyens par lesquels les membres d’une société s’imposent les uns aux autres la conformité aux règles du jeu social. » (Cusson M., 1983, p.109) ; Plus un individu est intégré dans la société, plus le contrôle social s’exercera sur lui ; D’après l’auteur, « Quand on ne réunit pas les conditions nécessaires à l’exercice du contrôle social – notamment l’intégration au groupe – les pulsions antisociales des individus peuvent se manifester librement. On assiste alors à une recrudescence de la criminalité » (Cusson M, 1983, p.109). Pour M. Cusson, deux notions venant d’E. Durkheim sont importantes dans le contrôle social. Il explique dans ce sens la notion de l’intégration du groupe et la notion du blâme développées par ce dernier : « Pour Durkheim, agir moralement ce n’est pas autre chose qu’agir en vue d’un intérêt collectif. » (Cusson M., 1983, p.111). Nous comprenons que l’intérêt de l’intégration est une notion fondamentale. L’homme fait partie d’un groupe, il entretient des relations avec les membres et il participe aux activités propres à celui-ci. M. Cusson conclut en disant : « la délinquance varie en raison inverse de l’intégration des individus aux groupes sociaux. » (Cusson M., 1983, p.113). C’est donc notre appartenance à un groupe qui engendre ou non notre criminalité. Si une personne est bien intégrée, elle est moins susceptible de commettre un délit qu’une personne qui ne se sent pas intégrée ou qui est en froid avec le groupe auquel elle appartient.

Criminalité réelle et criminalité apparente

La criminalité réelle se distingue de la criminalité apparente. La criminalité réelle comprend tous les crimes commis, connus et inconnus, dans leur entièreté. Cette valeur est alors imprécise puisque l’entièreté des crimes ne recense pas les crimes inconnus, dont la police n’a pas été informée. Beaucoup de criminels ne sont pas condamnés pour diverses raisons : parce qu’on ne trouve pas de preuves pour les accuser, parce que la victime choisit de ne pas porter plainte, etc.
La criminalité apparente est, quant à elle, la criminalité relatée à savoir celle que nous constatons et qui est déclarée. Tout ce qui fait partie de la criminalité réelle, mais qui n’est pas recensé dans la criminalité apparente est donc une criminalité secrète, dont la police, par exemple, n’est pas au courant. C’est ce que l’on appelle le « chiffre noir de la criminalité ». Ce « chiffre noir » existe pour plusieurs raisons : soit simplement parce que la personne qui a subi une forme de criminalité décide de ne pas porter plainte pour une raison qui lui appartient, par peur de représailles par exemple. Soit parce que la personne est fautive dans l’histoire et qu’elle ne souhaite donc pas l’expliquer de peur d’être incriminée, etc.
Les statistiques criminelles sont les statistiques faites par la police en fonction des informations qu’elle a, que ce soit par des procès-verbaux ou autres. En revanche, ces statistiques ne sont pas fiables en conséquence du « chiffre noir » de la criminalité. Ces statistiques comprennent uniquement les crimes répertoriés par les services, elles sont inférieures à la réalité, mais elles n’en demeurent pas moins importantes.
Une fois les délits recensés, une analyse du type de délit qui a majoritairement eu lieu dans un quartier peut être réalisée et il est alors possible de savoir plus ou moins à quel type de délinquance nous avons affaire. Ces informations peuvent permettre de mettre en place un contrôle social qui sera alors efficace.

Prévention sociale et situationnelle

Selon le criminologue canadien M. Cusson, la prévention de la délinquance consiste « en l’ensemble des actions non coercitives sur les causes, les raisons et les préliminaires des délits dans le but d’en réduire la probabilité ou la gravité » (Cusson M., 2008). Elle apparaît « avecle regret d’avoir négligé de prévenir une atteinte suivie du ferme propos de prendre dorénavant ses précautions. Je viens de me faire voler. Je dois prendre mes dispositions pour que cela ne se reproduise plus. Un cambrioleur s’est introduit chez mon voisin par la fenêtre, je devrais poser des grilles aux miennes. (…) Ainsi voyons-nous que l’idée de prévenir vient tout naturellement à l’esprit de tout être humain tant soit peu prévoyant. Il est donc vrai que la prévention est l’affaire de tous. Tous les citoyens s’y adonnent quotidiennement. (…) » (Cusson M., 2008, p.6). L’auteur indique qu’il y a deux préventions : une prévention sociale et situationnelle.
La prévention sociale comprend toutes les interventions qui vont avoir une incidence sur les individus de manière directe et qui leur montrent comment les choses doivent se faire. La prévention sociale vise à influer directement sur les personnes et leur personnalité, dans le but qu’elles s’adaptent et évitent les comportements déviants. Cela permet la réduction des facteurs sociaux qui pourraient amener à la délinquance. La prévention sociale se met en place durant le développement de la personne ainsi que par son entourage. Cette prévention permet aussi d’apporter de meilleures connaissances, ce qui permet au groupe d’être plus résiliant et donc d’abandonner les comportements délinquants ou déviants (Cusson M., 2008, p.11).
La prévention situationnelle est une mise en place d’éléments de prévention. M. Cusson indique que ce type de prévention « porte sur les circonstances dans lesquelles les délits pourraient être commis. Elle consiste à modifier les situations rencontrées par les délinquants pour que les délits projetés leur paraissent trop difficiles, risqués ou inintéressants. » (Cusson M., 2008, p.12). Le master plan est réfléchi de façon à limiter les actes criminels. Ce type de prévention va en fait modifier les circonstances qui poussent un délinquant à commettre un crime en les rendant plus difficiles. Le délinquant analyse la situation en regardant ce qui rend possible ou impossible l’exécution de son délit. Il va pouvoir comprendre les risques qu’il prend et s’il est possible de réussir son coup sans se faire prendre, ou si la situation ne le permet pas, dans ce cas, il renoncera en acceptant que l’exécution de son délit comporte trop de risques et ne lui est alors pas utile.

La criminalité est due à l’espace

O. Newman affirme que la criminalité est due à l’espace. Les deux facteurs physiques qui influent sur la criminalité sont la taille du projet et le nombre de familles qui partagent les entrées du bâtiment. Ses analyses sur les différentes typologies de bâtis expliquent ces facteurs de cette manière : « The physical factors the correlate most strongly with crime rates are, in order of importance : the height of the buildings, which in turn correlates highly with the number of apartments sharing the entry to a building ; the size of the housing project or ‘’the total number of dwelling units in the project’’ ; and the number of other publicy assisted housing projects in the area.» (Newman O., 1996, p.24). Il constate également deux facteurs sociaux : le pourcentage de familles sur l’AFDC (Aid to Families with Dependent Children) et le ratio adolescent/adulte.
Plus la concentration de familles dans un bâtiment est grande, plus un sentiment d’isolement est ressenti chez les habitants. De plus, « Project size affects stigmatization as perceived both by the outside world and by the project residents themselves. The apathy tha comes with stigmatization leads to neglect and withdrawal, first on the part of the residents, then by hous-project : police, education, parks, and recreation, refuse collection, and social services. A large project provides a continious area in which gags can operate, allowing even one gang or group of drug dealers to contaminate all of its public space. » (Newman O., 1996, p.28).
Lorsque le nombre de familles partageant une même entrée est élevé, il est plus difficile pour les occupants d’identifier le bâtiment comme le leur et, par conséquent, de déceler les intrus, car les familles ne se connaissent pas toutes. Il est également plus compliqué de mettre toutes les unités d’accord sur la façon de prendre soin et de contrôler ces zones communes à toutes les familles (hall, couloir, circulation) et le sentiment de contrôle sur les espaces publics semble d’autant plus complexe.

Rôle de l’architecte

Abordons le rôle de l’architecte au niveau de la prévention. A priori, un architecte va agir au niveau de la prévention situationnelle. Il va organiser l’espace et mettre en place des éléments qui rendront le risque élevé lors de la réalisation d’un délit. Cela permettra de prévenir le crime en mettant le criminel présumé dans une situation comprenant trop de risques. Il décidera alors de renoncer à son acte. Cependant, après analyse des études, nous constatons que le rôle de l’architecte ne peut se limiter uniquement à la prévention situationnelle.
L’architecte peut intervenir sur la prévention situationnelle et sociale, il peut aussi engendrer un contrôle social formel et informel. Le contrôle social d’un PLP, à la base, informel, se formalise par le lien mis en place avec les services de police.
Pour aborder le rôle de l’architecte dans le contrôle social, nous avons décidé de croiser les informations. Nous allons aborder les concepts en les liant deux à deux . Cette méthode d’analyse va permettre de trouver le rôle de l’architecte à toutes les échelles et à tous les niveaux.

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Table des matières

INTRODUCTION
METHODOLOGIE
PARTIE 1 – PARTIE THEORIQUE
Limites
1. Le contrôle social, la criminalité et la prévention
1.1. Le contrôle social
1.2. Différents types de contrôle social – formel/informel
1.3. La criminalité
1.4. Criminalité réelle et criminalité apparente
1.5. Déviance
1.6. Prévention sociale et situationnelle
2. Jane Jacobs et Oscar Newman
2.1. La sécurité de la rue de Jane Jacobs
2.2. La diversité – 4 conditions
2.3. L’espace défendable d’Oscar Newman
2.4. Quatre types d’espaces
2.5. Trois types d’habitats
2.6. La criminalité est due à l’espace
3. Les PLP
3.1. Objectifs d’un PLP
3.2. Collaboration entre citoyens et police
3.3. Mode de fonctionnement et mise en place des PLP
4. Synthèse 
PARTIE 2 – PARTIE PRATIQUE
1. Méthodologie
1.1 Critères de sélection et limites de recherche
2. Description socio-économique et démographique du Pays de Herve
3. Sécurité et qualité de vie dans le pays de Herve 
3.1. Aspects et problèmes du quartier
3.2. Sentiment d’insécurité
3.3. Victimisation et chiffre noir
4. Les P.L.P. dans le pays de Herve – Analyse
4.1. PLP de Saint-Hadelin
4.2. PLP de José
4.3. PLP de Charneux
5. Discussion – mise en rapport des données
5.1. Synthèse des données de l’analyse selon Oscar Newman
5.2. Synthèse des données de la théorie de Jane Jacobs
5.3. Synthèse
5.4. Rôle de l’architecte
CONCLUSION

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